SCENE IX LA DUCHESSE, AXGIOLIXO, puis YESOITF
ANGTOLIXO Ah ! maman, qu'as-tu donc ? Comme te voilà laide !
LA DUCHESSE
Laide ! laide ! Ah ! ce mot exécré qui m'obsède,
Ce mot cniel, fatal, faut-il que ce soit lui,
Mon fils, qui me le jette à la face aujourd'hui ! . . .
Ah ! toi, bien vainement tu renierais ton père !
Il me manquait de voir mon cœur qui désespère
Pendre en lambeaux sanglants aux ongles de tes doiçjts.
Si je suis laide, ingrat, sais-tu que je le dois
Aux cruelles douleurs que tes jours m'ont coûtées,
A mes nuits sans sommeil, h mes nuits sanglotées
Auprès de ton chevet, lorsque, dans ton berceau,
La fièvre, à chaque instant t'éveillait en sursaut ?
Et c'est toi, quand je meurs de détresse et d'envie,
Qui me jettes ce mot, torture de ma vie :
Laide !. . . Mais es-tu donc inspiré par Satan ?
Toi, la chair de ma chair ?. . . Ah ! malheureux, va-t-en !
(Elle le repousse si violemment que l'enfant tombe sur ses genoux.) ANGIOLIXO, pleurant.
Maman ! maman !. . .
LA DUCHESSE, hors d'elle-m&me, se précipitant sur lui et le relevant.
Ah ! ciel vengeur ! Dieu secourable !
Qu'ai-je fait ?. . . J'ai frappé mon enfant, misérable !. . . O mon Angiolino ! mon amour ! . . . mon trésor ! . . . Laisse-moi t'embrasser ! . . . encore ! encore I encor ! . . .
(Elle l'embrasse à plusieurs reprises.)
Tu ne peux pas savoir, vois-tu, ce que je souffre ! Je suis folle ! je suis perdue au fond d'un gouffre Où contre mille horreurs ma raison se défend . . . Pardon, je t'ai frappé ! . . . J'ai frappé mon enfant ! . . .
(Se relevant et montrant le poing au ciel.)
Eh bien, soit ! . . . Il faut mettre un terme à ce supplice ;
Le ciel l'aura voulu, que mon sort s'accomplisse !
Si j'hésite, démons, ah ! faites-moi songer
Qu'à part moi maintenant, j'ai mon fils à venger !. . .
Yesouf ! . . .
(Yesouf paraît dans le fond.)
Yesouf, l'enfant !
(Elle lui fait signe d'emmener Angiolino. )
Et revenez sur l'heure !
(Elle couvre de baisers Angiolino qirYcsouf emmène.)
Oui, c'est fini, voilà trop longtemps que je pleure ! J'en mourrai, mais tant pis ! malheur à qui blessa Veronica Cybo, princesse de Massa !
(A Yesouf qui revient.)
Yesouf, approche ! . . . Avec sa corde toute prête. Le bourreau dans ses mains avait déjà ta tête, Un jour que ma pitié prit ta tête au bourreau.
YESOUF
Je m'en souviens : je vois d'ici le tombereau !
LA DUCHESSE
Bien ! et tu me promis que, quel que fût mon ordre. . .
YESOUF
Yesouf est votre chien, dites, qui faut-il mordre ?
LA DUCHESSE, poursuivant.
Fût-ce d'aller combattre un monstre corps à corp. . .
YESOUP
J'obéirais.
LA DUCHESSE Peux-tu me le jurer encor ?
YESOUF
Par Mahomet et Dieu, le Coran et la Bible !
LA DUCHESSE, bas.
Et si je t'ordonnais quelque chose d'horrible. . .
YESOUF
Ordonnez !
LA DUCHESSE
Même un crime ?
Aux dépens de mes jours !
Alors, que la justice implacable ait son cours !. . . Mes chevaux à l'instant ! Et toi, fais diligence, Prends une arme et me suis !
YESOUF
OÙ, madame ?
LA DUCHESSE
A Florence !
RIDEAU