‹ Épargne & capital [microform]Chapitre 47 sur 60 · CHAP. XXVI. REVUE SOMMAIRE DES DOCTRINES · texte numérisé non relu

CHAP. XXVI. REVUE SOMMAIRE DES DOCTRINES

faits que personne ne songe à contester. Du reste, ce n’était pas la peine de tancer si vertement Adam Smith pour conclure comme lui, car voici comment conclut List ; « La formation « des capitaux matériels pour la nation ne s’opère pas unique- « ment par l’épargne, comme pour le rentier; de même que « celle des forces productives en général, elle résulte de l’ac- « tion réciproque des capitaux intellectuels et matériels du « pays. » Nous n’avons jamais dit autre chose : l’épargne bien employée accroît la puissance productive de l’homme.

La confusion grossière entre l’épargne et la simple accumulation de produits ne s’étale nulle part plus naïvement que dans les lignes suivantes : « Chez les tribus grossières de chasseurs « et de pasteurs, l’épargne ne saurait exister ; elle les condui- « rait au dénûment plutôt qu’à l’abondance. Ce qui ne se cor- « romprait pas naturellement deviendrait la proie de voisins « pillards. Et cependant ces tribus possèdent des capitaux (8).» Quelle contradiction 1 L’auteur s’imagine que sous le régime du troc primitif entre chasseurs et pasteurs, l’épargne ne peut pas se réaliser. Demandez lui comment il se fait que ces tribus aient des capitaux, un bâton ou une hache, il répond ; « L’exis- « tence et l’accroissement de ces capitaux ne supposent rien de « plus qu’un faible travail d'appropriation (9). » Un faible travail d’appropriation 1... Mais il a fallu des siècles de travail, d’épargne et de capitalisation pour que l’humanité ait pu se

(8) M. Henri Richelot le cite en ces termes : « Un autre économiste « allemand' M. Gerster, dans une brochure publiée en 4857 sous ce « titre : Essai sur la théorie du capital, a combattu au moyen d’une « analyse ingénieuse la proposition d’Adam Smith, que l'épargne et « non le travail est la cause directe de l’accroissement des capitaux. » On peut juger^de VPanalyse ingénieuse.

(9) Au chapitre v, j’ai décrit le mécanisme de l’épargne dans l’état d isolement économique, sous le régime du troc primitif, et enfin sous le système monétaire.

trouver en possession de cette hache I Le rneme auteur nous affirme que « l’épargne est sans influence sur la création de la « plupart des capitaux immatériels... » De quoi donc se nourrissent ceux qui s’adonnent exclusivement à des travaux intellectuels ?

Quand on lit certains passages du célèbre économiste américain H. Carey, si on ne se rappelait l’idée fixe qui l’obsède, on ne saurait vraiment que penser. 11 vient de citer J. Stuart Mill (10) sur la formation du capital par l’épargne (1 1) : <k S’il « en était ainsi, les pays où l’épargne est le plus pratiquée de- « vraient nous présenter le plus rapide accroissement du ca- « pital, et pourtant c’est précisément là qu’il met le plus de « temps à croître.... Dans l’Inde, les princes épargnent des « sommes énormes en espèces qu’ils entassent dans leur trésor... « Remontons à l’histoire Sainte, nous voyons l’épargne pratiquée sur une si large échelle qu^une nation est nourrie pen- « dant sept ans avec l’épargne réalisée pendant sept précédentes « années d’abondance... Le sauvage de l’Ouest dépose le sur- « plus de son gibier dans une cache. » Ici encore Carey confond l’épargne et la simple accumulation de produits ; c’est le moins qu’on puisse reprocher à un économiste qui malmène si étrangement ses confrères : « L’idée qui prévaut généralement « chez la plupart des économistes est contenue dans cette « courte sentence : Les fortunes ne se forment et ne s’aiigmen- « tent que par l’épargne. Ces mots résument les idées qui ont « cours parmi les portions dégradées delarace humaine (1 2).» Pas plus que cela 1!... ce qui prouve bien qu’il y a la confusion, logomachie, analyse insuffisante des phénomènes, c’est que des

(10) J. Stuart Mill, Principes, livre i, chap. u, § i •

(41) H. Carey, Principes de la science sociale, tome ni, p. 46. v12) Carey, Principes, tome in, page 55.

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