CHAPITRE III
Idée générale dti capital et de se» différente»
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Croissez et multipliez; remplissez la terre et soumettez-la à votre domination ! (1) Jamais la mission de l’homme sur la terre n’a été définie avec plus de simplicité et de grandeur. Mais quels moyens lui furent donnés pour accomplir cette mission divine, pour achever en quelque sorte la création ? L humanité n’a trouvé près de son berceau que l’ignorance, le dénûment, l’insécurité, l’esclavage... esclavage imposé par la violence ou accepté par la misère. Comment donc arrivera-telle à conquérir cet héritage qui lui tut promis : la science, la richesse, la sécurité, la liberté ? — Croissez et multipliez !..., Mais si , aux premiers jours du monde, quelque Malthus barbare avait essayé de faire à sa manière une théorie de la population, c’est pour le coup que ses prévisions auraient frappé de terreur, les rares familles disséminées à la surface du globe, alors que, pour vivre des fruits sauvages ou des produits incer-
(I) Cette parole est répétée par deux fois dans la Genèse, avant et après le déluge. Genèse, i, 28 ; ix, 1 , 7.
22 f® PARTIE. THÉORIE ÉCONOMIQUE.
tains de la chasse, il fallait à chaque individu un territoire plus vaste que celui qui suffit aujourd’hui à une cité populeuse ! A quelle courte échéance n’auraient-elles pas entrevu l’instant fatal où elles seraient réduites à se disputer comme des bêtes fauves la chétive subsistance qui était la proie du premier occupant ? — Soumettez la terre à votre domination !...Md.\s n’était - ce pas convier l’homme à une œuvre impossible ? L’homme primitif en face de la nature est accablé par le sentiment de sa faiblesse qui se résume dans ces deux mots : ignorance et impuissance. Il n’a pas même une idée de ce que peut être cet empire qu’il est appelé à exercer sur la création. Il ignore les richesses végétales et minérales, les forces motrices, les puissances mystérieuses que la terre renferme dans son sein ou qui sont répandues dans l’atmosphère ; les animaux contre lesquels il engage une lutte souvent inégale ne lui offrent que la ressource précaire de leur chair à dévorer dans sa crudité ; et lorsque la terre lui apparaît enfin comme une conquête possible, quels moyens a-t-il pour l’entreprendre ? De quelles armes est-il muni pour cette lutte, pour ouvrir un sol vierge, façonner le bois, la pierre, les métaux ? Il n’a tout d’abord que ses ongles et ses dents, une force musculaire relativement insignifiante que le moindre effort épuise ; il est à ce point de vue le plus faible des animaux, car il lui faut de longues années pour atteindre un développement physique auquel la plupart des animaux arrivent peu après leur naissance.
Mais, tandis que Dieu n’a départi à tous les autres êtres créés que des forces aveugles et brutales ou l’instinct infaillible mais borné, il a donné à l’homme, pour lui assurer l’empire sur la création, ces trois choses : la main, l’intelligence (2) et l’ins-
(2) Buffon a dit : La raison et la main font l’homme.
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