‹ Epaves poétiquesChapitre 55 sur 77 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

FERADIXI, LE DUC, SAN MARTIXO COXJURÉS

FERADINI, après avoir parcouru les groupes et désignant la porte du palais.

C'est bien . . . rangez-vous tous autour du péristyle ; Soyez fermes, mais sans violence inutile ! Point de faux mouvements ni d'efforts hasardés ! Si vous ne recevez point d'ordres, attendez !

(Au Duc.)

A minuit, dites-vous ? c'est bien à cette porte . . .

LE DUC

Oui, que l'Inquisiteur, suivi de son escorte De clercs et de soldats sommera le préfet De livrer Galilée.

FERADINI

Et VOUS u'avez rien fait. , .

LE DUC, interrompant.

Auprès de Ferdinand ? Non ! je n'ai rien pu faire Pour votre cause auprès d'un prince qui préfère Aux hasards de demain le repos d'aujourd'hui , . . Et vous me permettrez de penser comme lui.

FERADINI, a part.

C'est cela, l'on s'endort et le diable ricane Pendant qu'on te bafoue, ô ma pauvre Toscane !

(Haut).

Et, quant à nos projets, rien ne transpire encor ?

LE DUC

Non ; mais quand le pouvoir prend la nuit pour décor, Et s'arme jusqu'aux dents, c'est qu'il flaire sans doute Des choses que d'instinct sa pi'udence redoute. On craint peut-être au fond quelque soulèvement.

FERADINI Oh ! nous résisterons, mais malheureusement. . .

LE DUC, interrompant,

Comte, avant de partir, une simple parole :

(Indiquant la statue qui est au fond.)

Rappelez-vous comment est mort Savouarole ! C'est le même pouvoir que vous frappez du poing ; Il est des chocs auxquels on ne résiste point ?

FERADIXI

Due, je ne prétends pas oi^érer de miracles ; iMais qui s'arrête ti'op à compter les obstacles N'a jamais secouru ni sauvé son pays.

Quant à moi, la patrie a parlé : j'obéis !

LE DUC

Ce sacrifice, au fait, rien ne vous le demande.

FERADINI

Pardon ! depuis longtemps quelqu'un me le commande, Quelqu'un dont nul ne doit disciiter le pouvoir.

LE DUC

Et ce souverain-là s'appelle. . . ?

FERADINI

Le devoir !

(Indiquant le fronton du palais.)

Vovez ces écussons poudreux où nos ancêtres

Ont inscrit pour devise : '• Un Dieu, mais point de maîtres!"

Quand un des leurs partait pour un monde plus beau,

Après avoir conduit sa dépouille au tombeau,

Ils prenaient rendez-vous ici, sous ces portiques ;

Et si le mort, fidèle à nos vertus antiques,

Ne laissait après lui qu'un renom glorieux.

Sur le marbre, à côté de celui des aïeux,

On burinait son nom pour l'exemple et l'histoire.

Mais si la moindre tache avait sur sa mémoire

Jeté son ombre, alors, plus d'honneurs, plus d'amis,.

Le fer faisait sauter l'écusson compromis. . .

Ah ! le devoir !. . .

LE DUC, interrompant,

Alors, comte, mes sympathies !

Mais vous vous attaquez à trop fortes parties. En vous suivant plus loin, pour ma part je craindrais De brouiller le devoir avec mes intérêts !

(Il sort.) FERADINI

Adieu ! Puisque le cœur des jeunes se dessèche, C'est aux vieux comme nous à rester sur la brèche.

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