‹ Environs de Paris --Chapitre 30 sur 59 · JOSÉPHINE · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE

Prudhon, pin.ril,

Serbelloni chez « Madame Bonaparte » aussitôt que le général partait pour quelque ville voisine, — fut le premier invité de la frivole « générale ». Il faut ajouter, à l'excuse de Joséphine, que le citoyen Charles était irrésistible.

« Petit, mais bien fait, il avait la peau fort brune, les cheveux d'un noir de jais, les dents et les yeux passables. Il s'exprimait toujours en calembours et faisait le Polichinelle en parlant. » Tel était l'heureux rival de Bonaparte !

A. Lenoir, directeur du musée des Petits-Augustins, aide Joséphine à améliorer, à modifier, à embellir Malmaison (1).

Isabey organise dans les combles un théâtre où les charades succèdent aux proverbes et aux comédies légères.

Bonaparte avait rapporté d'Italie un goût très vif pour les charades en action » : il ne dédaignait pas d'y prendre part; et Isabey — dans des Mémoires que l'extrême obligeance de M'"'' Rolle nous a autorisé à consulter — nous le montre « choisissant de préférence les rôles tra-

(1) Lenoir fait édifier « sur un rocher dont l'eau paraissait sortir », un temple « genre antique », orné de huit colonnes ioniques en marbre rouge. Sous les arbres, il place un « Saint-François en habit de capucin, par Germain Pilon, ainsi qu'un bas-relief funéraire sculpté dans le marbre noir par Girardon, afin qu'il y eût dans le parc un tombeau, suivant l'ordonnance d'un jardin anglais. Les obélisques en marbre de Givet d'un si joli ton de roses fanées proviennent du château de Richelieu, en Poitou. (Jacquier et Duceberg.J

EWIBONS DE PARIS

giques, affublé d'un châle pour costume, un plumeau en guise de panache, le balai d'âtre comme sceptre... Mais aux jeux innocents, lorsque à la restitution des gages il fallait qu'il chantât, il chantait faux et toujours l'air de Malbrouk s'en va-fen guerre ! «

La troupe dramatique — dirigée par Dazincourt et Michaud, de la Comédie-Française — se composait de MM. Eugène de Beauharnais, Lauriston. Bourrienne, Isabey, Leroy, Didelot ; de M™'= Hortense de Beauharnais, Caroline Murât, Anguié... M^'° Mars était appelée lorsque ces dames témoignaient le désir de recevoir ses conseils.

Au répertoire : le Barbier de Séville^ le Dépit amoureux, la Gageure imprévue, les Fausses Confidences, VAvare, les Plaideurs, etc.. La représentation terminée, on organisait une sauterie!

C'est la période héroïque ; la Cour de Mal maison prépare les fastes de la Cour impériale. Bonaparte se plaît à s'entourer d'artistes et de littérateurs, Bernardin de Saint-Pierre, Ducis, Legouvé, Colin d'Harleville, Voiney, Népomucène Lemercier, Marie-Joseph Chénier, Méhul, Talma, Gérard et Girodet sont les hôtes habituels du Premier Consul, et aussi Isabey, familier du logis, qui parvint à faire, « sans qu'il posât », le portrait du maître en habit échancré de colonel des chasseurs

Isabey nous donne encore — spirituel et vivant croquis — cette amusante vision du « Trianon consulaire ».

« Quel mouvement... A six heures du matin, les

ministres ; à huit heures. les rapports des préfets el de lÉtat-Major... entre le déjeuner et le dîner, les conseillers d'État, les consuls... puis les aides de camp expédiés de tous côtés ; des estafettes, des tambours, des trompettes... la garde qu'on relève! Des visiteurs viennent faire leur cour à M""^ Bonaparte, ou ce sont des maîtres pour Hortense... on annonce les ambassadeurs... Du soir au matin les chevaux piaffent; les jours de spectacle, c'est un encombrement... Le lendemain, au lever du jour, tout est remis en ordre, puis cela recommence! Le premier levé, c'est le maître ; le dernier couché, c'est encore lui. car on le retrouve quelquefois — lorsque tout repose — son bougeoir à la main dans la bibliothèque, marquant sur une carte des victoires à gagner 1 » La vogue de Malmaison finit avec le Consulat... Mais Joséphine — après le divorce — a repris le chemin de l'ancien nid >). Elle y conserve « le rang, la magnificence et la grandeur d'une impératrice douairière {^) ».

1 « Après le divorce si terrible pour le cœur de l'Impératrice qui n'a jamais pu s'en consoler, l'excellente princesse ne quitta plus la Malraaison, excepté pour faire quelques voyages en Navarre. Chaque fois que je rentrais à Paris avec l'Empereur, je n'étais pas plutôt arrivé que mon premier soin était d'aller à la Malmaison. Rarement j'étais porteur d'une lettre de l'Empereur; il n'écrivait à Joséphine que dans les grandes occasions. « Dites à l'Impératrice que je me « porte bien et que je désire qu'elle soit heureuse ». [Mémoires intimes de Napoléon I'^. par Constant, son valet de chambre, tome III, chap. XXIV.

(2y Les Jardins de la Malmaison, par Ventennat et A. Bon- PLOND, p. 63.

Elle y reçoit les rois (i), elle y soigne ses roses et elle y meurt le 29 mai 1814, à onze heures du matin. Quatre jours au[)aravant, quoique déjà souffrante, elle avait tenu à faire elle-même les honneurs du château à l'empereur de Russie et au roi de Prusse (-)...

Le 30 mai, les camelots parisiens criaient aux coins des rues : « Le testament de l'impératrice Joséphine, trouvé ce matin dans son château de Mal maison... » Le 2 juin, le clergé de Notre-Dame célébrait — en musique — la messe mortuaire à l'église de Rueil de la « bonne fée napoléonienne! »

Joséphine enterrée, l'on dresse des inventaires et l'on constate que l'incorrigible dépensière, dont Napoléon a si souvent réglé les dettes, ne laisse pas de quoi payer les deuils de ses gens, ses frais de maladie et d'enterrement!

(1) De temps en temps, l'Empereur revient à Malmaison. En mai 1811, Joséphine le reçut dans le jardin. « Us s'assirent tous deux sur un banc circulaire autour d'un beau tulipier »; toutes ces dames, cachées derrière les rideaux des croisées, tâchaient de deviner sur l'expressive physionomie de Joséphine et sur les gestes de Napoléon de quels sujets ils s'occupaient... Deux heures s'écoulèrent... Enfin, l'Empereur prit la main de l'Impératrice, la baisa et monta dans sa calèche, qui était devant la porte du parc.

(2) Mais les Alliés, vainqueurs, la rappellent à la Malmaison, séparant les Beauharnais de Bonaparte ; et, le 16 avril, le Journal des Débats peut annoncer que la mère du prince Eugène est de retour à la Malmaison. Le lendemain, l'empereur Alexandre lui rend visite. 11 reviendra et Joséphine, pour le recevoir, confiante dans les fards et les poudres, se pare de ses robes les plus claires, de ses plus légères mousselines. (J. Ajalbert et E. Du.monthier, Histoire et guide du château de la Malmaison.)

I,\ MVLMAISON

Il faut liquider : le |)rince Eugène, son fils, garde le château et le parc, mais vend les terres et les bois et cède la galerie de tableaux. En 1829, après la mort d'Eugène, c'est la ruine complète : on met les meubles

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