BOIELDIEU VENGE
Si je ne l'écris, on ne le croira pas. — L'injustice était si criante et l'offense au génie si cruelle, qu'on les supposeraient redressées à cette époque par les clameurs de l'indignation publique. — Point du tout ! On se taisait, et les Muses qui président à la gloire des arts dormaient oisives sur leurs attributs abandonnés. — Berton, Paër, Spontini, d'autres, des étrangers avaient la Croix d'honneur, et Boïeldieu l'attendait encore! — N'y eût-il pas aspiré, que cette exclusion la lui eût fait désirer, puisqu'elle était à la fois une injure à son caractère et la négation de l'ordre élevé dans lequel resplendissait son immense talent. — Moi, qui ai été l'intime confident de ses plaintes à cet égard, je puis assurer que la vanité n'était pour rien dans la poursuite qu'il a dû faire d'une distinction dont \ artiste se sentait digne à tous les titres, mais à laquelle V homme ne devait pas volontairement renoncer. — Eh bien! croira-t-on qu'alors, si l'on excepte quelques murmures assez timides dans les régions même d'où auraient dû s'élever les plus ardentes réclamations, personne ne demandait la réparation de l'outrage fait au pays? — 11 a fallu (et je suis forcé de le dire) que ce fût moi, moi seul qui prît l'initiative de la mesure réparatrice. — Boïeldieu le savait quand il m'écrivait ce qu'on a lu : « Je suis bien persuadé que, si Je Vobtiens, « je vous devrai celle faveur. » — Je parlai donc, j'écrivis, je sollicitai; je fis solliciter, écrire, parler, et nul ne me secondait! - Enfin, j'eus l'idée d'engager les Compositeurs de musique à se convoquer en assemblée suffisante pour donner une signification décisive à leur démarche. — Berton se signala chaleureusement dans cette circonstance. — Les autres sentirent à quel point leur honneur était intéressé au succès
tant désiré par l'opinion publique, et c'est ainsi que fut décoré celui dont la boutonnière accusait déjà tant d'années de retard. — La Dame blanche en rougit encore.
Parmi celles que j'ai à signaler, une erreur de nom m'a fait dire : mademoiselle Chameroy, quand il s'agissait de mademoiselle Raucourt, dont les obsèques furent si troublantes qu'à cette occasion Louis XVIII dut recevoir en députation Huet, l'acteur de l'Opéra-Comique. — Je profite de celte faute pour entrer dans quelques détails historiques qu'on n'a point recueillis. — Pendant qu'on parlementait en présence du roi, un de ses vieux chambellans (dont le nom m'a prié de ne pas le mettre ici) se montrait ton' joyeux du refus qu'éprouvaient les restes de l'actrice et ne cessait de s'écrier : « Cest bien fait! cest une Comédienne ! » — Les portes fermées de l'église Saint-Roch furent ouvertes par le Colonel Moncey, le Chef de bataillon Priant, le Général Roguet et le commandant Courège. — Huet, Gavaudan et Monrose portèrent le cercueil jusque dans le chœur, et les cierges furent allumés par un officier de ma connaissance. — C'est le Chapelain de Louis XVIII qui a officié. — Il y eut, dans cette bagarre, des gens encore assez expéditifs pour ne pas craindre de crier : « Le Curé à la lanterne ! » Heureusement le mot avait vieiUi, — L'enterrement de mademoiselle Chameroy s'effectua, au contraire, dans le plus grand ordre. (1815.)
Pas un acteur n'a su mieux que Talma déguiser les hésitations de sa mémoire, qui se tirent particulièrement sentir vers la fin de sa carrière. — Les choses allèrent au point que, pc^rmi les camarades, qui tous appréciaient le charme de ses rela[ions, ceux dont l'emiiloi était de jouer ses Confidents, se faisaient un plaisir d'apprendre ses rôles pour le tirer d'affaire au besoin. — Dans ces sortes de cas, le jeu muet, l'action de son individualité s'identifiaient lelU ment avec ce que le personnage avait à dire, qu>' le Public ne pouvait s'apercevoir ni de l'embarras de l'artiste, ni soupçonner même une lacune. Cette pantomime était presque le dialogue continué. — 11 y a, à ce sujet, toutes sortes de petites anecdotes que l'on rapporterait, si le fond de la narration n'aboutissait pas aussi exactement à la même chose. — Toutefois, en voici une qui n'est nulle part.
On jouait le Scylla, de Jouy. — A la dixième scène du second acte, le héros, entouré des siens, avait à dire :
Ton audace, Lénas, a droit de me suiprehdre, Mais parle cependant, je consens à t'entendre.
Au dernier mot du premier vers, notre tragédien venait de substituer le ver' e confondre, ce qui eût fort mal rimé avec entendre. Mais Laffitte, en scène aussi, lui soufila toul-à-coup :
Je consens à répondre, '
ce que Talma saisit à la volée, sans rien témoigner du secours qu'il rece\ ait et comme accoutumé à de pareils présents. — De retour dans la coulisse, il ne parlait jamais de (;es incidents, soitqu'il craignît d'appeler 1 attention sur leur cause, soii qu'il les oubliât dans les perpétuelles préoccupations de son art.
1916 s'étalait tout de son long dans nos fastes, quand, un jour, au château de Yincennes, une conversation s'engagea entre le Duc de Berry et le lord Wellington d'accord sur la supériorité de la poudre anglaise comparée à la nôtre. — Le général Ruty, commandant de la place, soutint courageusement l'opinion contraire, et, pour se départager, il fut convenu qu'une épreuve aurait lieu au tir même de la citadelle. — Inutile de dire qu'elle fut à l'avantage de notre fabrication, ce n'est pas vers ce point que je me dirige. — Dans un moment d'impatience, Wellington ayant dit : « Vous autres Français, « voKs faites de la poudre comme nous faisons de la mou- « tarde ; un de nos braves officiers lui riposta militairement : '( Cest avec cette moutarde-là que nous avons mis pendant « vingt ans V Europe à la rémotade. » — Le trait mt^rite assurément d'être conservé ; mais il a coûté cher à son auteur, M. le Commandant Z>w/)re' frappé, dès ce moment, d'une disgrâce dont son avancement n'a pu que beaucoup souffrir. — Par malheur, en ce moment, Napoléon voguait vers Sainte- Hélène, et la France s'endettait de tous les mots heureux, dont cette époque a couvert son Grand -Livre.
Pendant qu'il était au Ministère de l'Intérieur, et que j'ai pu le voir à titre de son Secrétaire intime, IVL Guizot n'a fait que du bien, toujours avec cette obligeance noble, cette simplicité naturelle dont tant de personnes ont éprouvé le charme pénétrant. — Au moment du départ de Louis XVIII, M. Guizot allait quitter l'hôtel du Ministère, lorsque, par suite de mes fonctions, je lui présentai le nouveau Secours qu'avait imploré une dame de haute naissance et victime des plus tristes évé-
nements. — « Donnez-moi la plume, me dit-il avec vivacité, « dépêchez-vous ; midi va sonner, mon pouvoir expire, Je « nai que tout Juste le temps de signer. » — Et la demanderesse reçut encore une somme de 300 fr. avant d'accomplir la funeste résolution que lui inspira, plus tard, l'excès de son malheur. — Quand on la releva du pavé de sa maison, on l'entendit adresser un dernier souvenir à l'homme d'Etat, son bienfaiteur. (Mars 1815.)
Ma première maison de campagne aurait été bien orgueilleuse si elle ne s'était pas résignée à être bien modeste.
— Située aux Thèmes, dans l'enceinte qui avait renfermé les Montagnes russes , elle occupait un espace d'une quinzaine de mètres, et, pour son jardin, à peu près le double.
— Encore n'é'ait-eJle pas entièrement bâtie quand j'y installai mon ménage, fortifié d'un ameublement extraordinaire du prix de cent cinquante francs. — Deux chambrettes, à droite et à gauche du rez-de-chaussée , répétées au premier étage et qui communiquaient par un escalier suffisant, formaient toute la distribution du logis. — Pour être plus de quatre à table , on avait dû adapter à des chevalets une planche de sapin proportionnée à la dimension d'une des deux pièces supérieures où se trouvaient alors , un peu serrés , mais face à face, huit convives d'une corpulence raisonnable. — Bientôt, le luxe s'en mêlant , nous eûmes , en bas , la jouissance d'un petit billard, dont j'ai dit .que Brod, le hautbois de l'Opéra , avait été l'habile fabricant. — Eh bien! là , dans ce réduit, si exactement renouvelé du domicile de Socrate , se sont écoulés les plus doux , les plus flatteurs ms-
tanls de ma profession de journaliste que j'exerçais depuis près de quatre années. — J'y recevais déjà ce qu'avait le Théâtre de plus renommé parmi ses interprêtes et ses administrateurs. — On s'y amusait . en même temps que chacun y faisait ses affaires. — Simple oasis, pour les uns, c'était le corridor du temple de la fortune pour les autres. — On croyait s'aimer, on rêvait agréablement, et les fruits des communs travaux se répandaient sans jalousie sur tous. — C'était le beau temps 1 La bise est venue , et, dans une vaste maison, aux splendides apparences , il a fallu regretter les heures heureuses où l'on avait devant soi cet éblouissant météore : r espérance \ (1819).
En dînant aujourd'hui chez moi , le bon Saint-Romain m'a offert sa jolie maison de campagne de Triel, si je veux faire prolonger son Pricilége du Théâtre de la Porte Saint-Martin. — Grâce aux bonté» qu'on a pour moi , rien ne me paraîtrait plus facile -, mais cela serait baucoup trop beau pour (jue je ne le trouvasse pa.^ beaucoup trop laid- — (21 janvier 1819.)
Les mots dignes d'avoir été dits par Molière , ne sont pas communs. -- En voici un dont l'auleur est cependant séparé du grand moraliste par toute l'immensité des mondes. — il se nomme Georges , ex-bouche-trou au théâtre des Variétés. — C'est lui qui, dans le garçon de cabaret desBonnes d'enfants, a trouvé, hier au soir, ce mot de si profonde observation.
« Merci , Sapeur \ » — Cela doit rester pour exprimer le remerciement fait à quelqu'un qui adonné le conseil d'une bonne action , tandis que le véritable auteur de celle-ci n'est l'objet d'aucune marque de gratitude. — Celte restitution est d'autant plus nécessaire que le mot , n'étant pas imprimé dans la pièce , il se perdrait. (8 novembre 1820.)
ZiA FORME.
Se faire lire est le premier des besoins pour un journal. — Ceux qui s'occupent de politique goiitenl facilement ce bonheur que les intérêts du pays leur procurent. — Il n'en est pas de même d'une petite feuille littéraire, dont toutes les ressources résident dans son esprit, si elle en a, et dans l'appréciation do celui des autres, qui en demande encore davantage. — Obligé à de perpétuelles explorations dans les domaines de son ressort, elle ne trouve pas toujours ce qu'elle cherche, et si elle le trouve, il y a pour s'en servir, ce que Brid'oison estime à si haut prix, la forme. — A-t-on l'option? Non, car le temps passe, le numéro du jour pousse celui du lendemain et l'abonné n'entend pas raillerie sur la nécessité de trouver à son réveil r Opinion publique sur sa hble de nuit. — J'ai plus connu ces tribulations que personne, et je puis dire qu'en fait d'Imaginatives de ce genre, j'ai épuisé toutes les combinaisons des possibilités typographiques. — Je borne mes nombreux exemples à un seul.
y Un crime horrible a été commis vendredi dernier à la »» Comédie- Française. Un nommé Prévost, se disant acteur
« de son métier, a tué M. Harpagon, honnête vieillard à qui a l'on ne pouvait reprocher qu'un peu d'avarice. — Le forfait a « eu lieu de huit heures et demie à onze heures du soir. Peu « de personnes en ont été témoins, parce que l'affiche du « théâtre avait fait pressentir cet affreux événement. — Tou- « tefois, on pense qu'il y en a eu assez pour que les suites « fussent ce qu'elles doivent être. Le coupable est en ce mo- « ment livré au Comité qui se propose d'appliquer le second « degré de la peine desspeûtateurs, article : «Du Sociétaire. » « — La justice informe.
« Jugement rendu, le Public est condamné à 20 ans. »
Ce soir, après le dîner chez mademoiselle Duchesnois, je causais, sur le canapé du salon, avec Talma fort en train de s'épancher au sujet de la singularité de quelques uns de ses goûts. — Si ce que j'en ai retenu n'est pas très-piquant, du moins cela a-t-il un de ces petits mérites historiques dont, après nous, s'amuse volontiers l'inoccupation des autres. — Nous parlions femmes, et, naturellement, j'exaltais cette douce communauté de sensations sur laquelle il me semble que se fonde le bonheur de l'amour. — « Ce n'est pas mon opinion, « me dit Talma, /e n'aime que les femmes froides et ne puis « souffrir celles qui font des avances ou qui répondent à « celles des hommes. » — «Ah! lui ai-je répondu, vous pensez « donc comme l'auteur de l'ancienne chanson :
Résiste-moi, belle Aspasie, Tu me charmes quand tu dis non.
Fi de ces beautés sans façon Qui préviennent la fantaisie !
Le baiser qu'hier je te pris, Fut pour moi le bonheur suprême ; Il aurait perdu tout son prix, Si tu l'avais offert toi-même.
« Je ne la connaissais pas, me dit Talma, mais fy re- « trouve absolument ma faiblesse, et cest là le secret de « ma préférence pour C B. Dès que je rapproche d'une « certaine façon, sa figure se refroidit, et si je veux Vem- « brasser, elle me parle politique ; je ne m'en lasserai ja- « mais. » — Par intérêt pour notre tragédie, j'ai bien pour qu'il ne tienne parole. (4 février 1821).
Pour venger son gros ami de mes justes critiques , une actrice, qui n'a jamaisrien valu ni sur le théâtre ni ailleurs, allait disant que, dans sa famille, on m'avait, autrefois, prêté des chemises. — Parmi ses semblables, ce moyen d'attaque manque rarement son effet, parce que le nom du substantif de première nécessité miroite agréablement quand il est accompagné de mois convenus sortant de la lessive. — Que serait-il arrivé si, dédaignant cette imposture, j'avais simplement publié quelques-unes des Notes, qu'à certain titre, la dame me faisait parvenir sur les opérations secrètes de son théâtre? — On l'aurait méprisée. . . Hélas ! c'était déjà fait !
Chez Talma, la simplicité des idées et des manières allait,
assez souvent, jusqu'à l'enfantillage. — Une fois, dans mon cabinet, nous raisonnions théâtre, et, à plusieurs reprises, il s'était levé pour toucher, sans cesser de parler, aux cadres appendus sur les murs. — A la fin, je lui demandai raison de cette turbulence en désaccord avec l'habitude des réflexions tragiques. — « Je ne puis voir^ me répondit-il, un tableau « qui n'est pas droit, il me semble que je fais un faux « vers. » (1821).
Le 6 février 1822, au Second Théâtre-Français, un novice, de 14 ans, disait-on, me parut remarquable dans le trio du premier acte des chœurs d-Athalie. — J'en parlai dans ma feuille avec l'approbation qu'il avait méritée. Et comme par l'effet de cette longue vue qui me pousse à pressentir les destinées théâtrales, je terminai ainsi mon petit anicle : « Fuis- « sions-nous avoir dans dix ans l'occasion de répéter les « éloges que nous faisons de ce jeune artiste l » — J'aurais dûmettre 15 ans, car, le 17 avril 1837, à l'Opéra, Arnold de Guillaume Tell me confirmait dans la prévision d une voix, belle, mais qui n'offrait pas au théâtre les garanties de la durée ordinaire. — Cet enfant se nommait Duprez.
Il faut souvent peu de chose aux gens qui étudient les acteurs pour rendre justice aux parties de leurs talents dont la multitude est rarement frappée. — Dans les Dieux à la Cour- (ille, que reprenait hier la l'orte-Saint-Martin, Potier, jouant
le Commissaire, de police Silène, arrache la foudre (de carton) des mains d'un Jupiter de très-haute stature. — Loin de s'en inquiéter, le magistrat ne dépose bruyamment cet attribut sur une table qu'après lui avoir fait subir plusieurs tours de moulinet, comme un héros que rien n'épouvante. — Puis il regarde le maître de lOlympe d'un air aussi victorieux que s'il venait de braver le terrible danger d'être réduit en poudre. — Ce jeu de scène n'est qu'un bien petit détail, mais il a le rare mérite d'exprimer, par un seul geste, le caractère de ridicule importance et d'autorité comique d'un personnage à peu près accessoire. — Ne laissons pas se perdre les trouvailles, si petites soient-elles. (t2 février 1822).
Le Théâtre de la Porle-Saint-Martin avait alors pour Directeur de Serre, le jeune homme entraîné dans cette spéculation, et qui y mangea un des plus beaux hôtels de la place Vendôme, celui dans lequel l'invasion avait logé Alexandre I^"" de Russie. — Il faisait assez bien ses affaires, quand le Ministère eut l'idée de lui donner Merle pour associé, sans mise de fonds, ot comme chargé de diriger la scène dans le sens de l'opinion du moment. — La circonstance était bonne, et le coadjuteur en protita pour réaliser sa part dans l'opération, s'élevant à vingt-cinq mille francs. — En ma qualité de Mentor officieux de l'imprévoyant dissipateur, je ne lui demandai que du soir au matin pour l'aboucher avec un honnête négociant qui l'aurait soustrait aux griffes des usuriers. — Mais, dès le l ndemain, les vautourss'étaient abattus sur leur proie, à laquelle, midi sonnant, il ne restait déjà plus que quinze mille francs ou à peu près. — « Vas, lui dis-je. à cette nouvelle, je re
nonce pour toujours à te donner des conseils 1 » — Il me répondit : « Nous f attendrons ce soir^ à six heures^ aux « Frères Provençaux. » (1823).
Après Clotilde, la danseuse de l'Opéra qui jouait si majestueusement la Reine des Nympties, la seconde femme de Boieldieu se nommait Dussoyre, femme Bertin. — Elle était la sœur de mademoiselle Philis qui se sauva du Théâtre-Feydeau pour aller en Russie avec Andrieu, son camarade. — Ce brusqee départ fit grand bruit et contribua beaucoup à la monomanie qui se déclara parmi les artistes persuadés qu'il tombait des diamants dans le pays des neiges. — Le 30 mai 1847, madame Dussoyre maria Adrien Boieldieu son beau-fils..
Tulou, le flûtiste, cultive le mensonge avec un grand à-plomb. — Il en a cependant été quelquefois le mauvais marchand.— Pour ne citer qu'un des plus gais exemples, on peut se rappeler que l'une de ses prétentions est d'être excellent chasseur. — A ce titre, ayant emprunté le fusil d'un de ses amis^ il revenait pliant sous le poids du gibier, lorsqu'on sa présence le prêteur retira de l'arme une balle de calibre qu'il y avait secrètement introduite, avec la certitude que l'amorce reviendrait bredouille. — Loin de se décontenancer, le grand disciple de Saint-Hubert trouva ravissant « ce tour d'esca- « motage. »
A la suite de sa petite vérole, Emilie Leverd a reçu ce matin, pour la première fois, la visite de Delrieu. — Comme elle lui montrait tristement les ravages de ce vilain mal : « Ne vous « affligez pas trop, lui dit le père de notre sixième Artaxerce, « on ne grave bien que sur les pierres fines. » — C'est joli, mais le burin a trop appuyé pour que ce soit consolant. — (26 juin 1823).
On ne sait pourquoi Baptiste aîné s'est mis en tête qu'à la fin d'une pièce,- les acteurs qui viennent d'en remplir les rôles ne doivent pas s'incliner devant le public. — C'est pourtant un usage depuis longtemps acquis à la déférence dont ces artistes font ainsi preuve à l'égard de leur juge naturel.
— En essayant de s'y soustraire, Baptiste aîné se prépare peut-être de sérieux regrets. — Loin de l'imiter, Lafon a donné, ce soir, et sans y prétendre, une bonne leçon à son camarade. — A peine a-t-il dit le dernier mot de V Orphelin de la Chine, que par une transition de physionomie fort intelligible, il a quitté son personnage et s'est incliné le premier vers les spectateurs d'un air aussi simple que respectueux.
— Quatre bordées d'applaudissements significatifs sur cette question à l'ordre du jour, ont exprimé l'opinion générale et récompensé l'artiste. — Le devoir rempli, il est permis de penser que, dans le genre tragique, lorsque le dénouement fait tableau, ou que la scène est ensanglantée, la soumission à cet usage peut demeurer suspendue ; mais le droit du public et la convenance du fait n'en restent pas moins dans toute leur intégrité. — {29 juillet 1823).
L'homme, au dehors, le plus gai de France, en est le plus triste, dans son intérieur. Il y a cent exemples d'un fait semblable dans l'étude de l'esprit humain, mais le hvre qui devrait les réunir, n'est pas encore commencé. — Notre vaudevilliste d'humeur si joviale, en apparence, dans ses écrits, ne les compose pourtant que de l'air le plus sérieux du monde. — Obligé, pour ainsi dire, de mettre son caractère en harmonie avec ses œuvres, dès qu'il sort de chez lui, il se transforme 5 sa bonne figure, qui n'est pas sans quelque "rapport avec le masque convenu de Polichinelle, s'éclaircit, prend une vive expression de contentement et s'accorde avec l'entrain que Désaugiers met dans ses chansons. — De retour dans son ménage, il subit le joug de ses instincts et devient souvent morose. — Il est pourtaut heureux près de la femme qu'il a choisie, fille d'une honnête concierge de la rue Tiquetonne, et qui justifie l'honneur de s'être aUiée à l'homme le plus distingué dans son genre de littérature. — N'est-ce pas le cas de répéter l'exclamation mélancolique qu'il a sanctionnée lui-même : « Ce que c'est que de nous ! » — (1824).
Déjà, quand Delrieu donna son Artaxeice, Talma songeait à mettre le pied dans l'emploi des rôles plus marqués (ce qui veut dire, en style de théâtre, des rôles de personnages plus âgés). — Lié d'amitiéavec le tragédien, l'auteur manœuvrait pour lui faire accepter son Artaban qui se trouvait assez bien
dans les conditions désirées. — Mais Talma , ne goûtant pas ses raisons , le refusait obstinément, et Delrieu insistait pour qu'il lui donnât les siennes. « // n'est pas assez fort pour moi, ditenûn Talma. » — « Prends-le toujours , répondit le poète, et je te promets de t'en donner im qui te fera cracher le sang au quatrième vers. » — Dès-lors, reprit le tragédien, c'est moi qui serais trop faible. — Et l'Artaban garda le portefeuille.
TOUR DE FOnCE.
Indépendamment des qualités qu'exige de son Rédacteur principal la confection d'un journal de théâtre, il y a la finesse d'intelligence qu'il doit déployer dans les occasions d'une certaine difficulté. — Le nombre en est considérable , et je puis dire les avoir essuyées toutes. Mais la plus piquante est assurément celle que j'ai combattue la nuit passée , car je l'ai faite avec un bonheur auquel j'étais d'abord bien éloigné de m'attendre. — J'en ai jugé ce matin en lisant mon article imprimé, qui ne me paraît pas se ressentir des procédés de son élucubration. — Outre mes constatations de chaque soir, j'avais, hier, à m'acquitter d"une tournée générale dans les théâtres, et, comme on n'y donnait qu'une pièc ; nouvelle, je m'en étais rapporté a mon rédacteur chargé de suivre le Vaudeville. — .Te pouvais donc, moi, le Gengis-Kan de la rue Jean-Jacques Rousseau , me porter, de ma personne, sur d'autres points,
Tandis qu'en Occident je fais voler mes tils Des murs de Samarcande aux bords du Tanaïs.
Minuit était sonné. — J'arrive à l'imprimerie et j'apprends que nul n'a paru pour rendre compte de la représentation. — Sans perdre une minute , je cours à la rue de Chartres. — Théâtre et café y attenant sont fermés. — Que faire? — J'ai promis de ne pas laisser passer une seule nouveauté sans m'en occuper dès le lendemain. — Cette lacune dans mon journal me désespérerait. — Je frappe à la porte du limonadier, grand amateur de spectacle et que nous connaissons tous pour ne jamais manquer une soirée de ce genre chez son voisin. — Par forme de conversation, je lui demande quel succès on a obtenu, le caratère du rôle de chacun des acteurs, si Lafont, Guénée, Lepeintre jeune, Minette et madame Dussert ont bien secondé l'intrigue sur laquelle j'insiste particulièrement. — Enchanté d'une causerie qui flatte son goût pour le théâtre, mon cicérone répond si bien à mes questions, que je retourne aussitôt chez mon imprimeur où j'écris l'analyse de la pièce avec autant d'exactitude que si j'avais fait partie des spectateurs. C'est La rue du Carrousel ou le Musée en boutique , un acte dont l'auteur se cache sous le nom de M. Croûton. — Par bonheur, il ne s'agit que d'une bluette 5 je n'aurais pas tant osé s'il eût été question d'un ouvrage d'importance. Mais, enfin, la preuve de zèle et le tour de force y sont.... Que le plus innocent me jette la pierre! (5 octobre 1824.)
Le médecin de Martainville lui disait , il y a trois jours : « Vous ne guérirez pas tant que vous continuerez de ne voir « que des hommes de lettres, des gens d'esprit qui vous en- « traînent aux surexcitations de toute espèce; mieux vaudrait
>^ ne fréquenter que des imbéciles. — Sur ce mot, — ma » /(9»i«?e, cria aussitôt le pauvre goutteux, prends la plume » et écris. » — Puis, il lui dicta les noms d'une quantité d'auteurs et de journalistes jouissant d'une ccrtaineréputation. — Ce matin, le conseiller étant venu savoir le résultat de sa prescription , Martainville montra sa liste en lui disant : « Si ceux-là^ docteur, ne justifient pas pleinement votre ordonnance, c'est que je suis incurable. » (19 février 1826.)
Parmi les soins que prennent les acteurs appliqués , il en est de minutieux, mais qui n'en sont que plusrecommandables comme la preuve d'un zèle toujours en éveil pour les intérêts de leur art. — On a cité madame Branctiu pour cette espèce d'étude à chacun de ses rôles nouveaux, — Lorsqu'elle dut jouer avec Lays dans Anacréon , inquiète de l'effet que produirait le départ de la barque , elle imagina de s'en assurer par un moyen approximatif du fait matériel. — Deux fauteuils furent mis à la suite l'un de l'autre. — Son mari se plaça sur le premier, tenant la pelle et la pincette du salon pour figurer les rames, et madame Branchu derrière lui, exprimant d'un visage ému les vives appréhensions que demandait la scène. — Mais leurs enfants, fille et garçon, témoins de cet essai, prenant au sérieux le violent chagrin de leur mère, se mirent à pousser de si grands cris et de si douloureux sanglots, que force fut aux deux navigateurs d'ajourner leur voyage.
Taliïia esl morl aujourd'hui, à onze heures trente-cinq minutes du matin. — Le Public du Théâtre-Français avait encore demandé de ses nouvelles il y a trois jours. — Monseigneur l'Archevêque de Paris s'était rendu près du malade, , qui a désiré être conduit sans cérémonie au cimetière. — Talma, sensible à celte démarche et ne connaissant pas l'imminence de son danger, avait dit, après le départ du Prélat : « Ma première visite sera pour lui. » — La crainte de devenir aveugle l'avait beaucoup effrayé. — Sa représentation de retraite s'était effectuée le 2t mars de l'année dernière. — On n'y avait pas approuvé le singulier costume qu'il avait substitué à celui d'Othello, si théâtral et dont, en 1792, l'effet contribua grandement au succès delà pièce de Ducis, — Dans son nouvel accoutrement, la personne du héros ressemblait plutôt à celle d'un domestique espagnol, qu'à ce More amoureux et jaloux comme un tigre. — Le Scylla de la tragédie de ce nom, fut un des rôles modernes oii la responsabihté de ïalma se trouva le plus engagée, tant par l'importance du personnage que par la nouveauté de la pièce. — L'artiste devait donc mettre le plus grand soin à se ménager, soit avant, soit après les représentations, pour se tenir à la hauteur de la sensation qu'il y avait produite. — Faute de l'avoir fait, il s'est expos ^. à ce que l'événement, de peu d'apparence que je signale, ait mérité quelques réflexions sur mes tablettes. — Il se rapporte à ce que j'ai dit de la nouvelle manière de vivre du tragédien, si différente de ses premiers temps et qui a dû hâter, à la fois, sa retraite et sa perte. — Scylla en était à sa trentième représentation, lorsque, après y avoir paru, Talma fut trouvé le lendemain, à huit heures du matin, jouant aux caries avec Jouy, qui ne l'avait pas quitté de la nuit. — Le mal dont il esl mort ayant été une oblitération d'intestin, nul doute que réchauffement du sang, produit par la veille et le
jeu, n'ait eu une très-grande part à l'inefficacité des moyens de gu'irison. — Pour comble de malheur, la maladie n'a pas été connue tout de suite. — Dans cette circonstance si sérieuse, il est arrivé plusieurs fois qu'on eût à se souvenir de certaines scènes des comédies de Molière. — J'ai tenu le fait de gens qui en avaient été les témoins affligés. — Ce n'est pourtant pas le savoir qui a manqué aux médecins du célèbre tragédien ; les noms de ces docteurs ont répondu du contraire. — C'est le Système qui, en cette affaire comme en tant d'autres, s'est interposé en sens différents et, par son doute continuel sur les causes, a laissé les effets gagner sourdement du terrain. — MM, Biet et Bréchet eurent, en ces occasions, des entrevues qui dégénérèrent en disputes tellement irritées que, sans l'intervention des confrères, on aurait pu craindre celle de la lancette, au premier sang. Dans ces tristes conjonctures, l'art a perdu ce que, vraisemblablement, il ne retrouvera jamais. — (19 octobre 1826.)
ITAUEN ET ANGLAIS
Deux géants sont particulièrement à distinguer parmi les héros dont j'ai fait choix pour témoigner de mon dévouement à la gloire de notre pays, Rossini et Walter-Scott. — Je suis la première personne, dans la sphère semi-ofificielle, à laquelle on ait parlé du compositeur devenu si célèbre. — J'ai dit comment un de ses amis vint à l'Intérieur m'engager à porter jusqu'au lUinistre la connaissance d'un très-grand talent musical qu'admirait déjà l'Italie. — Etranger au motif de la protection qu'on demandait, j'y répondis, et bientôt le souvenir de mon patronage subalterne alla s'abîmer dans les torrents d'une
renommée à si bon droit acquise. — Mais enfin, j'ai dit le premier mot. C'en était assez pom' que je dusse voir avec plaisir l'homme et ses œuvres accepter l'hospitalité chez nous. — -liais le plus déplorable fanatisme venant à s'en mêler, de toutes parts on le solennisa jusqu'à briser l'encensoir sur le visage de nos plus grands compositeurs. — Oh ! alors, moi aussi je sentis de nouveau que la Patrie est chère ! Je me rangeai, sans réserve, du parti des Nôtres, et la louange n'ayant pas besoin de moi, je passai chaudement du côté de la critique vive et solide. — J'eus l'honorable bonheur de m'y maintenir dans une position;, difficile assurément, mais où je n'obtins pas moins de notables succès. — Sans prétendre nier ou altérer la gloire de Rossini, je me livrai à des remarques dont bon nombre sont restées et qu'ont partagées beaucoup de ses plus ardents admirateurs, sur les négligences de la couleur dramatique dans ses plus belles compositions. -- ■ Je ne parle pas des injures que m'a valu celte défense courageuse, obstinée ; c'est la monnaie courante en littérature.
— On m'a seulement payé de trop grosses sommes à la fois.
— L'autre géant est Sir Walter-Scolt. — Avec lui, la lutte n'a pas eu le temps de s'engager d'une sérieuse façon, elle a commencé et fini tout de suite. — Lorsqu'au mois de novembre 1826, il crut pouvoir venir à Paris par forme de voyage d'agrément, je n'attendis pas son débotté pour lui prouver que, si d'autres les oubliaient, moi je me souvenais de ses Lettres de Paul et de son Histoire de Napoléon. — Je le pris à bras-lo-corps dans ma feuille , et d'une conviction nationale si vigoureuse que, tout en annonçant son arrivée, pas un journal n'osa rétorquer mes motifs pour ne point admettre aux honneurs d'une ovation le détracteur de l'homme qui nous avait faits si grands. — De bons amis , comme on en trouve toujours (je l'ai su), s'empressèrent de mettre mes
articles sous les yeux de l'illustre romancier , et furent la cause dont il ne se cacha point, de son départ immédiat de Paris. — Cette fois, je demeurai stupéfait de ne voir ma conduite ni insultée, ni attribuée à de repoussantes raisons.— LVau manquait aux fontaines.
CONSERVATORIXNS .
Une personne, qui ne cherchait pas à écouter, entendait forcément l'entretien d'un confrère avec Provost. — « Dis donc <( (ainsi parlait ce dernier), sais-tu que ça mem... nuie de « MONTRER la tragédie^ Tu devrais prendre mademoiselle « Telle dans ta classe, tu en ferais peut-être quelque chose; « moi, fai assez de la comédie. » — J'ai engagé l'entendeur qui m'a rapporté cela, à faire savoir d'abord à M. le Professeur Provost que l'on montre la lanterne magique et qu'on enseigne, par malheur, la tragédie. — Ensuite, que le Conservatoire de déclamation étant ainsi fait, il n'y a de choix qu'entre l'exercice de ses devoirs ou le sacrifice de sa place, car si l'on s'em... nuie des largesses du Budget, il existe toujours quelque part quelqu'un disposé à s'en accommoder parfaitement. — Entin, il est également utile de signaler à Provost une autre de ses erreurs. Quand il prétend qu'il a assez de ta comédie, il confond, il prend l'un pour l'autre. — Du reste, je ne suis pas heureux avec lui, la collection de mon journal en porte la marque, et je viens de tomber sur celle où j'engage M. le maître d'école à ne plus dire sur le théâtre . « Jeullaivu pour Je rai vu, » et bien d'autres aberrations
Provotales : logique, prosodie, syntaxe, etc., qui déplaisent aux ennemis de la Réclame elda F uff, ces Dieux de l'inculpé
Mazurier est mort aujourd'hui des suites d'une maladie de poitrine qui s'est terminée par cmquante- cinq jours de souffrances. — C'était le Pantomime comique le plus étonnant de tout ce qu'on eût jamais vu. — A l'incroyable souplesse de son corps, il joignait, à titre d'acteur, un vif sentiment de l'expression théâtrale, bien que sa voix ne répondît pas à la finesse de son jeu, mais il y suppléait par la charmante expression de sa physionomie. — Il n'y a pas de comparaison à établir entre Mazurier et Milon, de l'Opéra, puisque celui-ci était un Pantomime des plus sérieux, tragique même-, mais indépendamment des genres, ces deux artistes méritent une part à peu près égale dans les regrets des connaisseurs. — Milon était plus profond, et Mazurier plus varié. — Ainsi, ce dernier qui, on arrivant de Lyon, avait débuté à la Porte -Saint-Martin le 27 mai 1823, y est resté cinq ans moins trois mois, et n'a appartenu à aucun autre théâtre. — (5 février 1828).
Peu de nous autres, faiseurs de journaux coûte que coûte, ont plus souvent et mieux tiré parti dos situations attachées à cet état que Martainville, sans cesse prêt à la riposte en tout genre. Mais jamais il ne s'y est montré d'un esprit et d'un courage aussi présents qu'en celte occasion-ci. — Hier, à onze
heures du soir, attablé dans le Café feydeaii, il s'y livrait aux élans de sa verve, quand entra un grand monsieur d'allure assez belliqueuse, et qui, reconnaissant le feuillelonniste, proféra à haute voix tes paroles : « Je sors de l'Opéra-Comi- « que, où j'ai vu le Camp du drap d'or, pièce détestable. » (Puis, regardant fixement l'écrivain) : « Il faut que les jour- « nalistes soient bien vils pour en faire l'éloge. » — Du ton le plus calme, et regardant à son tour le bravache : ii Monsieur, « lui dit le confrère, vous auriez plus tôt fait de dire que « vous voulez me provoquer. » — « Précisément, répliqua l'a- « gresseur, et demain matin je serai votre homme. » — « Vous « en avez menti, s'écria Martainville en se levant avec colère, ^< car vous vous bâtirez tout à l'heure; quand on insulte aux '< quinquets, on doit rendre raison aux réverbères. » — Le fanfaron n'en eut pas la peine, ce hardi mouvement l'avait anniliilé. — Nous n'en avons pas moins admiré cette adroite façon de reprendre aussi promptement l'offensive, ce qui est toujours un avantage. — (27 février 1828).
M. Swebach, le peintre dont le talent est partout apprécié, possède à Aulnay une maison de campagne qui plaît beaucoup à ses amis. — Très-souvent dans la semaine, et constamment le dimanche, il y reçoit des vi: i'es aussi nombreuses qu'inattendues. — L'heure avancée a laquelle elles se présentent équivaut, pour l'artiste, à la nécessité d'une invitation générale à dîner. — En dehors des exceptions, il a cherché vainement à s'y soustraire ; mais, poussé par la persévérance des indiscrets, il s'est avisé, dimanche dernier, do cet expédient. .Après avoir reçu tout son monde, il lui a annoncé qu'ayant
donné congé à Françoise, sa cuisinière, le dîner aurait lieu à la meilleare auberge du pays. — On s'y rendit joyeusement, et là, chacun se livrant à ses goûts, indiqua les mets et les vins les plus à sa convenance. — Le repas fut charmant... jusqu'à l'arrivée de la carte, d'où, par une règle de division, M. Swebach ayant dégagé le total de son écof, le posa sur la table en invitant ses bons amis à l'imiter. — Je laisse à sa palette le soin de nous rendre le comique malaise de toutes ces figures désappointées. — Pour moi, je n'ai qu'à le féliciter de nous rappeler ainsi la comédie de Dancourt, intitulée : la Maison de campagne^ où l'on voit un malheureux propriétaire transformer, par le même motif, son manoir en une hôtellerie. — L'ouvrage ne demanderait pas mieux que d'habiter le répertoire du Théâtre- Français 5 il y serait du moins un peu plus à sa place que les dîneurs en ville chez celui dont ils viennent de recevoir une si plaisante leçon. — (22 août 1829).
J'ai constaté, à diverses fois et d'après la plus irrécusable des autorités vivantes, que non- seulement jamais Napoléon n'a porté de tabac dans ses poches, mais même que sa veste d'uniforme n'en avait que de fausses, conformément à l'ordonnance. — Eh bien ! c'est encore là une de ces choses contre lesquelles seront impuissants les plus authentiques témoignages contemporains I. . . On dirait vraiment une calomnie ! — Dans cent ans, il se trouvera encore d'absurdes obstinés pour dire que Napoléon prenait du tabac comme le roi de Prusse. — Dieu les bénisse ! — (1830).