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UNE DES DÉCORATIONS DE BELI.EVIJK

Carie Vanloo, pinxil.

que le Roi eut sanctionné la Constitution civile du clergé, Mesdames, blessées dans leur ferveur religieuse, résolurent de quitter la France et de se retirer à Rome.

{\) Bellevue devint leur résidence favorite, et c'est laque pendant cinq à six mois de Tannée, elles tenaient leur petite cour, reflet de

Le 19 février 1791, malgré tout le mystère dont elles avaient entouré leurs préparatifs de départ, le bruit se répandit que « Mesdames allaient se sauver... » Le tocsin sonne, les gardes nationales marchent sur Bellevue et les « patriotes » de la domesticité de ces pauvres femmes sont les premiers à s'insurger contre elles... Un ordre malheureux du chevalier de Narbonne, leur écuyer d'honneur, compromet leurs chances de fuite... Déjà dans la nuit noire, retentissent les chants sinistres des sectionnaires; les torches brillent sur le pont de Sèvres... (i ...Ils seront ici dans vingt minutes »... Ces femmes âgées s'affolent, entrent dans leur chapelle, font une courte prière puis se sauvent à travers les jardins, courant au-devant de leur voiture de voyage... elles se heurtent à une grille fermée; le suisse Harlebick est absent; il faut forcer la serrure, tandis que se rapprochent les torches et les cris de haine... elles rencontrent, enfin, leur équipage et s'éloignent... {*).

la cour patriarcale de leur aïeul, le bon roi Stanislas à Lunéville.

Le roi, leur neveu, qui les avait toujours entourées d'un

respect presque filial, venait une ou deux fois par semaine leur confier ses craintes et ses chagrins et leur demander des consolations; la Reine l'y accompagnait de temps en temps. (Georges DuvAL, Souve7iirs de la Terrein\ t. I, p. 34.)

(1) Dans sa frayeur de l'arrivée prochaine des bandes parisiennes annoncées par M. de Virieu, Madame Adélaïde dépêcha un piqueur au château de Meudon avec ordre d'en ramener les voitures sans le moindre retard. Dix minutes après, le piqueur vint annoncer que le chevalier de Narbonne avait défendu de les faire descendre sans un ordre émané de lui.

La princesse était dans une agitation difficile à décrire....

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Dix miiiulos plus tard, le château était envahi par la populace, « brandissant des piques et des sabres ». Théroigne de Méricourt et son aide de camp, Jeanne Leduc, une « massacreuse de prisons », excitaient les enragés et dirigeaient les perquisitions. Furieuse de ne plus trouver celles qu'elle était venue chercher, cette « tourbe de bandits » fouille les armoires, éventre les tableaux, brise les marbres, vide la cave et allait mettre le feu, quand l'heureuse arrivée d'un bataillon de grenadiers de la garde nationale de Versailles — commandé par M. de Villantroy — fit lâcher prise aux pillards.

Elle se rendit avec sa sœur, Madame Victoire, suivie de M™« de Narbonne, sa dame d'honneur, du chevalier de Chastellux et de ses dames de compagnie, sur la terrasse, où l'attendait un nouveau

spectacle On apercevait de loin, sur la route de Paris, une forêt

de torches mouvantes dont la direction était dans l'axe de Bellevue, et, dans le silence de la nuit, on entendait presque les hurlements confus de ceux qui les portaient. Cependant, malgré les messages réitérés, les voitures n'arrivaient point et le chevalier de Narbonne

demeurait toujours invisible Madame Adélaïde serrant alors

convulsivement la main de sa sœur, lui dit, les larmes aux yeux et la pâleur de la mort sur le front : « A tout prix. Victoire, il nous faut partir. »

Elles entrèrent alors dans leur chapelle, y firent une courte prière et se mirent en marche à pied pour aller rejoindre leur voiture de voyage à Meudon. Arrivées, avec leur suite, à celle des grilles d'entrée du château qui y conduisait, on la trouva fermée, et

le suisse Harlebick, préposé à sa garde, absent On fut donc

obligé d'appeler en toute hâte le serrurier du château, qui accourut avec deux de ses garçons et eut bientôt forcé la grille. Mesdames purent donc sortir. (Georges Duval, Souvenirs de la Terreur, t. I, p. 261 et suivantes.)

A moitié ruiné, le château — après avoir servi de caserne et bien que sauvegardé par un décret — fut vendu et démoli vers 1794; la propriété fut dépecée; les fragments des admirables statues de jadis calèrent la cuve d'un vigneron ou l'établi d'un menuisier; les débris du palais servirent de matériaux à bâtir et Dulaure conclut : « C'est une spéculation fructueuse pour le capitaliste qui l'a conçue! »

Toute une colonie d'artistes vint, dès le second tiers du xix" siècle, dresser ses pénates en ce joli coin de banlieue : Eugène Scribe, Emile Souvestre, J. Hetzel, Casimir Delavigne; de bons bourgeois — héros de Paul de Kock — y réalisaient leurs rêves : une maisonnette tapissée de clématites, encadrée de quatre boules étamées et entourée d'un jardinet où l'on peut cueillir « sa» salade, voir fleurir « ses » roses... {^) et Richard Wagner, campé vers 1842, dans une maisonnette de l'avenue conduisant au château de Meudon, y écrivait le Vaisseau fantôme. On vivait heureux, et le dimanche on faisait aux visiteurs terrifiés les honneurs de Notre-Dame-

(1) Richard Wagner y arriva avec sa femme et son chien en 1839 et y resta jusqu'en 1842.

Années de misère durant lesquelles il faisait des romances dans le goût du temps; il avait habité d'abord rue de la Tonnellerie, puis rue du Helder.

L'hiver de 1841 se passa pour lui en luttes contre la misère. Au printemps de 1842, il céda la propriété pour la France de son «Hollandais volant», avec les 500 francs qu'il en retira, il se réfugia à Meudon.

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des-Flammes, une chapelle commémorative rappelant l'épouvantable catastrophe du 8 mai 1842. Ce jour-là, un train de chemin de fer dérailla; non seulement l'horrible choc avait fait de nombreuses victimes, mais le feu d'une locomotive brisée s'étant répandu sur la voie, les cinq

D'après une caricature de l'époque.

voitures suivantes vinrent donner dans ce brasier. Les wagons étaient alors fermés à clef; aucun voyageur n'avait pu s'échapper; les malheureux furent brûlés vifs! on dénombra quarante-trois morts, parmi lesquels le célèbre amiral Dumont d'Urville et une cinquantaine de blessés, dont l'illustre mathématicien Joseph Bertrand, alors âgé de vingt ans, qui eut le visage écrasé.

Depuis lors, Bellevue était devenu un délicieux petit village enfoui dans la verdure et dans les fleurs. Le dimanche, nos parents nous emmenaient manger une friture à la « Pêche miraculeuse », ou diner à la « Tète- Noire ». La guerre de 1870 et le siège de Paris mirent fin à cet âge d'or. Les Prussiens dressèrent leurs batteries sur la colline et de là bombardèrent Paris.

Hier, nous avons voulu passer en revue nos souvenirs; et pendant que nous parcourions la Grande-Rue de Bellevue, restreinte, presque obstruée par deux antiques pavillons, notre pensée se reportait de quarante ans en arrière...

C'était aux premiers jours de mars 1871 ; la guerre étrangère venait de finir; la guerre civile allait éclater... Petits Parisiens encore meurtris des misères du siège, nous errions, mon frère, quelques camarades et moi, dans cette même rue.

Les Bavarois — aux casques chenilles — occupaient le village, fumant des pipes de porcelaine, buvant, jouant aux cartes devant les maisons troués par les obus... Sur la chaussée, des tables, des fauteuils, un piano... En uniforme de collégiens, le képi campé sur l'oreille, nous étions venus voir ce qui survivait de nos chers « environs de Paris » : Meudon, Sèvres, Saint-Cloud.

Partout l'incendie, le pillage, la désolation, la mort. Le matin, dans les ruines fumantes du château de Meudon — où des poutrelles de fer tordues par le feu soutenaient mal des pierres et des corniches croulant sur

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des escaliers disloqués — parmi les décombres calcinés, que le printemps commençait de recouvrir d'herbe verte, nous avions ramassé des agglomérats de vases et de glaces fondus; des papiers mi-brûlés ; une branche intacte d'éventail Louis XV... et les uhians ricaneurs regardaient curieusement passer ces gamins porteurs d'un uniforme inconnu...

Il fallait cependant déjeuner : inutile de songer à pénétrer dans l'hôtel de la Tête-Noire, ou dans les cafés remplis d'officiers et de soldats. Nous trouvâmes enfin abri chez un épicier de la Grande-Rue. Ce brave homme nous installa dans sa chambre à coucher et nous servit un plantureux déjeuner, le premier que nous prenions hors Paris depuis l'investissement!

Malgré notre émotion, nous fîmes honneur au gigot saignant, aux œufs frais, au pain blanc du bon épicier... Puis nous avions été revoir — les larmes aux yeux — les endroits familiers oii nos mamans nous emmenaient naguère jouer à cache-cache et à colin-maillard...

Une batterie prussienne enterrée sous des épaulements, des gabions, des sacs à terre, des abatis d'arbres occupaient la terrasse de Brimborion; des officiers — sanglés dans leur uniforme bleu — fumaient de gros cigares à la place où s'élevait jadis le château de la marquise de Pompadour... (*). Encore aujourd'hui —

(1) On décida, vers le 18 août 1870, de fermer par trois solides redoutes de campagne la trouée qui existait entre le fort de Montretout et celui dont on projetait la construction à Châtillon. Les

après tant d'années révolues — je revois, en fermant les yeux, ce douloureux spectacle...

Mais sur nous tombe la nuit bleue; les lumières s'allument dans la grande ville toute scintillante oîi les étoiles du ciel semblent se refléter, et la brise embaumée des acacias en fleurs balaye ces tristes souvenirs de son enivrant parfum!...

travaux devaient être complétés par la mise en état de défense du château de Meudon. Les emplacements choisis pour les redoutes furent ceux de la Brosse, de Brimborion et de la Capsulerie.

La redoute de Brimborion, sur le mamelon 92, immédiatement au sud-ouest du pont de Sèvres, était destinée à battre le ravin de Sèvres et les revers de Ville-d'Avray.

Les travaux commencèrent à Brimborion le 27 août. Le 19 septembre, les fossés avaient 5 mètres de profondeur, mais le parapet pour la fusillade présentait encore une lacune de 100 mètres sur la face est.

(Note du capitaine Girard communiquée à M. G. Gain, par M. Cazalas, chef de bataillon du génie à l'État-Major de l'armée).

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