‹ Environs de Paris --Chapitre 26 sur 59 · LA PENDULE A MUSIQUE DE MARIE-ANTOINETTE · texte numérisé non relu

LA PENDULE A MUSIQUE DE MARIE-ANTOINETTE

Cliché de M. Le Rov.

UN CON'CERT d'oITRE-TOMBE 177

déjà fort détraquée et la clef manquait. Cependant, en utilisant le carreau de l'espagnolette d'une certaine fenêtre, on pouvait arriver, en forçant un peu, à extraire quelques notes plaintives. Pour vague qu'elle fût, l'indication restait précieuse, l'énigme se précisait, on savait où trouver le médecin capable de panser la plaie ; bientôt, grâce à l'aimable intervention de MM. Dujardin-Beaumelz et de Nolhac, la pendule de la Reine entrait en pension chez M. Le Roy : il n'était que tempS; paraît-il.

Ce que furent ces réparations, de quels soins minutieux et prolongés la relique dut être entourée, on le devine aisément; la science de M. Le Roy fit le reste, et c'est en l'honneur de cette réparation que nous venions aujourd'hui écouter — avec quelle dévotion ! — le concert exécuté par la pendule de Marie-Antoinette. Je dis « concert », car le programme comporte dix numéros : 1° « Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille? » quatuor de Lucile, opéra de Grétry (1769) ; 2° Passepied; 3° Allemande; 4" Gavotte d'Armzrfe, de Gluck (1777); 5° // pleut, il pleut, bergère, romance par Fabre d'Eglantine; 6° Ariette; 7" Air de la Camorgo ou Paris est au roi (contredanse) ; 8° Musette de Nina ou la Folle par amour, de Dalayrac (1786i; 9° V Amour est un enfant trompeur, des Chevaliers, de Boufflers, musique de Martini; 10° « Avec les jeux dans le village », vaudeville des Amours d'été.

La plupart de ces airs étaient connus et presque

populaires; deux, toutefois, sont ignorés des meilleurs musicographes : ni M. Julien Tiersot, ni notre érudit ami Charles Malherbe n'ont pu identifier les numéros 2 et 3 : le Passe-pied et l'Allemande. Ce sont presque sûrement des motifs rapportés de Vienne par la Dauphine, fille de Marie-Thérèse, et piqués sur le rouleau de liège d'après ses indications.

Cependant, M. Le Roy a tiré de sa poche les pinces, les outils, les tiges d'acier nécessaires. Il a vérifié des rouages, poussé des boutons, réglé des écrous : « Asseyez-vous, Messieurs, nous commençons... » Et // pleut^ il pleut, bergère, résonne doucement... Nous percevons un son léger, menu, cristallin, vieillot, mais cependant très reconnaissable, malgré les fausses notes et les vibrations usées; c'est très mélancolique, très loin de nous; cela évoque à la fois des chatoiements d'étoffes fanées, des gravures de Debucourt, des pastels d'aïeules, des odeurs de frangipane... Par moment les modulations s'arrêtent, la pendule semble toussoter, les notes hésitent, tremblotent, puis finissent par sortir... On croirait entendre une voix de chanteuse très fatiguée, mais qui se souviendrait encore d'avoir été charmante...

Les airs succèdentauxairs, le passe-pied à la gavotte, le quatuor de Lucile à la Camargo.

Silencieux, émus, pensifs, nous écoutions ce concert d'outre-tombe.

Alors, en fermant à moitié les yeux, assis à bonne distance sur les somptueux fauteuils de tapisserie de la

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