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CHAPITRE XIV

L'épargne et la prodigalité

L’épargne et l’économie ne sont pas seulement des vertus domestiques ; ce sont des vertus sociales. Celui qui fait un judicieux emploi de sa fortune, le bon ménager, le bon père de famille, fait en même temps acte de bon citoyen. La théorie économique du capital nous a fourni la démonstration directe de cette vérité ; nous allons la mettre en relief par des oppositions, par des contrastes saisissants. V Illusion féconde est la compagne assidue de l’ignorance, instinctivement ingénieuse à trouver des refuges contre la vérité ; celle-ci doit l’y poursuivre. Dans le langage usuel, quand on veut donner une idée de la manière dont une personne fait emploi de sa fortune, on dit qu’elle ne dépense qu’une partie de son revenu, qu’elle le dépense tout entier, ou même au-delà ; on dit que cette personne est économe, avare, prodigue ; entre l’homme économe et l’avare on ne voit qu’une* différence du plus au moins ; on confond l’homme prodigue avec l’homme généreux, libéral, bienfaisant ; on confond le luxe et la prodigalité. Que d’erreurs funestes I Pour les dissiper, nous ne saurions mieux faire que de placer en regard de l’homme économe le portrait du prodigue et de l’avare, non pas à la manière d’un moraliste ou d’un satirique, d’un Molière ou d’un La Bruyère, qui recherchent et

groupent les traits piquants, ridicules, grotesques ou odieux, pour provoquer le rire ou l’indignation, mais comme il convient à l’économiste qui, sans négliger le côté moral des choses, se préoccupe surtout de les analyser et de les caractériser au point de vue du bon emploi de la richesse.

La prodigalité est le contraire de l’économie, de l’épargne. L’homme économe et le prodigue font en apparence la même chose ; 1 un et 1 autre dépensent tout leur revenu, seulement ils le dépensent de manières différentes. Tous les deux emploient leurs revenus à commander du travail, à payer des services ; mais tandis que le travail et les services payés par l’homme économe servent à accroître le capital en améliorant la terre, développant 1 industrie, créant des voies de communication, roules, canaux, chemins de fer ; le prodigue multiplie ses consommations improductives, il paie les services de gens improductifs, il encourage des industries inutiles ou funestes. La richesse n’est pas dans ses mains une force, une source féconde de richesses nouvelles ; elle se perd, s’évapore, se dissipe en fumée sans qu’il en reste rien. Le véritable nom du prodigue, c’est dissipateur. Ce tas de charbon qui, au lieu d’être employé utilement dans l’usine, prend feu par accident et se consume sans profit pour la société, voilà l’image du prodigue. Ce qui, pour l’homme riche, mais sage, n’est qu’une exception, les fêtes, les festins, les réjouissances, est pour lui la règle ; la vie doit être une fête continuelle... courte mais bonne ; après moi le déluge ! Voilà la devise du prodigue. J’ai dit que le prodigue, comme l’économe, dépense tout son revenu, sauf la différence dans l’emploi ; mais à ce jeu-là, le revenu ne suffit bientôt plus ; on entame le capital. « Ceux qui achètent le superflu,

« dit Franklin, finissent par vendre le nécessaire. » La prodigalité aboutit à la ruine.

C’est le résultat commun à tous les genres de prodigalité. Ce

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mot de folles dépenses par lequel on caractérise le prodigue a en effet une double signification, un sens absolu et un sens relatif. Un sens absolu quand on considère la nature de la dépense ; un sens relatif quand on considère surtout la dépense par rapport à la fortune de la personne (1). Il est des dépenses, telles que celles que nous venons de signaler, qui sont entachées par elles-mêmes de prodigalité et de gaspillage, qui choquent à première vue, sans qu’on ait à s’enquérir de qui elles émanent ; elles tendent à encourager des industries qui ne méritent pas de l’être. Voici, au contraire, un individu qui achète des livres, des objets d’arts du meilleur goût, qui fait élever des constructions... est-ce un prodigue? cela dépend de sa fortune : s’il est riche, on ne donnera que des éloges à son goût éclairé , au noble patronage qu’il accorde aux arts ; s’il est pauvre, on dira qu’il a la manie des livres, la manie de bâtir, la manie d’acheter ; ce sera un prodigue en train de se ruiner. Ce dernier genre de prodigalité, très fâcheux pour celui qui s’y livre, est en somme plus rare, moins dangereux pour la société, et procède d’un tout autre penchant que la prodigalité proprement dite. Il y a même un genre de prodigalité qui n’a rien de commun dans son principe avec les deux autres et qui n’en produit pas moins des effets désastreux, tant au point de vue individuel qn’au point de vue social. Il y a des gens qui ont la manie des affaires, des esprits chimériques qui voient partout une fortune à faire et qui engagent des capitaux considérables dans une entreprise fatalement condamnée au plus misérable insuccès. Ils construiront un chemin de fer dans un pays où il ne saurait y avoir ni voyageurs, ni marchandises à transporter, ils établiront

(t) En appliquant ici le langage juridique, on pourrait dire que la prodigalité est réelle ou personnelle.

une usine là où la main d’œuvre, la matière première (2), les débouchés font complètement défaut. Qu’en résulte-t-il? la ruine de l’entrepreneur, des capitaux détruits, un travail qui n’a rien produit d’utile. Quoiqu’il en soit, c’est avec raison qu’en parlant de prodigalité on songe principalement à celle que j’ai caractérisée en premier lieu, car là, outre les résultats fâcheux, nous sommes en présence de mobiles coupables, condamnables à tous égards.

Quel est donc le mobile du prodigue? De quel vice essentiel procède la prodigalité ? Il y en a de plusieurs sortes ; le désir immodéré des jouissances, la vanité, l’orgueil. On veut paraître riche, faire étalage de sa fortune, faire parler de soi ; on y parvient par des excentricités ruineuses. On prend au sérieux les compliments que vous font les gens qui vous exploitent, sur le noble usage que vous faites de votre fortune. Mais pour nous, ce qui caractérise le prodigue, c’est \ imprévoyance, comme la prévoyance est le propre de l’homme économe. Le prodigne est

(2) Que de désastres industriels de ce genre ! Ce qui a trompé bien des gens, c’est qu’on voit souvent des industries florissantes dans des lieux où rien, au premier abord, ne semble expliquer ce succès. —

> G. Roscher {Recherches sur divers sujets d’économie politique, p. <28

I et s.) a fait à ce sujet de très-judicieuses remarques. Il y a toujours eu

! au début quelques bonnes raisons pour établir une industrie dans tel ou

■ tel lieu. Seulement il arrive que, môme après que ces raisons premières

ne subsistent plus, l’industrie continue d’y pro.spérer, pourquoi ? Parce qu’il s’est amassé là un énorme capital matériel et immatériel, bâtiments, machines, achalandage, habileté traditionnelle dans la population ouvrière ; tout cela balance et au-delà l’inconvénient, par exemple, défaire venir la matière première de loin. Les exemples s’offrent en foule. Roscher cite celui de la fabrique d’agathes dans la principauté de Birkenfeld, à Oberstein, qui occupe 2,000 ouvriers et donne un produit annuel de près de deux millions. Elle doit son origine aux nombreuses pierres d’agathe qu’on rencontrait autrefois dans le voisinage. Elles ont disparu et aujourd’hui la matière première se tire principalement en Brésil. — Rien ne démontre mieux la puissance du capital sous toutes Ses formes.

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comme les enfants qui, lorsqu'ils ont leur petite bourse bien garnie, croient que cela ne finira jamais. L’homme économe épargne en prévision de l’avenir, soit qu’il prévoie une diminution possible de ses revenus actuels, soit qu’il désire les accroître pour se ménager à lui-même une vieillesse à l’abri du besoin, et à ses enfants un héritage que la division en plusieurs parts n’amoindrira pas trop. La société souffre de l’imprévoyance et des dissipations du prodigue ; elle profite de la prévoyance, de l’épargne de l’homme économe. Est-ce à dire que le prodigue ait intentionnellement agi en vue de faire tort à la société ? que l’homme économe se soit principalement préoccupé des avantages que la société tirerait de son épargne ? Non sans doute ; mais nous reconnaissons là une des grandes harmonies du monde économique, à savoir que l’intérêt bien entendu de chacun est d’accord avec l’intérêt de tous, avec l’intérêt général. J’en ai déjà fait la remarque, les vices et les vertus économiques s’apprécient à la fois par le mobile et par le résultat. Tout est à blâmer chez le prodigue ; tout est à louer chez l’économe. On dit communément de l’homme qui épargne, qu’if fait bien ses affaires... mais il fait aussi celles de la société. Quand l’heure de la ruine a sonné pour le prodigue, il recueille cette oraison funèbre : Il n’a que ce qu’il méritait, tant pis pour lui !... mais c’est aussi tant pis pour la société.

On jette la pierre au prodigue quand il est ruiné, mais tant qu’il n’est qu’en train de se ruiner, il y a en quelque sorte autour de lui une conspiration tacite pour l’encourager dans son imprévoyance. Il y a tant de gens qui en profitent, qui son intéressés à célébrer la générosité d’un homme qui ne tient pas à l’argent, qui n’a rien à lui! Il semble que la langue n’ait pas assez d’euphémismes pour déguiser le triste fond des choses, pour anoblir l’incurie, l’insouciance, le gaspillage : ce n’est que noble désintéressement, noble mépris de la richesse et le reste.

Hélas ! Il en est un peu ainsi de cette grande prodigalité des nations qui s’appelle la guerre ! Là encore le fond des choses est bien triste : le plus effroyable gaspillage de richesses, la dévastation, la ruine, le deuil des familles, la fleur des générations moissonnée, les vieillards qui suivent les funérailles des jeunes gens !... Mais quoi I le mépris du danger , le dédain de la vie, ne sont-ils pas là pour anoblir cette héroïque folie, ce carnage I L’économie politique n’est pas seule a protester ici ; c’est l’humanité qui gémit, la justice qui crie, le droit qui succombe sous la force. Mais, dit-on, il s’agit d’une guerre légitime ; il y va de l’honneur, de l’indépendance d’une nation !... soit ! mais si l’un attaque c’est que l’autre se défend ; si l’un a raison, c est que l’autre a tort, et des deux côtés pourtant c’est la même fureur ; des deux côtés on invoque avec la même confiance le Dieu des armées !

Laissons les purs artifices de langage qui tendent à faire illusion sur les dangers de la prodigalité ; ce qui doit nous toucher le plus, c’est qu’on ait essayé de faire l’économie politique complice de cette tentative. Il y a des théories plus ou moins savantes de la prodigalité. Ainsi, par exemple, on nous dira que le signe auquel on reconnaît la prospérité d’un pays, c’est que l’argent y circule activement ; or il est incontestable que la prodigalité active singulièrement la circulation de l’argent. Est-il besoin de répondre que la circulation de l’argent ne prouve rien par elle-même (3) ; qu’il faut avant tout rechercher à propos de quoi, entre qui s’opère cette circulation. Dans les maisons de jeu on voit une très active circulation d’argent. Dans notre cas, l’argent va du prodigue à ses fournisseurs ; il alimente certaines industries aux dépens d’autres industries plus

(3) J’ai déjà parlé de cette circulation stérile de l’argent à propos de l’agiotage. V. chap. vu, note H.

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Utiles ; et puis, en fin de compte, la provision d’argent du prodigue s’épuisera, car sa richesse n’est pas alimentée par le travail et l’épargne, et alors cette circulation s’arrêtera. Nous retrouvons ici la triste analogie que je viens de signaler entre la prodigalité et la guerre ; les grands guerriers ont été les théoriciens de la circulation ainsi entendue, et Frédéric de Prusse disait : « Mes armées sont une source de richesse pour le pays, « car elles font circuler l’argent. » C’est au moins un mode de circulation très-coûteux.

Le sophisme qui précède s’est produit sous une autre forme : le prodigue fait aller le travail I II faut faire la même réponse : l’important est de savoir quel genre de travail on encourage. L’argent répandu par les armées serait infiniment plus profitable si, d’une part, on laissait les soldats aux travaux des champs, de l’usine ou du cabinet, et si, d’autre part, on avait laissé aux mains de ceux qui les avaient formés par l’épargne les capitaux prélevés par l’impôt en vue d’alimenter les industries militaires de tout genre. Rien ne montre mieux les effets de la prodigalité sur la richesse publique et privée que cette comparaison si exacte de tous points avec la guerre. Pendant la guerre l’argent circule aussi, du moins par certains canaux ; certaines industries fonctionnent avec une activité dévorante... mais après ? La richesse publique s’est-elle accr ue ? Comparez pour un instant l’Etat avec un particulier ; il a dissipé ses capitaux susceptibles de dissipation ; il a emprunté ; il a négligé tous les travaux utiles de la paix ; on a travaillé beaucoup dans les arsenaux, dans les manufactures d’armes ; mais on a peu construit de routes, de canaux, de chemins de fer, de phares ; on n’a pas gazonné et reboisé les montagnes ; les serviteurs de l’Etat, et nous le sommes tous, ont fait l’exercice du canon et du fusil... c’est malheureusement un travail que nous ferons encore longtemps , nous et nos enfants... mais on ne peut pas

affirmer que ce soit un travail productif. Le patrimoine de 1 Etat, en tant qu il est distinct de l’ensemble des fortunes privées, a donc considérablement diminué. Et la richesse privée ? Nous trouvons bien des gens ruinés ou appauvris ; l’industrie et l’agriculture, généralement languissantes, car on leur a enlevé les bras et les capitaux. Il est vrai qu’à côté de cela quelques industriels ont pu réaliser de grandes fortunes dans la fourniture des armées ; quelques localités ont pu prospérer, comme, par exemple, tel ou tel port de mer pendant une guerre maritime. Je réserve toujours le cas d’une guerre juste, inévitable ; mais, en somme, l’analogie est complète entre la prodigalité et la guerre ; elles ont la même façon de faire aller le travail.

On n en a pas moins érigé en théorie économique cette doctrine du travail pour le travail. On ne considère plus le travail dans son but essentiel qui est de créer, d’accroître la richesse ; on le considère uniquement comme un moyen de faire circuler l’argent. Que le travail soit employé à construire une maison nouvelle ou à relever une maison détruite par un incendie, le résultat est le même ; que l’on fasse creuser un canal pour le dessèchement ou l’irrigation d’une terre, ou bien qu’après avoir fait creuser un fossé n’importe où on fasse rejeter la terre dedans, ce sera tout un. Cela est insensé et immoral. On ne voit pas, derrière ce travail perdu, les capitaux anéantis. On ne voit pas qu’on justifie par là les vœux que les individus peuvent former pour que la société soit affligée de tous les fléaux qu’ils font individuellement profession de combattre : des maisons incendiées, des maladies, des procès... tant mieux 1 Voilà du travail pour les maçons, les médecins, les avocats. La destruction considérée comme source delà richesse a eu ses théoriciens (4).

(4) Nouvel essai sur la richesse des nations, par M. de Saint-Chamans. — Remarquez le titre (l’ouvrage a été refondu et publié sous un

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Ils n’ont fait que pousser à bout jusqu’à l’absurde, la thèse des adversaires des machines ; les machines sont un mal en ce que elles diminuent la quantité de travail nécessaire ; nous allons mieux faire : détruisons ce qui est déjà fait, accumulons les obstacles (5) , et il faudra d’autant plus de travail. — Ces gens-là doivent naturellement avoir horreur de l’épargne et du capital, qui tendent à faciliter l’œuvre de la production, à économiser du travail.

Parmi les théories économiques erronées qui sont plus ou moins coupables de connivence avec la prodigalité, nous retrouvons naturellement une doctrine que j’ai déjà signalée (6), celle qui redoute une surabondance de production, un encombrement général. Dans cette opinion, on voit d’un mauvais œil les machines, le capital, 1 épargne, et un peu de prodigalité apparaît comme un remède salutaire : c’est un dérivatif, une saignée en cas de pléthore. J’ai donné un singulier exemple des terreurs qui assiégeaient Sismondi à propos des machines ; voici 1 hypothèse non moins chimérique qu’il forge pour montrer les dangers de l’épargne, que nous préconisons : « Si tout à coup

titre insignifiant), il est significatif : c’est celui du livre d’Adam Smith • la contrefaçon, la parodie est complète. Notez la filiation de l’erreur! Les physiocrates avaient dit que la terre est la source de la richesse ils avaient laissé pour le moins dans l’ombre le travail. Arrive Adam Smith qui dit : tout travail rationnel, c’est-à-dire qui donne aux choses de l’utilité, est un travail productif. Enfin 31. de Saint-Chamans nous dit sans restriction : tout travail est productif, c’est-à-dire toute dépense de force quelconque. C’est la contre-partie de cette autre errreur : l’or c’est la richesse. Bastiat, on le sait, a donné carrière à sa verve là dessus.

(5) Il y a une étroite parenté entre celte théorie et la doctrine de la prohibition. L’avocat-général Séguier protestant contre la liberté du travail proclamée par Turgol. ne craignait pas de dire au Roi : « Ce sont « les gênes, les entraves, les prohibitions; qui font la gloire, la sûreté a l’immensité du commerce de la France. » Sans s’en douter! il parlait en privilégié qui voit dans le privilège le fondement de la société.

(6) A propos de la théorie de la consommation, chap xii.

« la classe riche prenait la résolution de vivre de son travail, « comme la plus pauvre, et d’ajouter tout son revenu à son « capital, les ouvriers seraients réduits au désespoir et mour- « raient de faim (7). » Cette résolution n’est pas à craindre, mais admettons-là pour un instant. Le riche ajoute tout son revenu à son capital, soit I Mais que fera-t-il de ce nouveau capital ? Il le placera, comme on dit vulgairement, c’est-à-dire qu’il l’emploiera directement ou indirectement à encourager l'industrie, à donner du travail aux ouvriers, à multiplier les produits dont les ouvriers font la plus grande consommation. Je crains bien que Sismondi n’ait confondu la capitalisation avec la thésaurisation dont nous allons préciser le caractère.

A toutes les erreurs que je viens de signaler se rattache ce faux raisonnement : on vante les perfectionnements apportés dans le mécanisme de l’échange qui tendent à faciliter le transfert des capitaux aux mains de ceux qui sont le mieux capables d en tirer parti. Eh bien I voilà ce qui arrive quand le prodigue est ruiné; son patrimoine passe à d’autres qui sauront mieux 1 administrer. Mais on ne considère pas que ce patrimoine s’est détérioré, dégradé, dans les mains du prodigue ; que pendant de longues années le capital du prodigue et les revenus ont été gaspillés. On se représente ce patrimoine comme un navire simplement échoué qu’on remettra facilement à flot et dont la cargaison est sauve... non, c’est bel et bien un naufrage.

Nous venons d’opposer l’épargne à la prodigalité... Nous éclairerons l’une et l’autre d’un jour nouveau en les comparant à l’avarice.

(7) Sismondi, Nouveaux principes d'économie politique, livre ii. chap. 3.

CHAP. XV. l'épargne ET l’ AVARICE.

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