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CHAP. XXVIII. EVOLUTION DANS LES DOCTRINES

mis en évidence le rôle de l’entrepreneur d’industrie (7) et soigneusement analysé toutes les circonstances qui légitiment le profit qu’il en retire, si l’entreprise réussit, donne des bénéfices. Le profit est le salaire de l’entrepreneur ; c’est le prix des services qu’il rend à la production, à l’activité économique en général, comme intermédiaire entre le capital et le travail, comme distributeur du fonds des salaires, comme organisateur de l’entreprise dont il a réuni les éléments. Il représente le général en chef, l’état-major de l’armée industrielle. L’importance que peut atteindre le profit s’explique par le caractère aléatoire de toute entreprise industrielle. On a calculé que (8), sur cent entreprises industrielles, dix au plus arrivent à une prospérité complète ; vingt croulent dès le début, et cinquante à soixante végètent pendant plus ou moins longtemps.

Parmi les économistes Allemands, les uns suivent, à peu de chose près, les errements de l’école française (9), d’autres ont

(7) M. Julius PierstorfF, privât dozent à l’université de Gôttingen , le dernier qui ait traité la matière ex professa (Die Lehre vom Unter ne hmergewinn, dogmengeschichtiich und kritisch dargestellt , Berlin, 1875. Théorie du profit de l’entrepreneur, exposition dogmatico-hislorique et critique), exagère un peu la tendance de l’école anglaise à confondre le bénéfice de l’entreprise avec l’intérêt du capital, afin de l’opposer à la doctrine de l’école française qui met en relief le profit de l’entrepreneur comme revenu distinct. Il y a là-dessous une petite malice. M. Pierstorff maltraite fort les économistes français, gens superficiels (traduisez clairs); il leur reproche leur servilisme vis-à-vis d’Adam Smith ; et il représente la théorie, d’ailleurs sans valeur scientifique, du profit de l’entrepreneur, comme une tentative d’émancipation. Ces pauvres gens sont si heureux d’avoir enfin trouvé quelque chose en économie politique qui ne soit pas de pure fabrique anglaise, qu’ils s’en donnent à cœur joie. Il y en a pour tout le monde, pour J. B. Say, Dunoyer, pour M. Courcelle Seneuil et pour M. Garnier. V. l’ouvrage cité, pages 2, 67, 97.

(8) Déposition de M. Godard dans l’enquête commerciale de 1834 (t. Il, p. 233). L’exactitude rigoureuse de ces chiffres importe peu.

(9) Ainsi Roscher, Principes d'économie politique, a consacré un chapitre particulier (livre ii, chap. v, SS 195 et sniv.) au profit de l’entrepreneur, sous ce litre ; Salaire de f 'entrepreneur (Uûlemehmerlohn).

cherché, par une analyse plus ou moins savante, à faire au profit de l’entrepreneur une situation indépendante du travail ou du capital, de l’isoler... mais tandis que, par là, quelquesuns entendent le consolider, d’autres espèrent le livrer plus facilement à l’ennemi comme n’ayant aucune raison d être. Parmi les premiers je range M. de Mangoldt (1 0) dont je résume la théorie en quelques mots. Après avoir fait ressortir les services que l’entrepreneur rend à la production qu il dirige, régularise, assure, l’auteur décompose ainsi les éléments du profit : une prime, à laquelle l’entrepreneur a droit par le seul fait du danger auquel il s’expose en fondant 1 entreprise , 2” un salaire et un loyer pour le travail ou le capital dont 1 entrepreneur ne pourrait pas céder la jouissance ou 1 usage à un ‘ tiers et qui ne sont profitables qu’à l’entreprise, employés par le propriétaire lui-même ; 3* une rente, ou prime de rareté, proportionnée au talent de l’entrepreneur et déterminée par l’offre et la demande de ce genre de talent. — On a fait observer (1 1 ) avec raison que celte rente n’est pas un élément nouveau, mais une circonstance qui modifie les deux premiers. En outre, que signifie ce loyer de capitaux? Ce second élément ne saurait en réalité comprendre que certaines aptitudes spéciales. Tout cela fait preuve de bonnes intentions à l endroit du

(1 0) Von Mangoldt, Die Lehre vom Unternehmergewinn, Leipzig, \ 855 ('Théorie du profil de l’entrepreneur). Cet auteur, au début de son livre, explique la manière différente dont les économistes français et anglais présentent le profit de l’entrepreneur, par cette considération que l’industrie anglaise qui vise à produire par grandes masses des objets d’utilité première, so'ides ou à bon marché, regarde le capital comme son levier essentiel, tandis que les Français, dont l’industrie se distingue principalement par la grâce, le goûL l’élégance, doivent tenir plus de compte de la coopération et des qualités personnelles de 1 entrepreneur. Plus ou moins fondée, la remarque n’a rien de désobligeant.

(40 Roscher, Principes, S 495, note 4.

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