‹ Environs de Paris --Chapitre 55 sur 59 · L.-P. Aubey, phot · texte numérisé non relu

L.-P. Aubey, phot

réduit édifié par son prédécesseur, M^"" de Ligny. C'est là que, confiné dans trois petites pièces hermétiquement closes aux bruits du monde, M. de Meaux s'enfermait

(1) Convention entre Messire Dominique de Ligny, aussi évêque de Meaux, pour rembellissement et décoration d'un petit bâtiment appartenant audit seigneur évêque, sur le rempart, Messieurs de la ville lui ayant accordé la jouissance de ce rempart depuis ledit bâtiment jusqu'au Potuis, autrement dit pont Notre- Dame. {Inventaire sommaire des Archives de Seine-et-Marne.)

pour travailler; là, dans le silence de la nuit, furent édifiés ces monuments de l'éloquence sacrée : les oraisons funèbres de Marie-Thérèse, de la princesse Palatine, du chancelier Le Tellier et du Grand Condé. Excédé des intrigues, des médisances et des commérages mondains, Bossuet, dès que ses charges à la Cour lui en permettaient le loisir — venait se « terrer » en « son » pavillon, laissant à sa nièce le soin de faire au « beau monde » les honneurs du palais épiscopal (i). Durant ses vingt-deux années de pontificat, M. de Meaux — assure son secrétaire-biographe M. l'abbé Le Dieu — préféra les trilles du rossignol nocturne aux violons des amateurs locaux!

Durant les vingt-deux années qu'il fut évoque de Meaux, d'après l'abbé Le Dieu, Bossuet travailla surtout

(1) Ce dimanche, 19 décembre, M. de Meaux a dit la messe dans sa chapelle, et, après dîner, il a assisté au sermon de la cathédrale et il s'est ensuite enfermé dans sa chambre à cause du froid, où il a reçu toutes les visites.

Ce. dimanche 16, Mm« Bossuet a fait, dans sa chambre, un concert après dîner, auquel M. de Meaux a assisté. [Journal de l'abbé Le Dieu, secrétaire de Bossuet.)

Ces fêtes furent intempestives parfois, car les mémoires de l'abbé Le Dieu nous apprennent que durant le carême de 1704, Bossuet, gravement malade, eut à souffrir cruellement de tant de bruit et de tapage : « Madame Bossuet a donné, ce soir, un festin. ... Le repas était magnifique en gras et en maigre avec tout le bruit qui accompagne ces sortes d'assemblées et néanmoins dans l'antichambre même de M. de Meaux et à ses oreilles, et lorsqu'il désirait le sommeil avec le plusd 'inquiétude. » (Mémoii^es de l'abbé Le Dieu, t. 111, p. 74.)

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dans le silence de la nuit. L'hiver, pour combattre le froid, M. de Meaux s'enveloppait jusqu'aux reins dans un sac de peaux d'ours. Après une veille de trois heures, il disait les matines et se recouchait.

Ce réduit et son verger de Germigny, un trou de feuilles au bord de la Marne, sis à deux lieues de Meaux, suffisaient à ses goûts de solitude, à son amour de la nature. « Dieu m'a fait la grâce que rien ne m'incommode, le soleil, le vent, la pluie... tout m'est bon. » Considérez les lis des champs et ces fleurs qui passent du matin au soir. Je vous le dis en vérité, Salomon dans toute sa gloire... n'est pas si richement paré qu'une de ces fleurs. . . »

Nous poussons une porte qu'encadrent deux modestes consoles... Quelle mélancolie dans ces cellules ascétiques dont les deux plus petites servaient, l'une d'antichambre, l'autre de chambre à coucher (i) I

Nous ouvrons non sans peine les volets grinçants : A droite le panorama de Meaux; à gauche, des jardins et des champs; devant nous s'enfonce, encore intacte, la célèbre allée d'ifs taillés formant une sorte de mur de bronze vert, l'allée de méditation où le grand évêque aimait à promener sa rêverie. Au bout, trois marches

(1) Le cabinet est précédé d'une antichambre qui y communique par une large porte à deux battants. A l'extrémité opposée à l'antichambre est ménagé un réduit fort étroit, où il couchait, dit la tradition ; une petite mansarde pour son valet de chambre complétait ce logement.... Il allait se confiner là huit jours, quinze jours même, pour travailler. (Garro, Histoire de Meaux.)

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disloquées verdies de mousses, conduisent à une balustrade de fer où dut souvent s'accouder l'admirable évêque; causant avec ses amis, le prince de Conti, le Grand Condé, le maréchal deVillars,le peintre Mignard, le duc de Bourbon, le poète Santeuil, M"^ de Montespan... Combien d'autres encore (*) !

L'évêché, aujourd'hui vide et démeublé, évoque un autre souvenir : ici se déroula l'un des actes du Retour de Varennes, sanglante tragédie où le couperet de la guillotine apparaît au dernier tableau !

Le percepteur de Meaux, régisseur du domaine, a bien voulu nous confier les clefs. Derrière la vaste cour, jadis seigneuriale, aujourd'hui envahie par les herbes folles, s'érige le palais épiscopal flanqué au centre d'une massive tour carrée... Nous pénétrons seul dans l'antique logis.

Tout d'abord, une surprise : point d'escalier; une pente douce, faite d'un carrelage de briques rouges —

(1) Nicolas Payen, écuyer, sieur de Fercourt, lieutenant général au bailliage de Meaux (1682-1704), qui complimenta Bossuet à son arrivée à Meaux, cite parmi les personnages considérables qu'il eut le bonheur de complimenter à leur passage à Meaux Louis XIV, la Reine, Monsieur, Madame, Monseigneur, M™^ la Dauphine, Mademoiselle, M. le Prince, Colbert, Louvois, de Lionne, le maréchal de Gréquy, Turenne, etc.... (Cardinal de Bausset, Histoire de Bossuet.)

L'ÉVÊCnÉ DE MEAUX

posées de champ — conduit en trois halles au premier étage. Cette pente douce, Marie-Antoinette, Louis XVI et leurs enfants — les évadés des Tuileries — la gravirent

LA tOLIi DE l'ÉVÊCHÉ DE MEADX.

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