UN COIN DES FOSSÉS
Q. C, pbol.
priété n'était plus que l'ombre d'elle-même. Les roseaux avaient envahi les bassins disjoints et les canaux vaseux; les cascades pétrifiées n'épanchaient plus que des lierres, des colonies de crapauds avaient remplacé le peuple des déesses d'antan, émigrées en partie sur les pelouses de Versailles. Les beaux jardins chantés par La Fontaine
étaient devenus une sorte de maquis sauvage, les grolles dépouillées de leurs dieux de marbre, des nids à couleuvres et à vipères.
En 1875, un Mécène au goût sûr, M. Sommier survint à point nommé pour arrêter l'œuvre de destruction. Il prodigua non seulement ses trésors, mais encore tousses soins à conserver à notre pays ce glorieux monument du passé. Après lui, son fils s'est assigné la tâche de parachever l'œuvre admirable de son père : il y a magnifiquement réussi.
Aujourd'hui, Vaux restauré demeure l'un des plus parfaits spécimens de notre art national.
Grâces en soient rendues, au nom de l'art, à ces deux noms français.
La Beauté triomphe de nouveau dans l'ancien séjour de Fouquet, et La Fontaine lui-même — dont un splendide buste en terre cuite, signé Houdon, sourit sur l'une des cheminées du château — n'aurait plus aucune raison valable de récrire, aujourd'hui, sa plaintive élégie:
Remplissez l'air de cris en vos grottes profondes, Pleurez, nymphes de Vaux, faites croître vos ondes.
Les nymphes do Vaux sont aussi choyées qu'elles ne le furent jamais!
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«TA chasse du cerf demande des connaissances qu'on JJ ne peut acquérir que par l'expérience; elle suppose un appareil royal, des hommes, des chevaux, des chiens, tous exercés, dressés, et qui, par leur activité et leur intelligence, doivent aussi concourir au même but. »
M. de Buffon devait certainement avoir enfilé ses plus riches manchettes le jour où il écrivit cette phrase grandiloquente, somptueuse comme le noble exercice qu'elle se proposait de magnifier. C'était d'ailleurs l'opinion de tous les grands seigneurs de l'ancienne France qui ne faisaient en cela que suivre l'exemple de leur souverain.
Être des chasses, avoir le « bouton » royal, porter enfin l'élégant uniforme que nous admirons dans les tableaux d'Oudry {^), — suspendus aux murs du palais
(1) Au mois de janvier 1728, le Roi ordonna au sieur Oudry, son peintre ordinaire, de le suivre à la chasse pour représenter une chasse de cerf dans l'eau. Le sieur Oudry en fit un dessin qui fut
de Fontainebleau, — monter dans les carrosses du Roi pour rejoindre les rendez-vous constituaient une des faveurs les plus enviées de l'ancienne monarchie.
Relisons, dans les Mémoires d' outre-tombe de Chateaubriand, le récit d'un de ses débuts cynégétiques.
Ceci se passait le 19 février 1787.
« Le duc de Coigny me fit prévenir que je chasserais avec le Roi, dans la forêt de Saint-Germain. Je m'acheminai de grand matin vers mon supplice, en uniforme de débutant, habit gris, veste et culotte rouges, manchettes de bottes, bottes à l'écuyère, couteau de chasse au côté, petit chapeau français à galons d'or... Le duc de Coigny nous donna nos instructions : il nous avisa de ne pas couper la chasse, le Roi s'emporlant lorsqu'on passait entre lui et la bête... On bat aux champs : mou-
agréé, sur lequel le Roi lui demanda un tableau de 12 pieds de large sur 6 pieds et demi de haut, pour placer dans le cabinet de Sa Majesté à Marly.
Les figures ont à peu près 13 à 14 pouces de hauteur. Il y a 13 portraits ressemblants. Le roi dans le milieu sur un cheval blanc nommé le Brasseur. A la droite du roi, M. le prince Charles monté sur VEclair. A la gauche, M. le Premier monté sur un cheval nommé U Aigle.
Sur le devant du tableau, M. le comte de Toulouse, à qui Sa Majesté parle et lui montre la chasse. Ce prince est monté sur le cheval nommé l'Arpenteur. Derrière le Roi, M. le duc de Retz monté sur le Royal.
A la droite de ce principal groupe, M. de Sourcy, commandant de l'équipage dû cerf, monté sur un cheval nommé l'Oiseau; et, à côté, M. de Lansmath, gentilhomme de la Vénerie, monté sur l'Insinuant. Devant le roi, à gauche, M. de Nestier, commandant
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vement d'armes, voix de commandement. On crie : le Roi! Le Roi sort, monte dans son carrosse; nous roulons dans les carrosses de suite... Au descendu des carrosses, je présentai mon billet aux piqueurs. On m'avait destiné une jument appelée « l'Heureuse » bête légère, mais sans bouche, ombrageuse et pleine de caprices... Le Roi mis en selle, partit; la chasse le suivit, prenant diverses routes... Un coup de fusil part, l'Heureuse tourne court, brosse tête baissée dans le fourré, et me porte juste à l'endroit, où le chevreuil venait d'être abattu : le Roi paraît... Le Roi ne voit qu'un débutant arrivé avant lui aux fins de la bête; il avait besoin de parler; au lieu de s'emporter, il me dit avec un ton de
la grande écurie, monté sur l'Effronté; à côté de M. de Dampierre, sur le cheval Le Galant, aussi monture du Roi. A l'extrémité du tableau, à gauche, le nommé Bonnet, coureur du vin, monté sur sa mule, avec sa cantine et tout son équipage.
Près de lui un valet de limier nommé La Bretèche, tenant son chien, tirant sur le trait.
Sur le devant et du même côté, un bateau de pêcheur dans lequel il y a un homme de l'équipage et le marinier, qui vont au-devant du cerf.
De l'autre bout, à la droite du tableau, un valet de chiens nommé Jean, tenant une garde de 8 jeunes chiens sur le bord de l'étang.
Le cerf est dans l'eau, affaibli par une grande quantité de chiens. Tous ces chiens sont les plus beaux de la meute, que Sa Majesté a choisis pour cette chasse, qu'elle a souhaité être peints, et dont quelques-uns l'ont été en sa présence. On voit, dans le lointain, la ville de Saint-Germain et la partie du bois faite d'après nature. Le Roi et tous les seigneurs sont en habit de l'équipage destiné pour la chasse du cerf. [Mercure de France, juin 1730, p. 1179.)
bonhomie et un gros rire : « H n'a pas tenu longtemps. » C'est le seul mot que j'aie jamais obtenu de Louis XVI... ».
Il existe parmi les trésors des Archives nationales un dossier dont l'étude ne laisse pas que de jeter un jour surprenant sur les dernières années de cette monarchie. Sous couverture de maroquin rouge doublée de tabis bleu, quelques étuis de toile grise, semblables à nos cartes routières usuelles, portent ce titre : « Chasses du Roi de 1771 à 1791 ». En ces étuis, une dizaine de carnets recouverts du haut en bas de la grosse écriture ronde, commune et serrée, de Louis XVL Le plus mince fascicule date de 1789...
Le pauvre Roi y dresse minutieusement, sur des feuilles qu'il a pris le soin de régler lui-même, ses « états de chasse ». Il précise avec amour chaque phase de la fête, depuis le lancé du cerf jusqu'à l'hallali. On sent que l'infortuné monarque a passé des heures et des heures à copier et à recopier ce mémento, dont il avait d'avance préparé les états récapitulatifs jusqu'à l'an 1806! Comme il les aimait « ses » chasses! Franchissant les halliers. sautant les haies sans souci de l'étiquette ni de la majesté royale, suant, criant, geignant; donnant du cor, soutenant de la voix les chiens, les relançant sur la bonne piste, Louis XVI se donnait tout entier à ces rudes besognes qui s'accordaient le
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mieux du monde avec ses modestes ambitions. La chasse étant la grande occupation du malheureux Roi, et son journal marque combien peu comptait pour lui le reste, puisque, en dehors de ses pratiques de dévotion et de ses « cures » de santé, les jours où il ne spécifie pas qu'il a forcé quelque cerf, tué des biches ou « pris un »