LA M AI, M. M SON
Ce sont tous ces souvenirs qui nous hantaient lors d'une visite que nous y fîmes, il y a quelque vingt ans.
VUE DE LA MALMAISON DU CÔTÉ DE l'OP.ANGERIE.
Mangin, jjinxit. Chapuis, sciilp.
Extérieurement, le château était à peu près ce qu'il est aujourd'hui, mais l'intérieur n'offrait que décombres et effondrements : plafonds éventrés, planchers croulants, mursdélabrés où pendaient encore par-ci par-là quelques
lambeaux d'étoffes noircies par la pluie filtrant à travers le toit disloqué... Mais quelles émotions ne ressentait-on pas à parcourir ces chambres nues où pointaient encore les clous auxquels Joséphine et la reine Hortense avaient suspendu l'image du Grand Absent (^)!
Un pan de mur du salon de musique jonchait le parquet déchiqueté ; seule la bibliothèque — presque intacte — avait conservé ses rayons, vides de livres, sur lesquels le portier faisait sécher sa récolte de pommes et de poires! Il fallait ouvrir l'œil avant de s'aventurer sur les solives branlantes et passer d'une pièce dans une autre... Dans la chambre à coucher de Joséphine apparaissaient encore quelques filoches du damas rouge qui jadis tapissait les parois... Entre deux portes, un trou pratiqué dans le mur — une sorte de minuscule armoire de fer... « — C'est ici, assurait notre cicérone, que Bonaparte renfermait ses économies !» — Et ces décombres, ces loques, ces bustes cassés,, ces décorations fanées,
(1) Je n'avais pas revu ce coin de terre depuis des années et je me rappelle que V. Sardou a eu la joie d'y donner une fête et d'y passer pareil à une apparition d'un autre Bonaparte.
« Oui, me disait-il, nous avons déjeuné dans la salle à manger, Réjane, Porel, Moreau, moi et tous les artistes pour la 200'^ de Madame Sans-Gêne. L'habitation que j'avais vue en très bon état avant la guerre était alors dans des conditions lamentables. Toutes nos jeunes femmes voulaient voirie cabinet de toilette de Joséphine et la place de sa baignoire (c'est encore une des parties les mieux conservées), mais on osait à peine monter au premier étage par les marches disjointes et se hasarder sur un parquet pourri... (J. Claretie, Journal d'un Parisien.)
ces corridors sonores, ces allées de parc envahies par les mousses, les lichens et les herbes, ces injures du temps et ces salissures des hommes laissaient Malmaison plus « historique » qu'il ne le fut au lendemain de l'insuffisante restauration ordonnancée par feu Osiris(i). Loin de nous la pensée de persiffler ce très brave homme dont l'intention fut excellente, mais à qui manquèrent la science et le goût nécessaires pour mener à bien la tâche difficile qu'il avait entreprise le jour où il acheta le
domaine, l'arrachant ainsi aux griffes de la bande noire. Ilâtons-nous d'ajouter que ces tares ont déjà — en
(1) M. Osiris a fait lui-mérae le récit de la genèse de l'aciiat de la Malmaison.
— « Avais-je réellement le désir d'acheter le château de la Malmaison lorsque, par une belle journée de juillet 1896, me promenant de ce côté avec un ami, je m'arrêtai devant une affiche qui annonçait la mise aux enchères de cette ancienne résidence. Je ne saurais l'affirmer. Nous avions déjeuné comme des rapins en