CHAPITRE IV
Dans le faubourg de cette ville était située une abbaye sous le nom d'igny, d'ancienne fondation, dédiée a la sainte Vierge et à saint Nicolas, desservie par deux chanoines. Le chancelier Hugues de Champfleury, évéque de Soissons, fit rebâtir cette abbaye, qui était détruite par les guerres, et y mit cinq chanoines qu'il fonda. Il ne reste à présent aucune apparence de l'église, ni des bâtiments, mais seulement une croix, qui marque le terrain où le tout était situé. La ferme qui est dans le faubourg d'igny, et qui appartient à présent à l'abbaye des religieuses de Montrcuil-sous-Laon, est un reste de la fondation qui a été faite à ces chanoines l'an 1263(1).
Environ soixante ans avant cette fondation et le rétablissement de cette abbaye ou prieuré, c'est-à-dire en 1201, Epcrnay fut encore brûlé, parce que Thibaut le Grand, comte de Champagne, avait averti Blanche de Castille, reine-mère du roi saint Louis, du complot que les barons et grands seigneurs du royaume avaient formé de lui ôter la régence. Les seigneurs ligues lui déclarèrent la guerre, entrèrent dans la Champagne et dans la Brie, ce qui obligea le comte à faire brûler Epernay, Vertus et Sézanne, villes qui étaient pleines de vivres et sans fortifications, afin que les ennemis n'en profitassent point.
Les siècles 1 300 et 1 400 nous représentent la France plongée dans toutes les horreurs de la guerre ; les plus belles
(I) Voir la pièce n° 30 du cartulaire de l'abbaye Saint-Martin d'Epernay, tome II, années 1178 et 12G3.
provinces furent ruinées par le fer et le feu. Epcrnay, tant de fois pillée et brûlée, et qui s'était relevée autant de fois de ses ruines, devint encore le théâtre de la guerre. Les Anglais, après la prise du roi Jean, qui fut conduit en Angleterre, ravageaient tranquillement le royaume, et portaient partout la désolation et l'effroi. Epcrnay fut pris par Edouard, roi d'Angleterre, en 1359. Cette ville, au moyen de la paix, rentra pour peu de temps au domaine du comte de Champagne, car en 1366, le prince de Galles, Edouard le Noir, s'en rendit le maître. Cette ville fut reprise la même année par l'armée de France. Mais, au mois de décembre 1367, le prince de Galles la reprit encore ; elle lui paya deux mille livres d'or pour se racheter du pillage, et ce prince y mit une forte garnison. La paix se faisant, et la comtesse de Champagne étant décédée, Epernay rentra dans le domaine de la couronne.
En 1410, il se tint un concile ou synode provincial dans l'église d'Epernay.
Les Anglais, peu de temps après cette assemblée ecclésiastique, furent rappelés dans le royaume par le duc de Bourgogne, qui avait déclaré la guerre à la maison d'Orléans, sous le règne de Charles VI. Le comte de Salisbury, en 1422, assiégea Epernay et la prit, et, en le roi Charles VII, accompagné de Jeanne Darc dite la Pucelle d'Orléans, y remit le siège, et, après une défense de trois jours, cette ville fut rendue au roi (1).
(1) Les habitons de la ville d'Epernay en furent chassez le 26 février, jour des Cendres, 1432, jusqu'au dimanche 15 octobre 1435, que la paix fui faite au dit Epernay entre le roi Charles VII et Monseigneur de Bourgogne (Philippe le Bon). La garnison eut un mois pour se retirer.
En celte année 1432, étoit procureur de l'abbaye Mcssire Jean le bel Homme, curé de Mardeuil, puis d'Epernay. Le 10 juillet, furent envoyez aux gens d'Eglise, manans et habitans d'Epernay, lettres de par Monsieur de Conflans, par lesqucllcsil mandoit qu'on lui envoyast un charreau altellé de 4 chevaux en la ville de Chaalons, pour mener vivres à Lagny-sur-Marnc. Pour laquelle chose fut incontinent tenue assemblée ou étoient M' Jean Gobin, abbé, M* Pierre
Dans ce temps de confusion, l'hôpital d'Epcrnay, situé au faubourg de la Folie, dans la plus belle situation de ce faubourg, ayant été brûlé et ruiné plusieurs fois, fut réuni à celui de la ville; et comme l'église d'Epernay tombait en ruines, M. Briconnet, qui en était abbé sous le règne de François l«v la flt rétablir, et la duchesse d'Augouléme, Louise de Savoie, mère du roi, dame de cette ville, y établit trois foires franches de trois jours chacune, savoir : celle de la mi-Caréme, celle de la Madeleine, et celle de la Toussaint. Il y en avait une établie par les comtes de Champagne, qui se tenait dans le faubourg de la Folie qui, dans ce temps, était la plus belle partie de la ville. Cette foire durait quinze jours. Elle commençait le 14 de septembre et finissait avec le mois, suivant les lettres patentes de François I", du mois de mai de l'an 1522. Ces trois foires ont été confirmées par Louis XIII, par lettres patentes du mois de février 1614, et subsistent encore a présent ; mais elles ne durent qu'un jour, sans aucune franchise, faute de les avoir fait confirmer par Louis XIV (1).
Il est à remarquer qu'il n'est point arrivé d'événements considérables dans le royaume qu'Epcrnay n'en ait ressenti les funestes effets. Les violentes guerres d'entre François \** et l'empereur Charles-Quint ont coûté cher à cette ville. Cet empereur ayant pénétré en Champagne, le roi, pour affamer son armée, fit ruiner toute la Champagne depuis Saint-Dizier jusqu'à Epernay. En sorte que cette ville ayant assemblé dans ses murs, était entièrement remplie de bestiaux, de grains et vins de tous les environs, avec une garnison que le roi y avait mise. L'empereur avait placé un
Piat, aumônier ; les autres religieux disoient nonnes et vigiles. Les autres du conseil, M" Pierre Aubelin, comme commis au baillage d'Epernay, M' Jean Blanctiart, commis à la Prcvosté, accompagnez de Jean le Saulnier, et Jean Guillaume, sergent de Mr le Duc. (Registres de l'abbaye d'Epernay.)
(1) Voir lesn"* Il et 11 bis du cartulairc de l'abbaye Saint-Martin d'Epernay, tome II, années 1166 et 1177.
camp du côté d'Avenay, et par rapport au dégât général de la Champagne, son armée se trouvait dans la nécessité. La duchesse d'Etampcs, maîtresse du roi, qui était alors gouvernante d'Epernay (1), et qui favorisait secrètement l'empereur, lui fit savoir de venir à Epernay, et qu'il y trouverait une abondance de vivres suffisante pour son armée.
Le roi en étant averti, manda au capitaine Séry, qui commandait la garnison, que s'il ne se trouvait pas assez fort pour conserver la place, d'y mettre le feu et de brûler tous les vivres. En exécution de cet ordre, le capitaine Séry fit avertir à son de trompe, dés le grand matin, les habitants de se retirer de la ville, et d'emporter leurs meilleurs effets, ensuite il fit mettre le feu en plusieurs endroits (2).
L'imagination souffre lorsqu'elle se représente la triste position où Epernay se trouva dans ce malheur par le désordre, le tumulte, la confusion qui étaient dans tous les quartiers de la ville, parmi ce peuple consterné, désolé, les cris des femmes, des enfants, des vieillards et des malades,
(1) Elle ne le fut jamais. (Note de Berlin du Rocheret.)
(2) La ville d'Epernay fut brûlée le 3 septembre 1544, par le capitaine Séry, capitaine françois, par le commandement du roy François 1 er , dont l'année étoit campée à Jaalons, l'empereur Charles-Quint à Avenay, de peur que les impériaux ne profitassent des vivres qui étoient dans la ville, et fut le coup de cloche qui en devoit être le signal si soudain, que les hahilans n'eurent le loisir de sauver quelque chose de leurs meubles, où il y eut grande perte et ruine ; et se sauvèrent à qui mieux mieux, et à leur retour ne trouvèrent aucun logis, sinon bien peu ; et ce en hy ver qui causa aux dits habitans, avec les morts qui encore gisoient sur la terre sans sépulture, une grande peste qui dura huit mois. (Note extraite des registres de l'abbaye St-Martin d'Epernay.)
Cet incendie, qui détruisit alors Epernay, n'est point généralement admis par les érudits. La note ci-contre des registres de l'abbaye, écrite peu d'années après l'événement, nous parait cependant avoir quelque autorité. Nous pensons que le feu fut mis à la ville et en détruisit la plus grande partie.
Voir d'ailleurs à cet égard l'assemblée générale de la Saint-Martin 1544, et du 13 janvier 1545, dans les extraits que nous donnons plus loin des registres des conclusions du conseil de ville d'Epernay. Voir surtout l'assemblée du lundi 2C mai 1545, où il est dit que la ville fut détruite par le feu.
Voir aussi tome II, au chapitre des obits, l'acte du 18 janvier 1544.
l'embarras des chevaux et des voitures et la crainte générale d'être poursuivis et dépouillés par les partis ennemis dont on était si proche. Ce malheureux événement arriva le 13 septembre 1544, à l'approche des vendanges.
Cet orage passé, et la paix étant faite, le roi fit rétablir cette ville. Il permit aux habitants, qui vinrent s'y rendre, de prendre dans ses forêts les bois nécessaires pour rétablir leurs maisons.
A peine cette ville se relevait-elle de ses ruines, que les guerres intestines s'élevèrent dans toutes les parties du royaume. Les princes de Guise, tout-puissants dans l'Etat, sous prétexte de conserver la religion catholique, s'efforcèrent de s'établir sur les ruines de cet Etat en usurpant le trône. Ils firent excommunier Henri 111, qui fut assassiné par leur cabale, à Saint-Cloud, d'un coup de couteau, par Jacques Clément, religieux Jacobin, au siège de Paris révolté contre son souverain, le 2 août 1589. A la nouvelle de ce parricide, Sixte-Quint, pape, loua hautement l'action dans le consistoire en comparant ce moine scélérat aux plus glorieux martyrs du christianisme.
Henri IV, successeur de ce prince, se ressentit aussi des foudres du Vatican ; Paris lui demeura rebelle, et toutes les provinces se retirèrent de son obéissance.
Dans ces violentes secousses, Epernay resta fidèle au roi. Reims, au contraire, était le centre de la rébellion et comme la capitale de la Ligue en Champagne. Les habitants d'Epernay s'armèrent de force, et augmentèrent les fortifications de leur ville, à mesure que le péril devenait plus grand, pour se conserver à leur roi et servir en même temps de boulevard à la ville de Chàlons, qui s'est toujours conservée fidèle à son prince et était l'asile des membres du Parlement de Paris les plus zélés pour le service du roi.
Avant ce temps, les habitants de Chàlons, dès 1589, sous Henri 111, avaient déjà témoigné leur zèle en chassant de leur
ville Rhosnc,quc le duc de Guise y avait mis pour gouverneur.
Les habitants d'Epernay avaient été contraints par une force supérieure de recevoir les troupes que le duc de Guise, gouverneur de Champagne et chef de la Ligue contre Henri 111, avait mises dans leur ville pour la conserver à son parti. Une portion de ces troupes étant sortie pour faire des courses jusque dans les faubourgs de Chàlons, les habitants profitèrent de celte occasion et de la faiblesse du restant de cette garnison, la chassèrent de leur ville au mois de décembre 1588, et députèrent aussitôt vers le chevalier de Saint-Etienne, qui entra dans la ville pour la gouverner au nom de Henri III. Ce gouverneur étant appelé par son prince avec ses troupes pour le siège de Paris, il en confia la garde aux habitants.
Peu de temps après la sortie du chevalier de Saint- Etienne, le colonel de Saint-Paul, gouverneur de Reims et lieutenant-général de la Ligue en Champagne, vint mettre le siège devant Epernay. Les habitants en soutinrent toutes les attaques. Les principaux de la ville, a la tête des compagnies bourgeoises, réglaient les postes. Chacun était initié dans l'exercice des armes, et tous en avaient des magasins de toute espèce dans leurs maisons. Personne n'était exempt de se sacrifier pour le salut de son prince et de sa patrie. Les femmes et les enfants même, animés par l'exemple de leurs maris et de leurs parents, avec des pierres et autres armes à leur -portée, en défendaient l'escalade et les approches, tandis que les compagnies réglées faisaient des sorties et comblaient les tranchées. Les tours chargées de canons faisaient un terrible ravage dans les troupes ennemies. Cette vigoureuse résistance obligea le lieutenant général a se retirer avec les débris de son armée dans le mois de juin 1 592 (1 ).
(1) Celle levée du siège est inventée à plaisir et gratuitement. La ville d'Epernay fut prise par les troupes de la Berlotle et les écoliers de l'Université de Reims, en juin 1592. (Note de Berlin du Rocheret.)
Les habitants, après cette action, firent les funérailles de leurs morts, après lesquelles ils commencèrent à nettoyer les fossés de la ville des décombres des murs ruinés, et s'occupèrent au rétablissement des fortifications. 11 parut une nouvelle armée ennemie bien plus formidable que la première, et commandée par le maréchal de Saint-Paul et le baron de Rhosne, qui formèrent le siège de la ville qui, ne se trouvant pas entièrement rétablie, fut obligée de se rendre le 28 juin 1592. Le baron de Rhosne en fut établi gouverneur, lequel ayant appris que Henri IV se disposait a reprendre cette ville, fit raser tous les faubourgs et travailler à de nouvelles fortifications.
La garnison d'Epernay était composée de 600 fantassins français et de 600 Wallons tirés du régiment de La Berlotte, piqueurs, fusiliers, arquebusiers, avec soixante maîtres de cavalerie.
Le baron de Rhosne avait rempli la ville de toutes sortes de munitions de guerre et de bouche, qu'il avait tirées de Reims et enlevées de la campagne, en sorte que la ville, par ces provisions et les fortifications, se trouvait en état de soutenir un long siège, les tours et plates-formes garnies d'une nombreuse artillerie.
CHAI'ITRK V
Le 26 juillet 1 592, le maréchal de Biron, au nom d'Henri IV, assiégea Epernay. Ce maréchal fut tué le 4 août, d'un coup de canon tiré de dessus la tour de Saint-Antoine, appelée la tour du Collège. Le roi venait de Chàlons rassurer cette ville alarmée de la prise d'Epernay, dont les partis de la garnison allaient souvent fourrager ses faubourgs. Henri IV, à son arrivée, posa son camp a Chouilly. Il continua le siège d'Epernay avec le baron de Biron, fils du maréchal.
La tour Saint-Antoine se trouvant fort endommagée par l'artillerie du roi, engagea ce prince à s'en emparer et à y faire un logement. Ses troupes trouvèrent au dedans de la ville des tranchées garnies de pierres cl de poutres ; et pendant que ses troupes se fortifiaient sur la tour et s'y mettaient à couvert, le roi faisait battre la place en ruines, où se trouvaient des brèches considérables, qui de leurs débris avaient rempli les fossés. Le baron de Rhosnc fut obligé de capituler et de remettre la place au roi, le 9 août.
Ce fut à ce siège que Jean Parchappe, échevin et maître des eaux et forêts d'Epernay, fut anobli par Henri IV (1). Cet échevin, pendant le siège, avait donné plusieurs avis au maréchal de Biron de ce qui se passait dans la ville, et ayant appris que le roi était arrivé, il s'évada secrètement de la ville avec ses enfants au nombe de cinq, et se rendit au camp du roi. Cet échevin eut deux chevaux tués sous lui et
(1) Parchappe ne fui jamais maître des eaux et forêts. Il était grènelier au grenier à sel. (Note de Berlin du Rocheret.)
un de ses enfants resté sur la place dans l'action qui arriva pendant ce siège.
Avant d'entamer un autre événement, il est nécessaire de donner une idée et le plan des fortifications de la ville dans ce siège, en 1592. Le baron de Rhosne, qui en était gouverneur pour la Ligue, se voyant menacé, fit raser tous les faubourgs qui couvraient la ville et abattre la chapelle de Saint-Laurent, afin qu'Henri IV ne put s'en servir. Les jardins furent détruits, les arbres abattus et la campagne entièrement découverte. Les remparts, les tours, portes, corps-dcgarde intérieurs et avancés furent remis en bon état. Les murs de la ville, épais d'une toise, furent reconstruits de bonnes pierres, toutes les maisons attachées à ces murs furent démolies, entre autres celles qui composaient la rue des Berceaux, qui étaient jointes aux murailles depuis la porte de Chàlons jusqu'aux maisons de la porte Saint-Thibaut ; et, à leur place, le baron fit élever des remparts et plates-formes au-dessus des tours, rétablit la tour Batailleresse, qui était endommagée, avec les embrasures dans lesquelles il fit mettre du canon. Il fit creuser les fossés, réparer les digues et les écluses, en sorte qu'il y avait dix à douze pieds d'eau dans les fossés.
Il y avait au-devant de chaque porte de la ville, pour les garantir du canon, des ravelines ou demi-lunes avec un second fossé au delà de la contrescarpe, lequel second fossé tenait sa naissance du ravelin de la porte Saint-Thibaut, et de là poursuivait jusqu'à la demi -lieue de la porte de Chàlons, et ensuite continuait le long de la contrescarpe au fossé de la ville et finissait au ruisseau du Cubry, au-dessous du moulin à tan, vers la tour Saint-Antoine, et le ruisseau du Cubry, du côté du septentrion, formait un troisième fossé. On avait attaché aux murs des guérites aux endroits où étaient les retenues d'eau et les écluses pour en défendre les approches, en sorte que cette ville passait alors pour une
bonne place, qui dans le temps présent, alors que toutes ces fortifications subsisteraient, ne passerait que pour une bicoque (1).
Des que le maréchal de Biron eut formé le siège d'Epernay, il fit faire des tranchées à ces fossés du côté de la Motte, qui est le terrain le plus bas, fit écouler les eaux dans le ruisseau de Cubry et mit les fossés presque à sec du côté du couchant et du septentrion, ce qui l'obligea a poser le fort du siège de ces côtés comme se trouvant les plus faibles. La porte appelée là Poterne, qui rendait au Pré-Dimanche, à présent appelée les terres de la Motte, et qui était construite derrière la maison de Perrier, où il y a un égoût de la ville. Cette porte ou fausse-porte fut murée par le baron de Rhosnc et soutenue par un rempart. Le côté du levant se trouvait le plus fort par rapport à la tour du Taureau, à celle appelée la Batailleressc et à celle le Comte, qui se répondaient et se soutenaient, l'une et l'autre bien garnies de canon, au lieu que du côté du septentrion et du couchant, dans tout cet espace, il n'y avait que là
(1) Il se peut faire que l'hôpital de la léproserie de Saint-Laurent fut détruit à cette occasion.
Le ravelin qui couvrait la porte de Châlons était un fort beau et bon morceau de fortification très-régulier. Les arquiers faisaient leur jeu dans le fossé de la contrescarpe. Il fut rasé et le fossé comblé pour faire l'esplanade ou promenade que nous avons fait établir et planter d'arbres en novembre 1749. Tout ce qui est en terrasse est planté d'ormes et de tilleuls, tout le bas orne d'un boulingrin ou bassin de gazon, entouré et planté de maronniers, avec une haie de charmille et cinq tourniquets de bois verni pour en défendre l'approche aux bestiaux.
La tour Bataillercsse, qui était très-belle, a été commencée à démolir, cl les pierres employées à reconstruire et à élargir les ponts neufs en 1748.
La tour Nicole a été entièrement démolie pour paver le fossé le long de la nouvelle esplanade, depuis la porte de Chàlons jusqu'à la porte Lucas, en mai et juin 1750.
En 1748, nous avons découvert et fait rouvrir l'aqueduc pour l'écoulement des eaux de la Grand'Ruc, le long «lu couvent des religieuses, -et la poterne attenant de la tour le Comte a été élargie et remurée à neuf.
{Soie de Bertin du Rochcrct.)
tour de Saint-Antoine (aujourd'hui tour de Vignolcs), unique forteresse pour défendre ces deux côtés. Vers le midi, qui n'a qu'une petite étendue, ce coté était défendu par les tours du Taureau et du Bélier, qui se croisaient l'une et l'autre.
La principale attaque d'Henri IV fut au couchant et au septentrion. 11 s'attacha beaucoup à ruiner la tour de Saint- Antoine pour prendre la ville par là, à quoi il réussit; et pendant qu'il était occupé à cette attaque, il se passait une action très-vigoureuse au-dessus de la rue de la Rigollc, vers le Moulin-Brûlé ; cette longue rue faisait dans ce temps partie du faubourg des Ponts-Neufs (1).
Le maréchal de Saint-Paul, gouverneur de Reims pour la Ligue, ayant appris que le roi était arrivé au siège, et craignant la perte de celte ville, fit partir de Reims un détachement des troupes de La Bcrlottc de iOO hommes des plus déterminés, piquiers, fusiliers, carabiniers, pour les introduire dans la ville. Ces troupes partirent de Reims le 5 août pour arriver à Epernay le G à la pointe du jour, et, pour n'être point découvertes, prirent le chemin de Chamery, se rendirent à Damery, passèrent le pont, montèrent à laChapotte, traversèrent les bois et parurent au-dessus de la ville, d'où elles découvrirent toute la forme du siège, prirent par le Chemin-Creux, qui du faubourg des Ponts-Neufs ou de Nommois conduit au bois du côté des vignes des Capinels, et qui, en descendant, sépare les vignes de Durcpeine et de Goutte-d'Or.
Ces troupes descendaient et n'avaient pas grand trajet à faire pour se trouver sur le glacis de la porte Saint-Thibaut, lorsqu'elles furent aperçues par les assiégeants de l'autre côté de celte porte. Il fut aussitôt détaché de l'armée quel-
(I) Ou plutôt du faubourg de Nommois. La rue du Moulin-Rrùlé fait la séparation du faubourg des Ponts-Neufs d'avec celui de Nommois. Le lieu du combat se nomme encore la Vigne-du-Siégc, et le Chemin-Creux qui monte aux bois en a pris le nom de Ruelle-Chaude. {Soie de Berlin du Rocheret.)
que cavalerie pour les arrôter ; mais ces troupes firent un feu si violent qu'elles eurent bientôt renversé ceux qui osèrent s'approcher. Les piquiers arrêtaient la cavalerie, tandis que les fusilliers et les carabiniers faisaient des décharges continuelles. S'apercevant néanmoins qu'ils seraient assommés dans ces fonds par le grand nombre de troupes qui se succédaient, ils en sortirent et se mirent en bataille sur la hauteur des vignes de Gouttc-d'Or et en descendirent en bon ordre, toujours en combattant, pour tacher, par un effort, d'entrer dans la ville. Le baron de Rhosne, au-dessus de la plate-forme de la tour du Bélier, faisait un feu des plus terribles sur les troupes du roi, qui accouraient sur le champ de bataille. Le roi vint au secours de ses soldats au travers du feu de la garnison. Parchappe l'accompagna avec cinq de ses fils. Ils trouvèrent ce détachement défendu dans la Grande-Terre de l'abbaye, au-dessus des Ponts-Neufs (1).
Ce fut en cet endroit que le combat devint sanglant. Les soldats de La Berlotte, résolus de périr, abattaient les plus hardis de l'armée du roi, et sans la venue de ce prince, ces troupes, malgré le nombre, seraient entrées dans la ville. Mais la valeur du roi ranima le courage des siens, qui commençaient à se rebuter. Il s'exposait sans ménagement, se mêlait dans le plus grand péril, combattant comme un simple soldat; et sur la remontrance de quelques officiers : « Ventre Saint-Gris, leur dit-il, laissez-moi faire que j'en voye tous ces coquins-là trouver mon cousin le duc de Guise. •> 11 dissipa ce détachement, mais il y perdit six à sept cenls hommes de ses meilleures troupes.
Ensuite de cette affaire, le siège fut continué et le baron de Rhosne obligé de rendre la place. Le baron de Vignoles y fut établi gouverneur.
(1) Ou dans la terre qui est la Vigne-du-Siége. (Note de B. du Rocheret.)