‹ Epernay et l'Abbaye Saint Martin histoire et documents inéditsChapitre 9 sur 33 · AVANT LE SIEGE DE · texte numérisé non relu

AVANT LE SIEGE DE

Deux châteaux, une abbaye, deux prieurés, trois hôpitaux, dix faubourgs, trois écarts, dix chapelles, sept Dcfs, trois jeux publics, sept moulins, une commanderie, deux bondes ou écluses, neuf ponts.

A propos de Gef, tradition est que l'auberge de Thomas Petit, où il a été dit que la peste de 1636 commença, était le fief de la Tournellc, qui a donné son nom à la rue. Il y a encore dans la cour une grande tour qui sert de colombier.

Le moulin Le Roi, dont nous avons oublié de parler, sur le Cubry, dans le faubourg des Aulnois, était ainsi nommé de Thibaut le Grand, comte de Champagne, roi de Navarre, à qui il appartenait, et qui l'a donné aux religieux.

Les dix faubourgs qui entouraient la ville, contigus l'un à l'autre, non compris les écarts, formaient ensemble un circuit de plus d'une grande lieue.

Tel était l'état d'Epernay avant que cette ville fût fortifiée (1).

Dans ce temps, le ruisseau de Cubry, après avoir arrosé les faubourgs des Aulnois, de l'Orme, de Grand-Pierre et des Ponts-Neufs, passait dans la ville entre la porte de Saint- Thibaut et la Tour du Bélier, coupait la rue Suzin, et, suivant la pente du bas terrain de la ville, parcourait la rue Chogatellc et la rue Neuve, la rue de Brugny, le bas des

(1) C'est-à-dire avant 1521), que Louise de Savoie fit bâtir la porte de Chàlons. Ses armes y sont en pierre, avec celles du roi François I er , son fils.

(.Voie de Berlin duRocheret.)

rues du Paumicr et de la Basse-Juivcric (i), et se rendait dans le fossé du jardin de la maison de campagne des archevêques de Reims, et depuis dans les fossés du château des comtes de Champagne.

Pour rendre la ville en état de défense, les comtes de Champagne ne prirent que le centre de tous ces faubourgs, c'est-à-dire les endroits les plus faciles à fortifier, et firent raser toutes les maisons qui étaient construites sur le terrain destiné pour les remparts, les fossés, la contrescarpe, les arriéres fossés et autres fortifications de ce temps.

La ville d'Epernay, qui s'étendait au levant, au midi et au couchant, bornée au septentrion par le ruisseau de Cubry et la Marne, dans un circuit immense, se trouva séparée de ses principaux membres, qui prirent le nom de faubourgs, et resserrée dans des bornes bien étroites, pour être plus facile à défendre sans avoir une nombreuse garnison (2).

Le ruisseau de Cubry qui coulait dans les bas de la ville, depuis la porte Saint-Thibaut jusqu'aux fossés du château, fut détourné de son lit par la construction de nouveaux ponts, et porté par une levée de terre, pour soutenir le nouveau canal, qu'on creusa depuis les Ponts-Neufs, le long du faubourg de Nommois. On y construisit le moulin dit le Moulin-Brûlé appartenant à l'abbaye d'Hautvillers. On y fit aussi un pont de bois, dit le pont de Nommois, d'où on le fit tomber au moulin de la Planche, et arroser les bas des faubourgs de Saint-Laurent et d'igny, dans lequel on a bali un moulin à tan pour les tanneurs (3).

(1) C'est dans son lit qu'on a Tait cette rue, qui vient du jardin de Brugny, aujourd'hui de l'Arquebuse, jusque devant les nouveaux greniers à sel, bftlis par le S r Quatre Sols de la Motte. (Soie de Bertin du Rocheret.)

(2) On aurait pu y mettre une armée, si on eut entouré tous ces faubourgs dans lesquels étaient beaucoup de jardins. (Idem.)

(3) M. Stapart suppose que, dans le temps même, et à cause de la construction de ces trois moulins, on a détruit le moulin à vent qui était sur la montagne d'entre le faubourg Saint-Laurent et Mardcuil, et qu'on a aussi

Dans ce temps, le grand chemin de Châlons à Paris passait par Chouilly, prenait par le midi de la montagne de Dernon, descendait le long des terres de Jogasse, se rendait au faubourg des Quatrc-Maisons, ainsi appelé à cause des quatre auberges qui s'établirent sur ce passage, avec quelques habitants, comme il a été dit. A la sortie de ce faubourg, il passait par la Goisse, ensuite montant et traversant les vignes, par le chemin appelé la Voic-aux-Vachcs, parce qu'alors les habitants d'Epcrnay avaient des usages dans les bois, où ils envoyaient paître leurs bestiaux, dans le lieu de la forêt appelé les Grandes-Plaies, par lesquelles le chemin de Paris passait.

Outre ces usages, les habitants en avaient encore dans la prairie, qui étaient dans ce temps fort considérables. Il en a été distrait plus de 100 arpents, qui ont été vendus a vil prix aux principaux de la ville et à des bourgeois des environs ou de Chàlons, qui avaient ou prêté ou fourni les sommes, pour payer une contribution à laquelle la ville avait été taxée pendant les guerres (1).

détruit le moulin à eau sur la Marne, à l'île Tarnault, et apparemment encore celui de l'ile d'Ubcrne, dont il n'a point de connaissance. Le transport de ce ruisseau hors de la ville fit détruire toutes les tanneries construites sur ses bords. J'ai vu encore des fosses à tan dans le jardin d'Augustin Stapart, l'apothicaire, père de notre écrivain en 1702. Cette destruction détermina la plus grande partie des tanneurs d'Epcrnay à se transférer à Reims et à Chàlons, où ils portèrent leurs tanneries.

Le corps des tanneurs était nombreux à Epernay. Ils avaient leur banc, leur verrière ou grande vitre, leur confrérie dans l'église paroissiale, dite alors de Sainte-Croix, aujourd'hui de Notre-Dame.

L'eau du ruisseau de Cubry a la propriété de durcir les cuirs, et de les rendre les meilleurs de la Champagne, où il n'y a que ceux de Mézières qui les égalent.

Les moulins et les tanneries étaient dans la ville tandis que le ruisseau y passait ; mais quand on a fortifié la ville, on a détourné le ruisseau, et on a reporté les moulins et les tanneries sur son nouveau cours.

(Note de Bcrtin du Rocheret.)

(1) Comme les sieurs Haretel de Vaucienne, ChàUllon d'Oger, d'Eu et Beschefer de Châlons, et autres. {Idem.)

Pour rendre ce passage de Chalons à Paris plus commode aux voyageurs et plus utile à la ville, les habitants firent construire une grande chaussée, depuis la porte de Saint- Thibaut, le long du faubourg de l'Orme, qui depuis a pris le nom du Haut-Pavé, à cause de son élévation, et conduisait au faubourg des Quatre-Maisons, et de la au village et à l'église de Saint-Julien, qui alors s'étendait vers la ville, et approchait les Quatre-Maisons. Mais le village aussi bien que l'église (1) sont totalement détruits depuis 1700. Ce passage d'Epernay à Saint-Julien servait aussi de grand chemin de Reims a Troyes par Epernay. Ce chemin de Reims a Troyes est changé depuis longtemps, que l'on va d'une ville à l'autre par Chalons (2).

Lorsque ces chemins étaient en usage, le quartier de la porte Saint-Thibault était le plus peuplé et le plus considérable d'Epernay, étant situé sur deux grands passages de Paris à Troyes.

(1) Qui était une des plus belles et des plus grandes du pays, bien voûtée avec un beau clocher à flèche, et couverte d'ardoises. (Sote de B. du Rocheret.)

(2) Ce fut en 1700 que François Nacquart, lieutenant général au bailliage, Robert Sifflet du Lubre, élu et maire de la ville, Philippe Denizet, élu et subdélégué, et autres habitants d'Epernay, ayant leurs vendangeoirs à Pierry et ayant obtenu de l'archevêque de Reims et de l'évèquc de Soissons la démolition de la belle église paroissiale de Saint-Julien, ont fait bâtir une petite éplise à Pierry, où ils ont fait transférer la cure. Ce changement et cette rccdilicalion n'ont rien coûté à personne, parce qu'on a vendu les pierres de taille, dont celte église ancienne était construite, pour la valeur et au delà de la main d'œuvre et dépense du bâtiment et cimetière de la nouvelle église, au-dessus du chétif portail de laquelle on a mis dans une petite niche la statue de saint Julien, qui était à l'ancienne église où il y avait pèlerinage et foire.

Il ne restait plus du village de Saint-Julien qu'une assez grande maison, qui est aujouid'hui une terre à droite du chemin qui conduit au pont de Saint-Julien pour aller à Pierry par le marais. Cette maison était, je pense, le fief de Grand-Maison, appartenant à la famille des Moét, d'où elle a passé aux enfants de Pierre Lecault, procureur du roi à Epernay, et par une de ses filles au S r Godet, écuyer et seigneur de Grand-Maison. — Quant à Saint-Julien, on y a élevé une croix à l'endroit où était le maîtreautel de cette église, et le reste du terrain de l'église et du cimetière qui l'entourait, a été converti en pré qui en marque la circonférence et l'étendue.

Dans ce quartier étaient les bureaux des Recettes, les gens de justice, les plus fameuses auberges, entre autres celle de la Fleur-de-Lys, qui est aujourd'hui la maison du S«-Ulric Frey, capitaine suisse, originaire du canton de Baie, calviniste et jouissant de père en fils du libre exercice de sa religion et de tous les privilèges accordés à sa nation.

Cette fameuse auberge a donné le nom a la rue de la Fleur-de-Lys où elle est située.

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