XXIII
Que les savants lecteurs, les maîtres vénérés, avec lesquels je prends la liberté de m’entretenir ici dans une sorte de familiarité respectueuse, veuillent bien accueillir une dernière déclaration qui est en même temps l’expression d’un juste sentiment de reconnaissance. On se tromperait si on croyait qu’il m’en a coûté le moins du monde de modifier le plan de mon livre pour le conformer au programme de l’Académie. J’avais songé, il est vrai, à une œuvre plus savante, en ce sens du moins que la controverse y aurait tenu une plus grande place. Mais, en réalité, je crois peu à la controverse. La réfutation des grandes utopies socialistes n’est plus à faire : chacun reconnaît que, prises dans leur ensemble , elles ne sont que des jeux d’esprit. La controverse sur les points de détail est elle-même d’une efficacité douteuse. Elle est absolument sans effets à l’égard des sectaires qu’elle affermit plutôt dans leurs systèmes, car ce qui les anime surtout, c’est l’esprit de contradiction. Quant aux personnes qui cherchent la vérité d’un cœur sincère, ce qu’il leur faut avant tout, c’est la science présentée, s’il se peut, dans sa lumineuse clarté, dans sa majestueuse simplicité. J’appliquerais volontiers à la vérité scientifique ce que le sombre philosophe dont j’esquissais tantôt la doctrine, Schopenhauer, a dit, dans
qu’il s’agit des principes fondamentaux, réclamer de brevets d’invention. Il en est autrement dans le camp des socialistes de la chaire et des socialistes purs. Là il s’agit d’expédients, de .spécifiques, de véritables découvertes on le croit du moins. Rien de plus curieux que le ton aigre-
doux sur lequel Karl Marx {Das kapilal, préface de la première édition, note I) reproche à Ferdinand Lassalle de lui avoir emprunté sans citer tous les fondements théoriques de sa doctrine... il est vrai, ajoute-t-il, que c’était dons un intérêt de propagande. Les inventions de Karl Marx ! Quelques postulais, comme ils disent là-bas ; les excentricités de Proudhon et autres Welches habillées à l’allemande ; quelques emprunts à des compatriotes plus modestes que lui, voilà son bagage scientifique. Je justifierai cette appréciation dans la quatrième partie. Voir notamment chap. xxvii, note 3.
un moment d’heureuse inspiration, de la vérité artistique : « Il faut se comporter avec les chefs-d’ œuvres de l’art comme « avec les grands personnages, — se tenir simplement devant « eux et attendre qu’ils vous parlent. » Plaçons donc avec persistance les hommes en présence de la vérité, et espérons que tôt ou tard elle leur parlera. — Après avoir dit mon hoc erat in votis, c’est donc bien sincèrement que j’ajoute ;
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