MADAME ROLAND
D'après un médaillon de l'Époque.
toute fortune! On célèbre le triomphe des Roland; un
(1) Voici ce que Bosc écrivait à Bancal trois jours après : « Vous avez appris l'aventure qui m'est arrivée. Il s'agit actuellement d'en profiter pour le plus grand bien de la nation, et des
beau soir, Bosc donne à dîner au Bois de Boulogne: six convives, dont M™' Roland et trois ministres... et
la note à payer s'élève à 15 francs... 0 temps idylliques!
Dès que les devoirs de sa charge lui en laissent la possibilité, Bosc court herboriser à Sainte-Radegonde, que semble lui avoir abandonnée son ami Bancal... Là seulement il est heureux, et proclame l'excellence des temps nouveaux. Ce beau rêve se dissipe vite. Survient le 31 mai : la chute de la Gironde, la mise hors la loi des Roland et des Girondins. Bosc — qui tout d'abord a été arrêté, puis relâché — n'a qu'un but : se dévouer. Il aide — au péril de sa tête — Roland à franchir les barrières, Tinstalle en son sauvage ermitage,
BOSC vtr.s 1820.
D'après une estampe communiquée jiar M. A. Rey.
particuliers qui la composent. 11 s'agit de désaristocratiser la poste et de lui rendre la confiance doit elle doit jouir.
« Nous travaillerons, nous nous priverons de tout plaisir pour parvenir à notre but, et certes, le diable s'en mêlera si nous n'y parvenons pas... » (Lellres de M™"" Roland, Perroud, appendice K., p. 678.)
EN FORÊT DE MONTMORENCY
puis revient en hâte à Paris... M'"'' Roland est depuis la veille incarcérée à l'Abbaye... La tacite complicité d'un camarade, « inspecteur médical des prisons », facilite à Bosc l'accès des cachots. Il peut enlin revoir sa grande amie... lui parler! Par une feinte cruelle, M™^ Roland, mise en liberté le 24 juin, est arrêtée de nouveau le même jour et celte fois enfermée à Sainte-Pélagie. Là encore, Bosc parvient jusqu'à elle; il lui apporte des roses du Jardin des Plantes ou quelques fleurs cueillies aux environs de Sainte-Radegonde... et ces pauvres fleurettes mettent un peu de joie, de lumière et de parfum dans l'ignoble cachot où la malheureuse écrit en secret ses mémoires, cet « appel à l'impartiale postérité » dont elle confiera à Bosc les premiers cahiers... Un jour M™" Roland lui réclame de l'opium... elle veut se tuer, et ce brave Bosc, le cœur déchiré, a eu le courage de répondre à cette femme qu'il adore « que l'intérêt de la République et de sa propre gloire lui commande d'aiTronter(i) l'écha-
(1) C'est alors que la certitude de la défaite de son parti et de sa condamnation prochaine, jointe au désir de se soustraire aux outrages du tribunal et aux clameurs de la foule, inspirent à Mme Roland le projet de prévenir le supplice par le poison. Elle écrit les plus belles pages de ses Dernières pensées, témoigne ses regrets, envoie des consolations à ceux qu'elle aime, lègue à Bosc une de ses bagues et un dessin qu'elle achève et le prie de lui faire passer de l'opium. Celui-ci lui répond que l'intérêt de la République et de sa propre gloire lui commande d'affronter l'échafaud ; elle se résigne : « Jamais, dit le brave Bosc, rien ne m'a plus coûté que d'écrire cette lettre. » (Auguste Rey, Le Naturaliste Bosc, p. 30.)
faud »... On sait le reste: la mort héroïque de M""" Roland, le suicide de Roland, la dispersion de la Gironde et le massacre des Girondins.
Rose, désespéré, proscrit, regagna son ermitage... De temps en temps, au péril de sa tète, il rentrait à Paris, vêtu en paysan, s'informait du sort de ses camarades, puis revenait se terrer en son épaisse forêt. L'ermitage devint alors lieu d'asile. Rravant cent fois la mort, il y recueille tout d'abord Larevellière-Lépeaux, mis hors la loi (i), puis un autre conventionnel, Masuyer. Là, ces malheureux, sans ressources, vivent « de très peu de pain, de quelques pommes de terre, de limaçons et d'un peu de lait »... Rose a enfoui son trésor, « les cahiers manuscrits des mémoires de M"'' Roland », dans son ermitage, « en un trou creusé au-dessus de la poutre de la porte charretière »... Masuyer tente de quitter Sainte-Radegonde; il est arrêté et exécuté le jour même !
D'autres proscrits se cachent aux environs, Rose veille sur eux et les sauve I...
La tourmente passée, ce remarquable savant était élu, en 1806, membre de l'Académie des sciences (sec-
(1) Je n'avais sur moi que quelques assignats, du mauvais linge et un méchant habit. Le pauvre Bosc était aussi dépourvu que moi. Arrivés là, nous fûmes réduits à vivre de très peu de pain, de quelques pommes de terre, de limaçons et d'un peu de lait. Nous avions pour toute volaille, dans la basse-cour, une poule qui nous donnait quelques œuf frais; ils m'étaient toujours destinés à cause du pitoyable état de ma santé. [Mémoires de Larevellière-Lépeaux, t. I, p. 183).
EN FORET DE MONTMORENCY
tion d'histoire naturelle)... Il travaillait, songeait à ses amis morts, défendant leurs mémoires comme il avait défendu leurs existences...