CHAPITRE XXVI
Revae sommaipc des doctrines erronées sur Tépargne et sur le capital.
Plus on avance dans l’intelligence de la vérité, moins on éprouve le besoin d’une attaque directe contre l’erreur, tant elle nous apparaît dénuée de force et de consistance, semblable à une armée dont toutes les positions ont été tournées et qui n’a plus qu’à se rendre (1). Cette réfutation directe n’est cependant pas sans utilité, car, d’une part, il y a des gens qui ne se tiennent jamais pour battus, et, d’autre part, bien des personnes sont suffisamment instruites et intelligentes pour discerner la vérité de l’erreur, sans être toutefois en mesure de démêler le vice propre des systèmes erronés ou, mieux encore, de décou-
(O Voir ci-dessus chap. ii, note 5. Voir aussi ce qui est dit à la fin de l’avant-propos sur rutilité de la controverse en général
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vrir la source commune d’erreur d’où ils découlent tous. C est ce dernier point qu’il importe surtout de mettre en lumière, car nous serons ainsi en possession d’une pierre de touche infaillible pour reconnaître l’erreur sous tous ses déguisements.
Je fais ici une remarque analogue à celle qui se trouve en tête du chapitre XXIV. Bien que j’ai fait de l’examen critique des doctrines, l’objet d’une division principale de ce livre, ce n’est pas à dire que jusqu’à présent je me sois abstenu de toute allusion à ces doctrines (2), que je n’aie reproduit aucun des arguments qu’elles invoquent ; cela est inévitable, quelque soin qu’on prenne de se renfermer dans une recherche analytique ou une exposition dogmatique. Quant aux controverses qu’a soulevées la question du meilleur emploi de la richesse, et qui ont trouvé place dans la seconde partie, elles n ont rien de commun avec celles qui font l’objet des trois chapitres suivants, car les théories morales que j’ai examinées dans celte seconde partie, laissent complètement intacte la théorie économique de l’épargne et du capital (3). Le mépris, plus ou moins sincere des richesses s’allie très-bien avec le désir de les acquérir par l’épargne. J’en dirai autant de cette doctrine de l’excès de production qui a conduit certains auteurs, notamment Sismondi, a combattre, dans une certaine mesure, l’épargne et la capitalisation. Dans les chapitres suivants je m’occuperai plus particulièrement des doctrines socialistes plus ou moins radicales ou
mitigées qui s’attachent à fausser la notion si simple du capital pour conclure à la reconstruction intégrale et immédiate de
Tordre économique existant.
Tout en reconnaissant la puissance du capital, la légitimité
(2) Voir notamment chapitre vi, à propos de la rémunération du capital.
(3') Voir chapitre xix, note tO.