AU CHATEAU DE VERSAILLES
LA Bibliothèque bleue : Une salle minuscule à peine haute de trois mètres, large de quatre, dans les petits appartements de la Reine au château de Versailles (i); des boiseries blanches encadrent des rideaux de soie bleue aux tons fanés; sur la cheminée, une pendule, un groupe allégorique en bronze doré que l'inventaire officiel dénomme « l'Astronomie » : une déesse élégante et fine, un Amour regardant dans une lunette; une sphère, un oiseau, coq ou hibou... Cette Astronomie repose sur un socle assez élevé, une sorte de colïret-
(1) La Bibliothèque Verte (ou Bleue), dont les armoires vitrées sont actuellement recouvertes de rideaux de soie bleue, avait été la chambre de bains de Marie Leczinska. C'était l'ancienne pièce des femmes de chambre.... Cette pièce n'offre rien de remarquable aujourd'hui; Marie-Antoinette lisait fort peu « hors quelques romans, dit Besenval, elle n'a jamais ouvert un livre. » (C. Gazes, Le Château de Versailles, p. 138.}
dont les quatre côtés, ornés de colonnettes de cuivre ajouré et doré, recouvrent une soie lie de vin; le tout d'aspect assez lourd, d'apparence étrange.
Près de la pendule, sur le marbre de la cheminée, une clef quelconque, un carreau de fer, à ce carreau une étiquette : « Clef de la pendule à musique de M. A. ))... M. A., c'est Marie-Antoinette de France, archiduchesse d'Autriche, et cette pendule fut très certainement l'un des « joujoux » préférés de la fille de Marie- Thérèse.
Notre guide, le comte de Beauchamp, que passionne cette amusante question des pendules de Versailles, a fait le nécessaire : M. Le Roy, l'horloger de la marine, l'homme de France qui sait le plus habilement panser les plaies des horloges fatiguées et des « mouvements » trop usagés, a été convié.- II s'agit de remettre en marche les vieux ressorts qui, jadis, déclanchaient les airs chaque fois que l'heure sonnait.
M. Le Roy rabat l'un des côtés du socle et met à nu un mouvement d'horlogerie très compliqué... des roues, des ressorts d'acier, des boulons de cuivre, des pivots, des rochets, des engrenages. M. Le Roy affirme que c'est fort simple; croyons-le sur parole ; d'autant que le vieux cadran porte son nom : « Le Roy-Paris ». A dire d'expert, la pièce doit dater de 1787.
Depuis plusieurs mois, l'habile praticien a appliqué tout son art à réparer cette mystérieuse horloge, dont la boite à musique — car le cotTret renferme une boîte à