‹ Épaves: thèâtre, histoire, anecdotes, motsChapitre 4 sur 10 · A &A BATO · texte numérisé non relu

A &A BATO

Lors du haptême du Roi de Rome, k fête fut sur le point de me devenir fatale. — Un régiment Hollandais, de ceux qui n'avaient pas pour nous une affection bien forte, était échelonné sur la place de la Concorde. — Les soldats gardaient entre eux une distance assez grande pour que nombre de personnes pussent croire qu'en s'y engi^eant, afin de traverser l'espace des deux haies, elles ne trouveraient point de diiSicultes. — Mais alors ces militaires, qui ne s'y paient pas d'abord opposés, les poursuivaient ensuite et les maltraitaient horriblement. — Un malheureux jeune homme venait d'avoir ainsi la hanche presque débottée, et, dans cet état, ne pouvait sortir de la limite que ces gens resserraient avec joie. — L'indignation publique éelatait de tous côtés. — Je la partageai yfvement, comme il m'arrive toujours en cas d'injustice ou d'abus de la force. — Désireux d'en faire l'épreuve sur moimême pour avoir le droit de contribuer à la répression, je voulus tenter le passage. — D'un coup de crosse dans la poitrine, je fus si brutalement repoussé que mon chapeau vola à quelques pas. — Comme je me retournais pour le ramasser, le même soldat me lançait déjà sa baïonnette dans les reins^ quand ma femme, par un mouvement aussi rapide que vigoureux, lui saisit le visage d'une main qui l'étreignait jusqu'à ne plus distinguer ses traits, et, de l'autre, saisit, en le détournant, le fusil qu'elle ne quitta qu'en présence d'un.

ofQcier dont Taction du soldat ne fat pas désapprouvée. — Alors on sVaittroupa. — Ce fut à qui formulerait ses plaintes en termes des plus désobligeants pour le corps entier. — Exaspérée, ma femme prodiguait à tous des offenses inouïes.

— Elle alla jusqù^è^dire aux chefs : Donnez-donc une épée d mon mari, vous verres s'il laisse insulter ses concitoyens !

— Un général hollandais vint à passer. — On essaya de recourir à son autorité. Il s'y refusa. — Chacun implorait la présence de TEmpereur, car il y aurait eu là un terrible exemple. — - On l'appelait à grands cris... mais d'autres soins le retenaient au château. — Toutefois, la conduite de ce régiment parvint à ses oreilles, et, la nuit même, ordre lui fut donné de quitter la capitale. — Cette mesure empêcha plusieurs rencontres déjà préparées pour le lendemain et parmi lesquelles ma besogne était toute taillée. — La grande trahison filait déjà son câble.

Dans l'embrasure d'une fenêtre donnant sur le Carrousel, Napoléon causait y a deux jours, avec le maréchal Duroc, lorsqu'il s'interrompit en lui disant : « Qui donc se permet de « venir en fiacre aux Tuileries "^ » — « Sire, ee n'est point « un fiacre, c'est la voUure de Monseigneur V Archevêque, i»

— « Expliquez-vous. » — « Ce digne prélat ne se 'contente « pas de donner son traitement aux pauvres, il y ajoute tout « cequ*il peut de sa fortune personnelle. » — « Quittez-moi, « reprend l'Empereur, allez vile faire préparer un des « beaux équipages de ma maison^ et que tout soit prêt quand « il sortira^ vous le reconduirez. » — Monseigneur de Belloy, dont le grand âge retardait la marche, ne put rece-

voir son audience qu'après un certain temps, et lorsqu'elle fut tenninée : « Montez, Monseigneur^ lui dit Dnroc , en le plaçant deyant l'équipage. ^ ^Ahl monsieur le Maréchal, s'é- «cria rArchevèque, votre voiture l Bien obligé, fai la « mienne. » — « Vous ne Favez plus, Monseigneur, fexé- « cute les ordres de Sa Majesté. » — Et le digne apôtre de se confondre en remerciements d'une humilité toute chrétienne. — Mais ce fut bien autre chose lorque sur un coussin il trouva ce billet que lui lut le Maréchal :

« Monsieur rArchevêque, je sais le noble usage que vous « faites de vos émoluments et de votre fortune, je vous en sais ^ gré ; mais il ne faut pas que TArchevéque de Paris soit en « rien privé de ce que nous devons à son caractère, à son « âge, à ses vertus. Acceptez cette voiture, dont vous n*aurez « point à vous occuper. Vous trouverez dans les poches trois « cents mille francs que je vous prie de distribuer en mon nom « aux pauvres dont vous ne voudrez pas être, plus que moi, le « bienfaiteur. (12 mars 1806.) « Napoléon. »

A la reprise de la tragédie de Luce de Lancival, un spectacle touchant vient de se produire. — Quand Talma a dit, de cette voix vibrante qui remue les entrailles :

u D*an Hector au berceau. Dieux protégez renfance! ■ les yeux de TEmpereur se sont mouillés de larmes ; ce que voyant le public, ses applaudissements ont pris le caractère du délire. (1811.)

Au départ de Tarmée pour la Bussiot en arrÎTant au Niémen qu'on allait traverser sur un pont de bateaux jeté à la hâte, Napoléon apercevant trois Ciosaques dont il pouvait tirer des renseignements, dit : « Je voudrais bien avoir un de ces a hommes^là. » -—Sans répondre, Jacqminot s* élance, joint les Cosaques, en met deux bors de combat, saisit Tautre par le cou, le bisse en travers sur son cheval et revient le jeter aux pieds de UEmpereur, en lui disant : « Sire^ vous en avez dé- « siré m, le voilà. » (1812.)

Avant de se rendre sur un champ de bataille, un Colonel de mes amis, dont le fidèle serviteur était un soldat hors de service, lui avait défendu de Ty suivre. — Pendant l'affaire, il entend derrière lui le cri d'une voix qu'il croit reconnaître. Il se retourne. — C'était celle de son Planton qui venait d'être atteint à la jambe. — Il se fâche, le gronde et lui demande ce qu'il veut. — tiEh 6en, lui répond le blessé, si c'était vous « qu'avait reçu c'te balle y qu'est-ce qui vous aurait ramené 'f 1812.)

Comme petite chose relative à un grand homme, on n'a pas dit le plaisir qu'éprouvait Napoléon 1^' à faire faire la toilette de sa tête. — C'est qu'il y a en effet une agréable sensation dans le rafraîchissement des idées que cela procure. -^ J'ai connu Constant, son premier Valet de chambre, presque

autant que Marchand, le seeond. — Sans sortir de la ligne de leurs devoirs, l'un et l'autre m'ont donné des détails dont on a vu que la simplicité n'excluait pas l'intérêt. — Quand rien ne le pressait et que son esprit pouvait prendre un peu de récréation, le premier Empereur y consacrait volontiers le moment où l'on arrangeait ses cheveux ; il se plaisait même à faire des remarques de nature à prolonger l'opération. — Un jour, donnant un double motif à ses ordres, il demanda à Constant ce qu'il possédait. « Es-tu riche > lui dit-il? — La négative parut l'étonner, mais il se tut. — Le lendemain, à la même séance, il lui remit, en prononçant ce seul mot : a Tiens I» le contrat d'acquisition d'une très-jolie propriété attenante au parc de Saint-Cloud. — C'est de Constant que j'ai appris ce fait, et son frère , Concierff e-chef de ce château, me l'a confirmé dans les termes d'une profonde reconnaissance. — Quand Napoléon partit pour l'Ile d'Elbe, on s'étonna que Constant ne l'eût pas suivi. -^ Cette circonstance engagea Marchand^ alors huissier du cabinet de l'Empereur, à se proposer pour Valet de chambre, ce qui fut accepté. — On sait le reste.

A la pointe du jour, l'Empereur passait une revue, de cet air tranquille et profond qui ne laissait à personne la possibilité de pénétrer ses desseiua. — Arrivé sur un front de bandière, il entend un soldat disant à mi-voix à son camarade : «//y aura de V avancement aujourd'hui. » — Napoléon s'arrête : « Qui te Va dit ?» — «Xe mouvement des Russes, sire. »* — Viens demain au quartier général. » — En effet, la bataille se donne, et le jeune fantassin se rend à la t^te de Napoléon qui, après l'avoir sérieusement interrogé, lui remet une

épaulette de sous-lieutenant en lui disant : — « Continue € d'étudier, mais quand je ne dis rien^ tais-toi. » (1812).

C^était la seconde fois que pareille aventure arrivait au grand capitaine. — J*en ai trouvé la preuve dans une lettro de Prairial an nr (juin 1796),où le Général en chef s'exprimait en ces termes :

« Toute ritalie est évacuée et nos troupes sont sur les fron- «( tières de TÂllemagne. Nos soldats jouent et rient avec la « morL Ils se moquent de la cavalerie ; leur baïonnette sait en a faire justice. Us se rient des marches forcées ; ils chantent «( tour à tour la patrie et Tamour. Vous croiriez qu'au bivouac « ils dorment ; point du tout ! ils raisonnent sur les opérations « du lendemain, et souvent il s'en trouve qui voient juste. Un « soldat me rencontra un jour que j'étais à cheval. Général^ a me dit-il, il faut faire cela. Malheureux^ m'écriai-je. a veuX'tu te taire ! Je l'ai fait chercher ^ et ce qu*il avait dit « était précisément ce que j'avais dessein de faire.

« Bonaparte. »

L'Empereur, revenant de parcourir un champ de bataille» aperçut, à l'écart, un soldat dont la blessure coulait à flots.

— Êmu d'une déperdition qu'il jugea funeste, il se porta vers ce malheureux, et détacha le ruban de sa propre boutonnière qu'il lui présenta en lui disant ce seul mot : a Tiens. » — "Hais il avait sans doute affaire à l'un de ces hommes qu'il appelait les idéologues y beaux esprits jusqu'au dernier moment.

— « Stre, répondit le jeune fanatique, faitne trop Votre « Majesté pour lui vendre mon sang. » — « Prends tau-

tjours^ répliqua Napoléon, ce que je te donne n'est pas « pour racheter^ c'est pour Vétaneker. »

MABZMOZSX&UB »

Il parait que j^apporte dans le monde des théâtres et lieux circonvoisins, une certaine candeur d'imagination, une ingénuité de discours qui n*y sont pas ordinaires. — Je m^aperçois déjà que, si je n'y prends garde, je prêterai souvent à rire à ceux que le marquis de Moncade appelle les naturels du pays. — J*ai dîné aujourd'hui chez mademoiselle Derienne chargée de mon rôle de Lisette dans Mascarille, qui sera le dernier de sa carrière. — Deux de mes étonnements naturels, je yeux dire deux effets de mon ingénuité native, m'attendaient dans le cours de cette visite. — Le premier s'est signalé par mon ébahissement lorsque mademoiselle Devienne m'a appris que la maison lui appartenait. — Au fait, je n'ai pas assez réfléchi jusqu'à présent sur le positif de la propriété pour admettre qu'une actrice puisse, comme une autre, avoir pignon sur rue; la profession ne me semblait pas compatible avec une telle fortune. — Aussi, l'expression de ma surprise a-t-elle beaucoup fait rire mademoiselle Devienne. — « Pour" quoi pas*^ » m'a-t-elle dit avec malice. — « Mon Dieu, ai-je répondu comme un sot, « je n'en sais rien. » Ce n'étaient pas ces mots-là qui auraient pu lui rendre son sérieux. — Au café, qu'on a pris dans le salon, M. Gévaudan, debout devant la cheminée, savourait la liqueur digestive, quand on vint à parler de son charmant hôtel situé presqu'en face dans le faubourg Poissonnière. On en vantait les mérites. — a Mon

«t cber oncle, dit, à ee propos, M. Salomon Nodier, si voas c vouliez être bien aimable, vous me le donneriez, d —Nouvelle stupéfaction de ma part, à Tidée que semblable demande pût se faire, et surtout être accordée, moi qui commence à gravir la vie sur une si étroite échelle I Cela te ferait-il grand plaisir? Tépondii VL. Gévaudan avec une sorte d*iadifférence. — Et sur TafOirmative : « Vas demain che% mon notaire, » fut toute sa réplique, comme s'il n'eût été question que d'une simple tasse de porcelaine. — Je ne revenais pas de ces grandes manières, de ces brillantes façons d'administrer l'existence chez des personnes tenant de si près au théâtre. — Il est vrai que M. Gévaudan est négociant et membre de la riche compagnie des Messageries impériales; mais avec ma vue courte, je n'ai vu que la Soubrette^ qui, dans quinze jours, récitera mes vers ni plus ni moins qu'une comédienne appelée pour cela ; et, tout franchement, je reconnais que je me suis donné, paroles et musique, les airs bien avérés d'un parfait imbécile. — Je l'écris en rentrant pour savoir si je continuerai. — (9 avril 1812.)

D'après un plan de bataille savamment combiné, l'Empereur avait donné ses ordres avec une précision qui n'admettait pas la moindre méprise. — Se croyant obéi, il arrive, à cheval, par une tête de pont d'où il reconnaît tout de suite que l'armée est placée dans le sens opposé à celui qu'il avait commandé. — Sans mot dire, il ralentit le pas, médite, et, d'une inspiration soudaine, recomposant son échiquier, il change les dispositions de telle sorte que, plus merveilleuse encore, elles devaient assurer le succès dont elles furent en effet cou-

ronnées. -^ Deux des plus habiles maréchaux de TEmpire citaient ce trait du génie se faisant jour si vite et dans une situation si critique, comme un des plus étonnants parmi ceux qui ont illustré cette incomparable carrière. (1812)

C'est ici la place d'un autre fait de désobéissance... pour ne pas me servir du mot propre, dont Napoléon l^^' fut loin d'être la dupe, mais qu'il crut ne devoir ni remarquer hautement ni punir. — C'était encore en Russie. — Les bagages opposant de grands obstacles à la marche de l'armée, il avait ordonné que toutes les voitures des Chefs de corps fussent brûlées, en commençant par la sienne. — Son insistance sur ce dernier point disait assez qu'il ne permettrait aucune réclamation relative à cette mesure... De tant de voitures, une seule fot incendiée... celle de YEm^Tem.^Tris historique.)

CBXf OXOITAOT.

Un grand événement allait s'accomplir dans ma vie littéraire. — J'étais sur le point de donner à la Comédie-Française un de ces ouvrages dont le succès fait époque et qui honorent leurs auteurs alors même que la réussite en est faible. Mascarille, en cinq actes en vers, était en répétition.— -On me conseilla de chercher l'appui de Geoffroy, démarche toute naturelle que ne se refusaient par les écrivains bien autrement connus que moi. — Je ne pouvais lui être mieux présenté que par son ami M. Hix, le Chef du second collège où j'avais terminé mes études. — Il m'y conduisit. — Un accueil favorable et de bons conseils me promirent une indulgence que ne m'accorda pas Geoffroy.— En annonçant ma pièce, il avait été

bienveillant jusqu'à dire que la seule intention de rappeler Molière méritait de Tindulgence, et pourtant, en rendant compte de la représentation, il fut d'une sévérité excessive et qui n*a pas peu contribué à me détourner de la carrière. — — Ce changement si brusque, si imprévu Réchappa point aux railleurs-, ils Timputèrent à ce motif dont on accable de toute éternité les journalistes qui ne font pas litière de louanges sans examen. -—L*innbcent Ribouté, riche et dans la faveur de ce grand juge, fut, à ce sujet, accusé de séduction au profit de sa réputation personnelle, ce dont il était incapable. Mais il avait contre lui Tanecdote vraie oufausse de la soupière d'argent^ à laquelle, disait-on, Geoffroy avait fait allusion en écrivant, par souvenir du couvercle surmonté d'une colombe (emblème de la douceur) : « Une bonne comédie en cinq actes « en vers est un oiseau rare . » — C*en était assez pour que désormais les critiques du fameux journaliste fussent attribuées au désir de donner Tavantage à celle qu'avait protégée le précieux volatile. — Sans doute, rien de cela n'était exact, mai» nous marchions, de cette époque, vers la nôtre... — Je fus plus juste et n'accusai que moi-même. — De ce moment, comme je l'ai dit, je retirai ma pièce et ne me livrai plus qu'à la composition d'œuvres dramatiques sans conséquence. — Puisque je tiens Geoffroy, je vais me venger sur sa veuve. — Pour une cause ou pour une autre, elle a fini presque dénuée de toutes ressources. — Cette cruelle situation n'a pas désarmé les méchants. — La malheureuse avait appartenu à un homme voué aux intérêts d'un art où les conseils sont plus nécessaires que les éloges; elle avait laissé dire à son mari que tel acteur était un peu gêné dans son costume et telle actrice peut-être moins jolie le lendemain que la veille-, dès lors, ce n'a plus été que la compUco d'un affreux criminel, et pas un de ses anciens courtisans n'est allé secourir sa dé-

tresse. — Je crois bien être lAeal qui ait conna sa nouvelle demeure et les tristes raisons qui Ty^etenaient.

Comme tous les esprits positifs, Napoléon l^^ n*aimait pas qa'on restât court à la plus ordinaire de ses questions. —Dans le tumulte de ses idées, qu^il cherchait sans cesse, à mettre en ordre, il lui arrivait, pendant qu*il en poursuivait une, d'adresser des paroles distraites aux personnes qui Tentouraient. — Sans doute, il n^était pas toujours facile d*y répondre, mais, par compensation, son exigence se contentait de peu et passait outre. — A la chasse, moins occupé de cet exercice que des grandes affaires ruminées dans sa pensée, pendant une halle, il dit à un simple garde-forestier de Compiègner: « Combien y a-t-il d'arbres dans la forélf» — < Sire, répond le pauvre diable tout interdit, je ne sais pas, » — L'Empereur s'adressa à un autre : <k Combien y a-t-il « et arbres dans la forêt ?» — Mais cette fois il a affaire à un plus intelligent qui lui dit, tans hésiter : <k Sire, dix-huit « cents soixante-six mille quatre cents quatre-vingt-dix- « sept. » — « BienU répond, sans le regarder. Napoléon, et il reprend sa méditation comme s'il eût été à la place la plus isolée de ses appartements.

On n'en Onit pas de déraisonner sur ]es prétendus antécédents de Napoléon avec Talma, invention de quelque cervelle inoccupée dont les oisifs successeurs répéteront simpilernelle-

ment Thistoire. — Il est cependant bien avéré que Bonaparte, Général, n*a connu ce tfagédien que par deux ou trois rencontres fortuites dans un monde où il ne leur était guère possible de se voir autrement, et que, devenu Premieir Con^l, * malgré son goût pour le Théâtre-Français en particulier, il n*a quelquefois admis IVartiste auprès de sa personne qu^en compagnie de ceux qui se distinguaient dans tous les genres élevés. — Au surplus, j'aurai occasion de revenir définitivement sur de telles fables dans le courant, vers l^fîn, je crois, de ces Epaves ^ et Ton verra jusqu'où peut entraîner Tobstination de l'aveuglement politique. — C'était aussi la réponse de Talma lui-même aux gens dont la fausse ingénuité cherchait à dissimuler la malveillance. — Non-seulement ces prétendus faits historiques n'instruisent personne, mais encore ils donnent une pauvre idée de l'état mental parmi leurs auteurs.

Le roi Joseph, le frère bien-aimé de Napoléon, et la seule personne pour laquelle il n'eut pqfnt de secrets, avait, comme son aîné, le goût du grand théâtre. — Le ^enre tragique était aussi Tobjet de ses préférences. — A Naples, ses Comédiens ordinaires étaient tous très-bien choisis ; il sç plaisait à leur donner des marques de sa bienveillance. — Philippe, qu'on a vu à la Porte-Saint-Martin, et madame Ménier en faisaient partie. — Outre cela, dans son particulier, Joseph se livrait, avec un enthousiasme prononcé, à cette espèce d'amusement. — Dès qu'il le pouvait, il rassemblait ses intimes autour d'une table ronde. — Là, chacun prenait un exemplaire du livre renfermant l'ouvrage indiqué pour la séance. — Le roi se chargeait du rôle qu'il désirait interpréter, et la représenta-

- santon assise de la tragédie s'accomplissait avec autant dQ soin que si elle eût eu lieu sur un théfttre.— Je t'ai entendu raconter par Rœderer qui, lui-même, avait fait partie de cette troupe dorée.

• UV FAIT.

« La plainte est pour le sot » dit Delanoue, et il a raison. — Elle ne prouve pas d'esprit chez le pleureur, et se fait souvent moquer de la multitude, ce grand troupeau qui ne bêle pas toujours quand un mouton commence. — De deux choses l'une : les doléances sont, ou non, fondées. — Si oui, taisez-vous; rien n'y saurait faire. — Sinon, taisez- vous encore, et persuadez- vous bien qu'aux jugements des hommes le temps préside en cassation. — Je sais qu'il y faut un grand ^ courage, mais aussi c'est à cette condition qu'on a quelque valeur, même à ses propres yeux. — Donc, les quarante coups de sifflets qui ont repoussé ma pièce en cinq actes à la Comédie-Française ont eu pour eux le bénéfice d'une chose indiscutable en tant que fait. — Mais cela admis, je demande la permission de m'exposer à la goguenardise d'Almaviva : « Monsieur l'auteur tombée » et de signaler la raisonnable présomption de cabale que voici. — Au Café Cluas, sur la place du Carrousel, où nous nous réunissions entre jeunes étudiants littéraires, le jour de la représentation de Masca-^ rille, un garçon de Véry, le restaurateur, causant, le soir, avec le maître du café, lui affirma que, sans aller au théâtre, il pouvait présager Itf chute de l'ouvrage. — Pressé de s'expliquer, il raconta que, dans un cabinet particulier, il venait

de servir quatre messieurs dont la conversation lui donnait cette certitude. — Et ce qu'il y eut de remarquable, c'est que la prédiction se réalisa dans la forme qu'avaient annoncée les conjurés, au moyen de deux appostés (un de chaque côté de la seconde galerie) dont les perfides instruments fonctionnaient seuls et se relayaient pour imprimer à leur manœuvre Tapparence d*une manifestation générale.*— Cela a été constaté jusque dans les journaux, mais je ne révèle pas le nom du Gatilina; c'est peut-être assez pour qu'on le de^e. — J'aime mieux livrer au souvenir ce qu'en plein foyer, m'a dit Roger, l'auteur de /'it^oraf : « Consolez-vous^ jeune homme, vous « avez là trois actes qui vous feront éternellement hon- « neur. » — C'est toujours ça de gagné.

Laquelle des deux idées a donné lieu à celle dont j'ai parlé dans un autre endroit? — Il s'agissait de Despréaux, l'époux de mademoiselle Guimard, qui amusait sa société en imitant avec les doigts la manière des danseurs les plus connus de son temps. Je crois savoir que la première pensée de ce joujou fut celle-ci. — Déjà mariée à cet ancien danseur, et demeurant rue de Ménars, à droite en entrant par la rue de Bichelieu, dans la maison où se trouve maintenant une Assurance^ mademoiselle Guimard continuait de voir, comme avant la Révolution, nombreuse et agréable compagnie. — Dans l'intimité des conversations, le souvenir de ses triomphes à l'Opéra revenait nécessairement à tous les esprits. — D'éloges en éloges, on arrivait à regretter qu'on n'eût pas une idée <ïe ce talent merveilleux auquel toute une génération s'était plu à à rendre justice, et les indiscrets allaient jusqu'à demander

qjidqjBLe chose qui le leur fit comprendre, — Enfin, on arrir» à cette flatteuse exigence que Fartiste septuagénaire assemUAt (mais sans se fatiguer) quelques pas de nature à donner Tezplication de ce succès jadis européen. — Bonne, obligeante et gaie, comme elle était, mademoiselle Guimard se reuran* chait, quoique assez faiblement, sur son flge et sur les ra* vages du temps qu'une pareille complaisance mettrait trop en évidence. Mais son mari, toujours prêt à divertir son monde par quelque moyen mécanique, à défaut de ses poésies soidisant plaisantes, imagina de contenter ainsi les aimables pé- • titionnaires. — Il fit élever, dans toute la longueur de son salon, un théâtre dont le rideau d*avant-scène fixé au môme point, ne laissait voir exactement que le genou et les jambes des personnages. — Puis, sa femme et lui, affublés dans ces seules parties ostensibles, du bas d'une tunique pailletée el de la chaussure traditionnelle, présentèrent cette portion de leur individualité au jugement des spectateurs sans compro* mettre ce qu'il pouvait y avoir encore de jeune dans cet aspect par celui de la vétusté qu'aurait offert le surplus. — Ëh bien! plusieurs témoins, comme moi, de ces représentations en raccourci^ m'ont assuré que les réminiscences du talent de mademoiselle Guimard étaient des plus extraordinaires. — Le pied, d'une extrême coquetterie, s'était conservé souple et vigoureux ; la jambe fine et solide donnait à Taccentuation des pas presque toute la fermeté du jeune âge, et la correcte exécution de l'ensemble rappelait, de l'ancienne Ecole, ce qui aurait fait envie au goût moderne. — En un mot, ce spectacle était des plus séduisants en ce qu'il prêtait, par l'imagination, de l'esprit à la danse visible et du dramatique à la pantomime qu'on ne voyait pas. — Ce succès d'intérieur fut prodigieux. — Le bruit s'en étant répandu, ce fut à qui solliciterait des places à ces représentations intimes, et l'on vît le moment où

k vogue d'autrefois allait prendre un nouvel essor dans le rayon d'une société choisie.^- Mais la santé de mademoiselle Guimard s'opposa à ce qu'on y donnât suite après cinq ou six soirées, qui durent suffire à la consécration de cette vérité consolante : la beauté finit, la grâce ne vieillit pas.— (1812).

La famille de Saint- Just, le librettiste, plusieurs fois toUaborateur de Boïeldieu, possédait, à Villiers, département de l'Oise, une superbe propriété dans laquelle ont été composés nombre d'ouvrages de cet auteur. — Le Concierge était un brave homme ayant pour manie de ne jamais parler de quoi que ce fût sans cette formule préalable : « // est sûr et certairi' » — Ce tic parut comique à de Longchamps, commensal du château, et l'auteur de très-jolies pièces de théâtre. -- Il s'en empara pour en attribuer l'habitude au vieux Georges, concierge aussi et lecteur ordinaire de mademoiselle de Yevmont, dite Ma Tante Aurore. — On sait quel parti Jullet tira du premier de ces personnages ; mais il est probable qu'aujourd'hui peu de gens se souviennent de sa dramatique origine, même parmi ceux qui en ont favorisé la tradition et répètent encore machinalement : a // est sûr et certain. »

Les habitudes d'ordre bien comprises s'unissaient dans la vie de Napoléon l^^ à la facile exécution des plus vastes pensées. De même qu'il avait dit : a La politique est au fond de tout» » Il savait que l'argent occupe aussi beaucoup de

dans les actions des hommes : mais il n'avait pour ce métal d'autre estime que celle qu'on est trop souvent forcé de lui accorder. — Pour établir constamment la lucidité entre ses grands projets et Tétat de ses finances, l'Empereur portait sur lui un aperçu général représenté par une carte à jouer qu*il consultait au moment oii quelquefois, peut-être, lui même s'y attendait le moins. — Un coup d'œil rapide satisfaisait l'idée qui venait de le saisii^ et il reprenait son occupation première avec une visible expression du sentiment qu'il avait éprouvé, chose rare chez lui. *— Un jour, à la suite de cette satisfaisante constatation, il dit tout haut : « A lions ! mon kdget est ejn équilibre^ je peux aller ee sotr à Cinna. •

Sans parler ni de la mort de mademoiselle Lecouvreur, dont les causes sont restées ignorées nonobstant de graves soupçons, ni des Revenanls de mademoiselle Clairon, de toutes les aventures tragiques arrivées à des actrices, il en est une que je n'ai vue relatée nulle part, celle de mademoiselle Raucouit voyageant seule en chaise de poste et attaquée par un brigand qui lui offre la prompte option entre la bourse et la vie.— Sans se déconcerter, la tragédienne le prie d'attendre qu'elle cherche son portefeuille et le lui présente ensuite, mais inutilement pour l'audacieux voleur.— A peine Teut-il touché, qu'il tomba raide mort. — Le pistolet que ce portefeuille Côchait à ses yeux , avait fait justice sommaire. — Aux cris fie : « Fouette postillon ! » que poussa aussitôt mademoiselle Raucourt, ce dernier, saisi de frayeur et frappé des accents masculins qui faisaient ronfler les vers de Corneille, ne bougeait pas, croyant recevoir cet ordre de la bouche du Bandiî,

auteur Ju coup qu'il venait d*entendre. — Plus rassuré à la seconde inlerpellation et voyant le portefeuille réintégré dans la voiture, il reprit rapidement sa route. — A la prochaine aaberge, la victorieuse raconta FaiTaire, se nomma et passa outre. — Devenue Tanecdote du jour, Thistoire défraya les oisifs jusqu'à ce qu'une autre s'offrit à leur avidité.

A IiA BiftMX HSVHX-

L'Empereur et moi... (Voilà qui est bien orgueilleusement solennel, mais cela ne durera pas longtemps sur ce ton). — L'imperceptible Commis du Ministère des cultes passait régulièrement tous les jours, à neuf heures du matin, devant le château des Tuileries pour se rendre à son bureau. — Régu lièrement aussi il y voyait Napoléon, déjà en uniforme, apparaissant à la fenêtre fermée de son cabinet, et s'en éloignant pour y revenir, toujours à distance égale, évidemment occupé de dicter à un Secrétaire. — L'exacte mesure de ses pas me faisait juger de l'étendue Je la pièce. — Quelquefois il s'arrêtait pour jeter un regard absent sur le jardin, puis il se retournait avec vivacité comme lorsqu'on a trouvé l'idée qu'on cherche et qu'il ne faut pas laisser échapper. — Nécessaire^ ment ma chétive personne devait obstruer un coin de son rayon visuel, mais l'ingrat n'y prenait seulement pas garde ; il me préférait les grands intérêts de la patrie, le bonheur du peuple, la réputation de l'armée, le triomphe des idées utiles, que sais-je? — Et moi je l'admirais, moi je l'aimais toujours, je servais sa cause autant qu'il m'était permis de le faire et je

pleure encore au souvenir de ses glorieuses infortunes. Voilà ma pétition

Je rentre un peu étourdi du succès auquel je viens d'assister à la Comédie-Française. — Ninus //est-il un bon ouvrage dramatique? Yivra-t-il assez pour qu*on s'aperçoive du contraire? — L'intérêt que M. de Hontalivet y a pris m'a plusieurs fois embarrassé. — Sa loge, la dernière des grillées à Tencoignure du balcon de droite, ma place accoutumée, mettait en rapport sa bienveillance avec mes faibles lumières, et, d^acte en acte, il me disait : « Croyez-vous que cela se « soutienne jusqu'à la fini » — Moi de le rassurer avec une confiance passablement bypoerite I — Cependant je me suis hasardé à blâmer un vers sans qu*il ait essayé de le défendre, celui dont Talma cherchait adroitement à dissimuler la fausseté : Qu*i) ait sa part de gloire et non pus de danger. « -Monseigneur, ai-je dit au Ministre, convenez que là où il « n'y a pas de danger à courir, il n y^ point de gloire à es- « pérer. » — « Cest juste^ m'a-t-il répondu, mais cela peut « se corriger. » — Excellent homme! — (19 avril 1813).

Le beau ou le mauvais temps est presque toujours une grande affaire dans les actes de la vie. Mais Timportance en est particulièrement sérieuse pour les gouvernements lorsqu'il s'agit des projets de fêtes publiques. — On sait la superstition qu'y attache la multitude et quel fut le bonheur de Napoléon

dans ces sortes de circonstances. — Aussi, l*Empereur n'étonna- t-il pas son Grand chambellan, un jour que celui-ci, prévoyant cette espèce de contrariété pour la célébration d'un anniversaire, reçut de lui celle réponse : a Ne vous occupez « pas de ce/a, j'aurai le temps. » — U Teut.

Que d'idées philosophiques naissent au récit de cette simple anecdote ! — Boïeldieu, jeune, beau, recherché, fêté, marchant de succès en succès, Thomme à la mode enlln dans son temps, en était venu, déjà en 1808, à s'exprimer ainsi qu'il suit sur les désenchantements de la vie.. — U était alors à Saint- Pétersbourg d'où il écrivait une longue et charmante letîro dont il faudrait tout prendre si l'on voulait ne perdre aucun des enseignements utiles dont elles est semée. — Pour aujourd'hui, contentons-nous de cette citation :

« Comment passes- tu ton temps, mon cher B^rton?

T'amuses-tu? Visiteg-tu quelquefois la vallée de Montmorenci? Ah! quel pays I... Que ne donnerais-je pas pour y avoir une petite maisonnette! Voilà le plus cher de tous mes vœux: une petite ferme, de boas amis comme toi, de bon vin, de bonne musique, de bonnes discussions sur notre art, les marionnettes, la danse des chiens^ voilà de ces plaisirs qui vont à l'âme et qu'il faut se procurer quand il vous reste encore quelque sensibilité ! »

Après le succès de la Dame Blanche^ je lui ai demandé s'il pensait toujours de même. « Plus que jamais, m'a-t-il « répondu, et nous ferions danser les chiens sur l'air des « couplets de dame Marguerite. »

- IW —

Puisque, sans trop de superstition, les noms propres sont pour quelque cliose dans la destinée des hommes, celte même destinée ne ferait souvent pas mal de les mieux distribuer. — Ce qu*il y a dUndubitable, c'est que tels et tels grands acteurs sur la scène du monde n'auraient point obtenu cette qualification si leurs parents les avaient affublés de ces noms qui bravent Timpossible et renfoncent un averir à cent cinquante mètres sous terre. — Parmi les plus sonores, on aime à citer celui de Talma, et c'est double justice^ mais le célèbre traducteur de Racine et de Corneille aurait-il atteint cette élévation s'il nous eût mis dans la confidence du nom primitif de sa mère : « i/adflfW^ Mignolet ? » — Voici, du reste, la souche constatée par l'inscription ci-jointe à Saint-Nicolas-des- Champs ;

«Le samedi 15 janvier 1763 fut baptisé, dans cette église, « François- Jeseph Talma, fils de Michel-Joseph Talma et de « dame Mignolet son épouse, demeurant rue des Ménétriers.»

Il y a de cela plus d'un siècle, et, dans celte famille, Melpomène ne sollicitait pas encore ses entrées. — Lekain avait alors 35 ans. Il appartenait à la Comédie Française, et ce fut quinze ans après qu'il laissa son héritage en déshérence jusqu'à ce qu'enfin, presque au début du siècle suivant, apparut le tragédien qui a fait également de son nomiune auréole. — En serait-il là s'il s'était appelé Bonaventuie ou Léveillé?

AU BOUIAVARB.

Plus habile que quiconque en matière de dirjection théâtrale,

Picard avait composé sa troupe du Théâtre de r Impératrice ^ avec une merveilleij^e intelligence. — Les sujets, ^ris isolément, n'étaient pas d'une très-grande valeur, parce qu'il avait été forcé de les recruter, soit à Paris, soit en province, parmi des acteurs moins remarquables par leurs talents que par le soin, la convenance, Tétude et la docilité. — il pensait bien que ses connaissances dramatiques les aideraient à se former, et que lui-même faisant pour eux des rôles appropriés à leur extérieur et à la nature de leurs moyens, procurerait au moins à cette troupe la qualité essentielle, f ensemble. — C'est à cela qu il était parvenu, avec le bonheur qui devait en résulter, celui de voir ses meilleurs sujets consacrer cette nécessité relative, que pour un parfait ensemble il faut des gens qpie le voisinage n'écrase pas trop. — C'étaient ceux-là qui, chez Picard, occupaient la place remplie, si brillamment encore, à la Comédie-Française, avec laquelle ce Second Théâtre a plusieurs fois disputé de succès. — Le» autres, Picard les étudiait, cherchait leurs instincts accessibles à des effets comiques, tirait parti des avantages, des disgrâces même de leurs personnes et surtout du caractère qu'ils montraient à la ville. — C*est sous ce dernier point de vue qu'il me dit avoir fait Philibert le mauvais sujet (pris en bonne part) pour Closel, qu'on voyait souvent la queue de billard à la main, amsi qu'il l'a représenté. — Il avait encore bien autrement ^eviné une actrice de sa troupe, à laquelle on ne savait quels rôles donner qui ne fussent pas contrariés par le peu d'expression de son extérieur, par le ton fâcheux de sa voix. Il imagina pour elle Nina Yemon de la Petite Ville, et ce personnage fit une réputation à mademoiselle Clément. — Cependant Picard cherchait partout les moyens d'améliorer son théâtre sous le rapport de l'exécution, car en fait d'ouvrages, son affabilité, les soins qu'il apportait lui-

mêmcà lear mise en scëne et tout le dévouement de sa bonne confraternité, lui soumettaient ceux des premiers écrivains de l'époque. — Un jour, sur la foi de quelques journaux qui vantaient un nommé Duménis, acteur à la Gaîté, il voulut en juger et me demanda, comme cela nous arrivait souvent, d'être son assesseur. — Nous y allâmes. — On donnait le Pied de Mouton. — Tout d'abord Picard, avec cette bienveillance naturelle q\É Finduisdit en un opticisme contraire même à ses propres intérêts, trouva cet acteur amusant. — Hais bientôt, s'inquiétantde ce que je ne riais pas, il insista pour que je me prononçasse. — 11 fallut donc lui dire que je ne voyais~là qu'on de ces comiques tristes, forcés et do mauvais goût comme il en fallait à cette localité, mais quf ne pouvait convenir à une scène plus élevée. — « Vous croyez^ » me répondit-il avec une naïveté ravissafite, et, après avoir un instant réfléchi, il regarda encore Facteur, puis se leva rapidement comme quelqu'un qui prend un parti décisif. — Mais nous occupions une avant-scène du rez-de-chaussée si basse que, dans son mouvement, Picard se frappa rudement la tête, presque nue, au plafond de cette loge incommode. — Au lieu de se plaindre, « profitez de F accident, me dit-il en riant, « car sans lui f aurais discuté ; mais que peut-on faire a quand on a le cerveau filé? »

L'esprit aventurv»ux et prime-sautier de Marlainville s'exerçait partout, sans considération du temps et des lieux. — A la suite d'une explication vive avec un vaudevilliste, s'étant oublié jusqu'à le frapper au visage, il fut appelé au tribunal et condamné à de faibles dommages-intérêts, ^ Aussitôt le pro-

nonce du jugement, Marlainvillc s'écrie : « Ah\ c'est donc « 16 francs que coûte un soufflet donné à ce monsieur î » Puis, tirant de l*argent de sa poche, il le dépose sur la barre et ajouto : « En voilà seize autres pour celui que je vais lui « donner en sortant d'ici. » — Il n'eut pas la possibilité de réaliser sa menace; mais les juges ne Ven avaient pasjblâmé.

L'histoire des grands capitaines n'offre pas un plus beau trait d'abnégation que celui de notre Empereur répondant à un général qui le consulte pendant une grande affaire : er A liez « prendre les ordres de Soult, c'est Un. qui commande la « bataille. »

MOV IiUXSMBOU&G.

Si, ài^rhs le Parleur éternel^ généralement approuvé, j'ai produit une petite comédie qui ne soit pas indigne de son aîné, c'est incontestablement le Luxembourg^ un acte en prose, dont le théâtre de l'Odéon s'est assez bien trouvé. — (J'ai dit qu'Alexandre Duval m'avait témoigné le désir de l'avoir faite). — En huit jours, l'idée en était venue et la composition achevée. — La réception par les Comédiens avait été flatteuse et les répétitions allaient commencer, lorsque Chazet, le coureur de collaborations, me demanda de connaître la pièce. -— J'y consentis par pure politesse, car je n'attendais pas même un conseil de l'homme aux calembourgs et vaudevilliste à si bon marché. — En lui reprenant mon manuscrit.

je m'aperçus qu'il y avait glissé cinq ou six couplets pitoyable:i et même d*un goûLdes plus équivoques. — Par exemple, il faisait dire à madame Parloul, la loueuse de chaises : On s'asseoit ici à deux sous pnr,.. tête. » — On devine de quelle façon je repoussai ce trait de bas aloi. — Cela n'emp :cba pomt Teffet d'une autre rubrique. — Le soir même de la prrmiLTG ropn'sentation, au moment où Tacteur, sortant de la coulisse, allait faire connaître Tauleur au public, Chazet insistfiil encore pour que son nom fût accolé au mien. — Mon rner^^ique résîstiince amena entre nous Tesquisse d'un duel []m fournit à nion ïidversaire Toccasion de me montrer, chez lui, rue Saint Lazare, une épée nue couchée sur un lit de sangle, el qui, malgré l'indécence d%son élat, ne me parut pas avoir firande envie de se réveiller. — Il était déjà écrit» que je serais, en toute circonstance, un Écrivain- soldat.

Napoléon l^"" avait un mot dont l'effet était celui du nœud gordien tant de fois rappelé. — Ce mot lui était inspiré par un autre de ses pensées : « // y a des hommes utiles^ il n'y ic en a point d'indispensables. » — Quand on cherchait à y conlredire pour recommander quelqu'un dont on vantait les qualités rares el mromplaçables, il répondait : « S'il était fï mort'! »

li y a peu d'artistes que les souverains aient plus honorés, par l'envoi de riches tabatières, que n'en a reçues Bcfton.—

Le charme de sa musique, d'une science, d'un goût et d'une élévation si habilement mêlés à la vérité dramatique,, devait en effet trouver des admirateurs sur les trônes aussi bien que parmi toutes les autres classes. — J*ai vu cette belle collection de tabatières. - Mais, celui de ces objets que j'ai le plus curieusement examiné, était du bois le plus commun, avec un dessus renfermant une mèche de cheveux gris, et, plus bas, ces simples mots : « Ton ami Grétry » Les. beaux diamants I... — Par malheur, sur la fin de sa vie, Tillustro artiste, quoique plus préoccupé qu'affaibli, se partageait difficilement entre ce que lui demandaient l'Institut, le Conservatoire, la composition qu^il cultivait encore et les exigences d'un monde où il n'a c^ssé d'être avidement recherché.— De jiombreuses distractions s'en suivaient, et, trop souvent, sorti de sa maison avec une tabatière dont il aimait à se parer, il rentrait privé d'elle, sans savoir comment. — J'en sais une, la dernière, qui a été soustraite, après lui, à sa famille; mais il ne faut dire ces choses-là qu'à mots couverts — Respect au larcin!

L'inventeur des Jocrisses (si Molière n'eût pas fait le mot), Dorvigny, avait.un goût particulier pour les oiseaux. Sa chambrette était garnie de cages horizontalement placées tout autour, et dont il prenait soin lui-môme. — Jusque-là, il n'y a rien d'étonnant dans ce fait, mais ce qui le rend un peu digne d'être consigné, c'est le mouvement d'ensemble qu'il était parvenu à imprimer à ses petits pensibnnaires quand il se disposait à nettoyer leurs domiciles. — Il ouvrait d'abord sa fenêtre^ puis la porte de chaque habitation; mais personne ne

avant qu'il eût frappé dans sa main en disant : « Sortez ! > -; A ce mot, toute la famille prenait sa volée et allait au risque de quelque rencontre avec la race féline, stationner sur les toits voisins formant Tunique perspective de Tappartement. — L'appropriation faite, sur la seule invitation du professeur, tout le monde venait reprendre IcÀ places, sans jamais déserter ni se fourvoyer Tun chez Vautre, et Dorvigny se mettait à travailler au bruit d'un concert qui en aurait empêché le plus chaud partisan de Tornithologie. — Qaand je lui parlai de cela, il me le confirma en m*engageant à en être témoin ; mais j'avais dix-neuf ans, et, comme on sdit, beaucoup d'autres choses plus sérieuses à faire. (1812).

La dispute était vive. Napoléon déployait les ressources de son génie et ses nombreux adversaires lui opposaient une résistance acharnée. — Cependant ils avaient fléchi, et sans l'avantage que vint leur offrir ijne réserve considérable, tout allait finir heureusement pour nous. — Ce corps, composé de 30,000 hommes en colonnes serrées, s'avance, la victoire en expectative. — Mais l'Empereur Ta vue \ il demande ce qu'ils sont : — .« Sire^ les Autrichiens, » —En un clin d'œil, une formidable batterie est disposée en hémycicle, de façon à vomir ses feux croisés sur cette masse. — Napoléon détache ensuite une feuille de son carnet, écrit dessus : a La bataille " de Lutzen est gagnée. » Puis, le remettant à l'officier qu'il a manclé : « Portez cela a F Impératrice* » — De ces 30,000 hommes, il ne resta paç le tiers. (î mai 1813).

Le luxe de Tappartement n'était pas, au temps de Fleury, ce que nous le voyons aujourd'hui chez nos artistes. — D'autres idées s'accordaient avec d'autres besoins. Celles qui ont le parfait confortable pour objet, n'avaient pas encore traversé le détroit, le mot lui-même était «resté l'ornement du vocabulai!*e anglais. — Dans la rue Traversière-Saint-Honoré, le brillant Premier rôle de la Comédie-Française habitait avec sa fille (mariée depuis avec un médecin) un logement des p us simples et tout entier dans le goût des bons bourgeois de la comédie Louis XV. — Sur son invitation, J'allai le voir, un jour, pour causer de son art et tâcher de surprendre quelques-uns de ces secrets dont un écrivain peut toujours tirer parti dans l'intérêt des lecteurs qu'il espère — Je le trouvai coiffé, poudré à frimais et revêtu d'une robe de chambre cornac avait dû l'avoir Baron dans VHomme à bonnes fortunes, — En me voyant parcourir des yeux son entourage antique : « Ne vous étonnez pas, me dit-il, je suis a ici comme je veux être. Ne jouant que d'anciennes pièces « et ne représentant que des personnages du temps passé, il « me convient de m'entretenii^dans ces idées, de vivre de « leur vie extérieure, de me rappeler leur ton, leurs habi- « tudes. Le soir j'endosse plus facilement le costume et me a fais à leurs manières sans avoir presque rien à changer de « ma journée. Croyez-le bien, cela me sert beaucoup. » — N'ayant pas à répliquer, je mis la conversation sur l!excrcice de l'art théâtral et j'écoutai.

Le lendemain de la bataille de Lutzen, un officier, qui n'y avait pas assisté, s'était placé dans une batterie désemparée

pour en dessiner l^aspect, quand TEmpereur, faisant sa visite d'habitude, Vaperçut : — •« Que faites-vouslàl » lui dit-il d'un ton à lui apprendre qu'il savait son absence do la veille. — Sire, je prends la vue du champ de bataille, » — « 5i « vous aviez fait cela hier^ le portrait serait plus ressemttftfanfj » répond-il, et il s'éloigne. — Le soir même,* cet officier voulait se brûler la cervelle. — En rapprenant, Napoléon dit : « Ce sont ses jambes qu'il devrait pmir, mais « qu'il se garde pour la revanche. » (3 mai 1813).

Un jour, au moment de rendre un décret relatif à la littérature dramatique, et dont la pi^lication pouvait inspirer quelques craintes, TEmpereur, qui tenait sa plume, dit, en la montrant : « Celle de Geoffroy les dissipera. » Et il signa.

A Bautzen, une balterie faisait feu de toutes ses pièces et l'ennemi ripostait en conséquence. — Un boulet de chez lui vient enlever le colback d'un de nos artilleurs nommé Vaspergès, — o Eh\ là-bas, ^écrie-l-il, faites donc attention^ il <^y a du monde ic% el vous pourriez blesser quelqu'un ! » — C'est beau comme l'antique. (20 mai 1813).

Pendant la campagne de France, à Tune de ces admirables batailles où Napoléon sentait la nécessité de payer plus que

jamais de sa personne, malgré le terrible feu de rennenoi, il s'était mêlé aux artilleurs et poir\tait une pièce dont il attendait un grand effet de précision. - Aux ravages qu'éprouvait la batterie, un des Servants, ne pouvant maîtriser sa crainte, courut à l'Empereur, le saisit par derrière, à bras-le corps, enJui disant : « Cest pas ici votre place, » et ne le quitta qu'à dislance. — Napoléon sourit, et, l'affaire terminée, il voulut récompenser le brave; mais la victoire en avait disposé... a J'en suis fâché, dit le héros, je lui aurais serré la « main d'aussi bon cœur qu'il m'a pressé dans les siennes > »

C'était uniquement a%rare mérite de mademoiselle Mars que Napoléon rendait justice, sans rien contester des agréments que l'on pouvait trouver dans sa personne. — A Dresde, quand la présentation des Comédiens français fut terminée et que l'Empereur eut causé quelques instants avec Factrice, en présence des généraux Auly, Camas, etc., Duroc lui ayant demandé ce qu'il en pensait : — a C'est, lui dit-il. une vieille « fille qui fait assez bien la jeune, » — Je crois que mademoiselle Mars l'a su, ce sont les boutons d'oreilles de Louis XVin qui me l'ont dit. — .Ceci n'est qu'une bagatelle, sans doute, mais cette bagatelle a son mérite en cela que mademoiselle Mars, approximant alors l'année où les femmes ne disent plus leur âge, n'éprouvait d'autre préoccupation que le désir de dissimuler le sien. — Le regard de l'aigle avait plongé dans l'abîme. (1813).

M. le marquis de Ximénës (prononcez Chimène) est on type dont il ne faut pas laisser disparaître le souvenir. — Sa vie, moitié militaire, moitié littéraire, doit tenir un petit coin dans l'histoire. — Sa conduite à Fonlenoy, en qualité d'Aide-decamp du maréchal de Saxe, et ses trois tragédies : Epicharis, Don Carlos et Amalazonte, lui ont mérité quelques feuilles dechène. — Restent ses excentricités qui nous amusent tous les jours dans la salle et au foyer public de la Comédie-Française. Plusieurs choses y sont remarquables. — D*abord, son extérieur cassé, courbé, négligé au dernier point -, ses pieds traînants, sa voix sourde, et l'usage qu'il en fait pour dire tout net aux acteurs dont il n'est pas content qu'ils jouent en dépit du sens commun. — Ensuite le sans-façon, la fréquence de ses envies de faire toilette sur le devant d'une loge, d'aller pour cela jusqu'à ôter sa cravate, quelquefois même, en été, son habit, et de passer sur sa figure des mains empreintes de rhumidité que sa bouche vient de leur communiquer, toutes choses auxquelles son grand âge empêche les gens de s'opposer. — Ces manies, ainsi que son individualité, trouvent dans Baptiste Cadet un imitateur des plus amusants, malgré le respect qu'on a pour les 90 années de l'ancien ami de Voltaire et de tant d'autres grands personnages. — Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que, lors de la fameuse querelle théâtrale qui se termina par une décison du Comité adjugeant l'emploi des Grandes princesses à mademoiselle Duchesnois, et celui des Reines à mademoiselle Georges, pour qui GeofTroy prenait parti, M. de Ximénès publia ce quatrain consolateur :

Georges, tu reçois la couronne.

Mais garde-toi de la porter !

Peut-on vouloir la mériter

Lorsque c'est Midas qui la donne? — (1814).

IMVIB ZTZ.

Un journal avait publié qu'un malheureux père veîiail d'adopter le fjls de Tassassin du sien. — Ce trait sans exemple me parut susceptible de développements intéressants dans un drame en cinq actes, celui que je donnai à FOdéon en 1814, sous le titre de la Partie de chasse. — Ce que je n'ai pas dit à cette occasion, c'est que pour donner plus d'importance et d'intérêt à ma pièce, j'en reportai Faction au règne de Louis XYI. — Par suite de cette idée, je voulus que le comédien chargé de ce rôle en rappelât l'extérieur avec autant de soins que possible. — Je m'occupais de cette ressemblance, quand un soir, dans les coulisses de l'Odéon, placé près de la porte du fond à côté de Chazel, qui allait entrer en scène, je m'aperçus que toute sa personne répondait parfaitement à l'objet de ma recherche. — Très- peu de temps après, l'ouvrage fut représenté avec un plein succès. — Poursuivant toujours ma pensée, j'avais fait revêtir au Prince un costume, hélas ! trop historique : celui qu'il perlait en allant à la mort^ c'est-à-dire violet (le deuil des rois) avec une veste blanche» — La sensation générale en fut plus frappante. Mais l'Autorité s'en alarma. — Dès le lendemain le Ministre de la Police me fit mander pour avoir à nous entendre sur une rectification de costume que le Roi, bien informé, désirait vivement. ■— Louis XVllI avait même poussé l'attention sur ce point jusqu'à demander un habit très-simplement brodé pour distinguer le personnage de ceux qui Tenlouraient, « quoique^ « avait-il ajouté, on ne va guère à la chasse habillé de la « sorte, » — Sa raison était que le vêtement dont j'avais fait choix a rappelait de trop tristes souvenirs. » — En eiïet, à

la fin da premier acte, Louis XVI apparaissant, avant le lerer du jour, au fond d*une galerie sombre qu*il traversait silencieasement, produisit une telle illusion que pendant qu'une femme de campagne s*écriait : ^ Ahl v'ià not' bon roi comme ^flon w à Versailles, » la porte d'une Baignoire retentit sous la main d*un auditeur foyant ce spectacle où sa mémoire lui faisait trouver un reproche. — Je consentis donc à toatce qu*on me demanda et reçus, de la part du monarque, UQ encouragement d'autant plus flatteur qu'il ne pouvait, en aucun cas, passer pour une récompense.

Ce soir, chez M. Saint-Prix, après dhier, dans la causerie que permet le Boston aux personnes qui ne jouent pas, Méhul nous a raconté quelque chose de singulier et qui paraîtra sans doute plus possible aux musiciens qu'à d'autres. — 11 était à la poursuite d'un motif dont il croyait, disait-il, tenir à peu près le coounencement ; mais le reste ne lui venait pas. — Tout entier à cette recherche et sans trop savoir ce qu'il va faire du côté d'un groupe de gens parlant avec animation dans la rue, il s'ea approche, écoute indifféremment et bientôt son oreille répercute une inflexion de voix qui le saisit. — Composé de deux syllabes seulement, ce bruit s'allie avec tant d'intime sonorité à sa pensée musicale, qu'en en continuant Técho, Méhul arrive au motif complet qu'il avait si inutilement imploré jtsque-là. — 11 est donc bien vrai que tout n'est pas trouvé dans les arts, et qu'il reste encore à fouiller les mystères. (6 septembre 1813).

La victoire, s*attachant à la personne de Napoléon, ne voulait seconder que les efforts accomplis en sa présence ; on se battait pour reprendre Brienne, occupé par les Russes. — Leur défense était terrible. — Notre colonne tenait la route longue et étroite qui aboutissait au faubourg. L*£nipereur en était le dernier. — Tout à coup, il sent un mouvement d'hésitation produit par le déluge d'une batterie, dont un seul boulet venait de mettre trente -sept hommes hors de combat. --Il pique des deux, s*élance, arrive en tête, a Où est le colonel ? » s'écriet-il. — On lui indique cet ofBcier que, sans doute, il juge trop éloigné de son poste, bien qu'il eut dne excuse. — « i liez lui dire que V Empereur commande son régiment- » Et il se porte en avant avec les premiers rangs que ces mots ont électrisés et qui se communiquent à toute la division. — Le carnage continue, c'est une grêle de fer \ mais on gagne du ter* rain. — Alors, seulement. Napoléon va reprendre sa place, aussi tranquille, aussi satisfait de ses troupes, que vingt minutes après, en voyant le faubourg emporté et la place rendue. — Je tiens le fait d'un des braves qui y ont participé. — (1813).

La tragédienne qui donnait tant d'espérances et mourut si jeune, mademoiselle Maillard, était élève de Monvel. — On s'en apercevait aisément à la profondeur, à la pureté, à la savante distribution de son débit. — Un soir, le grand comédien étant dans la coulisse pendant que la débutante recueillait d'innombrables applaudissements, quelqu'un se prit à dire tout haut : « On voit bien qui est son maître.^* — A ces mots, Monvel, peu partisan des leçons de la classe au sujet d'un

art dont on tient le secret de la nature, répondit : « Je rCai fait que lui rappeler tout cela^ elle le savait d'avance. *

C'était encore pendant la campagne de France, è Brienne, au moment où les Conscrits de Paris essayant, pour la première fois, le feu continu de Tennemi, éprouvaient une sorte d'embarras. — L*£mpereur le voit« se porte au galop à la tète de la colonne : « Qu'est-ce, s'écrie-t-il, mes petits Parisiens qui bronchent ? — 11 met pied à terre, prend le fusil de Tun d'eux en disant : « Tenez^ enfants, voilà comme « il faut s'y prendre. » 11 le tire, le remet au soldat en ajoutant : t Vous voyez, c'est facile; maintenant faites le reste. » — Puis, il demeure quelques minutes sous la mitraille à côté d'eux qui, ne se voyant pas tomber tous, se lancent avec impétuosité sur les Russes au cri de « Vive V Empereur ! et emportent d'emblée la position. — Au retour , ils étaient largement payés, Napoléon avait souri.

Un cri perdu dans l'espace , méritait cependant le souvenir de Ja Postérité. — Puisque personne ne Ta particulièrement recueilli, je le constate, car les quatre mots dont il se compose, disent tout une page d'histoire. — Napoléon accomplissait sa grande lutte nommée la Campagne de France. — Son génie s'épuisait en efforts sublimes, et dont il caractérisait la coupable inutilité en s'écriant d'une voix douloureuse : « On ne m' obéit plus ! » — Dites pourquoi, vous autres !

Depuis longtemps le trône impérial, miné de plusieurs côtés, subissait les secousses de la défection et de Tapostasie, sans que TEmpereur pût savoir au juste de quelles parts venaient les ébranlements. — Il s'en occupait en silence lorsqu'enfin éclata l'affaire de l'abbé d'Astros saisi portant dans la coiffe de son chapeau une pièce compromettante pour beaucoup de monde. — A cette vue, Napoléon, en uniforme et près d'aller à la messe, selon son habitude du dimanche, marche précipitamment sur les pas de l'huissier qui l'annonce, entre dans la galerie, les traits contractés, l'oeil en feu, l'indignation sur les lèvres, et se livre aux plus véhémentes, aux plus éloquentes paroles qu'il eût peut-être jamais prononcées. — Après les sanglants reproches dont il accable les ingrats et les traitreSy ceux qui ne seraient rien sans lui^ il porte tout à coup la main à son épée, sa compagne fidèle^ dont le pommeau s'incruste dans sa chair... — Maréchaux, Généraux^ officiers de tous grades, étrangers de tous les pays, demeurent stupéfaits, médusés, et pas un ne peut articuler une syllabe. — Il semblait que la foudre venait d'anéantir cette assemblée tout à l'heure si rayonnante et maintenant composée de riches statues. — Cela fait, l'Empereur se rend à la chapelle et assiste au service divin avec autant de calme et de recueillement que s'il ne s'était rien passé. — Un des assistants vint aussitôt après raconter l'aventure dans une maison où je me trouvais, en compagnie de personnages à l'ordre du jour, et nous dit en terminant : a A présent, j'ai une idée de « la frayeur que devait causer aux Dieux le sourcil froncé de « Jupiter Olympien. »

combien d'actions, combien d*eiploits célèbres, Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres/

Cette généreuse exclamation du Gid en faveur des hauts faits dont on n*a rien dit, n'a été que trop souvent applicable en notre temps. *- Dans les guerres surtout (et sans parler des dévouements civils), que de traits admirables ont échappé à la Muse de Thistoire et sont à jamais perdus pour F Avenir!

— C'est à nous de réparer, autant que possible, ce malheur de tous en ramassant sur la terre des morts quelques-uns de ces noms isolés dont se seraient enrichies nos annales. J*en sais un, et je vais le dire. — C'est celui d'un héros parvenu, qui, de simple soldat, s'était élevé jusqu'au grade de Capitaine dans la Garde impériale, et décoré de la main de l'Empereur sur le champ de bataille. — Au retour de l'Ile d'Elbe, à la première revue. Napoléon reconnut son brave. — « C'est toi^ Ozeré, lui dit- il, es4u content*^ que re«a?-/tt?»

— « Eim, Sire, » répondit ingénument l'officier que son ambition satisfaite empêchait de penser à autre chose qu'au bonheur de revoir son souverain. — L'Empereur s'éloigna sans rien faire paraître. — Puis, revenant au même point : « Tu ne désires donc rien. Oserez — « Non, Sire, » répéta le Capitaine sans pouvoir ajouter ce que lui disait tout bas sa joie : 1 Puisque vous êtes de retour, je n'ai plus rien à défi sirer» » — Et Napoléon partit pour ne retrouver qu'au champ de Waterloo cet homme qui, peu d'années après, disputait au cercueil le souvenir de son Général avec sa croix qu'il s'était fait placer sur la poitrine. — Et savez-vous comment on a payé notre dette envers lui ?.. On a éloigné sa femme

d*un poste d'ouvreuse de loges que j'avais obtenu pour elle et dans lequel je Tai maintenue jusqu'à ce que ma retraite devînt une occasion de punir les heureux que j'avais faits. — Ole Théâtre!...

M. le Duc d'AngouIème n'approuve pas toujours les profusions auxquelles se livre Sa Majesté, et quelquefois il blâme ses économies inutiles. — Hier, rencontrant le rédacteur du Drapeau Blanc : « Comment^ JUartainville, vous si bien des « nôtres, comment n'avez-vous pas la croix'ir^ — ^Monsei- < i/neur, a répondu le journaliste, pendant les gros orages, a j'ai l'habitude de porter un parapluie. » — Le prmce, dont ce mot flatte adroitement l'opinion, a couvert d*un rire approbateur la boutonnière de l'écrivain, d'autant plus sûre, à prêtent, de rester toujours vide. (28 février 1815).

Picard et Berton étaient grands amis. — C'était toujours celui-ci que le premier sollicitait pour mettre en musique les couplets dont il aimait à assaisonner ses pièces. — Ainsi, l'air de V Ingénue, dans la Petite Ville :

Ah ! que les nœuds du mayage A mes yeux offrent de douceur !

et celui de Monsieur Musard :

En affaires comme en voyage, Choisissons le plus court chemin.

sont de la compositioii de HUttstre auteur de Montana et Stéphanie. — Peu de personnes le savent, même au théâtre.

Puisque les Cosaques nous rendent notre yisite, le Théâtre- Français, rétemel encenseur de qui tient le sceptre et dispense la fortune, ne peut manquer d*exhiber sur ses planches le trépied de circonstance qu'il conserve dans ses niagasins. -— Conséquemment, il a donné, hier, la Partie de Chasse, arec Talma pour Henri iV!... et Michot pour le Meunier. — A la scène xi du troisième acte, le Roi ayant dit à son hôte : (.( Reprenez votre chaise, je serai ravi d'être sur le banc, moi, a cela m'est égal, en vérité. » Le paysan répond, : < Tsa- « vons vivre, est-ce que vous nous prenais pour des co- « chons'i » — A ces mots, toute la salle de rire, moins de la cradité de Texpression qu'en pensant que Taeteur y avait mis du sien. — C'est une erreur, le mot est dans la pièce, et c'est de toute autre cho^e que les malins auraient pu rire par souvenance de l'arriéré. — Mais ce dont il y avait à s'occuper plus agréablement, c'était la prodigieuse transformation d'Oreste en père de Louis XIII, et si curieusement représenté qu'une complète illusion était devenue possible. — Sous cet heureux extérieur, le repas terminé, le Sosie du Prince était d'une charmante vérité, lorsqu'on cherchant à ne pas trahir son incognito et pour se rendre utile en replaçant une partie de la vaisselle dont il s'est servi, il disait : a Oit faut-il porter ce « que je tiens- là .^ » — L'adorable gaucherie de sa tenue, le comique presque noble de son embarras en pareille posture, et le vague de ses regards errants sur le mobilier du pauvre

ménage, formaient un tableau de Taspect le plus inattenda. — C'était vraiment le roi de la poule au pot... qui, dans ce moment-là, ne bouillait pas à Sainte-Hélène !— (83 avril 1814).

De par la Coterie, il fut jadis enjoint D'étriller vertement les .œuvres de tout autre, Hais jusqu'à Técorchure, et, d'assassinat, point. Âh I si le temps passé vivait encor du nôtre !..*

L'invasion déborde. — Les cavaliers de l'Ukraine se promènent chez nous. — Obligés d'aller hier à Versailles, Pigault le Brun fiLs et moi, nous nous sommes trouvés dans la salle d'un spectacle forain en compagnie d'une demi-douzaine de Cosaques. — Â leur aspect, le digne officier de la Garde impériale est entré en fureur contre ces gens qui, a t^-il dit, « n'ont jaa mais pu tenir cinq minutes devant nous^ » et il m'a follu l'emmener de force pour qu'il ne leur cherchât pas querelle. — Deux heures après, le poil de sa moustache encore hérissé comme les dards d'un porc-épic, il se fâchait de ce que je m'étais opposé à l'imprudence d'une lutte aussi inégale, a/»;- « tementy s'écriait-ii plus comiquement qu'il n'en avait envie, « c'était la première fois que je les attrapais sans courir. » (29jmlletl815).

La race des gens de mérite et celle des traîtres ne finissant jamais, il est juste, et soi-disant politiqae, qae la fabrique des tabatières impériales et royales soit en permanence. — Tant que Napoléon I®' en a pu donner de belles et bien garnies, les gens de la seconde catégorie en ont témoigné la friandise; mais aux jours néfastes, ils ne s'en sont plus souciés, — De tous ces cadeaux, le plus digne à la fois d*envie et de regrets, est celui qu*à Sainte -Hélène FEmpereur a offert à la femme de brd Holland. — C'était la botte la plus modeste de toutes celles qu*eut jamais portées l'auguste prisonnier, car elle était en bois de buis, comme en pourrait avoir quelqu'un de fidèle à sa cause. —Mais Tartiste n'étant plus là, Napoléon prit un canif et, de sa main, grava sur le couvercle la lettre qui se joint aux initiales dont les murs du Louvre nous gardent la mémoire. — C'était la première fois qu'on entendait parler d'un monument en buis. "

On a vu que dans le cours du premier Empire, il y avait eu deux croix d'bonneur attachées à la même boutonnière. Celaient celles d'un jeune officier qui s'était brillamment distingué par récidive. — Au moment de sa seconde nomination, quelqu'un de la suite dit à l'Empereur : « Sire^ il Va déjà. » — À quoi Napoléon, qui ne voulait pas qu'une de ses généreuses paroles demeurât inféconde, ni que ses ordres fussent commentés, répondit : « C^esl égal* » — • Et les deux sœurs allèrent prendre leur place parmi les constellations. — - C'est le seul exemple qu'on en ait connu.

Ne perdons pas ce mot de Napoléon à Sainte-Hélène, car il est aussi tout Vhomme en Tétat où la trahison Tavait mis. — On loi parlait des possibilités de son retour en France. — « /^ « ne le désire plu$, répondit-il, j'aurais trop a punir.— Son âme est là^

De tous les effets magiques produits par le Théâtre, il n'y en a pas eu de plus frappants que la reproduction du personnage dont les traits n*ont ressemblé à ceux d'aucun autre, et qu'il devait être, conséquemment, très-difficile de rappeler avec exactitude. — Bonaparte et Napoléon, ces deux types qu'un sexd homme nous a successivement offerts, n*ont^ sous le rapport physique, d'analogues chez aucun peuple connu. — Il n'y avait donc pas d'études à faire pour en amener la représentation sur la scène ; il fallait que l'acteur, chargé de ce soin, en appelât, pour le premier, à ses souvenirs (s'il n'était pas trop jeune) et, pour le second, à son intelligence (s'il croyait en avoir assez).

Ces efforts ont eu lieu, mais avec moins de bonheur pour le Soldat que pour le Prince, et cela devait être; l'inspiration du prédestiné, empreinte sur les traits du Premier Consul^ avait quelque chose d'une révélation fantastique qu'il était impossible de rendre autrement que par de pâles reflets. — Tandis que la belle figure de Napoléon respirait ces Empereurs romains, dont la numismatique nous a transmis les images, plus ou moins flattées, mais précieuses, à titre de modèles. — Il en était cependant bien loin, le premier qui se soit permis la recherche de cette ressemblance en plein théâtre 1 Son courage lui a servi d'excuse. — C'était à la Porte-Saint-Martin, vers 1804, dans le Passage du JUantSaint-Bemard, un

Figurant, nommé Chevalier, 8*y montra en costume complet, capote grise et petit chapeau, se chauffant au feu du bivouac, mais sans laisser voir son visage, qui aurait détruit toute Tillusion. — Informé du fait, FEmpereur, accompagné de Duroc, s y rendit incognito^ et, d'une loge fermée de la première galerie, assista à ce spectacle qui ne lui déplut pas. — Le lendemain, il fit parvenir une somme de douze cents francs à ce Général de coulisses. — Les révolutions qm se sont succédé devaient, de plus en plus, amnistier cette hardiesse que réclamait peut-être aussi la popularité de Thistoire moderne. — Elles n'y ont pas manqué.

Les deux théâtres du Vaudeville et des Nouveautés ouvrirent la marche en donnant, le même jour, 9 octobre 1830, l'un, le Lieutenant d'artillerie, et Tautre, l'Ecolier de Brienne. — Le 14 suivant, FAmbigu-Comique représenta Napoléon en mélodrame. — Puis, le 20, la Porte-Saint-Marlin joua un Napoléon y en neuf tableaux, commençant après Wagram. — Plus tard, vint Tépopée de M. Alexandre Dumas sur la scène de TOdéon, ce qui fut la clôture de ces exhibitions plus ou moins hasardées les unes que les autres. ^ En somme, voici quels ont été les représentants personnels du héros :

Chevalier, Gobert et Hiellard, à la Porte -Saint-Martin; Frédérick-Lemaître, àrOdéon^ Génot, à TOpéra-Comique ; Béranger (Périn fils), au Vaudeville; Cazot, aux Variétés; Mademoiselle Déjazet, aux Nouveautés ; Francisque aîné, à TÂmbigu-Comique; Joseph, à la Gaîté; un Figurant, au même théâtre; Edmond et Chéri, au Cirque-Olympique; enfin Périn père, au Théâtre- Saint-Marcel.

C'était, comme on voit, bien pis que la monnaie de Turenne !

rouoHÉ

J*ai à Fouché de Nantes une obligation dont la forme a été assez piquante. — Napoléon était revenu de Tlle d'Elbe. — Le 20 mars réveillait des espérances assoupies. — Tous ceux qu*avait affligés Tabsence de TËmpereur désiraient contribuer, chacun dans sa sphère, à la rénovation que devait opérer son retour. — Bien qu'il n'eût pas été longtemps éloigné de ce pays dont il avait porté si haut la gloire, ce court espace avait suffi pour que l'on reconnût généralement la nécessité d'appeler les hommes dévoués partout oh la raison les rendait nécessaires. — Convenons que ce principe élémentaire n'a été que trop dédaigné par les gouvernements successeurs de ceux dont on avait eu justement à se plaindre. Aussi est ce là une des causes qui ont fait le plus obstacle au rétablissement d'une tranquillité solide. — Si le Premier Consul prit d'abord des mesures différentes, c'est que des circonstances neuves et exceptionnelles, jointes aux limites de son pouvoir, le forçaient d'en agir ainsi. — Son grand malheur fut de n'y avoir pas suffisamment renoncé en montant sur le trône. — - De là les sourdes et rancuneuses trahisons qui ont hâté et rendu si fatales les dernières années de son règne. — On aura beau dire, écrire et faire écrire, la sincérité de Topinion et le désintéressement des services, sont la base de la confiance publique et le plus sûr garant du salut des Etats. — (Pardon de cette petite digression politique qui ne m'éloigne pas autant de mon sujet qu'on le pense). — Une personne haut placée désira que je reprisse à ce moment la position agrandie que j^avais occupée au Journal de Paris, persuadée qu'une bonne impulsion littéraire apporte utilement son concours aux grands intérêts d'un Gouvernement. — Pour cela;

elle écrint à Fouché qae son titre de Ministre de la police générale devait appeler encore une fois, ainsi qu*il en avait été de M. le duc de Rovigo, à Texercice d'une influence absolue sur les écrits périodiques. — Ce personnage me chargea de la lettre. — C*était le soir. — il y avait réception intime, oiais encore assez nombreuse, dans le salon du haut diplomate. — Sur le nom de mon protecteur, je fus aussitôt admis. — Fouché, debout, le dos à la cheminée , reçut d'un visage fermé, Tépttre qu'il lut deux fois , et la seconde avec l'attention de quelqu'un qui en aurait médité la réponse. — 11 me regarda ensuite pendant trois ou quatre secondes, sans proférer une parole. — Puis, jetant au feu ce papier, il se retourna en me disant du ton le plus affectueux : à Cest bien I très-bien ! revenez me voir dans quelque temps. » — Je ne sus d'abord que penser du vague de ce délai que je crus devoir ÛDir lorsqu'on parlerait d'organiser la rédaction des journaux. — Mais les événements ne tardèrent point à m'apprendre ce qu'il y avait eu de prévision significative dans celte brève réponse, et que pour ne pas compromettre le protégé de son ami, dont il avait anéanti la lettre, Fouché s'en était rapporté aux circonstances qui devaient m'empècher tie lui rendre une seconde visite. — Telle fut en effet Texplication qu'il donna plus tard à celui qui m'avait patroné et dont j'imitai la conduite en restant fidèle à mes convictions.

DEUX GHAFSAUZ.

En plein exercice do mes fonctions de Secrétaire intime, le marquis de Cussy, que je connaissais un peu plus que tout le

monde, vint au Ministère de l'Intérieur me présenter un négociant en chapellerie dont Tinquiélude était grande. — Menacé d'une perte considérable parceque, ayant envoyé d'énormes pacotilles à la foire de Beaucaire, la vente s'en trouvait empêchée par je ne sais plus quelle cause qu'il dépendait de l'administration de faire cesser, il y avait urgence. — Les pièces examinées, j'en fis part à M. Guizot, toujours heureux que ses devoirs fussent utiles, et le pétitionnaire échappa au désastre qui l'eût infailliblement ruiné. — Quand le marquis me ramena ce dernier pour l'informer de la décision ministérielle, j'eus à subir des circonlocutions de remercîments dont le résultat n'était que trop facile à comprendre. — Je fis mieux que me fâcher, je témoignai doucement à tous les deux le regret de m'être occupé de leur demande. — Puis, la conversation finissant par prendre avec M. de Cussy le tour amical de nos habitudes, ils voulurent qu'un des naufragés de Beaucaire me fût au moins offert pour constater sur ma tête le secours que me devait la cargaison. — Ce n'était plus qu'une affaire de politesse. — J'en informai immédiatement mon supérieur, dont un sourire me tint lieu d'autorisation, et je promis, en fait de pareille dépense, de donner désormais ma pratique à ce marchand. — Douze mois écoulés,* je lui adressai ma commande ordinaire. — Lui-même l'apporta chez moi, et, comme alors un chapeau coûtait 24 francs, je m'étonnai d'en trouver 48 sur la facture. — - Sur mon observation, « c'est tt vraiy me dit-il, mais il y a le chapeau de Van passé. » — Son reçu est un de mes autographes les plus philosophiques.

Si je ne l'écris, on ne le croira pas. — L'injustice était si criante et l'offense au génie si cruelle, qu'on les supposeraient redressées à cette époque par les clameurs de l'indignation publique. — Point du tout I On se taisait, et les Muses qui président à la gloire des arts dormaient oisives sur leurs attributs abandonnés. — Berlon, Paër, Spontini, d'autres, des étrangers avaient la Croix d'honneur, et Boïeldieu l'attendait encore! — N'y eût- il pas aspiré, que celte exclusion la lui eût fait désirer, puisqu'elle était à la fois une injure à son caractère et la négation de l'ordre élevé dans lequel resplendissait son immense talent. — Moi, qui ai été Tintime conGdent de ses plaintes à cet égard, je puis assurer que la vanité n'était pour rien dans la poursuite qu'il a dû faire d'une distinction dont Vartiste se sentait digne à tous les titres, mais à laquelle Vhomme ne devait pas volontairement renoncer. — Eh bien! croira- t-on qu'alors, si l'on excepte quelques murmures assez timides dans les régions même d'où auraient dû s'élever les plus ardentes réclamations, personne ne demandait là réparation de l'outrage fait au pays? — Il a fallu (et je suis forcé de le dire) que ce fût moi, moi seul qui prît l'initiative de la mesure réparatrice. — Boïeldieu le savait quand il m'écrivait ce qu'on a lu : « /e suis bien persuadé que^ si je Vobtiens, « je vous devrai cette faveur. » — Je parlai donc, j'écrivis, je sollicitai 5 je fis solliciter, écrire, parler, et nul ne me secondait! — Enfin, j'eus l'idée d'engager les Compositeurs de musique à se convoquer en assemblée suffisante pour donner une signification décisive à leur démarche. — Berton se signala chaleureusement dans cette circonstance. — Les autres sentirent à quel point leur honneur était intéressé au succès

tant désiré par Topinion publique, et c*est ainsi que fut décoré celui dont la boutonnière accusait déjà tant d'années de retard. — La Dame blanche en rougit encore.

Parmi celles que j'ai à signaler, une erreur de nom m'a fait dire : mademoiselle Chameroy, quand il s'agissait de mademoiselle Raucourl, dont les obsèques furent si troublantes qu'à cette occasion Louis XYIIl dut recevoir en députation Huet, l'acteur de l'Opéra-Comique. — Je profite de cette faute pour entrer dans quelques détails historiques qu'on n a point recueillis. — Pendant qu'on parlementait en présence du roi, un de ses vieux chambellans (dont le nom m'a prié de ne pas le mettre ici) se montrait ton* joyeux du refus qu'éprouvaient les restes de l'actrice et ne cessait de s'écrier : « Cest bien fait ! c'est me Comédienne I » — Les portes fermées de l'église Saint-Roçh furent ouvertes par le Colonel Moncey, le Chef de bataillon Priant, le Général Roguet et le commandant Courège. — Huet, Gavaudan et Monrose portèrent le cercueil jusque dans le chœur, et les cierges furent allumés par un officier de ma connaissance. — C'est le Chapelain de Louis XVill qui a officié. — Il y eut, dans cette bagarre, des gens encore assez expéditifs pour ne pas craindre de crier ; « Le Curé à la lanterne 1 » Heureusement le mot avait vieilli. — L'enterrement de mademoiselle Chameroy s'effectua, au contraire, dans le plus grand ordre. (1815.)

Pas un acteur n'a su mieux que Talma déguiser les hésitations de sa mémoire, qui se firent particulièrement sentir vers la fin de sa carrière. — Les choses allèrent au point que, parmi les camarades, qui tous appréciaient le charme de ses relations, ceux dopt remploi était de jouer ses Confidents, se faisaient un plaisir d*apprendre ses rôles pour le tirer d'affaire au besoin. — Dans ces sortes de cas, le jeu muet. Faction de son individualité s'identifiaient tellement avec ce que le personnage avait à dire, que le Public ne pouvait s'apercevoir ni de Tembarras de Tartiste, ni soupçonner même une lacune. Cette pantomime était presque le dialogue continué. — II y a, à ce sujet, toutes sortes de petites anecdotes que l*on rapporterait, si le fond de la narration n'aboutissait pas aussi exactement à la même chose. — Toutefois, en voici une qui n'est nulle part.

On jouait le Scylla, de Jouy. -* A la dixième scène du second acte, le héros, entouré des siens, avait à dire :

Ton audace, Lénas, a droit de me surprendre, Mais parle cependant, je consens à t' entendre.

Au dernier mot du premier vers, notre tragédien venait de substituer le verl e confondre, ce qui eût fort mal rimé avec entendre. Mais Laffitte, en scène aussi, lui soufïïa tout-à-coup :

Je consens k répondre,

eu que Talma saisit à la volée, sans rien témoigner du secours qu'il recevait et comme accoutumé à de pareils présents. — De retour dans la couhsse, il ne parlait jamais de ces incidents, soit qu'il craignît d'appeler l'attention sur leur cause, soil qu'il les oubliât dans les perpétuelles préoccupations de son art.

tSttt s*étalait tout de son long dans nos fastes, quand, un jour, au château de Yincennes, une conversation s'engagea entre le Duc de Berry et le lord Wellington d'accord sur la supériorité de la poudre anglaise comparée à la nôtre. — Le général Ruty, commandant de la place, soutint courageusement Topinion contraire, et, pour se départager, il fut convenu qu'une épreuve aurait lieu au tir même de la citadelle. — Inutile de dire qu'elle fut à l'avantage de notre fabrication, ce n'est pas vers ce point que je me dirige. — Dans un moment d'impatience, Wellington ayant dit : « Vous autres Français, « vous faites de la poudre comme nous faisons de la mou- « tarde; un de nos braves ofGciers lui riposta militairement : « C'est avec cette moutarde-là que nous avons mis pendant « vingt ans V Europe à la rémolade. » — Le trait mérite assurément d'être conservé^ mais il a coûté cher à son auteur, M. le Commandant Z^f/pr^ frappé, dès ce moment, d'une disgrâce dont son avancement n'a pu que beaucoup souffrir. — Par malheur, en ce moment, Napoléon voguait vers Sainte- Hélène, et la France s'endettait de tous les mots heureux, dont cette époque a couvert son Grand -Livre.

Pendant qu'il était au Ministère de l'Intérieur, et que j'ai pu le voir à titre de son Secrétaire intime, M. Guizot n'a fait que du bien, toujours avec cette obligeance noble, cette simplicité naturelle dont tant de personnes ont éprouvé le charme pénétrant. — Au moment du départ de Louis XYIII, M. Guizot allait quitter l'hôtel du Ministère, lorsque, par suite de mes fonctions, je lui présentai le nouveau Secours qu'avait imploré une dame de haute naissance et victime des plus tristes évé-

naments. — « Donnez-moi la plume^ me dit-il avec ylvacité, « dipichez'vous ; midi va sonner, mon pouvoir expire, Je « n'ai que tout juste le temps de signer. » — Et la demanderesse reçut encore une somme de 300 fr. avant d'accomplir la faneste résolution que lui inspira, plus tard, Texcès de son malheur. — Quand on la releva du pavé de sa maison, on l'entendit adresser un dernier souvenir à Thomme d'Etat, son bienfaiteur. (Mars 1815.)

Ma première maison de campagne aurait été bien orgueilleuse si elle ne s'était pas résignée à être bien modeste.

— Située aux Thèmes, dans l'enceinte qui avait renfermé les Montagnes russes^ elle occupait un espace d'une quinzaine de mètres, et, pour son jardin, à peu près le double.

— Encore n'était -elle pas entièrement* bâtie quand j'y installai mon ménage, fortifié d'un ameublement extraordinaire du prix de cent cinquante francs. — Deux chambrettes, à droite et à gauche du rez-de-chaussée, répétées au premier étage et qui communiquaient par un escalier suffisant, formaient toute la distribution du logis. — Pour être plus de quatre à table , on avait dû adapter à des chevalets une planche de sapin proportionnée à la dimension d'une des deux pièces supérieures où se trouvaient alors , un peu serrés , mais face à face, huit convives d'une corpulence raisonnable. — Bientôt, le luxe s'en mêlant , nous eûmes , en bas , la jouissance d'un petit billard , dont j'ai dit que Brod , le hautbois de l'Opéra , avait été l'habile fabricant. — Eh bien! là , dans ce réduit, si exactement renouvelé du domicile de Socrate, se sont écoulés les plus doux, les plus flatteurs ins-

tants de ma profession de journaliste que j*exerçais depuis près de quatre années. — J*y recevais déjà ce qu'avait le Théâtre de plus renommé parmi ses interprêtes et ses administrateurs. — On s'y amusait , en même temps que chacun y faisait ses affaires. — Simple oasis , pour les uns , c'était le corridor du temple de la fortune pour les autres. — On croyait s'aimer» on rêvait agréablement, et les fruits des communs travaux se répandaient sans jalousie sur tous. — G*était le beau temps I La bise est venue , et, dans une vaste maison, aux splendides apparences , il a fallu regretter les heures heureuses où l'on avait devant soi cet éblouissant météore : respérancel {iSi9),

En dînant aujourd'hui chez moi , le bon Saint-Romain m'a offert sa jolie maison de campagne de Triel, si je veux faire prolonger son Privilège du Théâtre de la Forte Saint-Martin. — Grâce aux bontés qu'on a pour moi , rien ne me paraîtrait plus facile ^ mais cela serait baucoup trop beau pour que je ne le trouvasse pas beaucoup trop laid* — (21 janvier 1819.)

Les mots dignes d'avoir été dits par Molière , ne sont pas communs. — En voici un dont l'auteur est cependant séparé du grand moraliste par toute l'immensité des mondes. — U se nomme Georges , ex-bouche-trou au théâtre des Variétés. — C'est lui qui, dans le garçon de cabaret desBonnes d'enfants, a trouvé , hier au soir , ce mot de si profonde observation ,

« Merci , Sapeur I » —Cela doit rester pour exprimer le remerciement fait à quelqu'un qui adonné le conseil d*une bonne action , tandis que le véritable auteur de celle-ci n'est l'objet d'aucune marque de gratitude. — Cette restitution est d'autant plus nécessaire que le mot , n'étant pas imprimé dans la pièce , il se perdrait. (8 novembre 1820.)

Se faire lire est le premier des besoins pour un journal. — Ceux qui s*occupent de politique goûtent facilement ce bonheur que les intérêts du pays leur procurent. — Il n'en est pas de même d'une petite feuille littéraire, dont toutes les ressources résident dans son esprit, si elle en a, et dans l'appréciation de celui des autres, qui en demande encore davantage. — Obligé à de perpétuelles explorations dans les domaines de son ressort, elle ne trouve pas toujours ce q\i'elle cherche, et si elle le trouve, il y a pour s'en servir, ce que Brid'oison estime à si haut prix, la forme, — A-t-on l'option? Non, car le temps passe, le numéro du jour pousse celui du lendemain et l'abonné n'entend pas raillerie sur la nécessité de trouver à son réveil r Opinion publique sur sa l^ble de nuit. — J'ai plus connu ces tribulations que personne, et je puis dire qu'en fait d'imaginatives de ce genre, j'ai épuisé toutes les combinaisons des possibilités typographiques. — Je borne mes nombreux exemples à un seul. *

a Un crime horrible a été commis vendredi dernier à la ft Comédie-Française. Un nommé Provost, se disant acteur

« de son métier, a tué H. Harpagon, honnête vieillard à qui ff l'on ne pouvait reprocher qu'un peu d'avarice. — Le forfait a (( eu lieu de huit heures et demie à onze heures du soir. Peu a de personnes en ont été témoins, parce que l'affiche du « théâtre avait fait pressentir cet affreux événement. — Tou- « tefois, on pense qu'il y en a eu assez pour que les suites « fussent ce qu'elles doivent être. Le coupable est en ce mo- « ment livré au Comité qui se propose d'appUquer le second a degré de la peine des spectateurs, article : nDu Sociétaire. » « — La justice informe.

« Jugement rendu, le Public est condamné à 20 ans. »

Ce soir, après le dîner chez mademoiselle Duchesnois, je causais, sur le canapé du salon, avec Talma fort en train de s'épancher au sujet de la singularité de quelques uns de ses goûts. — Si ce que j'en ai retenu n'est pas très-piquant, du moins cela a-t-il un de ces petits mérites historiqueB dont, après nous, s'amuse volontiers l'inoccupation des autres. — Nous parlions femmes ^ et, naturellement, j'exaltais celte douce communauté de sensations sur laquelle il me semble que se fonde le bonheur de l'amour.— « Ce n'est pas mon opinion^ « me dit Talma, /e n'aime que les femmes froides et ne puis « souffrir celles qui font des avances ou qui répondent à « celles des hommes. » — «Ah! lui ai-je répondu, vous pensez « donc comme l'auteur de l'ancienne chanson :

Résiste-moi, belle Âspasie, Tu me charmes quand tu dis non.

Fi de ces beautés sans façon Qui préTiennent la fantaisie !

Le baiser qa'hier je te pris, Fut poor moi le bonheur suprême ; ' Il aurait perdu tout son prix, Si tu l'avais offert toi-même.

« Je ne la connaissais pas, me dit Talma, mais fy re- « trotwe absolument ma faiblesse, et c'est là le secret de « ma préférence pour C B. Dès que je rapproche d'une « certaine façon, sa figure se refroidit^ et si je veux Vem- « braiser ^ elle me parle politique : je ne m'en lasserai ja- « mais. » — Par intérêt pour notre tragédie, j'ai bien pour qu'il ne tienne parole. (4 février 1821).

Pour venger son gros ami de mes justes critiques, une actrice, qui n'a jamais rien valu ni sur le théâtre ni ailleurs, allait disant que, dans sa famille, on m'avait, autrefois, prêté des chemises. — Parmi ses semblables, ce moyen d'attaque manque rarement son effet, parce que le nom du substantif de première nécessité miroite agréablement quand il est accompagné de mots convenus sortant de la lessive. — Que serait-il arrivé si, dédaignant cette imposture, j'avais simplement publié quelques-unes des Notes ^ qu'à certain titre, la dame me faisait parvenir sur les opérations secrètes de son théâtre? — On l'aurait méprisée. . . Hélas ! c'était déjà fait !

Chez Talma, la simplicité des idées et des manières allait,

assez souvent, jusqu'à renfantillage. — Une fois, dans mon cabinet, nous raisonnions théâtre, et, à plusieurs reprises, il s'était levé pour toucher, sans cesser de parler, aux cadres appendus sur les murs. — A la fin, je lui demandai raison de cette turbulence en désaccord avec l'habitude des réflexions tragiques. — ^ Je ne puis voir^ me répondit-i], un tableau « qui n'est pas droit, il me semble que je fais un faux « vers. D (1821).

Le 6 février 1822, au Second Théâtre-Français, un novice de 14 ans, disait-on, me parut remarquable dans le trio du premier acte des chœurs d'Athalie. — J'en parlai dans ma feuille avec l'approbation qu'il avait méritée. Et comme par l'effet de cette longue vue qui me pousse à pressentir les destinées théâtrales, je terminai ainsi mon petit arlicle : « Puis- « sions-nous avoir dans dix ans l'occasion de répéter les « éloges que nous faisons de ce jeune artiste I » — J'aurais dû mettre 15 ans, car, le 17 avril 1837, à l'Opéra, Arnold de Guillaume Tell me confirmait dans la prévision d'une voix, belle, mais qui n'offrait pas au théâtre les garanties de la dorée ordinaire. ^ Cet enfant se nommait Duprez.

Il faut souvent peu de chose aux gens qui étudient les acleurs pour rendre justice aux parties de leurs talents dont la multitude est rarement frappée. — Dans les Dieux à la Courtille, que reprenait hier la Porte-Saint-Martin, Poliw, jQuant

le CoDimisMire de police Silène, arrache la foodre (de carton) des mains d'un Jupiter de très-haute stature. — Loin de s*en inquiéter, le magistrat ne dépose bruyamment cet attribut sur une table qu'après lui avoir fait subir plusieurs tours de moulinet, comme un héros que rien n'épouvante. — Puis il regarde le maître de l'Olympe d'un air aussi victorieux que s'il venait de braver le terrible danger d*ètre réduit en poudre. — Ce jeu de scène n'est qu'un bien petit détail, mais il a le rare mérite d'exprimer, par un seul geste, le caractère de ridicule importance et d'autorité comique d'un personnage à peu près accessoire. — Ne laissons pas se perdre les trouvailles, si petites soient-elles. (12 février 1822).

Le Théâtre de la Porle-Saint-Martin avait alors pour Directeur de Serre, le jeune homme entraîné dans cette spéculation, et qui y mangea un des plus beaux hôtels de la place Vendôme, celui dans lequel l'invasion avait logé Alexandre 1^' de Russie. — Il faisait assez bien ses affaires, quand le Ministère eut l'idée de lui donner Merle pour associé, sans mise de fonds, et comme chargé de diriger la scène dans le sens de l'opinion du moment. — La circonstance était bonne, et le coadjuteur en profita pour réaliser sa part dans l'opération, s' élevant à* vingt-cinq mille francs. — En ma quaUté de Mentor officieux de l'imprévoyant dissipateur, je ne lui demandai que du soir au matin pour Taboucher avec un honnête négociant qui l'aurait soustrait aux griffes des usuriers. — Mais, dès le lende main, les vautours s'étaient abattus sur leur proie, à laquelle, midi sonnant, il ne restait déjà plus que quinze mille francs ou à peu près. — « Vas, lui dis-je, à cette nouvelle, je re-

nonce pour toujours à te donner des conseils ! » -r U ™® répondit : a Nous t'attendrons ce soir^ à six heures^ aux « Frères Provençaux. » (1823).

Après Glotilde, la danseuse de TOpéra qui jouait si majestueusement la Reine des Nymphes, la seconde femme de Boieldieu se nommait Dussoyre, femme Bertin. — Elle était la sœur de mademoiselle Philis qui se sauva du Théâtre-Feydeau pour aller en Russie avec Andrieu, son camarade. — Ce brusqee départ fît grand bruit et contribua beaucoup à la mo* nomanie qui se déclara parmi les artistes persuadés qu'il tombait des diamants dans le pays des neiges. — Le 30 mai 1847, madame Dussoyre maria Adrien Boieldieu son beau-fils.

Tulou, le flûtiste, cultive le mensonge avec un grand à-plomb. — n'en a cependant été quelquefois le mauvais marchand. — Pour ne citer qu un des plus gais exemples, on peut se rappeler que Tune de ses prétentions est d'être excellent .chasseur. — A ce titre, ayant emprunté le fusil d'un de ses amis, il revenait pliant sous le poids du gibier, lorsqu'on sa présence le prêteur retira de l'arme une balle de calibre qu'il y avait secrètement introduite, avec la certitude que l'amorce reviendrait bredouille. — Loin de se décontenancer, le grand disciple de Saint-Hubert trouva ravissant « ce tour d'esca- « nwtage. »

 la suite de sa petite Térole, Emilie Leverd a reçu ce matin, pour la première fois, la visite de Delrieu. — Comme elle lui montrait tristement les ravages de ce vilain mal : « Ne vous « affligez pas trop, lui dit le p^re de notre sixième Artaxerge, « an ne grave bien que sur les pierres fines. » — C'est joli, mais le burin a trop appuyé pour que ce soit consolant. — (26 juin 1823).

On ne sait pourquoi Baptiste atné s'est mis en tète qu'à la fin d'une pièce , les acteurs qui viennent d'en remplir les rôles ne doivent pas s'incliner devant le public — C'est pourtant un usage depuis longtemps acquis à la déférence dont ces artistes font ainsi preuve à l'égard de leur juge naturel.

— En essayant de s'y soustraire, Baptiste aîné se préparc peut-être de sérieux regrets. — Loin de l'imiter, Lafon a donné, ce soir, et sans y prétendre, une bonne leçon à son camarade. — A peine a-t-il dit le dernier mot de V Orphelin de la Chine, que par une transition de physionomie fort intelligible, il a quitté son personnage et s'est incliné le premier vers les spectateurs d'un air aussi simple que respectueux.

— Quatre bordées d'applaudissements significatifs sur cette question à Tordre du jour, ont exprimé l'opinion générale et récompensé l'artiste. — Le devoir rempli, il est permis de penser que, dans le genre tragique, lorsque le dénouement f^t tableau, ou que la scène est ensanglantée, la soumission à cet usage peut demeurer suspendue ; mais le droit du public et la convenance du fait n'en restent pas moins dans toute leur intégrité. — (29 juillet 1823).

L'homme, au debors, le plus gai de France, en est le plus triste, dans son intériear. Il y a cent exemples d'un fait semblable dans Tétude de Fesprit humain, mais le b'vre qui devrait les réunir, n'est pas encore commencé. — Notre vaudevilliste d'humeur si joviale, en apparence, dans ses écrits, ne les compose pourtant que deTair le plus sérieux du monde. — Obligé, pour ainsi dire, de mettre son caractère en harmonie avec ses œuvres, dès qu'il sort de chez loi, il se transforme ^ sa bonne figure, qui n'est pas sans quelque rapport avec le masque convenu de Polichinelle, s'éclaircit, prend une vive expression de contentement et s'accorde avec Tentrain que Désaugiers njet dans ses chansons. — De retour dans son ménage, il subit le joug de ses instincts et devient souvent morose. — Il est pourtant heureux près de la femme qu'il a choisie, fille d'une honnête concierge de la rue Tiquetonne, et qui justifie l'honneur de s'être .alliée à Fhomme le plus distingué dans son genre de littérature. — N'est-ce pas le cas de répéter Texclamation mélancolique qu'il a sanctionnée lui-même : « Ce que c'est que de nous 1 » — (1824).

Déjà, quand Delrieu donna son Artaœmce, Talma songeait à mettre le piçd dans l'emploi des rôles plus marqués (ce qui veut dire, en style de théâtre, des rôles de personnages plus âgés). — Lié d'amitié avec le tragédien, l'auteur manœuvrait pour lui faire accepter son Artaban qui se trouvait assez bien

dans les conditions désirées. --* Mais Talma , ne .goAtant pas ses raisons , le refusait obstinément, et Delrieu insistait pour qu il lui donnât les siennes. < // n'est pas assez fort pour moi, dit enfin Talma. » — c Prends-le toujours , répondit le poète, et je te promets de fen donner un qui te fera cracher le sang au quatrième vers, » — Dès-lors, reprit le tragédien , c'est moi qui serais trop faible. — Et TArtaban garda le porlefeaille.

TOUa 9X rORGB.

Indépendamment des qualités qu'exige de son Rédacteur principal la confection d*un journal de théâtre, il j a la finesse d'intelligence qu'il doit déployer dans les occasions d*une certaine difBcullé. — Le nombre en est considérable , et je puis dire les avoir essuyées toutes. Mais la plus piquante est assurément celle que j'ai combattue la nuit passée , car je Tai faite avec un bonheur auquel j'étais d'abord bien éloigné de m'altendre. — J'en ai jugé ce matin en lisant mon article imprimé, qui ne me paraît pas se ressentir des procédés de son élucubration. — Outre mes constatations de chaque soir, j'avais, hier, à m'acquitter d'une tournée générale dans les théâtres, et, comme on n'y donnait qu'une pièce nouvelle, je m'en étais rapporté à mon rédacteur chargé de suivre le Vaudeville. — Je pouvais donc, moi, le Gengis-Kan delà rue Jean-Jacques Rousseau , me porter , de ma personne , sur d'autres points,

Tandis qu'en Occident je fais voler mes fils Des murs de Samarcande aux bords du Tanaïs.

Minuit était sonné. — J'arrive à Fimprimerie et j'apprends que nul n'a paru pour rendre compte de la représentation. — Sans perdre une minute , je cours à la rue de Chartres. — Théâtre et café y attenant sont fermés. — Que faire? — J'ai promis de ne pas laisser passer une seule nouveauté sans m'en occuper dès le lendemain. -^ Cette lacune dans mon journal me désespérerait. — Je frappe à la porte du limonadier, grand amateur de spectacle et que nous connaissons tous pour ne jamais manquer une soirée de ce genre chez son voisin. — Par forme de conversation, je lui demande quel succès on a obtenu, le caratère du rôle de chacun des acteurs, si Lafont, Guénée, Lepeintre jeune, Minette et madame Dussert ont bien secondé l'intrigue sur laquelle j'insiste particulièrement. — Enchanté d'une causerie qui flatte son goût pour le théâtre, mon cicérone répond si bien à mes questions, que je retourne aussitôt chez mon imprimeur où j'écris l'analyse de la pièce avec autant d'exactitude que si j'avais fait partie des spectateurs. C'est La rue du Carrousel ou le Musée en boutique , un acte dont l'auteur se caché sous le nom de M. Croûton. — Par bonheur, il ne s'agit que d'une bluette 5 je n'aurais pas tant osé s'il eût été question d'un ouvrage d'importance. Mais, enfln, la preuve de zèle et le tour de force y sont.... Que le plus innocent me jette la pierre! (5 octobre 1824.)

Le médecin de Martainville lui disait , il y a trois jours : a Vous ne guérirez pas tant que vous continuerez de ne voir « que des hommes de lettres, des gens d'esprit qui vous en- « traînent aux surexcitations de toute espèce^ mieux vaudrait

» ne fréquenter que des imbéciles . —Sur ce mot, — ma » femme f cria aussitôt le pauvre goutteux, prends la plume » et écris. » — Puis, il lui dicta les noms d*une quantité d*auteurs et de journalistes jouissant d'une certaineréputation. — Ce matin, le conseiller étant venu savoir le résultat de sa prescription ^ Martainville montra sa liste en lui disant : « Si ceux-là^ docteur, ne justifient pas pleinement votre ordonnance, c^est que je suis incurable. » {i9 février 1826.)

Parmi les soins que prennent les acteurs appliqués , il en est de minutieux, mais qui n'en sont que plusrecommandables cotmne la preuve d*un zèle toujours en éveil pour les intérêts de leur art. — On a cité madame Branchu pour cette espèce d'étude à chacun de ses rôles nouveaux. — Lorsqu'elle dut jouer avec Lays dans Anacréon , inquiète de Teffet que produirait le départ de la barque , elle imagina de s'en assurer par un moyen approximatif du fait matériel. — Deux fauteuils furent mis à la suite l'un de l'autre. — Son mari se plaça sur le premier, tenant la pelle et la pincette du salon pour ûgurer les rames, et madame Branchu derrière lui, exprimant d'un visage ému les vives appréhensions que demandait la scène. — Mais leurs enfants, fille et garçon, témoins de cet essai, prenant au sérieux le violent chagrin de leur mère, se mirent à pousser de si grands cris et de si douloureux sanglots, que force fut aux deux navigateurs d'ajourner leur voyage.

Talma est mort aujourd'hui, à onze heures trente-cinq minutes du matin. — Le Public du Théâtre-Français avait encore demandé de ses nouvelles il y a trois jours. -> Monseigneur TÂrchevêque de Paris s^était rendu près du malade, qui a désiré être conduit sans cérémonie au cimetière. — Talma, sensible à cette démarche et ne connaissant pas Fimminence de son danger, avait dit, après le départ du Prélat : « Ma première visite sera pour lui. » — La crainte de devenir aveugle l'avait beaucoup effrayé. — Sa représentation de retraite s'était effectuée le 21 mars de Tannée dernière. — On n'y avait pas approuvé le singulier costume qu'il avait substitué à celui d'Othello, si théâtral et dont, en 1792, l'effet contribua grandement au succès de la pièce de Ducis. — Dans son nouvel accoutrement, la personne du héros ressemblait plutôt à celle d'un domestique espagnol, qu'à ce More amoureux et jaloux comme un tigre. — Le Scylla de la tragédie de ce nom, fut un des rôles modernes où la responsabilité de Talma se trouva le plus engagée, tant par l'importance du personnage que par la nouveauté de la pièce. — L'artiste devait donc mettre le plus grand soin à se ménager, soit avant, soit après les représentations, pour se tenir à la hauteur de la sensation qu'il y avait produite. — Faute de lavoir fait, il s'est exposa à ce que l'événement, de peu d'apparence que je signale, ait mérité quelques réflexions sur mes tablettes. — Il se rapporte à ce que j'ai dit de la nouvelle manière de vivre du tragédien, si différente de ses premiers temps et qui a dû hâter, à la fois, sa retraite et sa perte. — Scylla en était à sa trentième représentation, lorsque, après y avoir paru, Talma fut trouvé le lendemain, à huit heures du matin, jouant aux cartes avec Jouy, qui ne l'avait pas quitté de la nuit. — Le mal dont il est mort ayant été une oblitération d'intestin, nul doute que réchauffement du sang, produit par la veille et le

jeii, n'ait eu une très-grande part k Tinefficacité des moyens de guôrison. — Pour comble de malheur, la maladie n'a pas été connue tout de suite. — Dans cette circonstance si sérieuse, il est arrivé plusieurs fois qu*OQ eût à se souvenir de certaines scènes des comédies de Molière. — J'ai tenu le fait de gens qui en avaient été les témoins affligés. — Ce n'est pourtant pas le savoir qui a manqué aux médecins du célèbre tragédien ; les noms de ces docteurs ont répondu du contraire. — C'est le Système qui, en cette affaire comme en tant d'autres, s'est interposé en sens différents et, par son doute continuel sur les causes, a laissé les effets gagner sourdement du terrain. — MM. Biet et Bréchet eurent, en ces occasions, des entrevues qui dégénérèrent en disputes tellement irritées que, sans l'interviention des confrères, on aurait pu craindre celle de la lancette, au premier sang. Dans ces tristes conjonctures, l'art a perdu ce que, vraisemblablement, il ne retrouvera jamais. — (19 octobre 1826.)

XTAUJB» ET AMGUklB

Deux géants sont particulièrement à distinguer parmi les héros dont j'ai fait choix pour témoigner de mon dévouement à la gloire de notre pays, Rossini et Walter-Scott. — Je suis la première personne, dans la sphère semi-oflacielle, à laquelle on ait parlé du compositeur devenu si célèbre. — J'ai dit comment un de ses amis vint à l'Intérieur m'engager à porter jusqu'au Ministre la connaissance d'un très-grand talent musical qu'admirait déjà l'Italie. — Etranger au motif de la protection qu'on demandait, j'y répondis, et bientôt le souvenir de mon patronage subalterne alla s'abîmer dans les torrents d'une

renommée à si bon droit acquise. — Mais enfin, j'ai dit le premier mot. C'en était assez pom* que je dusse voir avec plaisir l'homme et ses œuvres accepter Thospitalité chez nous. — Mais le plus déplorable fanatisme venant à s'en mêler, de toutes parts on le solennisa jusqu'à briser l'encensoir sur le visage de nos plus grands compositeurs. — Oh I alors, moi aussi je sentis de nouveau que la Pairie est chère ! Je me rangeai, sans réserve, du parti des Nôtres, et la louange n'ayant pas besoin de moi, je passai chaudement du côté de la critique vive et solide. — J'eus l'honorable bonheur de m'y maintenir dans une position!, diflScile assurément, mais où je n'obtins pas moins de notables auccès. — Sans prétendre nier ou altérer la gloire de Rossini, je me livrai à des remarques dont bon nombre sont restées et qu'ont partagées beaucoup de ses plus ardents admirateurs, sur les négligences de la couleur dramatique dans ses plus belles compositions. — • Je ne parle pas des injures que m'a valu cette défense courageuse, obstinée ; c'est la monnaie courante en littérature.

— On m'a seulement payé de trop grosses sommes à la fois.

— L'autre géant est Sir Walter-Scott. — Avec lui, la lutte n'a pas eu le temps de s'engager d'une sérieuse façon, elle a commencé et fini tout de suite. — Lorsqu'au mois de novembre 1826, il crut pouvoir venir à Paris par forme de voyage d'agrément, je n'attendis pas son débotté pour lui prouver que, si d'autres les oubliaient, moi je me souvenais de ses Lettres de Paul et de son Histoire de Napoléon. — Je le pris à bras-le-corps dans ma feuille , et d'une conviction nationale si vigoureuse que, tout en annonçant son arrivée, pas un journal n'osa rétorquer mes motifs pour ne point admettre aux honneurs d'une ovation le détracteur de l'homme qui nous avait faits si grands. — De bons amis , comme on en trouve toujours (je l'ai su), s'empressèrent de mettre mes

artides sous les yeux de Tillustre romancier, et furent la cause dont il ne se cacha point, de son départ immédiat de Paris. — Cette fois, je demeurai stupéfait de ne voir ma conduite ni insultée, ni^attribuée à de repoussantes raisons.— L'eau manquait aux fontaines.

CM^VSXATATOaiBini.

Une personne, qui ne cherchait pas à écouter, entendait forcément Tentretien d'un confrère avecProvost. — a Dis donc « (ainsi parlait ce dernier)» sais-tu que ça m'em.,, nuie de « MONTRER la tragédie 'f Tu devrais prendre mademoiselle « Telle dans ta classe^ tu en ferais peut-être quelque chose; « moi, j'ai assez de la comédie. » — J'ai engagé l'entendeur qui m'a rapporté cela, à faire savoir d'abord à M. le Professeur Provost que Ton montre la lanterne magique et qu'on enseigne, par malheur, la tragédie. — Ensuite, que le Conservatoire de déclamation ét^nt ainsi fait, il n'y a de choix qu'entre l'exercice de ses devoirs ou le sacrifice de sa place, car si l'on s'em... nuie des largesses du Budget, il existe toujours quelque part quelqu'un disposé à s'en accommoder parfaitement. — Enlin, il est également utile de signaler à Provost une autre de ses erreurs. Quand il prétend qu'il U assez de la comédie, il confond, il prend l'un pour l'autre. — Du reste, je ne suis pas heureux avec lui, la collection de mon journal en porte la marque, et je viens de tomber sur celle où j*engage M. le maître d'école à ne plus dire sur le théâtre : « Jeullaivu pour Je rai vu, » et bien d'autres aberrations

Provotales : logique, prosodie, syntaxe, etc., qui déplaisent auï ennemis de la Réclame ei du P«i/f, ces Dieux de Tinculpé.

Mazurier est mort aujourd'hui des suites d'une maladie de poitrine qui s'est terminée par cinquante-cinq jours de souffrances. —> C'était le Pantomime comique le plus étonnant de tout ce qu'on eût jamais vu. — A l'incroyable souplesse de son corps, il joignait, à titre d'acteur, un vif sentiment de l'expression théâtrale, bien que sa voix ne répondit pas à la finesse de son jeu, mais il y suppléait par la charmante expression de sa physionomie. — Il n'y a pas de comparaison à établir entre Mazurier et Milon, de l'Opéra, puisque celui-ci était un Pantomime des plus sérieux, tragique même; mais indépendamment des genres, ces deux artistes méritent une part à peu près égale dan3 les regrets des connaisseurs. — Milon était plus profond, et Mazurier plus varié. — Ainsi, ce dernier qui, en arrivant de Lyon, avait débuté à la Porte -Saint-Martin le 27 mai 1823, y est resté cinq ans moins trois mois, et n'a appartenu à aucun autre théâtre. — (5 février 1828).

Peu de nous autres, faiseurs de journaux coûte que coûte, ont plus souvent et mieux tiré parti des situations attachées à cet état que Martainville, sans cesse prêt à la riposte en tout genre. Mais, jamais il ne s'y est montré d'un esprit et d'un courage aussi présents qu'en cette occasion-ci. — Hier, à onze

heures du soir, attablé dans le Café Feydeau, il s'y livrait aux élans de sa verve, quand entra un grand monsieur d*allure assez belliqueuse, et qui, reconnaissant le feuilletonniste, proféra à haute voix ces paroles : c Je sors de TOpéra-Comim que, où j'ai vu le Camp du drap d'or, pièce détestable. » (Puis, regardant fixement Técrivain) : < Il faut que les jource nalistes soient bien vils pour en faire Téloge. » — Du ton le plus calme, et regardant à son tour le bravache : € Monsieur, « lui dit le confrère, t^oti^ awriez plus tôt fait de dire qUe a vous voulez me provoquer. » — < Précisément, répliqua Ta- « grosseur, et demain matin je serai votre homme. » — « Vous a en avez menti, s'écria Martainville en se levant avec colère, « car vous vous battrez tout à Vheure; quand on insulte aux « quinquetSy on doit rendre raison aux réverbères. » — Le fanfaron n'en eut pas la peine, ce hardi mouvement l'avait anniliilé. — Nous n'en avons pas moins admiré cette adroite façon de reprendre aussi promptement l'offensive, ce qui est toujours un avantage. — (27 février 1828).

M. Swebach, le peintre dont le talent est partout apprécié, possède à Âulnay une maison de campagne qui plaît beaucoup à ses amis. — Très-souvent dans la semaine, et constamment le dimanche, il y reçoit des visites aussi nombreuses qu'inattendues, — L'heure avancée à laquelle elles se présentent équivaut, pour l'artiste, à la nécessité d'une invitation générale à dîner. — En dehors des exceptions, il a cherché vainement à s'y soustraire; mais, poussé par la persévérance des indiscrets, il s'est avisé, dimanche dernier, de cet expédient. Après avoir reçu tout son monde, il lui a annoncé qu'ayant

donné congé à Françoise, sa cuisinière, le dîner aurait lieu à la nïeilleare auberge du pays. — On s'y rendit joyeusement, et là, chacun se livrant à ses goûts, indiqua les mets et les vins les plus à sa convenance. — Le repas fut charmant... jnsqu'à Tarrivée de la carte, d*où, par une règle de division, M. Swebach ayant dégagé le total de son écot, le posa sur la table en invitant ses bons amis à l'imiter. — Je laisse à sa palette le soin de nous rendre le comique malaise de toutes ces figures désappointées. — Pour moi, je n'ai qu'à le féliciter de nous rappeler ainsi la comédie de Dancourt, intitulée : la Maison de campagne^ où l'on voit un malheureux propriétaire transformer, par le même motif, son manoir en mie hôtellerie. — L'ouvrage ne demanderait pas mieux que d'habiter le répertoire du Théâtre- Français ; il y serait du moins un peu plus à sa place que les dîneurs en ville chez celui dont ils viennent de recevoir une si plaisante leçon. —(22 août 1829).

J'ai constaté, à diverses fois et d'après la plus irrécusable des autorités vivantes, que non-seulement jamais Napoléon n'a porté de tabac dans ses poches, mais môme que sa veste d'unifoi:me n'en avait que de fausses, conformément à lordonnance. — Eh bien ! c'est encore là une de ces choses contre lesquelles seront impuissants les plus, aptbentîques témoignages contemporains I ... On dirait vjcaiment une calomnie ! — Dans cent ans, il se trouvera encore d'absurdes obstinés pour dire que Napoléon prenait du tabac comme le roi de Prusse. — Dieu les bénisse ! — (1830).

BXVZ HOBXXg OŒU&S-

On ferait de gros livres avec les rapports relatifs aux Belles aclions inconnues^ même à celles qui se sont produites au grand jour, en juillet 1830, mais dont les auteurs ont modestement décliné les honneurs de la publicité. — Pour apporter quelques lignes en tribut à ces livres tant désirés, et qui ne se feront jamais, je citerai, en regrettant de ne pouvoir accompagner de noms propres le témoignage de mes yeux, un jeune médecin dont voici le fait.— Le 28 chauffait de toute Tardeur de ses bassinets, et la rueSaint-Honoré contenait d'assez nombreux blessés auxquels il n'était pas encore possible de porter secours. — Quand j'y arrivai, je vis un jeune homme en habit bourgeois, ce qui excluait toute idée de service obligé, le genou en terre et tenant sur l'autre un homme du peuple dont il pensait la blessure avec autant de sang-froid qu^ s'il eût été dans un hôpital. — La promptitude, l'adresse et la sûreté de ses mouvements ne permettaient pas de douter que ce ne fût au moins un Elève en médecine. — Cependant les balles se croisaient autour de ce groupe héroïque et semblaient l'épargner à dessein. — A l'agitation des lèvres, je remarquai que des paroles s'échangeaient entre ces deux individus dans une situation si intéressante, ce qui me donna un moment l'idée d'aller prendre part à l'entretien pour savoir le nom de celui qui méritait tant d'éloges. Mais la scène était si occupée, si changeante, qu'il y avait nécessité d'en surveiller toutes les péripéties. — C'est alors que vers le commencement de la place du Palais-Royal, j'aperçus une femme d'environ trente ans, mise avec la simpUcité d'une certaine aisance, qui, de la main droite, donnait à boire à nos combattants, et, de l'autre, soutenait de son mieux deux Gardes royaux paraissant mor-

tellement atteints. — Tous admiraient la bienfaitrice et respectaient le sentiment qai lui inspirait son généreux partage.

— Pourquoi faut-il que les noms des deux bons êtres que je viens de signaler laissent une lacune dans Thistoire'de nos révolutions qui en a gardé tant d*autres indignes d*y figurer?

— C'est là une des grandes fautes du sort.

En ce moment, la personne de Napoléon est représentée sur presque tous les théâtres de Paris. -7- Les copistes de Textérieur du grand homme se confondent à tel point avec leurs rôles, que, ce matin, Tun d'eux, interpellé par son directeur, lui a répondu : « Cest bon! j'aviserai^ Durqc. »

Pour habiller avec exactitude le Napoléon qu*à donné hier TAmbigu-Comique, Gosse, le peintre, a obtenu de M. Marchand la permission de dessiner le chapeau et le costume historique en entier. — Par une difficulté de détails, on n*a trouvé qu'un seul magasin qui ait pu fournir le drap et la nuance exacte pour la confection de la redingote grise. -^Cela me rappelle, pour avoir touché ces vêtements, que ce dernier était absolument la capote du soldat, au collet près queTEmpereur portait rabattu. — (15 octobre 1830).

A la fin d'un diner que je donnais à de bons compagnons , fiéraud nons raconta, dans ses pins plaisants détails, i*Iiistoire de sa campagne lorsqu'il était allé 'k Rambouillet avec ceux qui voulaient escorter Charles X s'éloignant du territoire français.

— Rien de plus grotesque que ces hommes ridiculement armés, entassés dans des charrettes, sur Timpériale des Coucous^ à pied , à cheval , même sur des ânes , et se précipitant vers un but dont ils ne connaissaient pas la portée. — La diversité , Textravagance, la misère de leurs accoutrements répondaient à la confusion de leurs idées. — En cela, Béraud s'était mis à la hauteur de la circonstance. — Débraillé sous un chapeau à trois cornes deux fois trop large pour sa tète, un grand sabre obstiné dans le fourreau, des gants à la Crispiriy et des souliers avec un éperon sans molette , tel il nous a dit qu'il s'était juché sur une monture de marchand de cerises. -- Ce tableau, présenté avec entrain, excita parmi nous un de ces fous-rires qu'on aime tant à se rappeler. — Peu après, rhistorien nous apparut portant à la boutonnière un ruban rouge que nous ne lui avions jamais vu, — Ses amis en ont fait cependant remonter l'obtention au-dessus de cette époque.

— Je n'ai plus retrouvé publiquement Antony Béraud , que lorsqu'il était mêlé , à cheval , au cortège de Louis-Philippe passant sur les boulevards et dans les rues. (1831)

Sur le point de débuter au Théâtre-Français, mademoiselle Plessy se présenta chez moi, en compagnie d'une dame (je crois sa mère). — Très-jeune encore, elle n'avait rien de ce naturel qui fait* le charme de son sexe , et, pour me dire bonjour, elle se tortilla comme une anguille. — Sur le conseil

que je lui donnai, tout d'abord, de ne point porter ces façons au théâtre, elle me répondit qu'elle n'était pas venue pour « recevoir des leçons. « C'est un grand tort, lui répliquai- « je, car vous en avez déjà grandbesoin^mademoiselle, pour « combattre du moins le seul défaut qui ne se corrige pas d <K la scène. Epargnez-vous donc V ennui d'en entendre davan- <K tage. » — Et je me levai. — Je crois que la suite a jus^ tifié ma remarque.

L'habitude d'aller au Café était un besoin de la vie de Merle. — 'Il faut dire aussi qu'il l'avait peut-être malgré lui contractée dans ses relations avec les vaudevillistes du temps de sa jeunesse , et dont les réunions dans ces sortes de lieux stimulaient leur ardeur au travail. — - C'était un reste du siècle précédent où le cabaret jouait un si grand rôle dans la société des gens d'esprit. — Ce qu'il y a de certain , c'est que cette godaillerie n'avait pas du tout la gourmandise pour objet, car, en cela , Merle n'était lii exigeant ni difficile. — Sa bourse seule en souffrait , le pour-boire des garçons s'élevant toujours à l'égal de sa dépense. — Lui ayant, un jour, démontré que cet excédent suffirait pour assurer à sa vieillesse, « un lit « à rhôpital. — Pour n'en awirpas besoin^ me répondit- « il, je ferai comme les grands capitaines, je mourrai « debout,»

Le ministre Martignac se plaisait, en tout bien tout honneur, à prêter quelquefois sa voiture à une artiste presque drauiA-

tique. — Un jour que cette belle personne partageait lé plaisir de la promenade avec une de ses camarades, elle aperçut, au retour, de prosaïques harengs sur un éventaire dont elle ne craignit pas de s'approcher pour faire Templette la plus ordinaire dans les petits ménages. — La fantaisie passée, on ne s'en souvint plus en descendant de Véquipage. — Le lendemain, madame Martignac, aussi en compagnie d'une amie, voulut user du même moyen de locomotion ; mais une affreuse odeur l'empêcha d'y persister, malgré le jeu fréquent des stores et des glaces qui cherchaient à la combattre. — Force fut de rentrer pour ordonner des recherches, que la pensée de ces dames n'aurait jamais pu conduire à bien. — Interrogé par la moitié de lui-même, sur l'invraisemblance de ces exhalaisons anti-ministérielles, Monseigneur commençait à balbutier, lorsque le cocher vint le tirer d'embarrras en racontant la pèche miraculeuse qu'il venait de faire dans une des poches de Télégant véhicule. — Les suites de l'explication conjugale resteront ensevelies dans la nuit des temps ; l'historien d'aujourd'hui voulant rester fidèle au respsct des tombeaux. (Mot 1832.)

Pour donner du crédit à de certaines rumeurs, dort j'a déjà parlé, on a colporté, dans quelques réunions de comédiens, deux choses qu'on ne s'attendait guère à y trouver, et dont la singularité n'en paraissait que plus convaincante pour les spectateurs. — C'était un mouchoir de tête, orné, dans un de sescoins^ d'un N couronné, eiune chaussette portant au talon le pli que la pression d'une botte lui avait fait contracter. — A cette vue, fortifiée par des commentaires de toutes sor-

tes, semblables à ceux qu'on entend dans les foyers de théâtres, le doute d'une haute intimité nocturne n'était plus possible, et bien mal venu eût été Tincrédule qui aurait soupçonné quelque subalterne d'une complicité mercenaire. — Les gens de bonne foi sont si bètes!

Bien qu'atteint d'un tremblement nerveux sur la fin de sa vie, Picard avait conservé toutes ses facultés. — La seule différence qu'il y eût dans sa conversation, était de petits mouvements de vanité aussi légitimes qu'auparavant ils avaient été rares, car jamais il ne mettait personne sur la voie de lui adresser un compliment. — Un des derniers jours qu'il dîna chez moi, je voulus l'aider à porter à sa bouche un verre de Champagne trop jilein pour que l'équilibre en fût aisé ; « Merciy me dit-il, vous le savez, mon ami^ c'est le travail « qui m'a mis ainsi. » — Puis, cédant à sa petite faiblesse : « Cela ne m'empêche pas ^ dït-û en se frottant vivement le « haut de la tête, d'avoir fait la petite ville. » — Et ces paroles, il les répétait à chacun des tressaillements qu'excitait en lui le souvenir de tant de succès accompagnés d'une si bonne renommée personnelle.

Les aptitudes directoriales ne sont pas toujours consultées pour le choix de nos Entrepreneurs de théâtres. — Aussi, par ce fait, arrive-t-il quelquefois des choses assez gaies. — A la répétition d'un grand ouvrage lyrique, le Directeur, trouvant

le morceau qa'on exécutait trop long y en demanda la coupure à Taide d'une cadence rompue. — Or, ce dernier mot impliquant la nécessité d'y revenir, le spécialiste breveté conseillait, sans le savoir, à'ajwUer à ce qu'il jugeait nécessaire A' abréger. — Il prenait le nom du Pyrée pour celui d'un homme.

L'auteur d'Angélique et Jeanneton^ Pigault-le-Brun père, déjà magnétiseur passionné, prétendait avoir fait des études d'une espèce si piquante qu'à la simple vue de récriture, il devinait le caractère de l'auteur. — Pour en donner une preuve à sa famille, qui lui contestait cette science, sur une lettre du père nourricier d'un de ses enfants, il mit par écrit les qualités et les défauts qu'il reconnaissait chez cet homme, et le fit venir à Paris. — En quelques jours, l'examen fut complet et pas une remarque ne se trouva fausse dans les suppositions qu'il avait faites. — J'ai lu cette pièce calcographicophysiologique, et je puis assurer, d'après l'approbation des témoins de l'épreuve, que c'était une chose très- surprenante. — Est-ce qu'il y aurait là un petit coin de terre inconnue à défricher? (1833.)

Avec cet aplomb qui sied à la vertu, M. Montigny, le Directeur du Gymnase, se targue d'avoir été le seul qui ait résisté à mes avances^ ce dernier mot outrageusement interprété. — 11 Ta même écrit une fois, qu'écrasé par un double malheur, et pour ne pas ajouter aux alarmes de ma famille, je dus im-

poser silence à mon mépris d'une aussi lâche injure. — C'est dans un journal quil a déposé ce témoignage d'impudente fanfaronnade. — Si donc, après sa brochure de burlesque mémoire, sur les théâtres, ce monsieur a un peu appris à raisonner, il doit savoir que, pour qu'il y ait résistance^ il faut, de toute nécessité, qu'il y ait eu attaque. — Or, je le mets au défi de prouver que, par moi, par d'autres, en paroles, par écrit, directement ou indirectement, enfin de quelque façon que ce puisse être, j'aie jamais cherché à établir le moindre rapport avec lui. — Je justifierais, au contraire, de | mon ancienne et persévérante répulsion pour ce contact, s'il plaisait à M. Montigny d'en connaître les motifs (au pluriel), i Oui, l'un de nous deux a attaqué l'autre ; ce qui veut dire I ici qu'il lui a demandé quelque chose, lui a fait des avances, l'a sollicité, l'a prié^ a compté çur lui, l'a même flagorné pour en obtenir ce qu*il mendiait... C'est M. Lemoine^dit Montigny. — Lisez :

« À M. Charles Maurice.

« Mon cher monsieur, je vous envoie l'analyse d' Vn fils, \ « drame de mon frère Montigny ei de moi. Nous (style de « pétition collective) nous nous recommandons à toute votre a indulgence... Nous serions heureux que vous voulussiez « bien, pour cette fois, déroger à vos habitudes, et venir nocs a juger... La Critique, dont vous êtes Vwn des plus remar- « quables organes, décidera. Nous vous prions de vouloir (( bien nous traiter comme gens qui sont presque encore à «leurs débuts... Surtout je place sous votre égide^ mon « frère... En tout cas, et quoi qu'il arrive,/^ compte sxxryoivQ « exquise obligeance.

« Tout à vous. Ed. Lemoine.

Mardi 20 octobre 1835.

« Ne vous donnez jamais la peine d'envoyer xîhercher les

« analyses, vous pouvez être sûr de les avoir à chaque pièce « nouvelle.

« Tout à vous. Ed. Lemoinb. »

(Autographe).

« Qu'en dis-M »

Hanlius.

Aux acteurs qui veulent, à présent, des rôles plus longs que n'étaient autrefois les pièces, je dirai que Dugazon a joué d'origine TEtemueur dans le Barbier de Séville; Larive, Grippe-Soleil dans le Mariage de Figaro; Talma, le Jokey dans le Conteur, le Cimbre dans Marius, et Saint-Prix, par complaisance, roflBcier à' Adélaïde Duguesclin^ où il n'avait à dire que :

ils vous ont vu, seigneur, leur foule est dispersée.

Le Public, qui avait lu le nom de ce dernier sur raffiche, Tattendait, comme d'habitude, dans le personnage de Goucy, et quand il a vu cette déférence de la part d*un si estimable talent, ses bravos ont ébranlé la salle. — Je sais ce que le raisonnement, plutôt que la raison, aurait à répliquer ici dans rintérêt de la réputation des acteurs et du goût que doit leur inspirer leur profession. — Je n'hisiste donc que sur cette vérité : les rôles ne se mesurent point au mètre et, dans les plus courts, il y a toujours assez à dire pour qu'on soit favorablement jugé', si l'on sait bien revêtir le moral du personnage.

P&OdXAOVII.

Le voir faire, ce qu'on appelle aussi l'exemple^ a toujours exercé une grande influence sur la conduite des hommes entre eux. ^ C'est pour cela que la morale recommande à cette dernière d'être toujours des meilleures, afin qu'on s'accoutume au. bien les uns par les autres. — Malheureusement, il y a abus dans l'excès contraire, et c'est, le plus souvent, le mal qu'on imite. — J'arrive tout* de suite à une demi-douzaine de petits procès encouragés par le voir faire que leur offraient les gros, dans un temps où ce moyen de spéculation arrivait facilement à Tétat lucratif. — Encore un peu, et les fainéants de lettres n'auraient plus été forcés de recourir à l'exercice de leur état pour vivre, il allait leur suffire de tirer sur moi avec des assignations en guise de billets à ordre ou de mandats au porteur. — J'ai là-dessus des faits qui passeraient pour incroyables alors même que je les appuierais de tout ce dont j'ose à peine me servir pour en constater Texistence. — Je m'en tiens aux citations suivantes qui sont le côté presque plaisant de ces aventures. — J'insère dans mon journal une lettre d'actrice qui s'inscrit en faux et préfère à de franches explications un jugement qui la déboute de sa plainte maUcieuse. — Un Commis me vole. Son avocat fait retentir la Cour d^assises de ses convictions les mieux acquises touchant la parfaite moralité de son client-, et pendant qu'on est aux opinions : « Ah! monsieur, me dit- il, /^ le connais mieux que c< vous^ c'est le coquin le plus éhonlé que f aie jamais vu. » — Un homme pénètre dans mon domicile et veut porter la main sur ma personne -, je l'en empêche par une rapidité de réflexion qui lui devient toute favorable, et j'en suis pour ce généreux effort de prudence. — Un théâtre envoie aux journaUstes des invitations à son banquet d'ouverture, et à moi du

papier timbré; puis, à Taudience, personne ne se présente. Je ne dis rien, la loi s*amuse. — Même impertinence de la part d'une détestable actrice qui se joue à son tour de ce qu*on doit aux magistrats, et elle rit pour montrer les plus belles deats du monde, — Enfin, et, comme chez Nicolet, voici le plus fort. — Je possède les pièces constatant le paiement effectué par moi des frais d'un procès que je fC ai pas eu avec un sieur Eouvet^ dont je n*ai même jamais entendu parler. — Semprè bene.

Quatre syllabes, quelles que soient les parties alphabétiques dont elles se composent, vous paraîtront, amis lecteurs, pouvoir difficilement se dépouiller de leur blanche robe d'innocence pour revêtir le manteau rouge d'une abominable criminalité. — C'est cependant à pareil malheur qu'elles se sont vues réduites; et si je vous disais ce que m'a coûté de tribulations et de pertes matérielles ce pauvre petit adjectif qui s'était cru d'autant moins coupable que la seule défense des bonnes mœurs l'avait dicté, vous me répondriez : « Tu en as « menti* > — Aux faibles femmes qui se font méchantes, je dis : « Lisez Racine, » — Aux hommes trop forts pour descendre jusqu'à nous écouter et nous croire, je dis : « Lisez « Yoltaire^ et vous y trouverez :

Etcs-vous doue des Dieux qu'on ne puisse attaquer, Et, teints de notre sang, faut-il vous invoquer?

Zamore.

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