‹ Environs de Paris --Chapitre 37 sur 59 · LA TOMBE DE BOSC A SAINTE-HADECONDE · texte numérisé non relu

LA TOMBE DE BOSC A SAINTE-HADECONDE

Cliché A. Rey (').

Le 10 juillet 1828 on l'inhumait, selon son désir, dans le champ fleuri de Sainte-Radegonde.

C'est la tombe de cet homme de bien à qui la veuve

(1) Qu'il nous soit permis de remercier publiquement M. A. Rey — l'excellent auteur du Nattiraliste Bosc — d'avoir bien voulu mettre à notre disposition les remarquables clichés qui illustrent ce chapitre — G. C.

de Louvet écrivait: « Adieu, mon ciier Bosc, vous qui aimez vos amis quand ils sont persécutés, calomniés et proscrits w, que nous sommes venus saluer aujourd'hui. Le loyal, honnête et fidèle Bosc repose ici, dans ce coin de terre parfumée où il aima, oîi il fut aimé...

A droite, à gauche, au hasard, nous avons fait un gros bouquet de fleurs et d'herbes, nous avons lié d'un liseron la gerbe embaumée et, avec une respectueuse émotion, nous l'avons lancée par-dessus le treillage, au pied de la stèle agreste qui recouvre les restes de ce bon Français.

LA (( FOLIE » SAINTE-JAMES

BACHAUMONT raconle en ses Mémoires secrets qu'un jour, (( le roi Louis XVI en allant ou revenant de la ctiasse, rencontra un rocher énorme traîné par 40 chevaux. Surpris, il demanda ce que c'était. On lui répondit que le rocher était destiné pour le jardin anglais qu'un financier faisait arranger à Neuilly » . Rien de plus exact : le rocher provenait de Fontainebleau et devait, en effet, servir à l'ornementation du parc que lé baron Baudard de Vaudésir, seigneur de Sainte-James, organisait dans sa « Folie » de Neuilly, près Paris. Ces environs de Paris furent, dès 1770, lieux d'élection pour les grands seigneurs et les riches financiers; le comte d'Artois venait de faire élever par l'architecte Bellanger le délicieux palais de Bagatelle, et Baudard de Vaudésir avait acquis un vaste terrain situé aux bords de la Seine, entre le pont de Neuilly et la propriété du prince.

Baudard de Vaudésir — au nom magnifique — était le type parfait du parvenu. M™'= Vigée-Lebrun nous le dépeint « de moyenne grandeur, gros et gras, visage très

EWIROXS DE PARIS

coloré, de cette fraîcheur qu'on peut avoir à cinquante .ans passés quand on se porte bien et qu'on est heureux » ; il recevait à sa table somptueuse des dames qui lui souriaient; des grands seigneurs qui lui empruntaient son argent et des gens d'esprit qui daignaient le trouver spirituel. Il remplissait la charge enviée de trésorier général de la marine, et la place, paraît-il, « était bonne pour les profits ordinaires et aussi pour les profits secrets ». Riche à millions, le baron de Sainte-James, qui déjà possédait un somptueux hôtel à Paris, au n° 3 de la place Vendôme (c'est aujourd'hui l'hôtel du Rhin) ne pouvait manquer de sacrifier aux goûts bucoliques, si à la mode vers la fin du xvin" siècle, et ses goûts se compliquaient du désir de « faire mieux encore » que son voisin, M. le comte d'Artois. Il avait payé cent mille écus pour la décoration de son salon, par Lagrenée le Jeune, cinq mille louis pour sa salle à manger, plus encore pour le boudoir de Madame sans parler d'un superbe cabinet dhistoire naturelle, métaux et demi-métaux, oiseaux rares, voire même « une exposition de crabes » !

A quoi servirait-il d'être trésorier général de la marine si l'on n'étonnait pas par son faste les populations ?

Le transport du rocher qui devait tant surprendre ce pauvre Louis XVI fut l'un des traits de génie de l'opulent financier. C'était tellement paradoxal, tellement étrange, tellement fou, que Paris, pendant deux jours, ne s'entretint que du rocher de M. de Sainte-James, et du coup

LA (( FOLIE » SAINTE-JAMES

le baron fut célèbre. L'architecte Bellanger — celui-là même qui venait de construire Bagatelle — fut requis de faire, — vers 1777 — pour la Folie Sainte-James « ce

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l.i; l'El;i;u.\ DE SAINTE-JAMES.

Collect. (le M. de Canib';

qu'il voudrait pourvu que ce fût cher! « Dans le « Guide des amateurs et étrangers w (1787 , Thierry nous donne la description du château. « La façade de la cour était ornée d'un joli péristyle d'ordre ionique élevé sur quel-

ques degrés; du côté du jardin, un perron à deux rampes terminées par deux lions « dans le genre antique » en marbre bleu turquin et recouvert par un baldaquin dans le goût chinois, dominait un paysage délicieux qu'encadraient à droite le pont de Neuilly, à gauche le Mont-Valérien... » Thierry signale encore les serres chaudes « couvertes de verres très épais » qui en dissimulaient les limites, et décrit avec admiration « une rivière factice disposée dans le parc de façon que la Seine semble en faire la continuation ». Dans cette rivière étaient aménagées deux îles, l'île des Magnolias, parsemée de groupes en marbre, de bronzes, de vases antiques, de colonnes; « de kiosques dans le genre chinois, ornés de bambous; » et l'île des Acacias, égayée d'un buste d'Apollon en marbre blanc ». Il y avait encore des statues de Lemoyne(^), de Pajou, de Pigalle, une laiterie, un « gouffre », une cascade, des souterrains, une Vigne à l'italienne, un Temple de Bacchus, de faux gazons en sparterie! etc., etc.; enfin, touchant la rivière, s'élevait la merveille, le « Rocher ». Ce rocher — amas de blocs rocheux rapportés de la forêt de Fontainebleau — mesurait 43 mètres de longueur sur 18 de largeur et 12 de hauteur! Il contenait une salle de bains, deux galeries, un salon. Une pompe à feu, installée sur les bords de la Seine, alimentait la rivière et le réser-

(1) Un groupe de Lemoyne à la Folie Sainte-James. Communication de M. Marmottan [Bulletin de la Commission historique de Neuilly, 4908.)

LA « FOLIE » SAINTE-JAMES

voir d'eau. Cette grandiose excentricité avait coûté à M. de Sainte-James la jolie somme de 1.600.000 livres, et le comte d'Artois, frère du Roi, gémissait (^)... « Je

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