‹ ÉpavesChapitre 17 sur 36 · FOUCHÉ · texte numérisé non relu

FOUCHÉ

J'ai à Fouché de Nantes une obligation dont la forme a été assez piquante. — Napoléon était revenu de l'Ile d'Elbe. — Le 20 mars réveillait des espérances assoupies. — Tous ceux qu'avait affligés l'absence de l'Empereur désiraient contribuer, chacun dans sa sphère, à la rénovalion que devait opérer son retour. — Bien qu'il n'eût pas été longtemps éloigné de ce pays dont il avait porté si haut la gloire, ce court espace avait suffi pour que l'on reconnût généralement la nécessité d'appeler les hommes dévoués- partout où ia raison les rendait nécessaires. — Convenons que ce principe élémentaire n'a été que trop dédaigné par les gouvernements successeurs de ceux dont on avait eu justement à se plaindre. Aussi est ce là une des causes qui ont fait ie plus obstacle au rétablissement d'une tranquillité solide. — Si le Premier Consul prit d'abord des mesures différentes, c'est que des circonstances neuves et exceptionnelles, jointes aux limites de son pouvoir, le forçaient d'en agir ainsi. — Son grand malheur fut de n'y avoir pas suffisamment renoncé en montant sur le trône. — De là les sourdes et rancuneuses trahisons qui ont hâté et rendu si fatales les dernières années de son règne. — On aura beau dire, écrire et faire écrire, la sincérité de l'opinion et le désintéressement des services, sont la base de la confiance publique et le plus sûr garant du salut des Etats. — (Pardon de cette petite digression politique qui ne m'éloigne pas autant de mon sujet qu'on le pense). — Une personne haut placée désira que je reprisse à ce moment la position agrandie que j'avais occupée au Journal de Paris, persuadée qu'une bonne impulsion littéraire apporte utilement son concours aux grands intérêts d'un Gouvernement. — Pour cela,

elle écrivit à Fouché que son titre de Ministre de la police générale devait appeler encore une fois, ainsi qu'il en avait été de M. le duc de Rovigo, à l'exercice d'une influence absolue sur les écrits périodiques. — Ce personnage me chargea de la lettre. — C'était le soir. — Il y avait réception intime, mais encore assez nombreuse, dans le salon du haut diplomate. — Sur le nom de mon protecteur, je fus aussitôt admis. — Fouché, debout, le dos à la cheminée , reçut d'un visage fermé, l'épîlre qu'il lut deux fois, et la seconde avec l'attention de quelqu'un qui en aurait médité la réponse. — 11 me regarda ensuite pendant trois ou quatre secondes, sans proférer une parole — Puis, jetant au feu ce papier, il se retourna en me disant du ton le plus aftVctueux : « C'est bien ! très-bien ! revenez nie voir d.\ns quelque temps. » — Je ne sus d'abord que penser du vague de ce délai que je crus devoir liiiir lorsqu'on parlerait d'organiser la rédaction des journaux. — Mais les événements ne tardèrent point à m'apprendie ce qu"il y avait eu de prévision significative dans cette brève réponse, et que pour ne pas compromettre le protégé de son ami, dont il avait anéanti la lettre, Fouché s'en était rapporté aux circonstances qui devaient m'em pécher de lui rendre une seconde visite. — Telle fut en effet l'explication qu'il donna plus tard à celui qui m'avait patroné et dont j'imitai la conduite en restant fidèle à mes convictions.

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