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CHAPITRE IX

Dernière analyse. — Synthèse et définitions

Les définitions ne sont bonnes que pour ceux qui savent comme les résumés ne peuvent servir qu’à ceux qui les ont faits. Définition, résumé, synthèse, conclusion, tout cela ne saurait venir utilement qu’après une recherche analytique plus

(19) M. H. Passy, Des formes de gouvernement et des lois gui les régissent, chap. xvi.

OU moins complète. Cela est particulièrement vrai du grand phénomène économique qui est l’objet de cette étude. Si en effet nous posons tout d’abord la question : qu’est-ce que le capital ? et prêtons l’oreille dans l’espoir de saisir une réponse satisfaisante, nous ne recueillerons guère que des formules dont l’apparente rigueur déguise mal le vague et l’incertitude réelles, je ne sais quoi de confus et de discordant, où aux hésitations des sages, aux naïvetés des gens simples se mêlent les imprécations (1 ) des fous criant : mort au capital I II sera facile de résoudre les contradictions plus apparentes que réelles des sages ; de redresser l’erreur des simples ; parviendrons-nous à ramener les fous à la raison, à les désarmer ? Ici on ne peut répondre de rien.

La cause principale du vague et des incertitudes qui obscurcissent la notion d’ailleurs si simple du capital, dès qu’on essaie de la concentrer dans une définition, c’est que, à des points de vue divers, cette nation n’a rien d’absolu ; elle est essentiellement relative. On pourrait appliquer au capital ce que le fabuliste dit du bloc de marbre :

Un bloc de marbre était si beau Qu’un statuaire en fit l’emplette.

Qu’en fera, dit-il, mon ciseau?

Sera-t-il Dieu, table, ou cuvette ?

Il sera Dieu...

De même le propriétaire d’un sac de blé peut se dire : qu’en ferai-je ? Sera-t-il ou non capital ? Le sac de blé ne peut être

(t) Ora incomician le dolenti note A farmisi sentire ; or son venuto Là dove molto pianto mi percote...

Diverse lingue, orribili favelle.

Parole di dolore, accent! d’ira.

Dante, inferno. in V.

conservé indéfiniment, il faut qu’il soit consommé; mais il peut être donné en salaire à des ouvriers utiles, jeté en terre comme semence, ou bien employé à nourrir un valet fainéant qui dort dans une antichambre (2). Dans les deux premiers cas, le sac de blé est un capital ; dans le dernier cas, il n’est plus capital. Nous savons cela par l’analyse que nous avons faite de l’épargne au chapitre V. Un individu peut faire le même raisonnement par rapport à l’ensemble des valeurs dont il dispose à un moment donné et se demander quelle portion de cette richesse il épargnera, transformera en capital ? Cette quantité est variable, au moins dans de certaines limites, car évidemment tout ne sera pas capitalisé ; il faut vivre avant tout, comme on dit vulgairement. De là deux sortes de définitions de capital : une définition étendue : le capital est V accumulation de tous les produits dus a un travail antérieur ; une définition restreinte : le capital n’est que la partie du produit épargnée et destinée à la reproduction (3). Je ferai remarquer encore que le mot destination a quelque chose de vague ; ce n’est pas la destination purement intentionnelle; c’est l’emploi effectif qui fait d’un produit un capital.

En outre, ces préoccupations relatives à la définition du ca-

(t) A un autre point de vue la notion de capital est avant tout subet non objeclive. Le propriétaire qui veut capitaliser le sac de blé, le vend et distribue l’argent en salaires ou achète une machine • mais que deviendra le sac de blé lui-môme aux mains de l’acbeteur?

(3) J. -S. Say donne au mot capital le sens large du mot anglais stock, 1 ensemble des produits, les existences, l’inventaire général d’un individu ou de la société ; Rossi tient au sens restreint de l’autre mot anglais capital, comme le font Jlalthus et Adam Smith. Tout cela n engage pas sérieusement les principes de ta science, comme dit M. Joseph Gai nier, qui a très bien analysé cette controverse terminologique dans son classique traité, chap. iv, s 1 . Encore faut-il s’entendre. Mac- Culloch va trop loin dans le sens de J.-B, Say, lorsqu’il met de côté l’idée de productivité que J.-B. Say ne perd jamais de vue:

pital, ne s’appliquent qu’au capital circulant : il s’agit de puiser dans la masse des produits ce qui est destiné à alimenter la production. Quant au capital fixe, il est le plus souvent, par lui-même, une valeur capitale, qu’on peut montrer du doigt, dont on peut dire d’une manière absolue ; voilà un capital ? Il en est ainsi d’une usine, de cet ensemble de machines à demeure, qui font corps avec le bâtiment. Mais, quand il s’agit de définir le capital fixe d’une part et le capital circulant de l’autre, je retrouve encore l’idée de relativité. Voilà un chariot, une machine... est-ce du capital fixe ou circulant? Je n’en sais rien ; si ces objets son attachés au service d’une usine, c’est du capital fixe ; si ce sont des produits destinés à être vendus, c’est du capital circulant.

Voici encore un point de vue sous lequel la notion de capital fixe présente un caractère relatif. Certaines choses, avons-nous dit, sont par elles-mêmes et d’une manière absolue, capital fixe, engagé, et ne peuvent changer de destination : l’usine et son outillage. Mais celui qui a fourni une partie de ce capital de fondation, l’actionnaire, peut porter son titre sur le marché où il circule comme la monnaie, le plus dégagé des capitaux.

Mais la monnaie est-elle donc un capital ? Quant aux métaux précieux, l’or et l’argent, considérés comme matières premières de certaines industries, ils sont évidemment des capitaux au même titre que le fer et le cuivre. Quant aux métaux précieux sous forme de monnaie, ils rendent des services incontestables dans l’échange ; on a dit qu’ils étaient le matériel roulant de l'échange. Maintenant il est certain que la monnaie est un capital d’une espèce particulière. Si un individu peut dire que plus il a d’argent, plus il a de capital à sa disposition, cela est vrai dans une certaine mesure, parce qu’il peut disposer d’une portion d’autant plus grande du fonds social. Il en est autrement au point de vue général ; la société ne peut pas dire

qu’elle est d’autant plus riche qu’elle a plus de monnaie. Plus une nation est riche, plus elle peut suffire à l’échange avec une quantité de monnaie relativement moindre ; c’est ce qui a lieu en Angleterre grâce au développement des institutions de crédit. On peut comprendre qu’on se passe d’argent ; des économistes sérieux ont rêvé un système d’échange dans lequel la monnaie ne figurerait que comme un évaluateur fictif, une monnaie de compte ; et dans le commerce en gros, grâce aux virements et aux compensations, la monnaie ne joue qu’un faible rôle. Toutes les fictions du monde ne pourront jamais faire qu’on se passe d’aucun des objets destinés à satisfaire nos divers besoins. A cela on répond non sans raison que nous avons des besoins directs et indirects. Nous avons directement besoin de pain, de vin, de vêtements ; nous n’avons pas un besoin direct de machines qui servent seulement à confectionner tel ou tel produit. Ces machines n’en sont pas moins du capital ; la monnaie est un capital au même titre. Ce qu’il importe, c’est de dissiper l’erreur des gens simples qui ne croient pas seulement que l’argent est un capital, mais qui le considèrent comme le capital, pour lesquels le capitaliste est uniquement le détenteur d’une somme d’argent. A propos du taux de l’intérêt (4), nous avons suffisamment mis en lumière la différence qu’il y a entre la monnaie et le capital en général (5).

(4) V. chap. VI, note 8.

(5) M. Ambroise Clément en particulier a contesté à la monnaie la qualité de capital ; dans son système de nomenclature, il voudrait en faire un fonds productif à part (V. Journal des Economistes de février 1873, p. ?06, et Essai sur la science sociale, du même auteur). Je ne sais si cela est bien d’accord avec les fonctions de la monnaie telles que M. Clément les a analysées lui-même [Journal des Econ., octobre 1872), fonction évaluatrice, et surtout distributrice. C’est bien là l’office d’une machine. On a dit que l’argent ne sert qu’à graisser la machine de l’échange ; va pour la graisse, mais c’est du capital. — M. Ad. Biaise a

Mais ce rôle secondaire que j’assigne à la monnaie n’est-il pas contredit par ce qui semble résulter de la rapide analyse que j’ai présentée dans l’avant-dernier chapitre, d’une crise commerciale. La crise vient de ce que l’argent manque à un moment donné ; on n’en saurait donc trop avoir. On exalte la puissance du crédit de l’Angleterre qui, dit-on, sufiît à un immense mouvement d’affaires avec une quantité relativement insignifiante de numéraire ; mais voilà que tout à coup une crise éclate, qui aurait peut-être pu être conjurée avec quelques centaines de millions de numéraire en plus dans la circulation ; serait-ce donc une bien lourde charge pour un pays si riche d’avoir à son service quelques centaines de millions de plus? La réponse est bien simple. Chaque pays a un tempérament économique particulier et fait, en conséquence, ses affaires avec une quantité de numéraire plus ou moins considérable. On s’habitue à cette situation financière ; le commerce se développe en conséquence, l’équilibre s’établit entre le numéraire et le crédit, mais cela ne saurait conjurer les crises lorsque les causes qui les déterminent ordinairement viennent à se produire. Qu’on me permette une comparaison. Il y a cinquante ans, cinq ou six voitures publiques partaient, je suppose, de Marseille pour Paris, emportant soixante voyageurs. En cet état, que tout d’un coup deux cents voyageurs eussent voulu partir le même jour... les moyens de transport auraient manqué, et on n’aurait pu que difficilement, à des prix exorbitants, se procurer quelques voitures supplémentaires. C’est l’image d’une crise ; et quelqu’un de dire : si au lieu de cinq ou six voitures il y en avait

pris la défense de la monnaie comme capital (Journal des Econ. d’avril et juin 1873), et M. Joseph Garnier a sagement conclu (Journaf des Econ., juillet 1873, p. 116) en disant que c’était là surtout affaire de nomenclature, que AI. Ambroise Clément avait raison en un sens, mais que M. Âd. Biaise n’avait pas tort.

cinquante, pouvant emporter par jour cinq ou six cents voya- ^ geurs, pareille chose n arriverait pas. Erreur ! Il y a aujour-

d’hui un chemin de fer qui emporte en effet ces centaines de voyageurs par jour... cela empêchera-t-il une crise dans les jl moyens de transport de se produire ? Non ; à certains moments,

il faudra organiser des trains supplémentaires dans lesquels on s étouffera. Pourquoi? parce que la circulation ordinaire s’est ■ établie sur le pied de ces cinq ou six cents voyageurs par jour.

Il n y a rien d absolu dans tout cela ; c’est une question de mesure, de tact commercial (6).

La monnaie est donc un capital ; le capital monétaire d’une j nation est la quantité de monnaie qu’elle emploie dans ses

échanges et qui est inégalement répartie entre les particuliers. Ici se présente la question de savoir s’il convient en effet de donner le nom de capital à toute cette monnaie ? Telle parait la pensée d Adam Smith. Après avoir très bien expliqué la nature i et les fonctions de la monnaie, il dit ; « Sans contredit, l’ar-

1 « gent fait toujours partie du capital national, mais on a déjà

« fait voir qu’en général il n’en fait qu’une petite partie. » J. B. Say, au contraire, pense qu’on ne doit considérer comme capital « que cette partie du numéraire que l’on a accumulée « pour l’employer lucrativement, ou celle qui, étant le fruit I K d une affaire terminée, n’attend que l’occasion d’être placée

(6) Si les crises commerciales sont plus violentes en Angleterre qu’ailleurs, cela tient à la nature de son commerce. Le commerce extérieur y joue un rôle infiniment plus considérable que le commerce intérieur à la différence de ce qui se passe dans la plupart des autres pays. Ces gi- I gantesques opérations commerciales, qui embrassent l’univers, sont très

i délicates à apprécier, à calculer ; ce sont nécessairement des opérations

à longs termes qui exigent de longs crédits ; les retours se font attendre es réalisations sont difficiles... tout cela oc*îasionne des mécomptes. Le

commerce intérieur est plus sûr ; on calcule mieux avec une clientèle j quon a sous la main.

« dans une nouvelle affaire C’est avec regret que l’on re-

« trouve dans le livre d’Adam Smith, où il y a si peu d erreurs,

« celle qui regarde le numéraire comme faisant toujours partie « du capital national (7). » La question me parait délicate. J. B. Say raisonne ici sur la monnaie comme sur une denrée quelconque ; mais peut-etre y a-t-il lieu de distinguer. Ce qu on doit considérer dans l’argent, c’est avant tout la fonction qu il remplit dans les échanges. Cette fonction, l’argent la remplit toujours ; c’est une machine qui fonctionne plus ou moins activement, qui peut ne pas fonctionner du tout, qui sert à différents usages, mais qui est toujours indispensable. Les machines d’une usine ne cessent pas d’être capital parce qu elles cessent de fonctionner. — H faut absolument que chaque individu ait dans sa poche quelques pièces de monnaie pour les dépenses journalières, sans cela le mouvement général des échanges serait arrêté au grand détriment de la société. Seulement il est vrai de dire que si ce petit capital monétaire, ainsi fractionné et divisé, suffit aux relations ordinaires de l’échange entre individus, lorsqu’on voudra fonder une usine, il faudra, pour mettre en mouvement une grande masse de capitaux, concentrer dans les mêmes mains tous ces écus isolés. Trois ou quatre soldats ne font pas une armée sans doute, mais, suivant les cas, ils n en

constituent pas moins une force armée.

La question du numéraire, considérée comme capital, nous amène tout naturellement à cette autre question ; Le crédit estil un capital ? On a fait ce beau raisonnement : on peut acheter

(7) Adam Smith, Uv. iv, chap. i. Du principe mr lequel se fonde le système mercantile, édition Guillaumin, t. ii, p. t4. — J. B. hay, iv« partie, chap xii, texte et note. - A vrai dire, je ne suis pas bien sûr aue Adam Smith ait songé à la controverse soulevée par J. B Say. et il me parait n’avoir voulu affirmer que ceci : le numéraire est du capital, mais il n’est qu’une portion du capital de la nation.

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à crédit, donc le crédit tient lieu d’argent , remplit la même fonction ; par conséquent si la monnaie est du capital, le crédit aussi est un capital. Je prie le lecteur de se reporter (8) à 1 analyse que j’ai faite du crédit et des opérations auxquelles il donne lieu ; il est évident que tout cela se réduit à une créance représentée ordinairement par un titre, créance qui peut être cédée par le créancier originaire. Ces créances, ces titres ont une valeur actuelle plus ou moins grande, suivant la date de l’échéance, la solvabilité du débiteur, que ce débiteur soit un individu ou une compagnie. Il y a des gens qui font profession de créer, de vendre, d’acheter, de faire circuler ces créances, ces titres. Tout cela ne change rien à l’idée fondamentale de créance, droit de toucher à un moment donné une somme d’argent ou toute autre richesse, d’exiger tel ou tel service. Toutes les définitions (9) du monde n’y changeront rien. Nous savons les services que rend le crédit ; mais toutes ces formules ; le crédit est un capital ; (1 0) le crédit multiplie les capitaux,

(8) V. chap. vu, note 1.

(9) Les économistes définissent le crédit tantôt par la nature de 1 opération qui en est la base, un prêt, un emprunt, une avance ; tantôt par la nature des services qu’il rend à la production. Les gens du monde, les économistes, les financiers ne parlent pas le même langage.

« Le mot crédit est une de ces expressions dont le sens complexe varie « sous la plume des économistes et des financiers » dit avec raison M. Joseph Garnier, Traité, chap. xix, § I. - Lorsque M. Cieszkowski {Du crédit et de la circulation) définit le crédit : la transformalion des capitaux stables et engagés en capitaux circulants et dégagés, il n’a en vue qu’une espèce particulière de titres de crédit qui joue sans doute un rôle très-important, car d’ailleurs le crédit a encore pour effet de faire circuler plus facilement des capitaux qui sont déjà par eux-mêmes dégagés et circulants.

(10) C’est M. Macléod (v. ci-dessus chap. v, note 1) qui a soutenu cette opinion de la façon la plus retentissante.

M. Macléod est un économiste très instruit, qui sait ce que c’est que l’économie politique, et a notamment très-bien analysé le mécanisme du crédit (p, 340. Je cite d’après le livre de M. Richelot ; je n’ai pas l'origi-

, jvi 7T :i>n ^easiîTippi^,.

etc., ne sont que des figures de rhétorique qu’il est dangereux de prendre à la lettre. Outre qu’elles peuvent égarer les personnes qui ne sont pas familiarisées avec l’analyse scientifique, il y a des gens mal intentionnés qui sont comme à l’affût de ces définitions, prompts à s’en emparer et à en tirer le parti qu’on sait.

nal anglais sous les yeux ; mais M. Richelot est un trop fervent admirateur de M, Macléod, pour qu’on puisse soupçonner sa traduction de trahison) ; il dit fort bien du capital, que ce mot s’applique plutôt à la manière d'employer une qualité qu’à tel objet en particulier (p. 30). Mais quoi ! M. Macléod est entêté de définitions et du désir d’élever l’économie politique au rang de science exacte. Il s’empare du principe logique formulé par son compatriote Whewell : a Définition et proposition « sont les deux manches de l’instrument par lequel nous saisissons la a vérité » (p. 183), et il part de la pour enchaîner proportions et définitions ; définition du capital : Un élément économique employé en vue d’un profit (p. 251). Et qu’est-ce qu’un élément économique : « Un élé- « ment économique ou objet de richesse est toute chose qui peut être O mesurée ou qui a la faculté d’acheter » (p. 319). A ce compte-là tout est capital évidemment. Pénétrons avec M. Macléod dans la nature du crédit, ce qui sera facile grâce à une découverte de notre auteur : « Du « moment que nous sommes bien pénétrés de la conception que la pro- « priété est non une chose, mais un droit, nous trouvons qu’une lu- « mière éclatante se répand sur toute la matière. Elle prouve immédia- 9 tement l’existence indépendante, et elle explique la nature des masses « énormes de propriétés, qui ont été entièrement négligées par les éco- « noœistes ou dont la nature a été par eux sérieusement méconnue » (p. 315). Laissons à M. Macléod l’illusion d’avoir découvert le premier que la propriété est un droit, et demandons-nous quelle est cette masse de propriétés qui ont été évoquées du néant par celte nouvelle conception du droit de propriété ! L’auteur déclare (p. 327) que, pour plus de clarté, il est indispensable d’introduire dans la langue économique, l’usage des signes algébriques et —, et les quantités positives et négatives, et (p. 329) il ajoute : « Si, conformément aux usages des « sciences physiques, nous indiquons les produits accumulés do passé « par le signe -J- , nous pouvons indiquer par le signe — ceux qui « n’existent que dans l’avenir. » Je ne vois pas pourquoi ; un produit à venir peut être incertain, se réduire à zéro, mais pourquoi le représenter par—, moins que rien? En conséquence l’auteur (p. 331) nous dresse un tableau en trois colonnes représentant le patrimoine passé, présent et futur de l’humanité jusqu’à la consommation des siècles ; et

Pour justifier cette assimilation du crédit au capital, indépendamment de la considération que le crédit supplée à la monnaie, on a dit que le crédit était accordé à un individu à raison de son honnêteté et de sa capacité, et constituait en conséquence un capital immatériel. Expliquons-nous sur ce dernier point. Si, dans un tableau historique des développements de la puissance productive de l’homme, il convient de placer au

« dans ce tableau, dit-il ; Les produits accumulés jusqu’au temps actuel 9 sont désignés par le signe -4- ; ceux qui parviendront à l’existenee » dans l’avenir par le signe — ; zéro désignera le temps présent Notez que dans la troisième colonne, sous la rubrique Produits de l'avenir — , nous trouvons, à côté du crédit, le droit de propriété comme ne donnant droit qu’à des fruits à venir, et l’auteur (p. 33i; ajoute: « Toute cette masse de propriétés immatérielles est entièrement omise 9 dans les ouvrages .sur l’économie politique ou mal comprise dans sa a nature. » Si vous voulez bien apprécier le résultat de ces profondes élucubrations, revenez à la page 315 ; « Personne, nous en sommes con- 9 vaincu, initié aux mathématiques et à la physique, ne peut manquer « de reconnaître que les observations qui précèdent donnent au domaine 9 de l’économie politique une extension pareille à celle que l’algèbre 9 donne au domaine de l’arithmétique. L’algèbre nous montre des quan- 9 tités s’étendant des deux côtés de zéro jusqu’à l’infini, et ces quanti- 0 tés positives et négatives devant être additionnées pour former le to- 9 tal II en est de même dans la philosophie naturelle. Or, on a vu que, 9 par {'analogie lapins rigoureuse, la propriété droit à l’avenir peut « être mesurée avec autant d’exactitude que la propriété droit au passé ; 9 et que l’une et l’autre, la propriété négative aussi bien que la positive, 9 doivent être additionnées pour former le total de la propriété. Non 9 seulement les observations qui précèdent élargissent ainsi le domaine ti de l’économie politique, mais elles opèrent dans la méthode une révo- 9 lution aussi profonde que l’introduction de la doctrine du mouvement 9 dans l’ancienne géométrie. Du moment que nous comprenons que le 9 capital est une quantité progressive, la doctrine du mouvement est 9 par cela même introduite dans l’économie politique avec toutes ses « conséquences. » Je recommande surtout au lecteur {'analogie rigoureuse ! On ne s’est jamais posé avec plus de candeur en messie scientifique. Et M. Richelot de s’écrier (p. 206) : « Si Auguste Comte, qui a 9 si mal parlé de l’économie politique, eût connu les travaux par les- « quels M Macléod vient de la régénérer, il eût applaudi avec joie àl’a- 9 vènement de l’économie politique parvenue à l’état positif ! » Sancta simplicitas l!

premier rang ce que nous avons nous-raême appelé le capital immatériel, la science, l’habileté technique, ce n’est pas une raison pour qu’un ouvrier, en venant offrir ses services à un entrepreneur, lui dise : je vous loue mon capital intellectuel. Non ; il s’agira là d’un louage de travail et d’un salaire dans la fixation duquel, bien entendu, il sera tenu compte de ce capital immatériel, de cette habileté acquise. Représenter l’ouvrier comme un capital, comme une machine plus ou moins perfectionnée, est un abus de langage évident.

Je ferai une remarque analogue sur les fonds de terre. On a dit ; ce qui fait la valeur de la terre, c’est le capital qui y est accumulé depuis des siècles ; les fonds de terre sont des machines successivement perfectionnées et destinées à produire telle ou telle denrée ; la fécondité naturelle de la terre n’a pas grande valeur, et la preuve en est qu’on ne se soucie guère d’aller en tirer parti dans certains pays où elle abonde, mais où il n’y a ni capitaux, ni sécurité, ni salubrité. Ce qu’on appelle rente de la terre n’existe pas, il n’y a que le fermage, qui est 1 intérêt d'un capital. C’est là une exagération inspirée, on le sait, par un esprit de réaction contre certaines formules tranchantes de Ricardo ou de ses disciples (11). De ce qu’on peut accumuler sur la terre des quantités considérables de travail et de capital, de telle sorte que la rente proprement dite ne soit que peu de chose à côté de l’intérêt des capitaux engagés, la rente ne disparaît pas pour cela, et la terre reste toujours l’emplacement plus ou moins favorablement situé de l’industrie agricole.

Il n’y a aucun intérêt théorique ni pratique à opérer ces réductions en vue d’identifier les divers éléments de la produc-

(II) Voir là-dessus les intéressants travaux de M. de Fontenay : Du rcvemi foncier, et un article publié dans le Journal des Economistes d’avril 1868, sous ce titre : Etude sur la propriété foncière considérée comme une forme du capital.

tion, de ramener la terre et le travail à la notion du capital ; pas plus qu’il ne serait juste de ramener le capital à la notion du travail, sous prétexte qu’il est le fruit d’un travail antérieur. Il ne peut résulter de toutes ces tentatives qu’incertitude et confusion.

Je renvoie à la quatrième partie l’examen des doctrines intransigeantes dans lesquelles le parti pris, la passion et la colère sont la note dominante. Je me suis borné, dans ce chapitre à réduire à leur juste valeor, par des explications amiables, des dissentiments qui ne portent pas en général sur le fond des choses, et auxquels s’applique bien le mot de Montaigne : La plupart des occasions de trouble et de dispute sont grammairiennes.

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