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CHAPITRE XIX

L’épargne et le renoncement. — L’économie

politique et la religion.

Aux enseignements de l’économie politique sur la richesse, le travail, l’épargne, la prévoyance, on a cru pouvoir opposer ceux de la religion chrétienne qui, dit-on, condamne la richesse comme méprisable et dangereuse, déconseille le travail en tant qu’il a en vue la production de la richesse, et, loin d encourager l’épargne, ferait plutôt de l’imprévoyance une sorte de vertu sous le nom de noble confiance en la providence divine. Il ne saurait y avoir là qu’un malentendu qu’il serait permis de négliger dans une exposition purement scientifique ; il importe, au contraire, de s’y attacher dans un livre qui vise à offrir un caractère d’utilité pratique immédiate pour la conduite de la vie sur laquelle les croyances religieuses exercent un si grand empire. A côté de ce qui n’est bien réellement que malentendu, pure dispute de mots, il y aura lieu de relever des attaques inconsidérées, injustes, violentes contre l’économie politique en général à laquelle on prétend faire un procès de tendance.

Toute la morale évangélique se résume dans ces deux vertus, charité et renoncement, qui, à certains égards, rentrent l’une dans l’autre. Sur la question de la charité, l’économie politique est bien à l’aise, car elle proclame que c’est la meilleure forme de la bienfaisance, attendu qu’elle se manifeste de mille manières différentes, suivant la condition des personnes, ce qui la

rend à la fois plus efficace et moins dangereuse que la bienfaisance légale (1).

Qu’est-ce que le renoncement ? c’est encore la charité absolue, indéterminée, qui consiste dans le détachement de tous les biens, de toutes les affections particulières afin d’être mieux en mesure de se consacrer au bien de tous. L’Evangile réclame en effet un double renoncement : le renoncement à soi-même et le mépris des richesses : « Si quelqu’un veut venir avec moi, qu’il prenne sa croix et me suive. — Si quelqu’un vient avec moi et ne hait point son père ’et sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple (2). »

Qu’est-ce donc que ce renoncement à soi-même ? c’est l’esprit de sacrifice, de dévouement, d’abnégation, qu’on réclame de tous ceux qui se dévouent à une grande cause ; c’est la vertu qui fait les saints et les héros ; c’était l’indispensable vertu de ceux qui acceptaient la mission de répandre la foi nouvelle, qui, loin d’être soutenus comme le soldat, par l’ivresse guerrière et la perspective d’une mort éclatante, n’avaient en perspective que les misères et les angoisses de la persécution et une mort ignominieuse au milieu des tourments. Est-ce que l’économie politique a des comptes à demander à ceux qui se sacrifient pour leur pays, pour leur foi politique ou religieuse? Il va sans dire que, si pour ces grandes causes on doit être prêt aux plus douloureux sacrifices, à plus forte raison doit-on leur sacrifier les biens de la terre.

C’est dans ce sens qu’il faut entendre le mépris des richesses recommandé par l’Evangile : « N’amassez pas des trésors sur la

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