‹ Environs de Paris --Chapitre 44 sur 59 · LES FOSSES I)U CHATEAU · texte numérisé non relu

LES FOSSES I)U CHATEAU

pliot.

qui le traitait si magnifiquement : « Ah! Madame, dit-il à la Reine mère, ne ferons-nous pas rendre gorge à ces gens-là? » Anne d'Autriche, secrètement indulgente pour FouqUet, eut toutes les peines du monde à calmer momentanément cet accès de rage : « Cette action ne

VOUS ferait guère d'honneur, mon fils, murmura-t-elle, chacun voit que ce pauvre homme se ruine pour vous faire bonne chère et vous le feriez arrêter dans sa maison ! »

Michelet a résumé ainsi l'imbroglio :

« Dans Les Fâcheux le Roi avait, dit-on, dicté ou inspiré la jolie scène du chasseur. Le vrai fond de la fête de Vaux fut réellement une chasse. La chasse de Fouquet par ses ennemis pour le faire tomber aux filets. La chasse de La Vallière pour la livrer au Roi. »

La comédie terminée, on admira le feu d'artifice, mais en même temps que s'envolait la dernière fusée, un roulement de tambours rassemblant les gardes indiquait que le Roi, refusant de coucher à Vaux dans la chambre fastueuse qui avait été préparée à son intention, décidait de regagner immédiatement son château de Fontainebleau (*).

Déjà, dans la cour d'honneur, les mousquetaires étaient en selle et la fête battait encore son plein, que le carrosse de Louis XIV avait déjà franchi les triples grilles du château.

Une simple phrase de M™Me La Fayette précise à merveille la double impression provoquée par l'excès même

(1) Toutefois, avant de partir, la Cour dut retourner au château, où une collation était préparée. Pendant le chemin, lorsqu'on ne s'attendait plus à rien, on vit en un moment le ciel obscurci d'une épouvantable nuée de fusées et de serpenteaux. Cela partait de la lanterne du dôme. iJ. Lair, Nicolas Fouquet^ t. II, p. 46.)

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de tant de fasle : « Le Roi en fut étonné et Fouquet le fut de remarquer que le Roi l'était... » Peut-être, à ce moment, le surintendant aperçut-il, derrière Louis XIV, le profil ricanant de son plus mortel ennemi, de son suc-

un COIM DES PARTERRES.

Û. C, phot.

cesseur désigné, de Golbert... Mais Fouquet se croyait si fort! Quo non ascendet était la devise dont il avait doté l'écureuil qui lui servait d'armoiries. « Où ne monleraitil pas? » Il avait grimpé trop haut, sa chute fut un écrasement.

On sait le reste. Pour perdre plus sûrement le surin-

tendant, ses ennemis le firent très redoutable. Après son arrestation, on trouva facilement chez lui « de quoi le faire pendre » : un plan de guerre contre le Roi, des ordres pour fondre des balles, des serments de capitaines prêtés à lui, Fouquet ; on trouva aussi beaucoup de tendres billets écrits par « des dames de bon cœur » un peu à court d'argent... On lui reprocha Belle-Isle fortifiée, transformée en place de guerre, on le présenta comme un criminel d'État; sauf quelques amis, qui, par hasard, ne furent pas des ingrats : M"" de Sévigné, La Fontaine et Pellissonen tête, la France entière se dressa contre le vaincu. « Priez bien Dieu et sollicitez vos juges, avait fait dire la Reine mère à mesdames Fouquet, car, du côté du Roi, il n'y a rien à attendre. » — « S'il est condamné, je le laisserai mourir », avait annoncé Louis XIV...

Le 10 décembre 1664, la Cour de justice condamnait Fouquet à l'exil et le Roi changeait cet exil en une prison perpétuelle — singulière commutation de peine ! — Seize ans plus tard, le fastueux surintendant mourait à Pignerol, toujours captif. Mais sept ans auparavant, j^me Fouquet avait racheté aux créanciers, moyennant une somme de 1.250.000 livres, la terre de Vaux, hélas! bien dévastée. Non seulement Louis XIV avait accaparé une partie des statues, mais encore le Roi avait mis en coupe réglée les futaies, les serres et jusqu'aux réserves jardinières de Vaux.

En 1715, le duc de Villars, maréchal de France, ache-

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lait le domaine, que son tils — continuant l'œuvre de destruction — saccageait à ce point qu'il vendit, paraîtil, au poids, pour plus de 450.000 francs de plomb provenant des conduites d'eau arrachées de terre.

A la suite de tant de vandalisme, l'admirable pro-

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