CHAPITRE XXVIII
ETolntion dans les doctrines hostiles an capital. Attaques dirigées contre le capital sons forme de machines ; contre le capital en général ; contre Tentreprenenr.
Dans le chapitre précédent il n’a été question que des griefs contre le capital ; il est bien et dûment condamné en principe, mais nous ne savons pas encore ce qu’on en fera. Avant d aborder ce sujet, il est utile de noter l’évolution dans les doctrines hostiles au capital. C’est un fait curieux en lui-même et plein d’enseignements, car il montre le peu de solidité de ces doctrines. Voilà des gens qui vous disent : Les machines nous ruinent I — On leur prouve le contraire. — Eh bien alors c’est le capital qui nous écrase ! — On leur montre que là où le capital est abondant et où règne la sécurité, le capital se contente de trèsfaibles-intérêts. —Eh bien alors c’est l’entrepreneur qui fait de trop gros profits à nos dépens I
Au chapitre iv ci-dessus, je me suis expliqué sur la question des machines, je n’y reviendrai pas. Je me borne à rappeler cette fin de non-recevoir que j’oppose aux prétendus adversaires des machines : Voulez-vous, oui ou non, détruire les machines? Voulez-vous retourner au fuseau, au métier primitif de l’atelier
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domestique? Personne, que je sache, n’a répondu oui; on se contente de regrets platoniques pour un passé vers lequel on sait bien qu’il est impossible de rétrograder, et si on parlait sérieusement de détruire les machines, les ouvriers les défendraient. Je dois toutefois reproduire ici en substance le réquisitoire que les métaphysiciens du socialisme contemporain ont fulminé contre les machines. Cette thèse n’a été, bien entendu, reprise par eux que comme une conséquence de leur guerre contre le capital ; mais ces dialecticiens consommés se sont montrés de pauvres avocats et sont tombés dans d’étranges contradictions.
Suivant le procédé habituel des écrivains socialistes (1), on commence par nous faire le tableau le plus noir des misères morales et physiques que la grande industrie avec ses puissantes machines a accumulées sur la tête des travailleurs, et on tance vertement Fourier d’avoir dit que l’usine était un bagne adouci; c’est renforcé qu’il aurait fallu dire. L’ouvrier actuel est bien plus misérable que l’esclave dans l’antiquité, et le fouet dont on châtiait ceux-ci n’est rien à côté du livre d’amendes sur lequel l’impitoyable contremaître marque les ouvriers qui arrivent en
(1 ) J’ai sous les yeux le livre de Karl Marx (Dus Kapilal) ouvert au chapitre xiii, intitulé : Machinerie et grande industrie ; voir notamment pages 384, 402, 428, 449 Je ferai d’ailleurs remarquer que ce livre, dont les tours de force métaphysiques, quelque subtilité d’esprit qu’ils dénotent, sont sans valeur, est très intéressant comme recueil de faits et de documents. Il est bien entendu que la partialité et la passion ont présidé à ce travail ; mais il est certain que Karl Marx, qui a longtemps résidé en Angleterre, en connaissant très-bien l’histoire industrielle. Je ferai la même remarque pour les chapitres xxiii etxxiv, où Marx raconte par quels moyens s’est opérée en Angleterre la transformation dans l’industrie agricole et s’est constitué le prolétariat rural. 11 y a là une chronique scandaleuse qui a bien son prix. — Je me réfère aux appréciations de M. H. Passy CDes systèmes de culture en France, p. 134 et suiv.) en ce qui concerne l’influence du mode de culture qui a prévalu en Angleterre.
retard au bagne 1 Comment s’étonner que les ouvriers aient brisé et brûlé les machines?... ce qui atténue singulièrement l’effet de ces mouvements d’éloquence, c’est qu’on nous raconte que les mêmes excès ont été commis pendant le xvii® siècle contre diverses machines qui n’avaient aucun rapport avec celles qui constituent l’usine moderne et caractérisent la grande industrie (2). Cela revient à dire que, dans tous les temps, ceux qui exercent un métier ou une profession quelconque dans laquelle un perfectionnement est introduit qui, temporairement du moins, laisse un certain nombre de bras sans emploi, font entendre des plaintes, se révoltent. — Autre contradiction. Ils vous disent que l’usine abrutit l’ouvrier, le transforme en rouage ; puis, ils font volte-face et font ressortir la dextérité, l’habileté, la présence d’esprit, qu’il faut jiour guider, surveiller ces machines et énumèrent tous les accidents auxquels l’ouvrier est exposé par suite de la moindre négligence. — Encore une contradiction qui se rattache à la précédente, lisse plaignent de la durée du travail dans l’usine ; ils racontent comment le nombre d’heures de travril a été diminué, et comme quoi il a été démontré qu’un ouvrier habile et appliqué, fait plus en neuf heures de travail qu’un ouvrier médiocre en douze. Mais voilà précisément le triomphe de la machine ; plus de produits pour la société, plus de liberté pour l’ouvrier qui peut avoir quinze heures à lui sur vingt-quatre. — En réalité, ce n’est pas aux machines qu’on fait la guerre, c’est au capital, et voici le grief réduit à sa plus simple expression, du moins dans le langage et
(2) Karl Marx, Das Kapilal, p. 450. note <94, nous parle de la raacliine a tisser les rubans qu’on introduisit à Leyde en <6'29, d’où révolte des ouvriers et finalement interdiction de la machine par les magistrats : « Instrumentum quidam invenernnt textorium, dit Boxhorn, quo solus « quis plus panni etfacilius conficere polerat, qoam pluros æquali tem- « pore. Hinc turoæ orlæ et querelæ textorum, tandemque usus hujus « instrumenti a magistratu prohibitus est. »