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I>EUX CHAPEAUX

En plein exercice de mes fonctions de Secrétaire intime, le marquis de Cussy, que je connaissais un peu plus que tout le

monde, vint au Ministère de l'Intérieur me présenter un négociant en chapellerie dont l'inquiétude était grande. — Menacé d'une perte considérable parceque, ayant envoyé d'énormes pacotilles à la foire de Beaucaire, la vente s'en trouvait empêchée par je ne sais plus quelle cause qu'il dépendait de l'administration de faire cesser. II y avait urgence. — Les pièces examinées, j'en fis part à M. Guizot, toujours heureux que ses devoirs fussent utiles, et le pétitionnaire échappa au désastre qui l'eût infailliblement ruiné. — Quand le marquis me ramena ce dernier pour l'informer de la décision ministérielle, j'eus à subir des circonlocutions de remercîments dont le résultat n'était que trop facile à comprendre. — Je fis mieux que me fâcher, je témoignai doucement à tous les deux le regret de m'être occupé de leur demande. — Puis, la conversation finissant par prendre avec M. de Cussy le tour amical de nos habitudes, ils voulurent qu'un des naufragée de Beaucaire me fût au moins offert pour constater sur ma tête le secours que me devait la cargaison. — Ce n'était plus qu'une affaire de politesse. — J'en informai immédiatement mon supérieur, dont un sourire me tint heu d'autorisation, et je promis, en fait de pareille dépense, de donner désormais ma pratique à ce marchand, — Douze mois écoulés, je lui adressai ma commande ordinaire, — Lui-même l'apporta chez moi, et, comme alors un chapeau coûtait 24 francs, je m'étonnai d'en trouver 48 sur la facture. — Sur mon observation, « c'est M vrai, me dit-il, mais il y a le chapeau de Van passé. » — - Son reçu est un de mes autographes les plus pliilosophiques.

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