‹ Épargne & capital [microform]Chapitre 11 sur 60 · IL · texte numérisé non relu

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canaux établis pour y amener les matières premières et en emporter les produits achevés ; tous les aménagements et installations intérieures destinés à faciliter les opérations ; les outils, instruments et machines... (12) tout cela c’est le capital fixe. L’usine nous montre un capital fixe apparent, visible, qui frappe les regards de tous ; dans la ferme, dans l’usine agricole, indépendamment des locaux, des machines, des instruments, des bêtes de somme et de trait nécessaires à l’exploitation, il y a un autre genre de capital fixe qui s’est en effet tellement fixé, incorporé au sol, qu’on ne l’en distingue pas à première vue : cette terre aujourd’hui fertile, assainie, était autrefois un rocher, une lande stérile, un marais infect ; on l’a défrichée, drainée, fumée, amendée ; on a créé cette terre... tout cela c’est du capital fixe.

simple inspection des locaux en révèle la destination particulière. Ceci a une importance pratique très grande au point de vue juridique, qui, lorsqu’il est juste, est l’expression des vérités économiques. Le locataire ' et l’usufruitier d’un immeuble doivent en user suivant sa destination naturelle, actuelle ; le propriétaire seul peut le transformer en telle ou telle usine.

(12) C’est à la technologie de préciser la différence entre l’outil, l’instrument, la machine. L’outil représente l’action sur la matière de quelque partie du corps humain : le marteau c’est un poing qni frappe : le soufflet, un poumon infatigable ; le couteau, pour couper, remplace les dents ; la cuiller, c’est le creux de la main. Le mot instrument s’appliquera plus particulièrement aux outils qui ont pour but de suppléer à l’imperfection de nos organes dans l’exacte appréciation de certains faits et phénomènes naturels ; on dit : des instruments de précision, mesures, instruments d’optique, thermomètre, balances... C’est le sens de la vue ou du toucher perfectionné. Il y a dans la machine proprement dite trois choses, trois parties : l’une qui s’empare de la force, par exemple de la force élastique du gaz, c’est le cylindre qu’on rencontre dans tous les moteurs à vapeur ; puis un mécanisme plus ou moins compliqué, qui a pour but la transmission et la transformation de la force ; enfin une troisième partie, c’est l’outil qui accomplit une opération déterminée, la roue ou l’hélice qui bat l’eau, le pilon qui écrase le fer, le rabot qui le dresse, le ciseau qui l’entaille. La machine représente un homme complet qui travaille.

l” PARTIE. THEORIE ECONOMIQUE.

Dans cette usine j’aperçois encore des matières premières destinées à être transformées ; des substances auxiliaires destinées à faciliter cette transformation ; du combustible ; de la monnaie (1 3) pour renouveler les provisions de ces divers objets au fur et à mesure des besoins, et pour le paiement des salaires ; enfin des produits achevés, destinés à etre vendus...

tout cela, c’est du capital circulant.

Quel est donc l’intérêt, la portée de cette distinction? Quelle est la raison de ces dénominations ; capital fixe et capital cii -

culant.

On entend par revenu brut d’une entreprise industrielle l’ensemble des produits qui sont le résultat de l’activité économique pendant une période donnée. Notre usine a produit de la fonte, du fer, de l’acier, destinés à être vendus. Il faut évidemment dans le prix de ces produits retrouver la valeur intégrale du minerai, du charbon, des salaires payés aux ouvriers, car ce sont là des objets dont il ne reste plus rien, qui ont été anéantis dans leur forme première. Quant aux bâtiments de l’usine, aux machines, fourneaux, creusets, ils subsistent après comme avant l’opération et peuvent servir à de nouvelles opérations. On ne saurait donc prétendre retrouver dans le prix des produits la valeur totale de cette espèce de capitaux, mais seulement une valeur qui représente l’usure subie, les frais d’entretien ou de réparation, ou bien de quoi constituer successivement un fonds d’amortissement pour la reconstruction du capital lorsqu’il aura été complètement détruit. Amortir une dette, une dépense, c’est prendre ses mesures pour la payer par fraction, par annuités, afin de ne pas fléchir sous son acquittement intégral à un moment donné ; c’est comme un choc, une secousse qu’on amortit. Voilà la portée de la distinction.

(13) Je me réserve de revenir au chapitre ix sur la monnaie considé rée comme capital.

l’explication de la terminologie. Le capital circulant ou fonds de roulement est ainsi appelé parce qu’il ne rapporte un revenu , n’est productif qu’à la condition de circuler , de se transformer, de changer de maître, de passer de main en main, tandis que l’autre, le capital fixe, le capital de fondation, le capital engagé, est toujours là, toujours le même dans sa forme spécifique, sauf l’usure et les détériorations accidentelles. Il est dit engagé à un autre point de vue. Si l’industrie à laquelle il a été affecté ne va pas, il sera difficile d’en tirer parti, de l’appliquer à des opérations d’un autre genre que celles dans lesquelles il a été en effet engagé : que ferez-vous de hauts-fourneaux si l’industrie métallurgique ne va pas? Il en est autrement du capital circulant que l’on peut plus facilement transporter d’une industrie à une autre. J’ai une provision de charbon, je puis l’employer dans toutes les usines qui font usage de moteurs à vapeur. J’ai un capital en monnaie, je puis l’employer à payer des salaires aux ouvriers de n’importe quelle industrie. La monnaie est le plus circulant, le plus dégagé de tous les capitaux.

On peut distinguer les diverses industries suivant qu’elles exigent plus ou moins de capitaux de l’une ou de l’autre espèce, fixes ou circulants. Remarquons d’abord d’une façon générale que l’industrie commerciale proprement dite n’emploie presque pas de capital fixe (14). Le capital du commerçant ce sont les

(t 4) Je distingue, comme il convient, l’industrie commerciale de l’industrie des transports, bien qu’il y ait les plus intimes rapports entre elles et que le commerce rende d’autant plus de services qu’il combine ses achats et ventes avec des transports plus considérables. Je puis d’ailleurs faire un commerce important sans déplacements, sans avoir même de magasins à moi. J’achète, par exemple, les vins de divers propriétaires qui les gardent à ma disposition dans leurs caves ; je vous vends ensuite du vin en vous désignant la cave où vous irez en mon nom prendre livraison de la quantité demandée ; voilà l’opération commerciale consommée, achat commercial et vente commerciale ; le commerçant est celui qui achète pour revendre.

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marchandises qu’il achète pour les revendre ; le service essentiel qu’il rend consiste à acheter des producteurs telle ou telle denrée qu’il tient à la disposition des consommateurs. Dans l’industrie manufacturière, quelle différence entre le boulanger qui n’a qu’un capital fixe tout à fait insignifiant, et qui d’ailleurs, quant au capital circulant qu’il emploie, la farine et le combustible, peut les acheter au jour le jour, et le meunier qui a un capital fixe considérable. Le boulanger peut arrêter sa fabrication sans grand dommage ; si l’eau ou les chalands manquent au moulin, que fera le meunier de ses locaux, de ses engins, de ses meules ? Le fabricant de soieries de Lyon n’a pas de capital fixe ; il achète la soie qu’il donne avec des modèles à des ouvriers qui travaillent en chambre ; mais il doit avoir un fonds de roulement considérable pour se procurer un approvisionnement suffisant de cette matière première qui est fort chère (15). Dans la filature de coton, il y a à la fois un grand capital engagé en locaux et appareils moteurs et un capital circulant considérable en matières premières, combustibles, salaires. Voici maintenant le chapitre des compensations. Si, dans un moment de crise, l’usine, le capital fixe est plus exposé, car il doit subir le chômage sans pouvoir aller chercher fortune ailleurs ; d’autre part, en temps de prospérité, il a moins à redouter une subite concurrence ; on ne crée pas du jour au lendemain une filature, une sucrerie ; tandis que le capital circulant peut plus facilement se dégager d’une industrie languissante pour se porter vers celles qui prospèrent.

Un dernier mot pour compléter ces notions sur le capital fixe et le capital circulant. Une chose n’est pas nécessairement par

(^15) La cherté de la soie, sa qualité hygrométrique qui entraîne des variations de poids considérables, et l’organisation de celte industrie, exposent le commerçant à des détournements de matières premières bien connus dans la fabrique lyonnaise sous le nom de piquage d’once.

sa nature (16) capital fixe ou circulant, c’est sa destination qui 1

lui donne ce caractère. Une machine à vapeur qui sert de mo- |

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logie en usage. Nous nous expliquerons mieux là-dessus au chapitre ix. f

(17) Nous reviendrons sur ce sujet, en ce qui concerne le capital ’ t

dans les chapitres vu et viii. r r ^

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marchandises qu’il achète pour les revendre ; le service essentiel qu’il rend consiste à acheter des producteurs telle ou telle denrée qu’il tient à la disposition des consommateurs. Dans l’industrie manufacturière, quelle différence entre le boulanger qui n’a qu’un capital fixe tout à fait insignifiant, et qui d ailleurs, quant au capital circulant qu’il emploie, la farine et le combustible, peut les acheter au jour le jour, et le meunier qui a un capital fixe considérable. Le boulanger peut arrêter sa fabrication sans grand dommage ; si l’eau ou les chalands manquent au moulin, que fera le meunier de ses locaux, de ses engins, de ses meules ? Le fabricant de soieries de Lyon n a pas de capital fixe ; il achète la soie qu’il donne avec des modèles à des ouvriers qui travaillent en chambre ; mais il doit avoir un fonds de roulement considérable pour se procurer un approvisionnement suffisant de cette matière première qui est fort chère (15). Dans la filature de coton, il y a à la fois un grand capital engagé en locaux et appareils moteurs et un capital circulant considérable en matières premières, combustibles, salaires. Voici maintenant le chapitre des compensations. Si, dans un moment de crise, l’usine, le capital fixe est plus exposé, car il doit subir le chômage sans pouvoir aller chercher fortune ailleurs ; d’autre part, en temps de prospérité, il a moins à redouter une subite concurrence : on ne crée pas du jour au lendemain une filature, une sucrerie ; tandis que le capital circulant peut plus facilement se dégager d une industrie languissante pour se porter vers celles qui prospèrent.

Un dernier mot pour compléter ces notions sur le capital fixe et le capital circulant. Une chose n’est pas nécessairement par

(15) La cherté de la soie, sa qualité hygrométrique qui entraîne des variations de poids considérables, et l’organisation de celte industrie, exposent le commerçant à des détourneraents de matières premières . bien connus dans la fabrique lyonnaise sous le nom de piquage d once.

sa nature (10) capital fixe ou circulant, c’est sa destination qui lui donne ce caractère. Une machine à vapeur qui sert de moteur dans une usine est un capital fixe ; dans une usine où on construit des machines à vapeur, ces machines destinées à être vendues sont du capital circulant. Les bœufs de labour dans une ferme sont un capital fixe ; si on y élève et engraisse des

bœufs pour la boucherie, ces animaux rentrent dans le capital circulant.

Retournons à notre usine. Dans cette usine parfaitement installée et outillée, pourvue des mille objets dont nous avons fait un inventaire succint, introduisez comme personnel les premiers-venus, pensez-vous qu’elle marchera? Non, sans doute. Cette usine n’est qu’un corps sans âme, sans vie ; ce qui l’anime , c’est le capital immatériel, intellectuel, l’habileté de l’ouvrier, la science de l’ingénieur, les connaissances pratiques de l’entrepreneur, la force morale et la discipline chez tous. Il a fallu des siècles pour amasser ces trésors de science et d’habileté. La puissance productive qui réside dans les facultés de

l’homme est le premier des capitaux, le plus difficile à créer, à remplacer.

Dans ce capital immatériel de l’humanité il ne faut pas seulement compter les conquêtes dans Tordre des sciences physiques, leurs applications à l’industrie, les découvertes et inventions proprement dites ; il faut encore y ranger, comme un des fruits les plus précieux de 1 expérience des siècles, certains arrangements sociaux qui tendent à faciliter l’action des facteurs (17) de la richesse ; tels sont : la division du travail, Tassociation, les institutions de crédit, la liberté commerciale, la

(16) Tout est relatif dans les notions sur le capital, dans la terminologie en usage. Nous nous expliquerons mieux là-dessus au chapitre ix.

(17) Nous reviendrons sur ce sujet, en ce qui concerne le capital

dans les chapitres vu et vm. ^

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lettre de change, l'assurance maritime. Ces arrangements sociaux sont, dans l’ordre économique, ce que sont, dans 1 ordre technique, les perfectionnements apportés à une invention qui, d’abord sans application, est de plus en plus utilisée. La loi de Mariette sur la dilatation des gaz, ne fut d’abord qu’une curiosité scientifique ; il en sortit la machine à vapeur avec tous les perfectionnements qui ont si prodigieusement généralisé son application.

Il nous reste à considérer un dernier élément de la richesse et de la puissance des nations. Nous avons visité la maison, l’usine, la ferme, le comptoir du commerçant, le cabinet du savant ; nous avons fait l’inventaire du capital matériel et immatériel sous ses diverses formes. Voici maintenant l’Etat qui vient en aide à l’activité privée en mettant à sa disposition un immense capital dont il ne se réserve la propriété, en quelque sorte purement nominale , que pour en assurer l’usage à tous (18); capital qui, loin d’être pour lui une source de revenus, n’est, en général, qu’une occasion de dépenses de création et d’entretien, alors même que l’usage n’en est pas absolument gratuit. Tels sont les ports, les phares, les routes, chemins de fer et canaux, les lignes télégraphiques ; des rues pavées et éclairées, des fontaines publiques ; des observatoires astronomiques et météorologiques, des théâtres, des musées, des bibliothèques, des collections scientifiques de tout genre, des écoles publiques, etc. L’Etat est comme une grande entreprise industrielle d’un genre tout particulier : son objet est de maintenir l’ordre la paix, la liberté, la sécurité ; mais comme cette

(18) Il s’agit ici du domaine public de l’Etat, lequel est en effet inaliénable. Le domaine public rend le môme genre de services, qu’il soit national, départemental ou communal. En ce qui concerne le domaine privé, l’Etat est semblable à un individu qui tire un revenu de ses fonda

productifs.

mission doit être entendue d’une manière large, et qu’il vaut

mieux prévenir que réprimer, l’Etat n’entretient pas seulement

des tribunaux et une force publique pour assurer la répression des atteintes portées à l'ordre et à la paix ; il fonde encore des établissements d’instruction publique à tous les degrés et encourage findustrie, non pas en venant en aide à tel ou tel industriel, mais en améliorant les conditions générales du travail sous toutes ses formes par de grands travaux d’utilité publique

sagement conçus l’instruction, le travail et l’épargne ne

sont pas seulement les sources de la richesse, ce sont encocre là les plus sûres garanties du bon ordre dans la société (19).

Le simple inventaire qui précède montre déjà suffisamment par lui-même ce que doit être la puissance productive de l’homme, l’étendue de sa domination sur le monde extérieur suivant qu’il est plus ou moins abondamment pourvu de capital. Cela se résume dans cette opposition : Ignorance, impuissance, dénûment, d’une part; savoir, pouvoir, richesse, de l’autre; c’est ce qui sera développé dans le chapitre suivant.

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