‹ Épargne & capital [microform]Chapitre 15 sur 60 · CHAP. V. FORMATION DU CAPITAL · texte numérisé non relu

CHAP. V. FORMATION DU CAPITAL

venir un arbre gigantesque. Il a fallu des siècles pour que cette semence germât, étendît au loin les racines qui élaborent la nourriture nécessaire, pour que la tige s’élevât, grossit, jetât des branches et des rameaux de tous côtés, se parât de feuilles et de fleurs, donnât des fruits toujours plus abondants. Ces fleurs et ces fruits, ce sont les arts, les sciences, l’industrie, qui représentent à la fois le produit du passé et le germe de l’avenir, le capital. On a dit avec raison que l’arbre est un emblème de la solidarité humaine à travers les siècles ; ce n’est pas celui qui jette le gland en terre qui coupera le chêne, et ce n’est pas celui qui l’aura coupé qui souffrira de la disette de bois. Mais tandis qu’il ne faut à l’arbre pour se développer que le temps, que la durée, il faut à l’homme, pour accumuler le capital, un sage emploi du temps. Quand on songe qu’il y a des gens dont l’unique préoccupation est de tuer le temps 1 Le philosophe Sénèque a dit là-dessus avec autant de grâce que de raison (5) : « Notre erreur est de ne voir la mort que devant « nous ; elle est derrière en grande partie, le temps écoulé, le « temps perdu surtout, c’est déjà la mort... Nous ne disposons « que d’une chose, le temps, qui nous échappe et s’écoule, est « encore la seule possession que la nature nous ait assurée, et « chacun croit avoir le droit de nous le dérober. »

Tous les biens, toutes les facultés de l’homme ne valent que par l’usage qu’on en fait. Tout périt, se consume, s’éteint rapidement : les biens matériels, la force du corps, la vigueur de l’intelligence, le talent, le génie... mais ces choses-là demeurent éternellement par la vertu de l’activité intelligente de

(5) « In hoc eninl fallimur, quod mortem prospicimus : magna pars « ejus jam præterit; quidquid ætatis rétro est mors tenet...,. Omnia,

« mi Lucili, aliéna sunt : tempus tantum nostrnm est. In hujus rei « unius fugacis ac lubricæ possessionem natura non misit, ex qua ex- « pellit qaicumque vult. » L.-A Seneça, Epist. ad Lucilium, i.

l’homme qui les ineorpore sans cesse à des objets nouveaux et les rend impérissables par les inventions et découvertes de la science, par les chefs-d’œuvre de l’art sous toutes ses formes. C’est ce qui se résume dans ces trois mots ; Travail, épargne , capital.

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