‹ Epaves poétiquesChapitre 64 sur 77 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

SAN MAETINO, BERNAEDO

SAN ]\L\RTIKO

Bernardo, mou ami, déuiprer par système

Un homme qui — tantôt vous l'admettiez voiis-même -

Ne vous fit jamais rien, c'est mal, oui, c'est très mal !

BERNARDO

Si je vois un serpent, pour tuer Tanimal,

Dois-je attendre qu'il m'ait jeté son venin, maître ?

Tenez, quand j'aperçois cette face de traître,

J'ai beau me retenir, c'est malgré moi, je sens

Des accès de fureur qui me tournent les sangs.

Cîroyez m'en, il n'est point besoin d'être un Socrate

Pour savoir qu'un pirate. . . eh bien. . . c'est un pirate !

On le dit converti ; je réponds à cela :

Otez de mon chemin ces beaux convertis-lil !

Ils ne sont pas chez eux sous un plafond honnête. . .

Vous ne pourrez jamais m'enlever de la tête

Que la Duchesse porte à ses yeux un bandeau

Qui lui sera fatal.

SAN ]VL\KTINO

Vous rêvez, Bernardo !

BEEXABDO

Je voudrais bien, signer, que ce ne fût qu'un rêve ; Dieu fasse que jamais un tel jour ne se lève ! Mais je crains, entre nous, que quelque affreux malheur Dans ces murs ne se soit glissé comme un voleur, Le jour où l'on y vit entrer ce trouble-fête. . . Prions Dieu qu'en cela je sois un faux prophète !

SAN MARTINO

Bernardo, vous rêvez !

BERNARDO

Et ces courses de nuit De la Duchesse, avec cet homme qui la suit, Armé comme un brigand, en dévorant la route. Vous prétendrez que c'est un rêve aussi sans doute ! Ceux qui leur ont ouvert les portes du palais, A l'aube, vous diront, maître — interrogez-les — Qu'ils furent sur le point de crier à la garde. Tant la pauvre Duchesse était pâle et hagarde !

SAN MARTINO

La Duchesse est malade, on le sait bien pourtant.

BERNARDO

C'est vrai, maître ; mais lui, lui, le mahométan, Pourquoi donc avait-il ce regard satanique Sous lequel, par moments, madame Véronique Semblait agoniser de détresse et d'effroi ? Et, depuis lors, pourquoi ces mystères ? Pourquoi

Son fils même, toujours si tendre et si fidèle, Se voit-il refuser tout accès auprès d'elle ? . . . Seul le comte, son oncle, on ne sait trop comment, A pu franchir le seuil de son appartement.

SAN IMARTINO

Il est là, le vieux comte ? Alors, s'il veut m'entendre, Va lui dire à l'instant qu'ici je vais l'attendre Jusqu'à son bon plaisir.

BERNARDO

J'y cours, maître... Ah ! deux mots !

SAN MAKTINO

Voyons, quoi ?

BERNARDO

Tout à l'heure, en vous parlant des maux Que ne saurait manquer de nous valoir ce Maure, Je n'ai pas tout dit, maître.

SAN IMARTINO

Ah ! vraiment ! qu'est-ce encore?

BERNARDO

C'est qu'un de ces malheurs auxquels j'ai mal rêvé, Déjà, j'en ai grand'peur, est peut-être arrivé. . .

SAN MAUTINO

Un malheur !. . . Pour un rien tu me mettrais en transe.

BERNARDO, mystérieusement.

Le carosse rentré cette nuit de Florence, Etait taché de sang...

SAN MARTINO

De sang ?

BERNARDO

Oui, rien que ça. . .

Tout fumant sous ii>s pieds de ce maudit forçat.

SAN :MARTIN0, surpris, puis méditatif.

Et qu'en as-tu conclu ?

BERNARDO, se retirant.

Concluez seul, mon maître !

SAN MARTINO Bah ! du sang, après tout. . . Un accident peut-être. . .

(En se dirigeant du côté des appartements de la Duchesse, Bernardo se rencontre face à face avec le comte Feradini ; il s'incline et disparaît par le fond.)

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