‹ ÉpavesChapitre 13 sur 36 · A I.A MEME HEURE · texte numérisé non relu

A I.A MEME HEURE

L'Empereur et moi... (Voilà qui est bien orgueilleusement ■solennel, mais cela ne durera pas longtemps sur coton). — L'imperceptible Commis du Ministère des cultes passait régulièrement tous les jours, à neuf heures du matin, devant le château des Tuileries pour se rendre à son bureau. — Régu • lièrement aussi il y voyait Napoléon, déjà en uniforme, apparaissant à la fenêtre fermée de son cabinet, et s'en éloignant pour y revenir, toujours à distance égale, évidemment occupé de dicter à un Secrétaire. — L'exacte mesure de ses pas me faisait juger de l'étendue le la pièce. — Quelquefoi;? il s'arrêtait pour jeter un regard absent sur le jardin, puis ii se retournait avec vivacité comme lorsqu'on a trouvé l'idée qu'on cherche et qu'il ne faut pas laisser échapper. — Nécessairement ma chétive personne devait obstruer un coin de son rayon visuel, mais l'ingrat n'y prenait seulement pas garde ; il me préférait les grands intérêts de la patrie, le bonheur du peuple, la réputation de l'armée, le triomphe des idées utiles, que sais-je? — Et moi je l'admirais, moi je l'aimais toujours, je servais sa cause autant qu'il m'était permis de le faire et je

pleure encore au souvenir de ses glorieuses infortunes. Voilà ma pétition

Je rentre un peu étourdi du succès auquel je viens d'assis'.er à la Comédie-Française. — Ninus //est-il un bon ouvrage dramatique? Vivra-t-il assez pour qu'on s'aperçoiv: du contraire? — L'intérêt que il. de Montalivet y a pris ma plusieurs fois embarrassé. — Sa loge, la dernière des grillées a l'encoignure du balcon de droite, ma place accoutumée, mettait en rapport sa bienveillance avec mes faibles lumières, et, d'acte en acte, il me disait : « Croyez vous que cela se '< soutienne jusqu'à la /?«? » — Moi de le rassurer avec une confiance passablement hypocrite ! — Cependant je me suis hasardé à blâmer un vers sans qu'il ait essayé de le défendre, celui dont Talma cherchait adroitement à dissimuler la fausseté :

Qu'il ait sa part de gloire et non pas de danger.

<• Monseigneur, ai-je dit au iiinistre, convenez que là où il <; n'y a pas de danger à courir, il n'y a point de gloire à es- « pérer. » — « Cest juste, m'a-t-il répondu, mais cela peut V se corriger. » — Excellent homme! — (19 avril 181.3).

Le Ijeau ou le mauvais temps est presque toujours une grande affaire dans les actes de la vie. Mais l'importance en est particulièrement sérieuse pour les gouvernements lorsqu'il s'agit des projets de fûtes publiques. - On sait la superstition qu'y attache la multitude et quel fut le bonheur de Napoléon

dans ces sortes de circonstances. — Aussi, l'Empereur n'étonna-t-il pas son Grand chambellan, un jour que celui-ci, prévoyant cette espèce de contrariété pour la célébration d'un anniversaire, reçut de lui celte réponse : « Ne vous occupez « pas de ce/rt, j'aurai le temps. » — Il l'eut.

Que d'idées philosophiques naissent au récit de cette simple anecdote ! — Boïeldieu, jeune, beau, recherché,, fêté, marchant de succès en succès, l'homme à la mode enlin dans son temps, en était venu, déjà en 1808, à s'exprimer ainsi qu'il suit sur les désenchantements de la vie . — 11 était alors à Saint- Pétersbourg d'où il écrivait une longue et charmante leliro dont il faudrait tout prendre si l'on voulait ne perdre aucun des enseignements utiles dont elles est semée. — Pour aujourd'hui, contentons-nous do cette citation :

« Comment passes- tu ton temps, mon cher Berton?

T'amuses-tu? Visites-tu quelquefois la vallée de Montmorenci? Ah! quel pays !... Que ne donnerais-je pas pour y avoir une petite maisonnette! Voilà le plus cher de tous mes vœux: une petite ferme, de boas amis comme toi, de bon vin, de bonne musique, de bonnes discussions sur notre art, les marionnettes, la danse des chiens^ voilà de ces plaisirs qui vont à l'âme et qu'il faut se procurer quand il vous reste encore quelque sensibilité ! »

Après le succès de la Dame Blanche, je lui ai demandé s'il pensait toujours de même. « Plus que Jamais, m'a-t-i! « répondu, et nous ferions danser les chiens sur Pair des « couplets de dame Marguerite. »

Puisque, sans trop de superstition, les noms propres sont pour quelque chose dans la destinée des hommes, cette même destinée ne ferait souvent pas mal de les mieux distribuer. — Ce qu'il y a d'indubitable, c'est que tels et tels grands acteurs sur la scène du monde n'auraient point obtenu cette qualification si leurs parents les avaient affublés de ces noms qui bravent l'impossible et renfoncent un avenir à cent cinquante mètres sous terre. — Parmi les plus sonores, on aime à citer celui de Talma, et c'est double justice; mais le célèbre traducteur de Racine et de Corneille aurait-il atteint cette élévation s'il nous eût mis dans la confidence du nom primitif de sa mère : « Madame Mignolet? » — Voici, du reste, la souche constatée par l'inscription ci-jointe à Saint-Nicolas-des- Champs :

« Le samedi 15 janvier 1763 fut baptisé, dans cette église, « François- .Teseph Talma, fils do Michel-Joseph Talma et de « dame Mignolet son épouse, demeurant rue des Ménétriers.»

11 y a de cela plus d'un siècle, et, dans celte famille, Melpomène ne sollicitait pas encore ses entrées. — Lekain avait alors 35 ans. Il appartenait à la Comédie-Française, et ce fut quinze ans après qu'il laissa son héritage en déshérence jusqu'à ce qu'enfin, presque au début du siècle suivant, apparut le tragédien qui a fait également de son nom une auréole. — En serait-il là s'il s'était appelé Bonaventure ou Lévcillé ?

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