‹ Environs de Paris --Chapitre 5 sur 59 · MOUT HE CONDORCET · texte numérisé non relu

MOUT HE CONDORCET

Dessiné el gravé par Duple.-sis-Beilaux.

loi, il avait longtemps vécu caché au n*' 21 de la rue des Fossoyeurs (aujourd'hui, 15, rue Servandoni), à l'ombre

dirigea vers Fonlenay-aux-Roses, où il coniplait demander aux Suard, qu'il avait jadis obligés, riiospitalité pour quelques jours. Les Suard refusèrent de le recevoir.

Sans asile, Condorcet erre à l'aventure; le 7 germinal, il se trouve à Clamart-le-Vignoble, mourant de faim, exténué, ne tenant plus sur les jambes. 11 entra à l'auberge Crespinet et demanda à manger..... Les consommateurs, tous sans-culottes, pris de méfiance, interrogèrent le nouvel hôte. 11 déclara se nommer Pierre Simon...., valet de chambre; il n'avait ni certificat de civisme ni cocarde... (Maurice Dumoulin, Figures du temps passé.)

BOURG-LA-fîEINE ET LA HOSERAIE DE L IIAY

des haules lours de Sainl-Sulpice. Une femme admirable, M""" Veniet, l'avait recueilli et sauvé; un jour, le

L ANCIENNE MAISON DAIiRKT OL COMiOIlCliT SI-; SLIClliA.

1,.-!'. Aubey, pliot.

25 mars 1794, Condorcet apprend qu'une visite domiciliaire doit s'abattre chez sa courageuse hôtesse. Il partira; il n'exposera pas sa bienfaitrice à partager son sort... velu en ouvrier, la tête enfouie sous un bonnet

de laine, il s'éloigne... dans la poche de sa carmagnole il a glissé son livre favori Iloralil operti, — les œuvres d'Horace — ce bouquin que les sauvages de Glamart devaient prendre pour un libelle anglais... et aussi — suprême et terrible ressource — des pilules de poison préparées par Cabanis... Quelle agonie! Après avoir vainement cherché asile chez les Luard, des poltrons qu'il croyait ses amis, Condorcet avait erré dans les bois, puis, après s'être terré dans des carrières de plaire, mourant de faim, les pieds sanglants, il était venu chercher pâture en un cabaret de Glamart... c'est là que les ivrognes patriotes l'avaient happé!...

Nous interrogeons le coiffeur : (( Peut-on voir la chambre basse où expira Condorcet? » — « Impossible, la cave — car c'était une cave — s'étendait sous la courette où nous sommes... c'est aujourd'hui une fosse... mon prédécesseur avait vu la cave; et le morceau de bois qui sert de plafond à cet appentis où je mets mon vin en bouteilles n'est autre chose que la porte à guichet fermant la prison de Condorcet. . » ... Ainsi ce très grand homme, désespéré, à bout de forces, en fut réduit, pour éviter de pires souffrances, à venir s'empoisonner dans ce trou glacé, puant, qui n'est plus aujourd'hui qu'une sentine...! (*)

(1) Bourg-la-Reine a conservé quelques-unes lies anciennes industries qui jadis faisaient sa gloire. Si les faïenceries renommées ont disparu, nous retrouvons encore les restes de la manufacture royale des cires d'Antony. L'actuelle « Manufacture de cierges et

LE THEATP.E DE VERDURE A LA ROSERAIE DE l'mAV.

J. Graverea'ix, phot.

BOL'RG-LA-nEINl-: KT LA HOSF.KAIE DE L II.VY

Un plus aimable spectacle s'impose... nous le trouverons à 1.500 mètres de Bourg-la-Reine, à THay, où noire ami M. Gravereaux a doté Paris de la plus belle, de la

LE TEMPr,E DK I. AMOUR A LA l'.OSEliAlE DE L HAV. J. Gravereaux, phot.

bougies » fonctionne toujours ; les procédés utilisés pour le blanchiment de la cire d'abeilles par le soleil et la fabrication de la bougie de cire sont ceux qu'on employait il y a trois siècles !

La maison Carrière — laquelle s'enorgueillit justement de dater

plus poétique, de la plus embaumée des Roseraies; la Roseraie de l'Hay, un rêve de féerie, un conte oriental des mille et un jours, une apothéose de la Rose!

UNE ALLÉE DE LA ROSERAIE DE l'HAY.

J. Gravereaiix, phol.

Or non seulement M. Gravereaux adore « ses » roses, mais il admet qu'on puisse les aimer comme lui, il ouvre

de 1643 — possède les oulils, les poinçons, les bassines du xvir' siècle et, sur les « calibres » aux armes royales, destinées à « donner la forme » se lisent des indications telles que : « Bougies de nuit pour le Roy — 17 pouces de long ». — « Petit autel de la chapelle du Roy à Versailles — hauteur 4 pieds, etc »...

BOURG-LA-REINE ET l.\ RO^^ERAIE DE l.'llAY

les portes de sou empire parfumé aux lauatiques qui partagent sa passion... Entrons donc et remercions le

U.N COIN DE I.V llOSEliALE DE L IIAV.

J. fiiavere.uix, [ihol.

fameux rosiériste à qui nous sommes redevables de cette joie rare: C'est ici le décor des Fêtes galantes du divin Watteau, Pater, L^ncret, Fragonard, Eisen, Gravelot, et,

ENVIRONS DE l'AIUS

avec eux, lous les merveilleux décorateurs du xviii" siècle relrouveraient ici, intacts, les paysages, les jonchées de roses, les treilles enguirlandées qu'ils peignirent jadis avec une grâce non pareille.

Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales,

et les festons sont ourdis de roses thé et les astragales recouvertes de roses pompon.

Affable, souriant, heureux de notre ravissement, M. Gravereaux fait en amoureux et en artiste les honneurs de « ses roses »... 11 en conte l'histoire, en relate les légendes... mieux encore, ce sorcier, ne nous présentera-t-il pas, tout à l'heure, pieusement couchés sur un linceul d'ouate, des débris de roses recueillis en un tombeau d'Arsinoë... ! Ces pétales — dix-neuf fois séculaires — semblent des coupures de soie fanée... et pourtant M. Gravereaux en a déterminé l'origine, l'espèce, la forme, la couleur, l'odeur... il a reconstitué le rosier, il en a fait épanouir la fleur... On était brûlé vif pour moins que cela au xvi'= siècle.

Voici la rose « antédiluvienne » — ou peu s'en faut; voici la rose grecque ; ses cent feuilles embaument; et c'est peut-être une sœur très aînée de cette jolie fleur que ce farceur de Paris offrit à la belle Hélène uhi Troja fuitl Voici les roses des premiers chrétiens, que, dans le cirque du Golisée, la griffe des tigres déchirait en même temps que les corps tièdes des vierges des Catacombes! Cette rose rouvre auréolait les couronnes

liOtBO-LA-HKlNE KT I..\ HOSEBAIK DE L IIAY ZO

Yolivcs que les l)ellcs Romaines suspendaient aux rostres du Forum ou semaient sous les pas des Césars triomphants...

Celte petite rose, si rose, si gaie, si menue... je la reconnais! Greuze, Fragonard et Prudhon la mêlaient aux cheveux ébouriffés de leurs affriolants modèles si faussement candides! Plus sincère, Debucourt la plaçait sur la gorge rebondie d'une jolie femme feignant une résistance prête à toutes les capitulations, et c'était alors « la Rose mal défendue » !

Cette rose thé, le bel Hérault de Séchelles la mâchonnait sur le chemin de l'échafaud ; et Fimpéralrice Joséphine troqua, sans trop de regrets, le diadème endiamanté d'abeilles contre une couronne faite de ces roses de la Malmaison !...

Nous errons en rêvant dans ces charmilles, dans ces allées, sous ces berceaux de roses ; l'odeur, varie avec les espèces, et nous respirons tous ces enivrants parfums... si profondément, si intimement liés à la persistance des plus chers souvenir»...

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