ANCIEN VICE-CONSUL DE FRANCE A MONTREAL
A l'occasion de sa décoration comme chevalier de la Légion d'honneur.
Ami, le lendemain des sanglantes batailles, Aux accents des clairons, aux éclats des bravos, Sous les drapeaux flottants, criblés par les mitrailles, Le {ïéuéral vainqueur jette croix et médailles Au sein poutlreux de ses héros.
Pour un soldat, la croix, fleur de chevalerie, C'est chaque dévoûment amplement compensé C'est le baiser d'orgueil de la mère attendrie ; C'est le baiser d'amour que donne la Patrie, En échange du sang versé.
Pour plusieurs c'est souvent Tespérance dernière Car chaque brave sait que, défait ou vainqueur, Tant qu'il vivra, partout, duchesse et cantinière Diront en regardant briller sa boutonnière : Celui-là c'est un noble cœur !
Mais, loin du champ d'honneur, d'autres âmes fécondes Ont, si ce n'est leur sang, autre chose à donner ; Et, fière nef voguant aux plus lointaines ondes, La France sait trouver, aux rives des deux mondes, D'autres têtes à couronner.
Ce sont ces cœurs vaillants qui fleurissent dans l'ombre, A la France vouant tout leur modeste amour. Et, tandis que là-bas quelque loyauté sombre. Lui donnent, sans jamais en supputer le nombre, Leurs dévoûments de chaque jour.
Or, vous êtes, ami, l'un de ces cœurs modèles ; Et notre mère à tous devait bien à cela D'envoyer vers nos bords ces messagers fidèles Qu'on nous dit aujourd'hui venus à tire-d'ailes Vous apporter cette croix-là.
Cette croix, cher ami, beau prix de votre zèle, Cette croix nous aimons à la voir rayonner ; Mais si la France, ici, devait, chose nouvelle, Orner chaque poitrine où bat un coeur pour elle, Elle n'aurait bientôt plus de croix à donner.