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CHAP. XXMII. ÉVOLUTION DANS LES DOCTRINES

suivant la terminologie consacrés (3) ; ce que nous attaquons ce n’est pas la machine, c’est la machinerie employée capitalistiquement, c’est-à-dire en vue de produire en plus grande quantité cette plus-value que le capitaliste vole à l’ouvrier car elle

est produite par un temps de travail qui n’est pas payé. Ce que nous attaquons encore dans la machinerie c’est l’exploitation capitalistique de la science d’autrui, car un capitaliste ignorant tire ainsi parti de la science d’autrui (4)11 — Mais alors que devient votre tableau à effet des misères de l’usine? quand elle ne sera plus exploitée capitalistiquement, n’y faudra-t-il plus des ouvriers, n’y seront-ils plus soumis à des travaux pénibles, à des dangers? — Dans tout cela, il n’y a bien entendu qu’une critique purement négative, on n’entrevoit pas de solution pratique.

Ce qui est plus important pour l’intelligence des solutions que nous examinerons dans le prochain chapitre, ce sont les théories relatives au profit de l’entrepreneur. Je suis loin de dire par là que ces théories aient en elles-mêmes l’importance qu’on a voulu y attacher ; encore faudrait-il connaître les merveilleuses découvertes qu’on a cru avoir faites.

Adam Smith et l’école anglaise, en général, ont une tendance à confondre la théorie de l’intérêt du capital avec celle du profit

(3) Ici le lecteur comprend que je traduis aussi littéralement que possible. V. Das Kapilal, p. 384, 402, note 108.

(4) Il y a en effet dans le dernier passage indiqué à la note précédente ; « La science d’autrui est incorporée au capital comme le travail tt d’antrui (Die Fremde Wissenschaft Wird dem Kapital einverleibt, « wie die fremde Arbeit;) et. nous dit l’auteur, il ne faut pas confon- « dre l’appropriation capitalistique de la science avec l’appropriation a personnelle, pas plus que l’appropriation capitalistiqne ou person- « nelle de la richesse matérielle. » Ainsi il y aurait une propriété capitalistique et une non capitalistique. Si donc un savant chimiste fonde une usine, on ne pourra pas lui chercher querelle capitalistiquement au moins quant à la science, mais seulement pour le travail d’autrui 1

de l’entrepreneur. On suppose que c’est le capitaliste lui-même qui dirige l’entreprise et qu’il ne distingue pas dans le bénéfice net qu’il en retire, ce qui représente l’intérêt du capital et ce qui est la rémunération de son travail de direction. Mais Adam Smith n’en distingue pas moins ces éléments : « Le revenu qui « procède du travail se nomme salaire ; celui qu’une personne « retire d’un capital qu’elle dirige ou emploie, est appelé profit ;

« celui qu’en retire une personne qui n’emploie pas elle-même R ce capital, mais qui le prete à un autre, se nomme intérêt.

« C’est une compensation que l’emprunteur paie au prêteur « pour le profit que l’usage de l’argent lui donne occasion de « faire. Naturellement une partie de ce profit appartient à « l’emprunteur qui court les risques de l’emploi et qui en a la R peine (5]. » Quoiqu’il en soit il résulte de cette manière de présenter les choses que, si on justifie la retenue faite sur le profit par l’entrepreneur qui emploie les capitaux d’autrui, on ne se préoccupe plus d’une pareille justification, lorsque le profit est attribué au capitaliste qui emploie son propre capital. On ne distingue que trois sortes de revenus, le salaire, le profit et la rente, correspondant à trois fonds productifs i le travail, le capital et la terre ; et, de ces trois éléments de la production, le capital est celui dont on songe le moins à établir les droits dans la répartition de la richesse, tout cela parait évident et basé sur le fait matériel de la propriété et de la libre disposition du capital (6).

Ce sont les économistes français, J.-B. Say en tête, qui ont

(3) A. Smith, Richesse des nations, livre i, chap. vi vers la fin. Ed.

Guillaume, tome I, page 71.

Ricardo est encore plus prononcé dans ce sens *, des trois espèces de revenus qu’il reconnaît comme Adam Smith, on sait assez que ce sont la rente et les salaires qui l’occupent le plus.

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