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DEUX NOBLES CŒURS

On ferait de gros livres avec les rapports relatifs aux Belles actions inconnues, même à celles qui se sont produites au grand jour, en juillet 1830, mais dont les auteurs ont modestement décliné les honneurs de la publicité. — Pour apporter quelques lignes en tribut à ces livres tant désirés, et qui ne se feront jamais, je citerai, en regrettant de ne pouvoir accompagner de noms propres le témoignage de mes yeux, un jeune médecin dont voici le fait. — Le 28 chauffait de toute l'ardeur de ses bassinets, et la rue Saint-Honoré contenait d'assez nombreux blessés auxquels il n'était pas encore possible de porter secours. — Quand j'y arrivai, je vis un jeune homme en habit bourgeois, ce qui excluait toute idée de service obligé, le genou en terre et tenant sur l'autre un homme du peuple dont il pensait la blessure avec autant de sang-froid que s'il eût été dans un hôpital. — La promptitude, l'adresse et la sûreté de ses mouvements ne permettaient pas de douter que ce ne fût au moins un Elève en médecme. — Cependant les balles se croisaient autour de ce groupe héroïque et semblaient l'épargner à dessein. — A l'agitation des lèvres, je remarquai que des paroles s'échangeaient entre ces deux individus dans une situation si intéressante, ce qui me donna un moment l'idée d'aller prendre part à l'entretien pour savoir le nom de celui qui méritait tant d'éloges. àJuis la scène était si occupée, si changeante, qu'il y avait nécessité d'en surveiller toutes les péripéties. — C'est alors que vers le commencement de la place du Palais-Royal, j'aperçus une femme d'environ trente ans, mise avec la simphcité d'une certaine aisance, qui, de la main droite, donnait à boire à nos combattants, et, de l'autre, soutenait de son mieux deux Gardes royaux paraissant mor-

tellement atteints. — Tous admiraient la bienfaitrice et respectaient le sentiment qui lui inspirait son généreux partage.

— Pourquoi faut-il que les noms des deux bons êtres que je viens de signaler laissent une lacune dans l'histoire de nos révolutions qui en a gardé tant d'autres indignes d'y fleurer?

— C'est là une des grandes fautes du sort.

En ce moment, la personne de Napoléon est représentée sur presque tous les théâtres de Paris. — Les copistes de l'extérieur du grand homme se confondent à tel point avec leurs rôles, que, ce matin, l'un d'eux, interpellé par son directeur, lui a répondu : « C'est bon! j'aviserai^ Duroc. »

Pour habiller avec exactitude le Napoléon qu'a donné hier l'Ambigu-Gomique, Gosse, le peintre, a obtenu de M. Marchand la permission de dessiner le chapeau et le costume historique en entier. — Par une difficulté de détails, on n'a trouvé qu'un seul magasin qui ait pu fournir le drap et la nuance exacte pour la confection de la redingote grise. — Cela me rappelle, pour avoir touché ces vêtements, que ce dernier était absolument la capote du soldat, au collet près que l'Empereur portait rabattu. — (15 octobre 1830).

A la fin d'un dîner que je donnais à de bons compagnons , Béraud nous raconta, dans ses plus plaisants détails, l'histoire de sa campagne lorsqu'il était allé à Rambouillet avec ceux qui voulaient escorter Charles X s'éloignant du territoire français.

— Rien de plus grotesque que ces hommes ridiculement armés, entassés dans des charrettes, sur l'impériale des Coucous , à pied , à cheval , même sur des ânes , et se précipitant vers un but dont ils ne connaissaient pas la portée. — La diversité , l'extravagance , la misère de leurs accoutrements répondaient à la confusion de leurs idées. — En cela, Béraud s'était mis à la hauteur de la circonstance. — Débraillé sous un chapeau à trois cornes deux fois trop large pour sa tête, un grand sabre obstiné dans le fourreau, des gants à la Crispin^ et des souliers avec un éperon sans molette , tel il nous a dit qu'il s'était juché sur une monture de marchand de cerises.

— Ce tableau, présenté avec entrain, excita parmi nous un de ces fous-rires qu'on aime tant à se rappeler. — Peu après, l'historien nous apparut portant à la boutonnière un ruban rouge que nous ne lui avions jamais vu. — Ses amis en ont fait cependant remonter l'obtention au-dessus de cette époque.

— Je n'ai plus retrouvé publiquement Antony Béraud , que lorsqu'il était mêlé , à cheval, au cortège de Louis-Philippe passant sur les boulevards et dans les rues. (1831)

Sur le point de débuter au Théâtre-Français, mademoiselle Plessy se présenta chez moi , en compagnie d'une dame (je crois sa mère). — Très-jeune encore, elle n'avait rien de ce naturel qui fait le charme de son sexe , et , pour me dire bonjour, elle se tortilla comme une anguille. — Sur le conseil

que je lui donnai , tout d'abord , de ne point porter ces façons au théâtre , elle me répondit qu'elle n'était pas venue pour « recevoir des leçons. « C est un grand tort, lui répliquai- « je, car vous en avez déjà grand besoin, mademoiselle, pour « combattre du moins le seul défaut qui ne se corrige pas à « la scène. Epargnez-vous donc l'ennui d'en entendre davan- « tage. » — Et je me levai. — Je crois que la suite a jus-tifié ma remarque.

L'habitude d'aller au Café était un besoin de la vie de Merle. — Il faut dire aussi qu'il l'avait peut-itre malgré lui contractée dans ses relations avec les vaudevillistes du temps de sa jeunesse , et dont les réunions dans ces sortes de lieux stimulaient leur ardeur au travail. — C'était un reste du siècle précédent où le cabaret jouait un si grand rôle dans la société des gens d'esprit. — Ce qu'il y a de certain , c'est que cette godaillerie n'avait pas du tout la gourmandise pour objet, car, en cela, Merle n'était ni exigeant ni difficile. — Sa bourse seule en souffrait , le pour-boire des garçons s'élevant toujours à l'égal de sa dépense. — Lui ayant, un jour, démontré que cet excédent suffirait pour assurer à sa vieillesse, « un lit « à r hôpital. — Pour n'en avoir pas besoin, me répondit- « il, je ferai comme les grands capitaines, je mourrai « debout. »

Le ministre Martignac se plaisait, en tout bien tout honneur, à prêter quelquefois sa voiture à une artiste presque drama-

tique. — Un jour que cette belle personne partageait le plaisir de la promenade avec une de ses camarades, elle aperçut, au retour, de prosaïques harengs sur un évenlaire dont elle ne craignit pas de s'approcher pour faire l'emplette la plus ordinaire dans les petits ménages. — La fantaisie passée, on ne s'en souvint plus en descendant de l'équipage. — Le lendemain, madame Martignac, aussi en compagnie d'une amie, voulut user du même moyen de locomotion ; mais une affreuse odeur l'empêcha d'y persister, malgré le jeu fréquent des stores et des glaces qui cherchaient à la combattre. — Force fut de rentrer pour ordonner des recherches, que la pensée de ces dames n'aurait jamais pu conduire à bien. — Interrogé par la moitié de lui-même, sur l'invraisemblance de ces exhalaisons anti-ministérielles, Monseigneur commençait à balbutier, lorsque le cocher vint le tirer d'embarrras en racontant lu pèche miraculeuse qu'il venait de faire dans une des poches de l'élégant véhicule. — Les suites de l'exphcation conjugale resteront ensevelies dans la nuit des temps ; l'historien d'aujourd'hui voulant rester fidèle au resp;'ct des tombeaux. (Mai t832.)

Pour donner du crédit à de certaines rumeurs, dont j'a déjà parlé, on a colporté, dans quelques réunions de comédiens, deux choses qu'on ne s'attendait guère à y trouver, et dont la singularité n'en paraissait que plus convaincante pour les spectateurs. — C'était im mouchoir de têle, orné, dans un de ses coins, d'un N couronné, et une chaussette portant au talon le pli que la pression d'une botte lui avait fait contracter. — A cette vue, fortifiée par des commentaires de toutes sor-

tes, semblables à ceux qu'on entend dans les foyers de théâ- Ires, le doute d'une haute intimité nocturne n'était plus possible, et bien mal venu eût été l'incrédule qui aurait soupçonné quelque subalterne d'une complicité mercenaire. — Les gens de bonne foi sont si bêtes !

Bien qu'atteint d'un tremblement nerveux sur la fin de sa vie, Picard avait conservé toutes ses facultés. — La seule différence qu'il y eût dans sa conversation, était de petits mouvements de vanité aussi légitimes qu'auparavant ils avaient été rares, car jamais il ne mettait personne sur la voie de lui adresser un compliment. — Un des derniers jours qu'il dîna chez moi, je voulus l'aider à porter à sa bouche un verre de Champagne trop plein pour que l'équilibre en fût aisé : « Merci, me dit-il, vous le savez, mon ami, c'est le travail « qui m'a mis ainsi. » — Puis, cédant à sa petite faiblesse : « Cela ne m'empêche pas, dit-il en se frottant vivement le « haut de la tète, d'avoir fait la petite ville. » — Et ces paroles, il les répétait à chacun des tressaillements qu'excitait en lui le souvenir de tant de succès accompagnés d'une si bonne renommée personnelle.

Les aptitudes directoriales ne sont pas toujours consultées pour le choix de nos Entrepreneurs de théâtres. — Aussi, par ce fait, arrive-t-il quelquefois des choses assez gaies. — A la répétition d'un grand ouvrage lyrique, le Directeur, trouvant

le morceau qu'on exécutait trop long, en demanda la coupure à l'aide d'une cadence rompue. — Or, ce dernier mot impliquant la nécessité d'y revenir, le spécialiste breveté conseillait, sans le savoir, d'ajouter à ce qu'il jugeait nécessaire d'abréger. — Il prenait le nom du Pyrée pour celui d'un homme.

L'auteur àWngélique et Jeannelon., Pigault-le-Brun père, déjà magnétiseur passionné, prétendait avoir fait des études d'une espèce si piquante qu'à la simple vue de l'écriture, il devinait le caractère de l'auteur. — Pour on donner une preuve à sa famille, qui lui contestait cette science, sur une lettre du père nourricier d'un de ses enfants, il mit par écrit les qualités et les défauts qu'il reconnaissait chez cet homme, et le fît venir à Paris. — En quelques jours, l'examen fut complet et pas une remarque ne se trouva fausse dans les suppositions qu'il avait faites. — J'ai lu cette pièce calcographicopliysiologique, et je puis assurer, d'après l'approbation des témoins de l'épreuve, que c'était une chose très- surprenante. — Est-ce qu'il y aurait là un petit coin de terre inconnue à défricher? (1833.)

Avec cet aplomb qui sied à la vertu, M. Montigny, le Directeur du Gymnase, se targue d'avoir été le seul qui ait résisté a mes avances^ ce dernier mot outrageusement interprété. — il l'a môme écrit une fois, qu'écrasé par un double malheur, et pour ne pas ajouter aux alarmes de ma famille, je dus im-

poser silence à mon mépris d'une aussi lâche injure. — C'est dans un journal qu il a déposé ce témoignage d'impudente fanfaronnade. — Si donc, après sa brochure de burlesque mémoire, sur les théâtres, ce monsieur a un peu appris à raisonner, il doit savoir que, pour qu'il y ait résistance, il faut, de toute nécessité, qu'il y ait eu attaque. — Or. je le mets au défi de prouver que, par moi, par d'autres, en paroles, par écrit, directement ou indirectement, enfin de quelque façon que ce puisse être, j'aie jamais cherché à établir le moindre rapport avec lui. — Je justifierais, au contraire, -de mon ancienne et persévérante répulsion pour ce contact, s'il plaisait à M. Montigny d'en connaître les motifs (au pluriel). Oui, l'un de nous deux a attaqué l'autre; ce qui veut dire ici qu'il lui a demandé quelque chose, lui a fait des avances, l'a soUicité, l'a prié, a compté sur lui, l'a môme flagorné pour en obtenir ce qu'il mendiait... C'est M. Leraoine, dit Montigny. — Lisez :

« A M. Charles Maurice.

« Mon cher monsieur, je vous envoie l'analyse d^Un fils, « drame de mon frère Montigny et de moi. Nous (style de « pétition collective) nous nous recommandons à toute votre « indulgence... Nous serions heureux que vous voulussiez « bien, pour cette fois, déroger à vos habitudes, et venir nous vjvger... La Critique, dont vous êtes l'un des plus remaria quables organes, décidera. Nous vous prions de vouloir « bien nous traiter comme gens qui sont presque encore à « leurs débuts... Surtout je place sous votre égide, mon « frère... En tout cas, et quoi qu'il arrive, /e compte sur votre « exquise obligeance.

« Tout à vous. Ed. Lemoine.

Mardi 20 octobre 1835.

« Ne vous donnez jamais la peine d'envoyer chercher les

vc analyses, vous pouvez être sûr de les avoir à chaque pièce '( nouvelle.

« Tout à vous. Ed. Lemoine. »

{Autographe).

« Qu'en dis-tu'} »

Manlius.

Aux acteurs qui veulent, à présent, des rôles plus longs que n'étaient autrefois les pièces, je dirai que Dugazon a joué d'origine l'Eternueur liùns le Barbier de Sévi! te; Larive, Grippe-Soleil dans le Mariage de Figaro ;Ta\ma., le Jokey dans le Couleur, le Cimbre dans Marins, et Saint-Prix, par complaisance, l'officier cV Adélaïde Diiguescîin^ où il n'avait à dire que :

Ils vous ont vu, seigneur, leur foule est dispersée.

Le Public, qui avait lu le nom de ce dernier sur raffîche, l'attendait, comme d'habitude, dans le personnage de Coucy, et quand il a vu cette déférence de la pari d'un si estimable talent, ses bravos ont ébranlé la salle. — Je sais ce que le raisonnement, plutôt que la raison, aurait à répliquer ici dans l'intérêt de la réputation des acteurs et du goût que doit leur inspirer leur profession. — Je n'insiste donc que sur cette vérité : les rôles ne se mesurent point au mètre et, dans les plus courts, il y a toujours assez à dire pour qu'on soit favorablement jugé, si l'on sait bien revêtir le moral du personnage.

pnocii.i.oNs.

Le voir faire, ce qu'on appelle aussi l'exemple^ a toujours exercé une grande influence sur la conduite des hommes entre eux, — C'est pour cela que la morale recommande à cette dernière d'être toujours des meilleures, afin qu'on s'accoutume au bien les uns par les autres. — Malheureusement, il y a abus dans l'excès contraire, et c'est, le plus souvent, le mal qu'on imite. — J'arrive tout de suite à une demi-douzaine de petits procès encouragés par le voir faire que leur offraientles gros, dans un temps oii ce moyen de spéculation arrivait facilement à l'état lucratif. — Encore un peu, et les fainéants de lettres n'auraient plus été forcés de recourir à l'exercice de leur état pour vivre, il allait leur suffire de tirer sur moi avec des assignations en guise de billets à ordre ou de mandats au porteur. ■ — J'ai là-dessus des faits qui passeraient pour incroyables alors même que je les appuierais de tout ce dont j'ose à peine me servir pour en constater l'existence. — Je m'en tiens aux citations suivantes qui sont le côté presque plaisant de ces aventures. — J'insère dans mon journal une lettre d'actrice qui s'inscrit en faux et préfère à de franches explications un jugement qui la déboute de sa plainte malicieuse. — Un Commis me vole. Son avocat fait retentir la Cour d'assises de ses convictions les mieux acquises touchant la parfaite moralité de son client; et pendant qu'on est aux opinions : « Ah! monsieur, me dit- il, /e le connais mieux que « vous^ c'est le coquin le plus éhonlé que f aie jamais vu. » — Un homme pénètre dans mon domicile et veut porter la main sur ma personne ; je l'en empêche par une rapidité de réflexion qui lui devient toute favorable, et j'en suis pour ce généreux effort de prudence. — Un théâtre envoie aux journalistes des invitations à son banquet d'ouverture, et à moi du

papier timbré ; puis, à l'audience, personne ne se présente. Je ne dis rien, la loi s'amuse. — Même impertinence de la part d'une détestable actrice qui se joue à son tour de ce qu'on doit aux magistrats, et elle rit pour montrer les plus belles dents du monde. — Enfin, et, comme chez Nicolet, voici le plus fort. — Je possède les pièces constatant le paiement effectué par moi des frais d'un procès que je n'ai pas eu avec un sieur Bouvet^ dont je n'ai même jamais entendu parler. — Semprè bene.

Quatre syllabes, quelles que soient les parties alphabétiques dont elles se composent, vous paraîtront, amis lecteurs, pouvoir difficilement se dépouiller de leur blanche robe d'innocence pour revêtir le manteau rouge d'une abominable criminalité. — C'est cependant à pareil malheur qu'elles se sont vues réduites ; et si je vous disais ce que m'a coûté de tribulations et de pertes matérielles ce pauvre petit adjectif qui s'était cru d'autant moins coupable que la seule défense des bonnes mœurs l'avait dicté, vous me répondriez : « Tu en as « menti. » — Aux faibles femmes qui se font méchantes, je dis : « Lisez Hacine. » — Aux hommes trop forts pour descendre jusqu'à nous écouter et nous croire, je dis : « Lisez « Voltaire, et vous y trouverez :

ÈU's-vous donc des Dieux qu'on ne puisse attaquer, Et, teints de notre sang, faut-il vous invoquer?

Zamore.

uni: rsTE.

A côté de tant de jours néfastes, résultat d'une action généreuse, il y en a eu de beaux. — Est-ce que, sans les com-

pensations, la vie serait possible ? — Ce sont elles qui font supporter le reste; la coupe s'emplit d'absintlie, puis elle se vide, le miel y coule un instant à pleins bords, et cela suffît pour qu'on supporte le retour presque incessant de la liqueur amère. — Dans les familles bien unies, les anniversaires heureux sont autant de fêles que les cœurs célèbrent à l'envi. — J'en étais là ctiaque fois, et surtout à Longchamps, où j'occupais un espace de quinze arpents. — J'y arrive un jour, croyant dîner tète à tête avec les miens, — je franchis la porte du jardin donnant sur la grande route, vis-à-vis le moulin qu'on y voit encore, — Une allée de verdure conduisait à la maison. Je m'y engage, ma femme et un jeune enfant près de moi. — Tout à coup, des bosquets de lilas qui la composent, s'élancent les sons d'une musique inconnue, une harmonie dont je n'ai pas le temps de chercher la cause. — J'écoute et je reconnais qu'elle me dit ce que nous avons tant de fois éprouvé : « Où peut-on être mieux, qu'au sein de safamillelr» Je veux avancer. Soudain une nuée de femmes charmantes, en grande toilette et suivies de cavaliers empressés, se jette en riant sur mon cabriolet qu'elle emplit de fleurs, de couronnes et d'emblèmes relatifs à l'anniversaire de ma fête. — L'orchestre continue, c'est celui d'un détachement de l'Opéra; il accompagne les acclamations d'une amitié à laquelle il fallait bien croire, puisque rien n'en avait contraint les démonstrations. — Un nombreux couvert, placé sur une vaste pelouse, réunit bientôt tous ces convives, dont la joie éclate en mille façons. Kermesse, chants, bal, aérostat et feu d'artifice terminent enfin cette journée que beaucoup, sans doute, ont oubliée et dont je me souviens, moi, pour la regretter.

nECHEnCHE INTERDITE-

Madame Sara-Lescot, l'ancienne actrice du Théâtre du Vaudeville, avait été fort belle. — Bien que nous nous fussions rarement rencontrés et que mes attentions eussent toujours été circonscrites aux usages de la simple politesse, il m'a bien fallu croire qu'elle s'y était trompée, puisque, longues années après, je l'ai su d'elle-même, avec positive déclaration... de ma maladresse. — Elle m'a en outre appris qu'à cette époque, un riche négociant de Paris s'intéressait à elle, et qu'un jour, à la suite de nos innocentes conversations, elle en avait eu une avec lui pendant laquelle son esprit était resté si fortement préoccupé de la nôtre, qu'elle pouvait m'en offrir une preuve frappante. — Leur fille avait, depuis lors, épousé Adolphe Adam le compositeur. — Ayant été présenté à cette jeune personne, il me fut impossible de ne pas reconnaître une grande véracité dans la confidence que sa mère m'avait faite, et je laissai mon amour-propre se prélasser devant le miroir parlant que j'avais sous les yeux. — Mais déjà Sara- Lescot et moi étions d'un âge trop respectable pour trouver dans ces réminiscences autre chose qu'un sujet de plaisanterie, dont il ne parut pas nécessaire qu'Adam et sa femme fussent sérieusement informés. — Le fat!

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