VCE DU JARDIN DE VAUX-LE-VICOMTR AD XVII« SIÈCLE
brutale et rapide tragédie : le premier acte commençait par une fête et, dix-neuf jours plus tard (5 septembre 1661), à Nantes, une arrestation terminait le dernier tableau.
La fêle fut celle que le surintendant des finances olTrit à son maître le 17 août 1661 en ce féerique château.
Depuis deux semaines à peine, Louis XIV avait daigné promettre sa visite à Nicolas Fouquet. Le 17 août le Roi se rendit de Fontainebleau à Vaux en un carrosse où avaient pris place Monsieur, la comtesse d'Armagnac, la comtesse de Guiche et la duchesse de Valentinois. La « languissante princesse Henriette, aux yeux pleins d'amour », Madame, fille de la reine d'Angleterre et sœur de Charles II, accompagnait, en litière, son royal et trop empressé beau-frère ; la Reine mère suivait en carrosse. Une compagnie de mousquetaires gris servait d'escorte (•).
Malgré la fièvre qui le minait, le surintendant, en moins de quinze jours, avait réalisé des prodiges; la surintendante, à peine relevée de couches, n'avait pas déployé moins de zèle. Les artistes de tout ordre, décorateurs, jardiniers, musiciens, artificiers, avaient été conviés. Des armées de cuisiniers — sous la direction du célèbre Vatel — avaient allumé leurs fourneaux; on
(1) A rarrivce du Roi, passé midi, les illustres voyageurs (le Roi, — la Reine mère, et ses dames en carrosse, — Madame en litière) traversèrent sans s'y arrêter la cour d'honneur et le château et l'on commença aussitôt la promenade dans les jardins Comme à cette époque on ne plantait pas des arbres en pleine croissance, le couvert et les feuillages n'étaient pas encore abondants. Leur principale beauté consistait dans les dessins des parterres et dans les jeux des eaux, plus de onze cents. (La Gerbe d'eau, les fontaines de la Couronne, des Animaux, la Cascade.)
Puis le temps devenant un peu noir, on jugea prudent de rentrer pour souper. {J. -Louis-Nicolas Fouquet, t. II, p. 524.)