CHAPITRE VII
Le ruisseau de Cubry, aux deux cOtés duquel les tanneurs s'étaient fixés, donna lieu à plusieurs personnes de différentes professions de s'établir auprès d'eux.
La maison de campagne des archevêques de Reims qu'ils firent fortifier, fut la cause encore qui attira du peuple pour se mettre à l'abri de cette forteresse, et pour s'y réfugier avec leurs biens et leur famille pendant la guerre.
Les bois qui descendaient sur les bords du ruisseau furent abattus à mesure que le lieu se peupla, et servirent à la construction des bâtiments ; car toutes les maisons étaient de bois; en sorte qu'avec le temps, il se forma plusieurs habitations, qui s'étendaient au loin, et enveloppaient celle maison de campagne. Les vignes, que l'on planta sur les coteaux défrichés, dont le vin se trouva excellent, y attirèrent beaucoup d'ouvriers, en sorte que ce lieu devint si considérable, qu'en l'an 1200, ses faubourgs, après avoir occupé les deux bords du ruisseau, et bâtis sur le marécage, s'étendirent sur les collines voisines et formèrent un amas de maisons qu'on divisa en douze faubourgs, lorsque la ville fut fortifiée.
lo Le faubourg de la Folie, à l'ouest du château, au bout duquel les comtes de Champagne fondèrent et firent construire un hôpital pour les pauvres et malades étrangers (et apparemment les fous et insensés). Ce faubourg était considérable, non-seulement par la beauté de sa situation, mais encore par son étendue et par le grand peuple qui
Thabitait. Il s'étendait au delà de la Croix-Bussy, que le lieutenant du roi de ce nom, fit élever sur le terrain où avait ôtô construit cet hôpital des étrangers, dans la grande rue de ce faubourg (1). Il y avait une autre rue qui prenait de la grande, coulant du nord au midi vers le faubourg de l'Orme ou du Haut-Pavé, appelée la rue des Bouchers (2), et une autre rue prenant aussi de la grande, qui descendait du midi au septentrion, le long de la Terre appartenant aujourd'hui à M. Guillaume Quatre Sous de Partelaines, élu et grènetier d'Epernay, le confrère de M. le président Berlin du Uocheret. Cette rue, appelée la rue Pupin, se termine a la rue haute du faubourg des Mariniers, vis-à-vis l'auberge du Cheval-Blanc, ainsi appelée du nom de Claude Pupin, maître des eaux et forêts d'Epernay, qui avait beaucoup de bâtiments sur cette rue et dans la grande, dont il reste une espèce de pavillon, qui fait le coin de la grande rue de la Folie et de la rue Pupin.
Outre ces rues, ce faubourg de la Folie retournait sur l'esplanade de la porte de Chalons, le long de la contrescarpe, jusqu'au faubourg des Mariniers. 11 y a eu de tout temps d'excellentes caves, qu'on découvre de temps en temps (3).
2° Le faubourg appelé des Mariniers ou faubourg du Pont, joint à celui de la Folie par la rue Pupin, était composé, comme il l'est encore, de deux grandes rues qui prennent de la contrescarpe de la ville, et sont remplies de maisons, et, à l'endroit où elles se réunissent a la téte de la chaussée du Pont-des-Bergers, il y avait une chapelle dédiée à Sainte- Marie. Il n'en reste plus que la place qui est un tertre ou
(1) fc'hôpital a été détruit par les Anglais et les Bourguignons dans le xiv siècle.
(2) Aujourd'hui la Charronnière.
(3) Outre celles que MM. Horpuclin, Pierre et Jean Geoffroy, Adam cl Robert Berlin, mes père et oncle, et autres citoyens ont fait creuser avec autant de dépenses que d'utilité, toutes très-profondes cl taillées dans la craie. (Note de Bertin du Roclieret.)
petite hauteur, presque vis-à-vis la croix élevée sur cette chaussée.
Ces deux rues du faubourg du Pont sont appelées la rue Haute et la rue Basse. La Haute commence par la ferme des religieuses et vers le milieu de l'auberge du Cheval-Blanc, vis-à-vis la rue Pupin, s'incline vers le pont, et se termine à droite par la maison de Nicolas Lallcment, contrôleur au Grcnier-à-Sel, qui, ayant été dans les vivres à la guerre de Fontarabie, la fit orner en 1719 et 1720. L'entrée est en retournant sur le chemin de Chouilly, en face de la rivière.
La rue Basse commence par le jardin de la Motte, acquis de la succession du président François Vary, par Nicolas Quatre Sous de la Motte, élu et grènelier, tenu aujourd'hui par Anne Mirey, sa veuve; le reste est occupé par les mariniers, jusqu'à ladite chapelle de Sainte-Marie, et au fossé du Pont-dcs-Bergers.
De ce faubourg, dépendaient deux moulins dans la Marne, l'un dans l'île d'Uberne, qui est à l'embouchure du Cubry dans la Marne, l'autre moulin sur le levant, en remontant la Marne, dans l'île Tarnault, à l'embouchure de la rivière de Tarnault ou de Chouilly, pour l'usage des deux faubourgs du Pont et de la Folie, et pour le village de Chouilly.
3<> Le faubourg d'Igny, ainsi nommé à cause du prieuré d'Igny qui était bâti à la fin de ce faubourg, avec une église dédiée à Sainte-Marie et à Saint-Nicolas, desservie par les chanoines réguliers de Saint-Martin d'Epernay (1). La croix qui est au bout de ce faubourg, désigne la place où l'église était bâtie. La rue appelée de Brabànt, qui traverse tout ce faubourg, était remplie de maisons, et joignait comme à présent le faubourg Saint-Laurent.
(1) Ce prieure a passé aux religieuses de Montreuil ou delà Sainte-Face, sous-Laon, à qui appartient la Ternie tenue par Eloi Hugé, maitre de la poste aux chevaux, laquelle est l'emplacement du prieuré.
[Sote de Berlin du Rocheret.)
4° Le faubourg Saint-Laurent était fort étendu et montait à la colline ou au coteau du chemin qui mène à Mardeuil, au haut duquel était un moulin a vent pour l'usage de tous les faubourgs des environs, même de Saint-Antoine et du village de Mardeuil. La grande rue qui le traverse, tenait depuis le moiilin de la Planche jusqu'au coteau. Au bout de ce faubourg était la léproserie, maladrerie ou hôpital pour les maladies contagieuses, construite dans la terre attachée à la chapelle de Saint-Laurent aujourd'hui subsistante. Du milieu environ de cette grande rue, partait une autre rue fort grande, dite de l' Autre-Monde (1).
5° Le faubourg de Nommois est à présent presque détruit, n'y restant qu'une maison et beaucoup de jardins. Ce faubourg était considérable, occupé par de bons bourgeois, dont les maisons garnissaient tous ces jardins et les basses vignes qui sont au-dessus et tout le long du nouveau cours du ruisseau de Cubry, joignant la contrescarpe de Saint-Thibaut, en tirant vers la Tour du Bélier. 11 était divisé en plusieurs quartiers. On trouve dans toute celte étendue, lorsqu'on y creuse, des débris de fours et d'àtrcs de cheminées. Ce faubourg se termine depuis l'abreuvoir du moulin de la Planche, jusqu'au Moulin-Brûlé, par où l'on joint le faubourg des Ponts-Neufs.
6° Le faubourg des Ponts-Neufs commençait au Moulin- Brûlé par une grande rue appelée la Rigole, le long du couchant, et finissait aux premières maisons qui restent de ce faubourg, lequel, continuant toujours au couchant, approchait du faubourg de Grand-Pierre, et, tournant ensuite de l'ouest-nord au levant, venait jusqu'à la contrescarpe des fossés de la porte Saint-Thibaut.
7° Le faubourg de Grand-Pierre est une espèce de ha-
(I) Ce qui forme un carrefour dans lequel on a élevé une croix, et celte rue de l' Autre-Monde va joindre le faubourg de Nommois.
(Note de Berlin du Rochcret.)
meau, à cinq cents pas du faubourg des Ponts-Neufs, vers le midi. Il se terminait jusqu'auprès du Moulin de laGoisse. Ce moulin est un fief qui appartenait au S* de Champagne, gentilhomme, qui Ta vendu à Robert Sifflet, S* du Lubrc, élu, puis maire d'Epernay, d'où il est passe à Réné Sifflet, son fils, S' de Launoy, garde du roi, chevalier de Saint- Louis, qui l'a démembré. Le fief de Launoy n'est plus qu'une grande vigne, séparée de la Goissc par le chemin de Pierry, aujourd'hui partagée entre M. Du Bois de Livry, lieutenant des maréchaux de France, et M. le président Bertin du Rocherct, lieutenant criminel au bailliage d'Epernay.
8° Le faubourg de l'Orme, et depuis du Haut-Pavé, commence a la porte de Saint-Thibaut, et comprenait toute cette quantité de jardins qui occupent le terrain jusqu'à la Fosse l'Abbé. Delà rue de la porte Saint-Thibaut, qui tourne à gauche, on va rejoindre la grande rue du Haut-Pavé, à l'endroit de la croix plantée près la Fosse l'Abbé, et qui désigne le lieu où le prince saint Thibaut de Provins avait son oratoire. La grande rue du Haut-Pavé commence au bout de la rue des Bouchers ou de la Charronnièrc, et monte jusqu'à la hauteur, près de la fourche du chemin de Cramant et de Saint-Julien (1). Ce faubourg était considérable tant qu'a subsisté le grand passage de Reims à Troyes.
9o Le faubourg des Quatre-Maisons était à la descente du Haut-Pavé, vers le midi de la montagne de Bernon, et s'étendait le long 'du coteau, en descendant vers le Moulin de la Goisse, auquel endroit étaient quatre auberges, parce qu'en ce temps, c'était le grand passage d'Allemagne à Paris, auprès desquelles auberges s'étaient établis des bou-
(1) Dans cette rue, il y a une ruelle <|ui descend au ruisseau de Cubry, dans laquelle est située la Forte-Maison, llef de la noble famille des Moet, qui a passé à celle des Vary, après l'extinction desquels, par la mort du dernier président François Vary, elle a été acquise par les religieuses Ursulines. {Note de Bertin du Roclwret.)
langers, selliers, maréchaux et autres gens de professions utiles a un grand passage.
Ces neuf faubourgs, qui composaient la ville d'Epernay, étaient tous liés et contigus l'un à l'autre par les communications que j'ai spécifiées, et formaient une enceinte continue autour du château ou des deux châteaux d'Epernay : celui dit, sous Charles le Chauve, le palais de Saint-Rcmy, et la nouvelle forteresse appelée communément le Château (1).
10° Le faubourg des Aulnois au bout du faubourg de l'Orme, et vis-à-vis celui de Grand-Pierre, sur la rive droite du Cubry, dans les marais duquel dépend la ferme des Forges, qui a passé successivement aux familles des Théveny, Deniset et Delattre. Elle est éloignée d'unt; demi-lieue de la ville, en tirant vers Pierry.
Restent d'autres faubourgs ou écarts d'Epernay : 11° Mardeuil, hameau ou village avec une église succursale dédiée à saint Fiacre, érigée en paroisse par M. Le Tellier, archevêque de Reims, en 1693, et dédiée à saintThomas de Cantorbéry. Ladite église, devant et après l'érection, desservie par un chanoine régulier de Saint-Martin d'Epernay, que l'on nommait curé de Mardeuil. Ce faubourg dépend toujours de la juridiction d'Epernay, et était le seul ressort de la prévôté de cette ville avant sa réunion au bail-
(1) Le nom en reste encore au quartier de la Tille, qui renferme l'auditoire et les prisons, et qui occupe depuis la porte Lucas, le long de la rue et de la place, en retournant sur le Marché-au-Blé, allant au vieux collège, et rejoignant le rempart, qui, de la tour de Saint- Antoine, retourne à la porte Lucas.
Une tradition dit que c'est dans ce château que l'archevêque Hincmar se réfugia en 884, et mourut, et que le corps de saint Remy fut déposé dans un caveau, qui fait aujourd'hui le has cellier de la maison que les enfants de Jean Devillers, huissier, ont vendu à Nicolas Richard, tonnelier. Mais j'estime qu'il a été déposé dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, qui, demiruinée de vétusté, fut rétablie à cette occasion et consacrée à saint Remy.
Ainsi la tradition est fausse. {Note de Bertin du Rocheret.)
liage, faite par l'édit du mois d'avril 1749. Le village de Mardeuil est au delà- de la montagne du moulin à vent, qui la sépare du faubourg de Saint-Laurent, et située sur le commencement de la vieille Marne.
12° Le faubourg ou hameau de Saint-Antoine, à trois quarls de lieue de la ville, appelé Saint-Antoine-aux-Bois, contenait plusieurs maisons, môme assez considérables, dont une reste encore, appartenant à la famille des Parent, d'où elle a passé a celles des Machard et Lépagnol. Au bord du bois, au-dessus de Mardeuil, vis-à-vis Cumières, il y avait une chapelle dédiée à saint Antoine, dans laquelle était un pèlerinage, desservie par un chanoine régulier de Saint-Martin d'Epernay, à présent abandonnée (I).
13° Le faubourg ou écart de la Ramée, dépendant de la paroisse et juridiction d'Epernay, à plus d'une grande lieue de la ville, au-dessus du village de Vinay, où sont encore des chauffeurs ou fours à chaux, tuileries et briqueteries. Près de là, et au bout des bois, était un ermitage, chapelle et fameux pèlerinage dédié à saint Mamert, qui a subsisté jusqu'à la fin du xvn« siècle, mais aboli par l'archevêque Le Tellier. Le dernier ermite est mort vers 1708.
(1) Près de cette chapelle était la maison de campagne de l'abbé régulier d'Epernay, dont on avait planté et ménagé dans le bois une très-belle et spacieuse allée, au haut de laquelle était une terrasse avec une fontaine abondante, appelée la fontaine Monsieur, où les citoyens d'Epernay vont encore se récréer tous les étés. Au bas de celle montagne et dans la prairie, à un quart de lieue de Mardeuil, est la ferme de la Borde, appartenant à ladite abbaye d'Epernay. (Note de Bertin du Rocherrt.)