SI II LES ÉLECTIONS DES DÉPUTÉS DE LA NOBLESSE
aux Etats généraux.
A l'ouverture de l'Assemblée pour la con* vocation des Etats généraux, j'avais cru apercevoir que In gronde partie des membres de la N sse ferait sans peine le sacrifice de ses privilèges pécuniaires et que sa première opération serait sa déc'aration de consentir à l'égalité dans la répartition de l'impôt. Plusieurs même ont proposé d'aller l'annoncer au Tiers- Eta^, se flattant par là, et je crois avec raison, que ce procédé honnête de la part de la Noblesse serait vu avec reconnaissance par le troisième ordre et préviendrait des propositions oulrees qu'il insérait dans s^s Cahiers. Mais des vues personnelles, moins dirigées par l'intérêt pécuniaire que par d'autres motifs sur lesquels je n'ose me permettre de prononcer, ont porté quelques personnes à échauffer la Lêle de gentilshommes honnêtes et simples, a qui elles ont fait entendre que le parti à prendre sur cet objet méritait la plus grande réflexion. On a même excité quelques cabales contre ceux qui proposaient de consentir au payement égal des impositions. M. le vicomte Le Veneur fit sur cet objet la lecture d'un mémoire qui sembla entraîner tous les esprits ; on parut craindre l'effet qu'il produirait si on mettait ia question en délibération. Une opposilion s'éleva de la port d'une trentaine de voix, excitées sans doute par ceux qui avaient intérêt à ne pas
adopter si promptemcnt une opinion qui semblait devoir réunir les trois ordres. Soit que le grand bailli (le marquis de Vrigny) pensât que cette déclaration fût le vœu général ou qu'il voulût croire que la délibération était prématurée, il profila do l'espèce d'explosion qui s'était faite contre elle pour décider, contre le vœu le plus général, qu'il n'y serait pas délibéré.
« Les gentilshommes des bailliages secondaires, dont plusieurs ne sont pas aisés, s'ennuyent d'être aussi longtemps éloignés de cbez eux et de ne rien voir terminer ; leur séjour ici leur coûte, aussi plusieurs ont-ils déjcà parlé de se retirer. Si j'ajoutais foi aux bruits qui se répandent, je croirais qu'on les voit partir avec plaisir, parce que les prétendants à la députa lion aux Etats généraux sont par là débarrassés de voix qu'il savent n'être pas pour eux. »
*2G mars 1789.
Refis par M. de Villedeuil d'admettre a la pension du roi, deux juifs d'alençon, isaac Datheim et Elie Lion, qui avaient annoncé l'intention d'embrasser le catholicisme.
Ce refus fut motivé par une lettre de l'Intendant d'Alençon' en d\te du 16 mars :
« J'ai questionné ces jeunes gens pour essayer de connaître ic motif qui les déterminait h quitter le judaïsme. Quoiqu'ils m'ayent répondu que c'était par la persuasion où ils étaient
de la supériorité de noire religion sur la leur, j'ai cru" entrevoir que le besoin et l'espoir d'obtenir des secours dans la catholicité faisaient à peu près le principal point de leur foi. Néanmoins, Monsieur, comme la dépense que ces deux juifs occasionneront n'est pas fort considérable, on peut je crois, risquer de faire de ces deux mauvais juifs, peut-être deux catholiques médiocres. A cet égard, Monsieur, c'est à vous à prononcer.
Voici maintenant la décision de M. de Villedeuil (26 mars).
« J'ai reçu, Monsieur, votre réponse du 13 de ce mois, au sujet des deux juifs qui demandent d*être admis, à la pension du roi, dans la maison des Nouveaux Gaiholiques. Quelque modique que soit cette dépense, je ne crois pas qu'il y ait lieu de proposer à Sa Ma de l'autoriser. Ces particuliers sont en état de travailler pour subsister, et s"i's désirent sincèrement embrasser notre religion, rien ne les empêche de s'adresser aux curés pour se faire instruire. »
27 mars 1730.
Rapport de l'Intendant d'Alençon a Necrer sur les élections des députés du tlers etat aux Etats généraux.
« J'eus l'honneur de vous irstruire le 25 de ce mois de la clôture de l'Assemblée du Tiers- Etat du bailliage d'Alençon et de m'engnger à vous procurer une copie de ses Cahiers. Vous
y verrez, comme je vous l'annonçais, des demand s un peu outrées cl auxquelles il ne s'est porlé ^jue sur le parti qu'il soupçonnait avec trop de raison être pris par l'ordre de la Noblesse de ne pas renonce à ses privilèges pécuniaires. Ce n'est pas que le lieutenant générai (M. de Courlilloles) qui présidait, n'ait fait tous ses efforts pour apaiser la chaleur des esprits; mais toutes ses représentations faites avec la plus grande douceur n'ont pu obtenir que la suppression de quelques articles que des têtes exaltées avaient voulu y insérer. »
29 mars 1789.
Clôture de l'Assemblée de l'ordre de la Noblesse DU BAILLIAGE d'AlENÇON.
« La Noblesse n'a fini que ce soir ses opérations. Ses députés sont M. de Chailloué conseiller au Parlement de Rouen, nommé le premier, homme très honnête, de l'esprit, et très sage. Je ne lui crois d'autre ambition que celle de faire le bien. Le second est M. le marquis de Vrigny, grand bailli.
« L'Assemblée a été terminée par une aventure fort tragique dont fort heureusement elle n'a pas été témoin. Le chevalier- des Moutis, ancien porte-étendard des gardes du corps qui était sorti un moment pour manger un morceau, est mort subitement en se- mettant à table. »
2 BV.il !
Emeute de la. Ferté-Yidame
« «Toi été instruis écrit l'intendant d'A'er.eon. le! 4 avril, de l'espèce d'émeute qui s 'élaitéievée le 2 de ee mois au marché de la Fertô-Yid une. et à roccasion de laque! ic M Perrier, secrétaire des commandements de Monseigneur 1«.- du--* de lièvre, vous a adressé la lettre que tons m'avez fait l'honneur de m'envoyer, le 12 de ce mois. Cette émotion eut lieu sur l'oppo-ition que mirent les gens de ce bourg qui craignent fie manquer de grain à ce que Ton enlevât ceux que des bJatiers y avaient acheté au marché, poulies porter aux marchés voisins. Comme il n'y a point de maréchaussée à. la Ferté-Vidame, la p. pulace ne put être réprimée : mais par les ordres que j'ai donnés à. la maréchaussée de s'y transporter le marché suivant, tout s'y esl passé 1res tranquillement.
« Malheureusement l'espèce de sédition arrivée à la Ferté a eu lieu dans quelques autres marchés de la province, où les habitants, qui croient que le blé qu'on y apporte doit être consommé dans leur ville, s'opposent que des étrangers, plus éloignés qu'eux du lieu d'où ie blé se lire, achètent celui qui reste invendu, pour le porter dans des lieux qui en ont besoin, sans réfléchir que s'ils ne laissent pas à i'éi ranger la liberté d'acheter le restant de groins qui sont apportés au marché, le laboureur qui cherche la concurrence dans les acheteurs, cesse d'y en amener. Mais il n'est pas aisé de faire entendre raison au peuple sur cet ar-
ticle. D'ailleurs la maréchaussée qui ne raisonne pas mieux et qui voudrait payer le pain moins cher ne fait peut-être pas tout" ce qu'elle devrait pour prévenir ces séditions...
« Je suis si persuadé que la maréchaussée, dans quelques résidences et surtout à celle de Be'lême, au moins quant au commandant de celle-ci, approuve la conduite du peuple que j'ai insisté auprès du lieutenant de maréchaussée pour qu'il retirât de Bellême le maréchal des logis que je sais entretenir, par ses propos, la chaleur dans l'esprit public, et qu'il le remplaçât par un homme plus sûr et le fit venir pour quelque temps à Alençon, sous les yeux de son supérieur où il faut croire qu'il "sera plus prudent.
« J'ai engagé M. de Montaran, chargé de cette partie, à solliciter de M. le directeur général des secours en blé. Je crois que les circonstances sont telles qu'il n'est point de sacrifice que le gouvernement ne doive faire pour déterminer les négociants à tirer de l'étranger des grains qulls verseraient dans le royaume, où malheureusement la pénurie de cette denrée me paraît très générale.
« Le peuple des villes du Maine, d'où Alençon et une grande partie de ce canton sont dans l'usage de tirer leurs grains, n'est pas plus complaisant que celui de la Ferté. Si les obstacles qu'il apporte au transport des grains subsistaient, la famine serait bientôt à Alençon. »
3 avril 1789.
Renvoi à l'Intendant d'un mémoire du sieur Guéret, barbier au Mêle-sur-Sarlhe qui sollicitait deux brevets de perruquier pour être réunis à la communauté des perruquiers d'Alençon, en payant 100 livres par chacun de ses aeux brevets.
Dans sa réponse, en date du 3 avril 1789, l'Intendant fait connaître qu'il a fait part de celte proposition aux syndics et adjoints des perruquiers d'Alençon.
« Ils m'ont dit, ajoute l'Intendant, que leur commun.'Hiié était déjà trop nombreuse et qu'elle n'avait pas besoin qu'on y ajoutât de nouveaux sujets. Ils sont en effet vingt-cinq à Alençou ; un tiers y meurt de faim, et ie peuple a bien de la peine à vivre. D'ailleurs, le brevet est de 600 livres et se vend quelquefois le double. »
4aurïM789.
Emeute a Bellème, le premier jeudi d'avril, jour du marché.
Cet événement est relaté dans la correspondance de l'Intendant, notamment dans sa lettre du 9 avril à M. de Montaran.
« J'ai été instruit de l'émotion arrivée dans le marché de Bellême. Le commandant de maréchaussée, qui par un zèle mal entendu, l'a en quelque sorte soutenue m'en avait envoyé son procès-verbal, sur lequel je lui ai fait les reproches les plus vifs. J'ai même chargé le
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lieutenant de maréchoussée d'Alençon, dans l'arrondissement duquel est la brigade de Bellême, de se trfenspofter en celle ville et d'y réprimander son brigadier, comme cet homme le mérite. Le lieutenant s'y est, en effet rendu et n'attend pour le punir" que les ordres du grand prévôt qui a été appelé à Versailles. Il est revenu par Mortngne, où il a vu le lieutenant général el le procureur du roi qui lui ont rendu les justes plaintes qu'ils avaient u former contre ce commandant de maréchaussée. Ils ont paru satisfaits de la punition que comptait lui infliger le lieutenant.
i .Mon subdélégué à Bellême ^Bayard de la Vinglrie) m'avait également instruit de cette émeute qu'il a apateéeavec prudence, en faisant au brigadier les reproches qu'il méritait.
« Je vois par la copie que vous m'avez fuit l'honneur de m'adresser, le 7 de ce mois, de la lettre du procureur du roi de Morlagne à M. le procureur général, que le procureur du roi voudrait charger le lieutenant général de Bellême d'avoir autorisé le tumulte, quoique ce soit lui, au contraire, qui l'a apaisé, ses principes, d'ailleurs étant très d'accord avec la circulation des grains dont il sent la nécessité. Mais cette imputation malhonnête de la part du procureur du roi de Morlagne n'est sans doute que l'effet de la jalousie qui règne entre les deux officiers qui composent ce petit siège et ceux qui forment le bailliage de Bellêaie, sur ce que ceux-ci ont obtenu que le bajJliago de Mortogne ne fut que secondaire du leur pour la convocation des Etats, ce qui sVtait toujours ainsi pratiqué, Bellême étant beau-
coup plus considérable que Mortagnc. place d'ailleurs au centre de la province du Perche, et Mortagne, au contraire, à l'extrémité.
« Je puis au surplus vous assurer qu'au lieutenanl de police de Bellême prés, qui qu'un imbécile^ en effet, tou* les autres officiers du - trop instruits et trop sages pour autoriser des émeutes pareilles à celles qu'on les accuse d'avoir entretenues. »
7 avril 1789.
Lettre de Necker a l'Intendant d'Alençon
« J'ai reçu. Monsieur, une lettre du sieur Durand dit Petra Dura, prêtre de Lisieux, accompagnant un livra de sa composition imprimé en i 785, intitule : La vérité parlant avec (a liberté des prophètes, ou Plan général de reforme ecclésiastique, favorisant la \ etigion, l'équité, V humanité et les besoins de VEtat.
« Il m'apprend dans sa lettre que ce livre l'a fait punir de trois ans do séminaire, par lettre de cachet, mois il pense qu'il est temps de le faire reparaître ; il me demande pour cela mon agrément et me déclare qu'il prendra mon silence comme une permission tacite.
« Je vous prie de vouloirbien faire savoir au sieur abbé Durand que quoique je ne lui réponde point, il s'en faut de beaucoup que j'approuve la publication de son livre qui, me parait écrit d'un ton peu modéré, et que ce n'est point à moi à permettre cette publication, si elle peut être permise, mais à M. le garde des sceaux, i
On voit par là que si, en théorie, Necker était partisan de la liberté de la presse, dans la pratique il savait subordonner ce principe aux intérêts de sa politique.
8 avril 1789.
rédaction du cahier de i/assemblée de la. Noblesse du Perche, séant a Belleme.
Ce cahier remarquable énonce avec énergie les principes qui font la base de notre droit public:
« Le député de la Noblesse réclama que les articles principaux de la Constitution, énoncés dans le rapport de M. le directeur général des finances, du 27 décembre dernier, soient préliminairement et solennellement statues ; cette partie essentielle de l'administration devant servir de base à la liberté nationale et de dédommagement aux sacrifices que les circonstances exigent. Il est expressément défendu au député de voter, concourir et consentir à la levée d'aucun impôt ni emprunt, avant l'établissement préalable de la forme constitutionnelle.
« Que les Etats généraux s'occupent de la rédaction d'une loi qui rétablisse la liberté légitime de la presse : on pense qu'il suffirait que l'imprimeur fût caution de l'ouvrage en y mettant son nom. »
11 avril 1789.
Inquiétudes causées par la disette a Alençon.
Le M avril l'Intendant en rendil compte à M. de Montaran, par la lettre suivante :
c Je commence à avoir quelque inquiétude sur la cherté des grains; nos marchés ne sont plus aussi tranquilles et je crains quelque émotion. Hier le boisseau de bled pesant 32 livres s'est vendu 6 livres et l'orge, même mesure, 4 livres 2 s. Si la rareté effective occasionne ce haut prix, jusqu'où ne doit-il pas monter avant que nous arrivions à la récolte prochnine?
« La province de Normandie n'a pas, en général, de quoi se nourrir : c'est le Maine qui jusqu'ici nous a fourni des grains, et aujourd'hui la crainte que le peuple y a d'en manquer lui même, *e fait s'opposer aux achats qui s'en font dans les marchés de celte province pour le verser en Normandie.
« Malheureusement, la maréchaussée, qui devrait y mettre ordre, partage les inquiétudes de la population et la sol tient contre les voituriers à qui elle ne permet pas de sortir des grains des marchés. Si cela continuait, je ne sais plus où la ville d'Alençon trouverai!, de quoi se nourrir, et bientôt les villes du Maine elles-mêmes en manqueraient, parce que les fermiers à qui on veut faire la loi pour le prix, cesseraient d'y en apporter.
« Nous avons encore quatre mois jusqu'à la récolle. La faim qui commande supérieurement pourrait donner lieu à quelque révolte dont
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les suites seraient peut-être funestes. Je croirais qu'en pareilles circonstances le gouvernement ne saurait faire trop de sacrifices pour déterminer les négociants, par l'appât du gain, à lirei» des grains de l'étranger. Je ne m'effraye pas facilement, mais je vois par l'augmentation qu'éprouve le prix du grain, dans tous les raaretoés, qu'il pourrait être bientôt porté à une valeur à laquelle une partie des habitants de ma province ne peut atteindre.
« Commençons par rendre libre la circulation de^ grains qui sont dans le royaume ; ôtons toutes les entraves des vieilles lois qui ne permettaient pas que les bleds d'une province passassent dans une autre; qu'il soit fait des défenses très positives et sous peine de punition, d'arrêler dans les marchés la sortie des grains achetés pour les marchés voisins. Le bled ne renchérirait alors qu'autant que la quantité en diminuerait: ce qui peut-être n'arrivera pas au point de nous réduire à une disette réellç. »
13 avril 1789.
Rappobt de l'Intendant d'Alencon a M. db
S'iLLEDEUlL SUR LES MOYENS DE PRÉVENIR LA EAUINE A AlEXÇON.
< Si la province du Maine continue de s'opposer à ce qu'il soit apporté dans nos marchés des grains achetés dans les siens, bientôt la famine sera à Alençon et dans plusieurs lieux
circon voisins où on récolle peu de grains, la plupart des terres y étant en herbes pour la nourriture des chevaux et bestiaux.
« C'est principalement de Mamers, Beaumont-!e Vicomte et Fresnay, éloignés de 3, 4 ou 6 lieues d'Alençon que les blaliers et boulangers tirent leurs grains, pour l'approvisionnement de notre ville. J'avais déjà été instruit des obslncles que ces gens éprouvaient de la part du peuple, surtout en la ville de Beaumont et j'en avais écrit nu lieutenant -général du bailliage, chargé de In police du marché. Je m'étais lîailé que cet officier sentirait l'inconséquence de la conduite des habitants de Beaumont qui, en s'opposa ni à ce que des étrangers vinssent s'approvisionner à leur marché, en éloignaient nécessairement les laboureurs qui l'approvisionnaient, et qui par la retraite des acheteurs forains n'y trouvant plus la même concurrence ou les mêmes occasions de débit, cesseraient d'apporter kurs grains. Mais aujourd'hui des boulangers d'Alençon sont venus se plaindre chez moi de ce qu'on ne voulait plus laisser sortir de Beaumont des farines qu'ils y avaient été acheter, pour la fourniture de notre ville et m'ont dit avoir vu une ordonnance du lieutenant-général qui autorise le peuple à arrêter tous les grains ou farines que l'on voudrait enlever, et ordonne que la maréchaussée leur prêtera main forte. J'avoue, Monsieur, que j'ai peine à croire que cette ordonnance ait été rendue ; mais je sais que la maréchaussée des différentes villes du Maine, d'où nous tirons nos grains, est la première à s'opposer à ce qu'il soit emmené.
< J'écris aujourd'hui nu lieutenant-général de Beaumont, pour qu'il permette aux blatiers et aux boulangers d'Alençon d'enlever mercredi, de Beaumont, 3^s grains qu'ils viendront vendre ici jeudi.
« Quoique ce pays, très voisin d'Alençon, ne soit pas de ma généralité, j'ai cependant pris sur moi d'engager le lieutenant de la maréchaussée d'Alençon d'envoyer mercredi, le plus près de Beaumont possible, une brigade audevant des blatiers qui auraient échappé à la Ville, et de les défendre de la populace, qui quelquefois les attend sur la route et les force ù rentrer a Beaumont. I! en doit faire de même Je jour des marchés de Fresoay et de Mamers... J'ai eu l'honneur d'en écrire à M. D'Aine, intendant de Tours; mais la correspondance est si tardive entre sa ville et celle-ci ainsi qu'avec les petites villes de son département qui njus a voisinent que je crains fort qu'il ne puisse pas y faire passer ses ordres aussi promptement" qu'il seroit nécessaire.
« Nous ne tirons nos grains que de la province du Maine ; si elle cesse de nous en fournir,, il faut que nous renoncions ici à manger du pain. J'ai cru devoir vous faire part des obstacles que nous éprouvions pour nous procurer des grains, dans l'espoir que vous voudrez bien faire tout ce qui sera en vous pour les lever. »
14 avril 1789.
Rapport de l'Intendant d'Alençon a M. de montaran sur les suites de l'émeute de Bellème.
< I! est vrai que, comme vous m'avez fait l'honneur de me le marquer le 13 de ce mois, le sieur de Mon l fort (lieutenant de la maréchaussée), ainsi qu'il en a rendu compte à M. de Yilledeuil, s'est transporté dans quelques villes de ma province où il y avait eu des émeutes à l'occasion du prix des grains. C'est moi qui avais chirgé ce lieutenant de faire cette course, surtout à Bellème. où j'étais particulièrement instruit que le commandant de la brigade de cette ville, loin d'apaiser, comme il le devait, l'émotion du peuple, l'entretenait, au contraire, étant aussi affecté que lui de la crainte de manquer de grain.
« Je m'étais flatté que la réprimande qu'avait reçue ce commandant de brigade et la menace d'être déplacé, s'il ne faisait mieux son devoir, auraient pu le corriger ; mais apprenant aujourd'hui que cel homme, très brave et faisant d'ailleurs très bien son métier, continuait d'exciter le peuple à empêcher la sortie d'aucuns grains du marché, je viens de le faire venir à Alençon et l'ai remplacé par un autre plus sage et qui saura en imposer.
« Pour prévenir même que cet homme, aimé du peuple, parce qu'il le sert aujourd'hui selon son' goût, ne l'aliène contre celui qui va le remplacer, je ne lui fais rien dire du motif de l'ordre qu'il recevra de se rendre demain à
Alençon où on lui laisse entrevoir qu'on veut l'entretenir d'une affaire intéressante. Il ne verra pas son successeur qui ne doit arriver à Bellôme que lorsque celui-lù, en sera parti.
« J'espère qu'au moyen de cette précaution et de la brigade du Mêle que j'envoie aussi pour seconder celle de Bellême, le marché de jeudi y sera fort tranquille... Mais comme j'ai eu l'honneur de vous le marquer, je pare bien à l'inconvénient du moment, je ne réponds pas cependant de l'avenir, si le gouvernement ne trouve pas les moyens de faire venir des grains de l'étranger. La dépense peut en être très considérable, mais c'est un sacrifice qui devient indispensable. »
16 et M avril 1789.
Emeute et Pillage de plusieurs maisons a
Alençon.
On en trouve le récit dans une lettre de l'Intendant à M. le duc de Beuvron, du 17 avril :
« Hier le peuple d'Alençon se souleva contre la cherté du grain. Une troupe de coquins se transporta chez un particulier qu'ils savaient avoir de l'orge, et où ils trouvèrent en effet environ 150 boisseaux du poids de 32 livres en blé. Ce malheureux, effrayé, et qui craignait le pUlnge de sa maison, consentit à leur abandonner ce qu'il en avait sur le prix de 30 sous le boisseau, quoiqu'il se tût vendu 3 livres 10 sous au marché.
« Le peuple, enhardi par la faiblesse de cet
homme, se porla do là dans une autre maison où il y avait environ 1.000 boisseaux d'orge, et voulut les avoir an prix pour lequel la peur le lui avait fait donner dans la maison d'où il soriail. Le propriétaire, moins complaisant, refbsa d'ouvrir sa porte. La populace s'attroupa, aux nombre de deux ou trois mille personnes. La maréchaussée qui n'était composée que de sept hommes fit tous ses efforts pour défendre l'entrée de la maison. Je crus qu'en me présentant au peuple, je pourrais lui faire entendre l'injustice qu'il y avait de sa part à exiger qu'on lui délivrât l'orge à plus de moitié audessous de sa valeur Ce ne fut qu'avec peine que je parvins jusqu'à la porte de la maison. La populace cependant m'y laissa arriver; je la haranguai le mieux qu'il me fût possible, mais j'avais affaire à des forcenés ou à des gens dont 1?. moitié était ivre.
« Quelque bei'.e défense que fit la maréchaussée, commandée par M. de Monlfort, lieutenant, homme de tête et de fermeté, malgré les efforts d'un nommé Berner, cavalier très brave cl p.-udent, et qui, par la manière dont il s'est conduit annonce de grands talents pour son étal, il fallut enfin céder au nombre. Les portes furent enfoncées et la multitude se précipita dans la maison qu'elle pilla, ainsi que tous les meubles qui y étaient enfermés et d'où voyant que je n'obtiendrais plus rien d'elle, étant en possession du grain, je crus plus prudent de me retirer: mais j'envoyai sur-lechamp en poste à Sées, prier l'officier qui y commande le détachement de Chartres de l'amener à notre secours. Il est arrivé en
effet ce matin, sur les cinq heures; mais pour ne pas compromettre cette troupe qui- pouvait n'êlrc pas suffisante pour en imposer à une multitude aussi nombreuse, j'ai eu également recours au détachement d'Argentan. J'ai envoyé un courrier à l'officier qui le commande pour le prier d'amener son corps à Alençon. Il n'a pas balancé à se mettre en marche ; mon courrier à vu monter la troupe à cheval et je compte qu'elle arrivera là ce soir.
« A la vue du premier détachemement, le peuple, qui avait pillé la nuit une seconde maison et qui était alors occupé à en user de même dans un autre, a été un peu effrayé. Le commandant, qui me paraît un homme fort sage et qui était accompagné du lieutenant de la maréchaussée, a voulu employer les voies de douceur pour faire retirer la populace; mois il parlait à des gens qui ne voulaient rien entendre. Alors à la tête de sa troupe à cheval il a fendu la foule qu'il a divisée, taisant même courir après ceux qui s'enfuyaient chargés de bled et qui se sont dispersés par différentes rues.
« Quant à présent la ville paraît tranquille mais je sais que les mutins qui ignorent le nouveau renfort, réfléchissant sur ce qu'ils n'avaient affaire qu'à un détachement de vingtcinq hommes se proposent de recommencer cette nuit et d'aller piller quelques maisons qu'ils ont désignées. J'ai fait mettre la milice bourgeoise sous les armes ; mais c'est un faible secours. J'ai bien plus de confiance dans les vingt-cinq dragons qui arriveront ce soir et dont la vue les étonnera.
« Demain et lundi sonl deux jours de m;irché, pendant lesquels je compte engager les deux commandants à rester avec leur troupe à Alençon. Si vous le permettez même, j'aurais l'honneur de vous proposer de nous les laisser et de faire venir à Argentan le détachement qui est à Lisieux, que vous y pourriez peutôlre remplacer par 50 hommes d'infanterie, tirés de régiments qui sont dans cette partie de la Normandie. Le détachement d'Argentan pourrait, s'il était nécessaire, se porter à Falaise, pour en cas de besoin, y soutenir l'ini'a nterie.
<c Alençon est fort peuplé; il y a un nombre d'autant plus grand de misérables que la manufacture de point qui le faisait vivre est presqu' entièrement tombée. Cette ville d'ailleurs est l'entrepôt de tous les grains qui s'exportent du Maine pour être versés en Normandie. Le peuple souffre toujours avec peine que des étrangers enlèvent du marché des grains pour tes porter ailleurs et fait ses efforts pour s'opposer à leur sortie, sans réfléchir qu'en gênant ainsi la circulation des grains, les laboureurs du Maine qui se verront privés de la liberté de les vendre n'y en apporteront plus. >
18 avril 1789.
Mesures prises pour préveni m les émeutes a. Sées, a Argentan et a Alençon.
Le 19 avril l'Intendant écrit au duc de Beuvron :
« Hier était le marché de Sées. J'avais été
instruit qu'on y était menacé d'une émeute de la port du peuple, et j'ai engagé, en conséquence, le commandant du détachement de dragons qui est à Alençon à y envoyer une partie de sa troupe avec laquelle est allé aussi le sieur de Montfort, lieutenant de la mare* chaussée, homme bien fait par sa sagesse et sa fermeté pour arrêter le tumulte. Ce corps en a imposé au peuple qui est resté tranquille, mais auquel je prévois qu'il faudra, tous les jours de marché, opposer un certain nombre de dragons.
« Demain est le marché d'Argentan, sur lequel on m'a donné aussi quelques inquiétudes et auquel j'ai engagé de se porter l'officier qui a mené un détachement à Sées et qui reviendra mercredi à Alençon, pour veiller au marché du jeudi qui est le plus considérable.
« Tant que le blé restera au prix où il est, il faut que nous nous attendions à avoir des révoltes dans les marchés, si nous n'avons pas de troupe pour en imposer au peuple. S'il vous était possible de nous envoyer un régiment entier de cavalerie ou de dragons, à, distribuer dans la généralité, je répendrais bien d'y voir régner la tranquillité.
« Les officiers du Présidial instruisent sur la dernière émeuie. Quelques-uns des plus mutins sont déjà arrêtés; on a informé contre eux, et comme je ne doute point qu'il n'en résulte des preuves convaincantes, le jugement qui sera prononcé pourra effrayer les autres et prévenir, au moins pour quelque temps, une nouvelle révolte. Le peuple est ici très animé : toutes les nuits on affiche des
placards portant menaces d'assassiner et de brûler On m'en veut surtout beaucoup, parce que j'ai fait venir des drngons ; mais je vous avoue que je suis peu effrayé de ces menaces, pourvu toutefois que vous nous laissiez des troupes, sans quoi je partagerais peut-être la frayeur que ces gens répandent dans la ville. »
Délibération des officiers municipaux, notables cl députés d'Argentan qui refusent de payer les fournitures de bois de chauffage faites aux trois compagnies du régiment d'Artois, détachées à Argentan dans le mois de janvier,
19 avril 1789.
Lettre de l'Intendant d'Alençon a l'Intendant de Tours au sujet des bruits relatifs aux accaparements
« Je conçois, M. et cher confrère tout l'embarras que vous doivent occasionner les soins que vous vous donnez à prévenir les émeutes dans les marchés de votre province. J'en suis également occupé à Alençon où nous eûmes, jeudi dernier, une sédition assez vive et qui porta le peup'e à se jeter dans quelques maicons de la ville, où il pilla le grain qu'il y trouva et qui n'étoit qu'à peu près le nécessaire pour l'année de la consommation du propriétaire, si ce n'est toutefois dans les greniers du moulin banal, dont le fermier est dans l'usage de s'approvisionner de farines dans le temps
que les eaux prêtent au moulage, afin d'en pouvoir livrer au public lorsque devenues trop basses, ses moulins ne tournent plus; encore cette quantité n'étoit-elle que de 12 à 1500 boisseaux, du poids de 32 k. ; ce qui, comme vous le voyez, ne fait pas un objet considérable dans la masse des grains. Heureusement pour cet homme, son grenier ne fut pas pillé en entier, parce qu'aussitôt que j'aperçus le mouvement qui s'étoit élevé dans le peuple, j'envoyai en poste chercher à Sées un détachement de dragons qui arriva assez à propos pour dissiper la populace qui n'eut pas le temps d'enlever tout le grain qui éloitdans ce grenier. Sans ce secours, le peuple étoit si animé, que je n'eusse pas été surpris de voir toute la ville au pilîoge, moins pour y chercher du grain dont il n'y a ici aucun magasin, ou du moins aucun amas qui puisse en porter le nom, mais pour voler l'argent et les meubles, comme l'ont fait ces malheureux dans les trois maisons dans lesquelles ils étaient déjà entrés. Plus tranquille aujourd'hui au moyen du secours qui nous est parvenu, la justice informe contre les auteurs; que'ques uns sont déjà arrêtés, et il y a lieu de croire qu'il en sera promptemenl fait quelques exemples.
Qu.int à ce que l'on vous marque, Monsieur et cher Confrère, des accaparements que font nos habitons d'Alenç/m et quelques autres des environs, je puis bien avoir l'honneur de vous répondre que ce ne sont que des bruits populaires, répandus par ces gens qui ont voulu exciter le peuple et le porter à la sédition Je suis bien persuadé qu'il n'y a pas,.
dans !6'ule la ville d'Alençon, sept ou huit mille boisseaux de groins qui font à peu prés vingtquatre miile kilos pesant. Jugez de quelle ressource cela peut être pour 14 ou 15 mille bouches, pendant quatre mois que nous avons à, passeï encore jusqu'à la récolte.
« N'ajoutez, M. et cher confrère, aucune foi à cette réputation de richesse en bled qu'on veut nous donner. J'ai déjà eu l'honneur de de vous le marquer, toute l'Election d'Alençon ne produit pas en b!cd de quoi se nourrir pendant trois mois. Notre culture est en herbe pour engraisser les bœufs que nous tirons du Poitou, et pour élever les très beaux chevaux qui font notre principal commerce. Les fermiers comptent pour rien 'es terres labourables qui font la plus petite partie de leur ferme ; ils ne gardent, en général, de bled que ce qui leur est nécessaire pour leur consommation. Ii peut bien être cependant quelques curés décimateurs qui ayent dans leurs greniers la récolle de deux ou trois années : mais cela ne peut jamais faire un approvisionnement bien considérable ; et parce que leurs paroisses rapportent peu de bled, la dixme qu'ils tirent, ne doit pas leur en fournir beaucoup. Cependant ayant fait foire secrètement quelques recherches à cet égard, quelques-uns de ces curés m'ont été dénoncés. Je leur ai écrit trés-honnêtement. en leur faisant sentir que, dans un moment tel que celui-ci, le peuple trou voit mauvais qu'ils parussent attendre pour se défaire de leurs bleds que le prix en fût encore augmenté. J'ai cherché même à les effrayer en leur ajoutant que les murmures de leurs
paroissiens étoient venu? jusqu'à moi, et qu'ils menaçoient môme d'user de violence pour se procurer des grains auxquels ils croyent avoir quelque droil. puisque le curé ne les tient que de leur charité.
« A l'égard de l'exportation qu'on vous a dit, M. et cher confrère, se faire dans tous les marchés de ma province, des bleds acheptÔ3 dans le Maine, le fait est vrai ; mais comme n-Jection d'Alençon et celle d'Argentan n'en produisent que très-peu, c'est toujours le Maine qui les a nourris l'une et l'autre. Je crois même que cette partie de votre généralité seroit très malheureuse si elle n'avoit pas ce débouché pour l'excédent des grains de sa consommation.
« Quant au prétendu embarquement que le peuple répand dans le public, je crois. M. et cher confrère que vous n'y croyez pas plus que moi. Indépendamment que vous n'ignorez pas les défenses qui en sont failes, et qu'il n'est pas facile d'éluder en objets d'un volume aussi considérable que Test le bled, c'est que vous sentez bien aussi que ce n'est pas dans un moment où la denrée est aussi chère qu'on en achepleroit pour la porter à l'étranger, à moins que la disette n'y fû'. plus considérable qu'en France, ou qu'aiant beaucoup de richesses, ii ne consentit d'en faire le sacrifice pour nous affamer. Les étrangers sont trop bons spéculateurs pour faire un pareil emploi dû leur fortune.
« Croyez, M. et cher confrère, que c'est le besoin qui nous fait tirer des bleds de votre province, et que tout ce qui nous en vient n'est que pour notre consommation. Les officiers depo-
de vos villes qui nous g voisinent n'onl
len i li ;. i bl lier n'ach
du I led tfvant Y fait de
• la ville, cm : e qu'il
point enlevé d'ai rcuvs que du marché, pour y entretenir toujours une espèce d'abondance qui tranquillise le peuple et qui né ment
en fait baisser le prix. Vous partagerez avec nous le produit de votre sol cl nous vous fournirons les moyens de l'améliorer encore. »
22 avril 17
DÉLIBÉRATION" DVJ BUREAU INTERMÉDIAIRE DU DÉ- PARTEMENT d'Argentan si r les moyens de
PRÉVENIR LES CONSÉQUENCES DE LA DISETTE ET DE VENIR AU SECOURS DES OUVRIERS SANS TRA- VAIL.
« MM. les procureurs-syndics ont représenté cjue le iS février il fut envoyé à la Commission intermédiaire une lettre expositive que le prix excessif des groins réduisait un très grand nombre de personnes à l'indigence la plus Cruelle, que la chute des manufactures et la ition des travaux ne laissait au malheureux d'autre ressource que dans sou désespoir, si il ne lui était incessamment subvenu; que depuis cette époque la cherté ayant encore progressivement augmenté jusqu'à ce jour et la belle saison n'ayant point ramené les travaux accoutumés, il est iniispensable de s*occuper des moyens à employer pour en procurer et former "des établissements pour faire baisser le prix du grain.
c Sur quoi le bureau ayant délibéré, a arrêté qu'il sera écrit à !a Commission intermédiaire pour lui exposer le fâcheux élac du département et la prier de concerter avec le gouvernement les moyens nécessaires pour subvenir aux malheureux et arrêter les progrès effrayants du prix des grains. »
L. de Malherbe, vie. gén. Hérembert. Le Pelletier du Coudray. Leclerc, pr. s. Goupil de Louvigny, Hersen.
Belzais de Courménil, pr. s.
23 aura 1789.
Lettre de l'Intendant d'Alençcn a M. de Montaran.
Je ne suis point surpris, M. et cher confrère, du ce que le lieutenant général de Châleauneufcn-Thimerais mande à M. le Directeur général, par sa lettre que vous m'avez fait l'honneur de m 'envoyer le 21 de ce mois, sur la rareté du petit bled dans le marché de Chàteauncuf. Le trrain de cette qualité, quoique fort cher, vu la denrée, ayant toujours été d'un prix inférieur au froment, le peuple et môme quelques gens aisés, mais économes, comme je le vois dans mon canton, ont donné de préférence sur ce petit bled, ce qui en a dû diminuer la quantité. Le Bailliage de Châteauneuf rapporte en général plus de bled de cette dernière espèce que de ceux de première qualité ; mais les terres qui le produisent sont si mauvaises qu'elles rendent fort peu au-delà.
do la semence. Il y esl cependant quelques cantons ovoisinant la Beauce qui rendent de
t ùs ' !8U fromenl: mais ii es1 ù un prix plus haul pour le poupe Je voudrois avoir des eus -l'y faire passer du petit bled ; rn.-iis nous c'en avons p;i> ici toïI nécessaire à
notre consommation.
C'est du Maine que nous tirons nos grains de toute espèce, et la frayeur, qui s'est également répandue dans celle province, y en gêne beaucoup l'exportation. J'ai eu l'honneur d'écrire à ce sujet à M. l'Intendant de Tours qui sans s'opposer absolument à ce que nous nous en tirions dos marchés de sa Généralité, paroit craindre que des enicvemens un peu considérables ne Unissent sa province el qu'elle n'eu ait pas jusqu'à la recolle prochaine. Aujourd'hui, à Alençon, qui esl !e grand marché, ii y a voit peu de bled ; aussi y a-t-il ;nenlé de quelque sois par boisseau du poids de 32 k. ; il y avoit heureusement ■de l'orge. Le marché s'est p jsso sans trouble. 1! est vrai que nous devons neut-èlrc cette tranquillité aux 50 dragons qui nous ont été envoyés lors de 1 émeute dont j ai eu l'honneur de vous parler le 17 de ce mois, en vous marquant que j'en avois fait ie détail à M. le Directeur général. Peul être aussi dois-je une parlie- de elle tranquillité du peupie aux précautions que j'ai prises d'élablir des travaux pour les hommes el occuper les femmes en leur faisant donner des rouels et de la filasse. Les enfants filent également. Parla toute la famille trouve à gagner au moins de quoi avoir du pain, ce qu'elle n'au-
roit pas si les hommes seuls avoient du travail; car pour ne pas trop renchérir les Iravaux de la campagne, je ne fais donner que 12 sous par jour aux hommes que j'occupe. Vous jugerez bien, M. et cher confrère, qu'ils ne viennent sur les ateliers que j'ai établis, qu'autant qu'ils ne trouvent pas de plus fortes journées ailleurs. J'ai distribué ces travaux dans les lieux de ma Généralité que j'ai su les plus misérables. J'avois écrit aussi à mon subdélégue à Chàleauneuf pour qu'il en établi!
dans cette ville.
25 avril 1789.
Lettre du curé de Coutretot (1) près Nogent,
A BAYARD DE LA VlNGTll E, LIEUTENANT DE POLICE A BeLLEME, AU SUJET DES ATTROUPE- MENTS ET DES VOLS QUI SE COMMETTENT AUX ENVIRONS.
o Ces voleurs sont au moins 42 ou 15 de leur brigade, bien armés, pour se faire donner plus aisément tout «e qu'ils veulent. Pour éloigner et encore- mieux pour détruire entièrement ces voleurs, il faudrait plusieurs brigades de cavaliers et mettre par ce moyen, le public hors du grand danger dont il est menacé. MAI. les curés de Yichère, d/Argenviliiers et moi sommes malheureusement du nombre des menacés... Monsieur, je présume que personne ne refusera de donnei une nourriture convenable partout où messieurs les cavaliers passeront en faisant leurs tour-
(1) Coutretot, ancienne commune réunie à Trizay -au- Perche (Eure-et-Loir).
nées nux environs de notre pays pour la conservation de nos vies.
< De grâce, Monsieur un mot de consolation, une réponse pour nous rassurer, tous gens sans armes et sans défense que !a vôtre. »
26 avril |7$9.
Envoi au lieutenant général de police a Paris DU SIGNALEMENT DES DEUX CHEF- DE
l'émeute survente a Alençon le 10 avril.
« Les deux particuliers qui ont excité l'émeute arrivée en cette ville le 16 «le ce mois en se mettant à la tête de la populace qu'ils ont soulevée en en partageant le pillage et les vols qu'elle a commis se sont évadés. Comme ils pourraient se, retirer à Paris j'ai cru qu'il était intéressant qu'ils fussent connus de l'administration de la police. Je vous serai très oblige. Monsieur, si l'on parvenait à les arrêter de vouloir bien donner des ordres pour qu'il? soient transférés daias les prisons du Présidial d'Alenço.i où l'on instruit le procès de quelques-uns des plus séditieux, afin de faire des exemples qui puissent prévenir de nouveaux excès de ce genre. »
27 acril 1189.
Rapport de l'Intendant sur une demande de secours formee par un sieur hommey. pro- CUREUR A SeES.
« Ce procureur est un des plus mouvais - . le la ville de Sées. . C'est menai*; un drôle
qui pour se donner des airs d'esprit fort, affiche dans le peuple l'irréligion au point qu'un vendredi saint, habitant une salle basse et donnant sur la rue, il eut l'impudence, les fenêtres ouvertes, de mange»' de la viande à son dîner, arrêtant les passants pour les en rendre témoins. Peu s'en est fallu qu'il ne fût accablé de pierres, et il l'aurait mérité. »
30 avril 1789.
Emeute a Mayenne
Le peuple arrête deux voitures de grains, une à destination de Pré-en Pail, et l'autre chargée pour Alençon. La maréchaussée est huée et assaillie à coups de pierres. Lorsque peu après la prévôté voulut instruire contre les auteurs de cet attroupement, les témoins refusèrent de déposer disant qu'ils s'exposeraient à être tués au retour par la populace. C'était donc déjàle règne de la terreur qui entravait l'action de la justice.
1" mai 1789.
Observations de l'Intendant d' Alençon au sujet DE DEUX ARRÊTS DU CONSEIL D'ETAT DU 2<> AVRIL, QUI FIXENT DES PRIMES POUR L'iMPOR- TATION DES GRAINS ÉTRANGERS. ET DE L'aRRÊT DU ^3 AVRIL, RELATIF A L'APPROVISIONNEMENT DES MARCHÉS.
« L'abondance serait plus grande (dans les marchés) et le prix, par conséquent moins
haut pi Ton pouvait rassurer les juges de police d«* quelques villes et bourgs de la provin ■•!• du Main, où il y a beaucoup de grains qui y restent invendus, par ce que le peuple, soutenu par ces juges qui partagent ses inquiétude, s'oppose à la circulation. Je crains dV.il leurs que la faculté accordée aux officiers de police de contraindre les propriétaires a. porlei leurs grain* dans les marchés u occasion.n<> quelques événements, surtout si ces officiers qui ne sont pas tous également prudents n'eraployent avant d'user du pouvoir qui leur est iccordé les voies de douceur qui leur sont recommandées. »
• 2 mai 1789.
Délibération des officiers municipaux, notab es et députés d'Argentan, pour le logement des cent hommes munies, doni l'envoi à Argentan, a été annoncé par l'Intendant, par sa lettre du 28 avril.
5 mai 1789.
Arrivée à Argentan de cinquante hommes du régiment de Commissaire-générai-Cavalerie, dont Tenvoi avait été annoncé par l'Intendant d'Alençon, par sa lettre du 28 avril.
Procès-verbal dressé par la maréchaussée de Notent le Votrou, contre plusieurs individus, qui armés de botms, parcourent les
campagnes et se font donner du pain par force dans les fermes par où ils passent. Ces individus furent jugés prévôtalement sans appel et sans sursis, par le prévôt général au département d'Alençon.
6 mai 1789.
Lettre de l'Intendant au duc de Beuvron Monsieur le duc,
J'apprends que dans les environs de Bellôme el de Nogenl-le-Rotrou, il se forme des attroupements que je crois sage de dissiper dans le principe, même d'en punir les auteurs si Ton peut parvenir à les découvrir. Ils se forment par bandes de H ou 15 coquins qui sous prétexte de cherch er des grains, se jettent dans les maisons, y prennent meubles, argent et tout ce tjiFila y rencontrent. Quoique j'aie reçu plusieurs avis à cet égard, il se peut néanmoins que la peur les ait exagérés ; et pour m'en assurer, j'ai engagé le sieur de Montfort, lieutenant de maréchaussée, à se transporter sur les lieux. Vous connoissez, monsieur le duc, l'intelligence et l'activité de cet omeier de maréchaussée. Je suis bien sûr qu'il parviendra promptement à connoître la vérité et à découvrir les coupables dont il ne manquera pas de faire un exemple en les jugeant prévôt alement. S'il croyait que les brigades de Bellême et de Nogent n^ sufriaenl pa& pour en imposer,, il appeller i ceh-.s
du Mortagne eL de Rémalard pour être plus en force, j'aurai l'honneur, monsieur le duc, vous faire pari du compte qu'il m'aura rendu de son voyage et dont j'ai cru devoir instruire aujourd'hui le Ministre.
Si les attroupements devenoienl, à Bellême et a. Nogent, assez considérables pour que les brigades de ces ea nions qu'on ne peut même déplacer qu'avec ménagement, ne fussent pas assez fortes pour arrêter les brigandages de ces coquins attroupés, trouveriez-vous mauvais, monsieur le duc, que je fasse passer à Bellême un détachemeut de 25 hommes des 100 chasseurs qui doivent arriver le 12 à Alençon? Bellême et Nogent ne sont pas éloignés; ces 23 hommes se rendraient aisément à Nogent si le, tumulte s'y portait et les 7o qui resteroient à Alençon nous seroient, je crois, suffisants pour y assurer la tranquillité. Si au surplus nous avions besoin de plus de forces nous appellerions les 25 hommes du même corps qui doivent être établis à Séez.
12 mai 1789.
Emeute imminente aux environs de Bernay,
SIGNALÉE PAR LE DUC DE BeUVRON.
Le 44 mai l'Intendant d'Alençon répond que son subdélégué, qui est en même temps lieutenant-général du Bailliage de Bernay, ne paraît pas éprouver les mêmes craintes que le procureur du roi de police de cette ville ; qu'au reste les seuls mov^ns de résistance f.ui soient
à portée consistent uniquement dans un détachement du régiment de Bourbon, infanterie. Or, dons les émeutes de ce genre, l'infanterie ne produit pas le même effet que la cavalerie. Il pense qu'il voudrait mieux prendre vingtcinq hommes des chasseurs qui sont à Alençon pour les diriger sur Bernay.
« Il ne nous en resteroit plus, à la vérité que cinquante ; mais j'espère qu'ils pourroient nous suffire avec nos deux brigades de maréchaussée, d'autant plus que le prix des grains paroît diminuer un peu. Jamais les m-rchés n'en ont été aussi garnis qu'ils le sont aujourd'hui, ce qui ne m'étonne pas. Il y a trop à gagner à les vendre pour que ceux qui en ont les tiennent cachés. »
14 mai 4789
Lettre de l'Intendant a M. le duc de Beuvron
« J'ai eu l'honneur de vous marquer, le 6 de ce mois, qu'il y avait beaucoup de troubles dans les environs"de Bellôme et de Nogenl où il se formait des attroupements de gens qui, au nombre de douze ou quinze, dont plusieurs sont armés, mettoient les fermiers et les propriétaires à contribution. J'eus l'honneur aussi de vous annoncer que le sieur de Montfort, lieutenant de maréchaussée, s'yétoit transporté pour tâcher de dissiper ces attroupements et d'arrêter les principaux coupables. Il y en a en effet douze d'emprisonnés, dont cinq par la maréchaussée et sept autres que le lieutenant
général de Bellême avoit déjà fait emprisonner à l'arrivée du lieutenant de ma réchaussé •. Ces deux officiers voui travailler chacun de leur côté à f.iire le procès aux coupables.
« Si l'emprisonnement de ces douze coquins ne faisait pas cesser le tumulte, etj'en aile ids des nouvelles au premier jour, je serai obligé M. le duc, d'engager le commandant des cent chasseurs qui sont â Aiençon à en détacher vingt-cinq liommus pour les envoyer ù Nagent. J'ai déjà eu l'honneur de vous en prévenir, et j'imagine, M. le duc, que votre silence à cet é^arri est une approbation de voire pari. Je n'en ferai cependant u>age qu'autant que j'y serai absolument contraint par les circonstances. >
16 mai 1789.
Pierre-Louis le Carpenlierde Chailloué. conseiller au Parlement de Normandie, député de la Noblesse du bailliage d* Aiençon, remplissant les fondions de secrétaire de la Chambre de Tordre de la Noblesse aux Etats Généraux, représente à l'Assemblée que les occupions du secrétariat se multipliant tous les jours, il demande qu'un co'lègue lui soit adjoint, .suivant ce qui avait été réglé dans la première séance, le 6 mai, lorsque M. de ChuilloUé fut nommé secrétaire, l'Assemblée décide que le plus âgé des députés ayant fait les fonctions de secrétaire dans les Assemblées de bailliage, M. dn Malartie, député de la sénéchaussée de la Rochelle, sera adjoint, en qualité de secrétaire, à M. de Chaiiloué.
17 mai 1789.
Lettbe de l'Intendant a la municipalité d'Alençon.
Les frais de la tenue des trois Etals à Alençon, pour l'élection des députés aux Etatb Généraux, avaient été mis par Necker à la charge de la ville; ils s'élevaient à 2.652 livres, non compris les frais d'impression et de publication, suivant le mémoire présenté par Mazier, charpentier, à M. le marquis de Vrigny, grand bailli d'Aiençon.
En rendant compte à Necker de cette notification, l'Intendant présente les observations suivantes :
« Je ne sais pas, Monsieur, comment nos officiers municipaux recevront celle décision. Noire ville n'a que liés peu de revenus, que ses charges excèdent tous les ans. D'ailleurs ies officiers municipaux n'ont été consultés sur aucun des arrangemenls faits par M. de Vrigny. Lui seul a donné des ordres sans y appeler ces officiels, comme raison nab!em°nt ils auroient dû i'êire, puisque la dépense tomboit à leur charge et qui, selon les apparences, eussent apporté plus d'économie que ne Ta fait M. de Vrîgn.y qui en eût peut-être employé davantage si l'objet l'eût regardé personnellement. »
Dans une autre leltre à Necker, écrite le 23 mai, 1 Intendant fait connaître que la municipalité d'Alençon refuse de paxei , quéie lieutenant-général du bailliage. M. de Cuuriblolcs, n'avait pas plus été consulté que la municipa-
lité elle-même pour les travaux exécutés à l'occasion je la réunion des trois Etats *H qu'il est très fâcheux que l'entrepreneur, qui n'est pas aisé, ne soit pas payé par celui qui a commandé l'ouvrage.
49 mai 1789.
Lettre de l'Intendant au duc de Beuvron
« Sur l'avis que je reçois des attroupements qui se forment à Nogent-le Rotrcu et dans les environs, j'ai cru, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous en prévenir, devoir prier le commandant des cent chasseurs qui sont à Alençon, d'y envoyer vingt-cinq hommes qui partiront demain pour y arriver jeudi prochain. Je sais aussi, Monsieur le duc, que ces attroupements se forment également dans le bourg de Thiron, à deux lieues de Nogent. On m'assure même que c'est ce bourg qui est fort considérable, qui en est, le foyer. Il y a un gros marché tcus les mardis. Quoique ce lieu ne soit pas de ma généralité, j'ai cru pouvoir prendre sur moi d'engager le commandant du détachement qui sera à Ncgent de s'y transporter avec sa troupe.
« L'arrivée de ces chasseurs dans ce canton en imposera aux malfaiteurs qui ont déjà pillé plusieurs fermes des environs et menacent de mettre le feu. J'en préviens M. l'Intendant d'Orléans, pour qu'il leur fasse donner l'étape les jours qu'ils iront à ce marché. »
20 mai 1789 Lettre de l'Intendant a M. de Villedeuil
« Avant élé informé que les émeutes se renouveloient à Nogent-le-Rotrou et dans les environs, j'ai profité de la permission que m'a donnée M. le duc de Beuvion d'y envoyer vingt cinq hommes des cent chasseurs qui sont à Alençon pour imposer, s'il est possible à la populace.
< Elan* instruit aussi, Monsieur, que dans le bourg de Thiron, qui n'est qu'à deux lieues de Nogenl, les marchés qui s'y tiennent le mardi éloieut toujours fort tumultueux, que c'étoient même principalement dans ce lieu que ^e formoient des troupes de coquins qui se répandoient dans les fermes, y pilloient le blé, les meubles et l'argent qu'ils y rencontroienl, j'ai engagé le commandant du détachement parti ce malin pour Nogent, à se transporter, avec sa troupe, clans le bourg de Thiron, les jours de marché, afin d'y contenir le peuple. Comme ce lieu est de la généralité d'Orléans, j'ai cru devoir prévenir M. de Chevilly qui, je crois, ne trouvera pas mauvais que je lui fournisse ce secours.
« J'ai l'honneur d'en instruire M. le comte de Puységur et M. le duc de Beuvron. »
22 mai 4 789.
Protestation des députés de la Noblesse du
BAILLIAGE d'ALENÇON CONTRE TOUTE DÉLIBÉ- RATION tendant a l'abandon DES PRIVILÈGES.
Cet e protestation signée de le Curpentier
de Chailloué et de René de Vauquelin, marquis de Vrigny, grand bailli d'épée d'Alençon, est identique à c» Ile qui tut déposée par les députés de la Noblesse de Rouen. Ts se retranchent sur le caractère impératif du mand.it qu'ils ont de leurs commettants de ne prendre part à aucune délibéra! ion relative à l'impôt, avant qu'il n'ait éié statué sur tous les poir.ts de la Constitution. Ils ajoutent que leurs cahiers leur recommandent expressément de défendre et maintenir les droits, franchises et immunités dont la Noblesse a joui dans tous les temps, il est de leur devoir de s'opposer au nom de leurs commettants à toute motion qui tendrait à amener l'anéantissement de ces franchises et immunités.
Les cahiers de la Noblesse de plusieurs autres bailliages étaient dans le même sens, et les députés de ces bailliages firent les mêmes protestations à l'occasion du dépouillement fait à la demande des commissaires nommés pour chercher les moyens de conciliation avec le Tiers Elat, des vœux exprimés dans les cahiers de la Noblesse au sujet des privilèges, et d'où il résultait que la très grande majorité des cahiers de la Noblesse contenait le vœu de l'abandon des privilèges pécuniaires.
23 mai 1789.
Dans la séance du 23 mai, les députés qui, la veille avaient donné des déclarations réservées ou protestations relatives à l'abandon des privilèges, renouvellent les mêmes déclara-
tions au sujet de l'arrêté que venait de prendre lrt Chambre de la Noblesse pour autoriser ses commissaires à annoncer au Tiers-Etat que la presque lotalité des cahiers dont étaient chargés les membres de son ordre, les autorisait à voter la renonciation à tous les privilèges pécuniaires en matière d'impôts.
Enquête faite par l'Intendant au sujet d'un individu soupçonné de complicité, dans l'émeute arrivée a Caen pendant la foire.
Une demoiselle Pollard, d'Alençon. qui soignait gratuitement les indigents, fut priée de panser un individu inconnu qui avait une blessure au doigt. A ce moment, elle reçut une lettre de son frère, qui était à la foire de Caen et qui lui mandait qu'il y avait eu des troubles dans cette ville. L'individu blessé dit alcrs qu'il était lui-même de Caen et qu'il savait bien que cette émeute devait éclater. Ce.t mots imprudents, colportés en ville, y firent du bruit, et l'Intendant crut devoir mander la demoiselle Pollard qui, pressée de ques- Lious. finit par donner des indices suffisants pour qu'on mit la main sur cet individu. Dans la nuit du jeudi au vendredi, il fut arrêté et conduit à la maison de force, par mesure de police administrative, sauf à le remettre à la justice si le cas le requerrait. Le 23 mai, l'Intendant d'Âlençon rendit compte à son collègue de Caen du doub'.e interrogatoire de la fi. le Pollard et de l'individu en question, nommé Robert Bourbon, qui lui parut avoir été absolument étranger à l'émeute arrivée à Caen :
€ Si vous croyez cependant, Monsieur et cher confrère, que ce malheureux peut être utile pour être confronté à que des
gens arrêtés à Caen pour celle émeute, marquez-le moi, je vous prie, sans délai et je vous le ferai passer de brigade en brigade; mais ce seroil. je crois, retenir inutilement dans les ms un homme qui me parait 1res innocent et qui deviendrait victime du bavardage d'une cnillette. »
25 mai 17S9.
Envoi à l'Intendant de l'arrêt du Conseil du 3 mai qui approuve l'abandon tail par Monsieur, frère du Roi. à la ville d'Alençon du bâlimeni servant de halle aux toiles et ordonne qu'il sera procédé à l'adjudication des réparations qu'il est nécessaire d'y faire.
28 mai 1789.
Protestation du députe de la Noblesse du Perche contre le phojet de conciliation présenté au nom de la no blesse.
La protestation du comte Joseph de Puisaye fut jointe à celle des députés de plusieurs autres bailliages :
« J'énonce formellement, dit-il, le vœu de délibérer par ordre, et j'adhère à la protestation ci-dessus. »
Signé : Le Comte de Puisaye
— bO
Cette protestation bruyante est conforme au rôle que Pnisuye se préparait à jouer. Au mois de juin 1793, i! prit parti dans lu mouvement fédéraliste dont le centre élaii à Caen et grâce à son titre d'adjudant du général Wimnten, essaya d'entraîner le département de l'Orne dans celte insurrection qui devait misérablement échouer. Peu après, il mit son talent, son activité, pou génie d'intrigue au service de Témigration et du ministère anglais. C'est sur lui. eu pariie. que l'on fil retomber l'odieux de l'affaire de Quiberon où des milliers de Fra< çais débarqués dans la presqu'île furent lâêli ment abandonnés aux balles républicaines. I d'borreur pour les royalistes qui voyaient en lui un agent de la politique machiavé ique suivie par le gouvernement anglais, jamais il n'osa rentrer en France et même en Angeterre, pour protéger sa vie, il fut obligé de réclamer l'assistance de la police.
29 mai 1789
L'arrivée de M. Brown, inspecteur des manufactures, EN MISSION PANS LA GÉNÉRALITÉ
d'Alençon est annoncée a l'Intendant
Le 31 mai l'intendant informa M. deTolozan qu'il avait écrit à ses subdélégues des villes de commerce où devait passer cet inspecteur et les avait invités à lui procurer tous les renseignements de nature à taire connaître leur situation et même de l'améliorer comme quelques-unes en paraissent susceptibles. 11 devait
être accompagné par M. Vital faisant fonctions d'inspecteur dan? la généralité. Le sieur Brown commença sa visite pir Rouen et Caen et ne dut arriver à Alençon que vers la fin de juillet.
31 mai 1789.
Lettre de l'Intendant a M. Gamard, Intendant de Monsieur, duc d Alençon
< Je vois. Monsieur, par !a lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écn're le 29 de ce mois, Pembarras où vous êtes du choix a f.iire 4'un sujet en étal du remplacer M Potier (i) d-ms la place du Maire dont il a donné sa démission. De ces trois sujets, Monsieur, j'en connais deux, l'un et l'autre fort honnêtes gens, mais peu capables, je crois, d'être à la tête de la ville.
« M. de Marescoi (2) un d'eux, estle doyen du bailliage, tort honnête homme, mais trop faible pour être à la lêle d'une ville aussi tumultueuse que celle-ci. On m'a assuré d'ailleurs qu'il refu-
(1) Pierre- André-René Potier du Fougeray, seigneur du Plessis, chevalier de Saint-Louis a marqué s< n passage à la ma ne d' \len -on par l'établi^-enient des pomp- s à incendie en 1780, et par la oon»trnction de l'Hô el de Ville, dont la première pierre fut posée en 1783. En l'an II il rem ht les fonctions de conservateur de la Bihliolhèque et <Ju Musée établi à Alençou et mourut le 27 Ventôse an V.
(2) M. de Marescot remplit les fonctions de scrutateur à l'Assemhlee du Tier.--Etat p'>ur l'élection des députés du bailliage d'Alençon aux Etat> généraux. Il devint ensuite président du tribunal civil.
serait la place si elle lui éloit donnée et je le crois assez sage pour retuser ce projet.
<r M. du Bourgeuil (1), le second en rang sur votre état, est un gentilhomme habitant de cette ville, homme fort sage, irais que je ne réponds pas savoir lire, et qui, d'ailleurs n'a pas ici une consistance assez marquée, pour obttni1" la considération que doit avoir un maire de ville.
« Quant au sieur Druet des Vaux, il habite la ville depuis très-peu do temps ; il étoit jadis contrôleur des actes dans la province ; il est venu ici achepter la charge de garde-marteau de la maîtrise. On dit qu'il ne manque pas d'esprit; mais je ne sais pas s'il en fait toujours un très-bon usage ; car dans toutes les contestations qui se sont élevée* à l'assembiée de ville, et qui n'ont été que trop fréquentes depuis deux ans j'ai su qu'il é'oit toujours du nombre des opposants à ce qui se proposoit de sage ; peut-être est-ce par cette raison qu'il a été présenté.
« Si vous croyez. Monsieur, que Monsieur soit astreint à nommer un des trois sujets que la ville présente, je vous laisse absolument le choix : car, quant à moi, je n'en vois entre eux aucun fait pour remplir cette place.
« Si la cabale quia déterminé celte nomination se fut moins occupée de trouver un sujet qu'elle pût mener à sa volonté, et qu'elle eût au contraire cherché quelqu'un en état de bien
(1) Claude Paillard de Chesnay du BourgeuiL figura dans le procès^verbal d» i'A- .. i.eivde des trois ordres de bailliage d'Alençoa en 1789 et fut inscrit sur la liste des émigrés le 26 juin V79t.
régir les affaires de la ville, on auroit pu faire un nuire choix. M. de l'Escalle, ancien avocat du Roi, homme de beaucoup d'esprit et que peut-être elle a craint, conviendroil. fort pour celle place si louiefois il la vouioit accepter. Il y a encore M. Demées, lieutenant particulier qui a également de l'esprit et assez de fermeté pour faire taire tous les criailleurs dont l'assemblée de ville est composée.
« M. Bidon de Vaux, procureur du Roi au Bureau des finances, seroit encore Irès-bon pour être Maire. Ces trois personnes ont dans la ville, une considération personnelle qui joint à leur particulier les fera respecter dans l'Assemblée; mais croyez-vous avoir le droit de les nommer? C'est à* vous à juger de l'étendue de vos pouvoirs.
« Il vous faudra aussi un lieutenant de Maire ; car celui qui en exerce les fonctions est totalement hors de service, et est cependant fort attaché à le conserver. C'est à cette idée que se bornent aujourd'hui toutes ses facultés morales. >
3 juin 1780 Mise en liberté provisoire d'un boulanger
DE LaIGLE DÉCRÉTÉ DE PRISE DE CORPS COMME N'AYANT PAS SA BOUTIQUE GARNIE DE PAIN.
Le réquisitoire du procureur fiscal de la haute justice de la ville de Laig'.e renferme un exposé qui peint la situation de cette ville sous les couleurs les plus sombres :
— Si —
« Expose que plu^ivurs fois depuis six mois les boulangers de celle ville ont élé trouvés sans avoir les élaux de leurs boutiques garnis de pain, notamment des deux dernières classes; qu'ils ont élé cilés et condamnés en des amendes ; qu'en outre injonction leur a été faite de garnir leurs étaux en quantité suffisante, de manière à ce que le public pût être fourni, à peine d'être poursuivis exlruordinairemenL
« Ces amendes et injonctions n'en imposent point aux boulangers, tellement qu'une foule innombrable de malheureux ne peuvent, quoique l'argent à la main, pourvoir au besoin le p'us pressant. Des g ms chargés de fjra pou sent les plus hauts cris de voir leurs enfants manquer de leur nécessaire, et de toutes parts on entend la même voix s'élever pour se plaindre de ce qu'on ne peut avoir de pain.
c I! est autant pressant qu'intéressant de donner un exemple capable de mettre les boul mgers à la raison et de les forcer à remplir les devoirs de leur profession en ne laissant pas manquer le public.
<c Pourquoi requiert être ordonné que Jean Da-vidsera pris au corps et conduit aux prisons de cette juridiction pour être oui et interrogé sur les faits, »
Ce boulanger « coupable en apparence, fut arraché du sein de sa famille éploree et conduit dans la prison de cette ville, au conspect et suivi de la populace qui insultait à son malm dheur. »
Heureusement « l'innocence voilée sous l'apparence du crime » fut reconnue du procu-
reur fiscal qui, « ou suivant les mouvements de son cœur eut la satisfaction sans b'esser sa sse de rendre un père à ses enfants, un cpoux à sou épouse, et par cet acte de justice e'„ d'équité de jouir du double avantage d'avoir rempli les fonctions pénibles c rigoureuses de son état et de rétablir la paix et le calme dans je sein d'une famille alarmée. »
Cependant le 16 juillet suivant, sur de nouvelles p'aintes du public alléguant qu'on ne pouvait avoir de pain chez les boulangers qui affectaient même de fermer leurs boutiques, le procureur fiscal fit faire «les perquisitious chez eux et Jean David fut du nombre de c ux qui furent trouvés en défaut. De là une condamnation prononcée contre lui le 24 juillet. Mais il se porta appelant de celte sentence « pour torîs et moyens de nullité qu'il se réservait d'exposer en temp= et lieu. >
Précédemment il avait déclaré ne plus vouloir exercer la profession de boulanger ; un de ses confrères avait pris le même parti et la corporation toute entière avait présenté le \k mars des réclamations au sénéchal de la haute justice de Laiglesur le préjudice que leur causait la taxe du pain qui ne représentait pas même la valeur de la farine et causait leur ruine. Un émeute avait eu lieu à Laigl». Des symptômes inquiétants avaient été signalés ai commencement de mai. Plus tard on eut d€ véritables émeutes.
5 juin 1789.
Projet db secours a la. filature d'Alençon, soumis a Necker par l'Intendant.
Sur les comptes des années 1786 et 1787 H restait une somme de 1 58. 358 livres, 18 sous, 8 deniers, disponible. L'Intendant proposa à Necker d'employer 100. OoO livres à la construction d'une Halle aux grains à Alençon. Sur les 58.000 livres restant, il demanda que 10.000 livres fussent accordées à la filature nouvellement établie à Alençon.
« Je ne crains pas d'indiquer encore à votre générosité cette ville, la plus pauvre de toutes celles de la province, et où il y a moins de ressources pour la faire sortir de sa misère. La rigueur de l'hiver dernier qui a fait tant souffrir les pauvres, a fait sentir plus que jamais la privation d'un bureau de charité que le peu d'énergie des habitants, ne m'avoit pas eno F© permis de faire établir. Les cris des malheureux, pendant cette saison rigoureuse, ont fait enfin sortir de leur léthargie les gens aisés de celte ville, qui à mon invitation, se sont réunis pour former cette institution que j'ay aidé de mon côté autant que mes facultés meVont permis, et qui vient enfin de recevoir la sanction de la communauté assemblée pour cet objet. Ce bureau est composé des gens les plus honnêtes et les pkis charitables de la ville; mais quelque soit leur dévouement, ils ne pourront pas faire tout le bien qu'ils ont en vue s'ils ne sont pas secourus. Il existe ici une classe de pauvres, beaucoup plus nombreuse que dans aucune autre ville qui a la môme population»
La manufacture de dentelles, connue sous le nom de Point d'Alcnçon, occupe toutes les femmes et filles du peuple: mais plus cet ouvrage, entièrement fait à l'aiguille, est délicat et fatiguant pour les yeux, plus tût lient !i vue. Il n'est pas rare de voir ici des Êemmes de 40 ans qui ne so.'jt plus en état d'y travailler, et qui ne sachant faire autre chose, ne peuvent subsister qu'avec le secours des aumônes. Ce sont les pauvres de cette espèce surtout, que j'ai engagé le bureau de charité à occuper de la filature. Pour la mettre à portée de commencer, je lui ai fait délivrer une somme ic 1.000 livres. Sur les fonds dont vous m'avez autorisé de disposer par la lettre que vous avez daigné m'écrire de votre main le ?0 avril dernier, mais cette somme est une faible ressource, surtout dans la circonstance actuelle, et le bureau, qui n'en a d'autre que le produit des quêies que font chaque mois les administrateurs, sera dans l'impos-ibi né do. se soutenir s'iJ n'est secouru clans les premiers momens de son institution. Vous l'assurerez, Monsieur, vous en perpétuerez pour toujours les avantages, si vous accordez les 10.000 livres que j'ai l'honneur de vous demander. Ce secours important encourngera les administrateurs. Ils seront en état (Tachepter des matières et d'établir des rouets pour tous les pauvres valides qui ne seront secourus qu'autant qu'ils voudront travailler et sûr de pouvoir faire le bien, le bureau s'y livrera avec d'autant plus de zè'e, que je te vois pénétré de la nécessité d'anéantir la mendicité. »
4 3 juin 1789.
Tn JONCTION DONNÉE PAR GoiSLARD, SUBDÉLÉGUÉ DK NOGENT LE-ROTROU, A TROIS LABOUREURS, POUR LES OBLIGER A FOURNIR DB LA PAILLE AU GEOLIER DES PRISONS.
« La rareté de la paille, écrit-il à l'Intendant, m'a mis dans la nécessité de rendre une ordonnance contre trois laboureurs pour leur enjoindre d'en fournir au geôlier de nos prisons, actuellement pleine de prisonniers et de chasseurs >
(Arch. de l'Orne, G. 605.)
1 4 juin 1789.
Lettre de l'Intendant de la Généralité d'Alençon a M. Necker
« Ayant été instruit qu'il s'élevait quelques mouvements parmi le peuple dans les halles de la ville de Bernny, j'ai cru devoir* prévenir qu'ils ne s'augmentassent ; et j'ai en conséquence eu l'honneur de demander à M. le duc de Beuvron d'y envoyer un détachement de quelques uns des corps qui sont en garnison dans celte généralité. »
(Arch. de l'Orne, C. 1166.)
16 juin 17S0.
Lettre de l'Intendant a Messieurs de Villedeuil, DE PUYSÉGUR ET NECK.ER.
« La cherté toujours constante des grains a donné lieu nu renouvellement des émeutes à BeHêmeel à Nogenl-Ie-Rotrou. Par la conduite que lient le peuole dans ces deux villes, il court risque de ne plus voir amener de grains dans les marchés. Mardi, IG de ce mois, la populace deNogent, composée en grande p rlie d'ouvriers en manufactures et qui manauent d'ouvrage, s'opposa à la sortie d'une voilure de groins destinée pour la Loupe. Quoiqu'il y ait dans cette ville un détachement de vingt-six chasseurs, l'officier qui le commande ne se crut pis sansdouie assez fort pour dissiper le peuple, et d'accord avec les officiers municipaux qui craignirent peut-être les extrémités où pourro;ent se porter les mutins, il abandonna les grains que le peuple consentit cependant de payer, mais pour un prix fort inférieur à sa valeur actuelle. »
(Arch. de l'Orne, C. 1166.)
M juin 1789.
Emeute a Bellème
« D'une information en date du 25 juin 1789 il résulte que la populace de la ville de Bellesmc, soutenue par trois ou quatre cents bûcheron-, armés de haches, de faux et de fusils
se seroit révoltée, les dix-sept et dix-huit de ce mois, veille et jour de halle, et auroit arrêté plusieurs voitures chargées de groins que l'on conduisent à la ville de Morlogne, forcé les conducteurs d'exposer et vendre àBellesmeles dits grains et forcé Messieurs les officiers de police à taxer le bléà un prix au-dessous de sa valeur. A quoi avons vaqué, assisté de Mc Georges-François-Charles Bidon, notre greffier ordinaire
« On avait vu le jour de rémeute le sieur de Blnndé, vêtu d'un uniforme jaune, armé d'un sabre, et le domestique de M. de Fonlenay, tous deux montés, venir parler à un attroupement considérable de bûcherons, armés de leurs coignées qui étoit au bord de la forêt et que même il a entendu le dit de Biandédire ù gens de ne pas bouger, qu'il n'étoit pas encore temps de marcher; que lui dépos-mt a vu entre les mains du sieur Charlier, échevin de la ville de Morlagne, deux passeports signés Blandé. que celui-ci avait donnés aux nommés Paris et Boucherie, voituriers, demeurant er. ladite ville de Mortagne qui y conduisoient deux voitures chargées de légumes, et que ces dits passeports leur furent donnés pour qu'ils ne fussent pas insultés en traversant la dite forêt par les dits bûcherons, qui arrêtoient loutes les voitures qui y passoient, que le dit Polonnier a dit ce qu'il avait vu et entendu au nommé Lai ge. qui comme lui tient les marchés de Bellesme et fait le même commerce. »
(Arch. de TOrne, série B.)
48 juin 1789.
Continuation de l'émeute a Bellême
Extrait d'une lettre do l'Intendant en date du *2<> juin.
« Jeudi à. Bellôme, pareille émeute, mais encore plus vive pour s'opposer au transport à Morlagne de grains qui nvuient été achetés au marché qui en resloient. Mon wbdéîégué cependant qui avoil eu nvis que les ouvriers des forêts el des forges avoien'. annoncé qu'ils se rendroient ce jour-là ou ma rhô. crut devoir se mettre en étal de leur résister. I n'yn à Bellême qu'un d<: Bachemen» de 1 1 chasseurs : ildemandajà l'officier qui commande les 26 hommes de Nogeiil de les amener y Bellême et obtint égalcflfcf ni. de celui qui en commande 44 à Mortngne qu'il se rendît avec sa troupe à Beilêinc
Ce corps formant alors cinquante hommes devoit espérer de se taire craindre. Néanmoins il a fallu céder au peunl . qui à ia vérité, indépendamment de 2 ou 3Û0 ouvriers des f et des forêis qui, armés de haches, faisaient la prineipilc force de l'attroupement, étoient encore enhardis par trois habitants de cette vil!" dont an sietrr de Fontenay, gentilhomme qui a $erw quelques années, un sieur de B andé. qui quoique bourgeois, a aussi servi quelque romps et un sieur Dubois, avocat. Ces trois hommes dont les deux premier? vêtus de Jeur ancien uniforme et le sabre en bandoulière, loin de chercher à apaiser le peuple l'excitèrent su contraire à arrêter les grains
achetés pour Morlagne, et le commandant de ces cinquante hommes ne se croyant pas nss< z
fort pour résister à celle populace soutenue
f>ar ces gens de forêts, souffrit, de concert »yec es officiers municipaux, que la voiture lut retenue et le grain livré au prix que le peuple voulut le taxer.
« La conduite des habitants de ces deux villes doit faire craindre, Monsieur, qu'on ne leur amène plus de grains; les laboureurs qui ont été jusqu'ici dans l'usage d'y empoi\e>* s'é'oigneront certainement de ces marchés et on ne peut pas prévoir ce qu'y produira alors la disette du bled. »
(Arch. d? l'Orne. C. 1166 )
20 juin 1789.
Extrait de la. lettre de l'Intendant a Messieurs de Yilledeuil, Necker et de Puységlr
« Persuadé, Monsieur que l'impunité de toutes les émeutes que nous avons eues jusqu'ici a enhardi les séditieux à en exciter de nouvelles, les formes néce.-s ires dans les tribunaux ordinaires ne permettant pas un exemple aussi prompt qu'ii devroit être fait en pareille circonstance, j'ai chargé le sieur de Montfort, lieutenant de maréchaussée, homme ferme et trè<* inte.ligent, à se transporter sur les lieux, à y informer contre les plus coupables et à les f tire arrêt ci'. Sans doute il pourrait être utbe d'en faire un exemple sur les lieux ; mais il faut, je crois, avoir égard aux
motifs qui ont donné lieu à cesatlrou
ml des malhe ire .:■; qui demandent du pain et pour lesquels, en effet, il est bien cher. J'ai pen=é que, son- annoncer de l'indulgence qu'il est toujours dangereux de f dans de le!s moments, il suffirait que sous prétexte de vou'oir juger à Alcnçon ceux qui seraient décrétés ou arrêtés, le lieutenar maréchaussée les y fî1 transférer. L'incertitude où seraient leurs cornpiices du sort desti ceux-là suffirait peut-être pour prévenir toute nouvelle sédition. Au surplus Monsieur, ces coupables seront toujours sous la main de la maréchaussée qui, suivant les circoustan usera d'indulgence ou de sévérité dans le jugement qu'elle rendra.
« J'ai l'honneur de rendre compte de ces différents mouvements a M. le comte de Puys et de lui faire pari de la prière que je fais h M. le duc de Beuvron d'augmenter ie nombre des troupes qui sont dans la province.
(Arch. de l'Orne, G. 1165.1
21 juin 1789.
Lettre de l'Intendant a M. le duc de Beu\t x
Monsieur le duc,
« J'ai l'honneur de vous faire repasser, comme vous me l'avez demandé. l'instru dont vous aviez chargé le courrier que j'ai eu l'honneur de -vous adresser et qui est arrivé ici ce matin à neuf heures. Je ne saurais trop
- Si —
vous remercier, Monsieur le duc, pour la tranquillité de ma Généralité, de la célérité avec laquelle vous avez bien voulu faire expédier les ordres nécessaire* pour nous mettre en force à Nogent et à Bellème. Je crois d'ailleurs que la présence de M. de Montfort, qui part après-midi pour se rendre dans ce canton, pourra donner quelque inquiétude aux mutins. Je lui ai Port recommandé comme vous m'en chargez, Monsieur je duc, de s'assurer, s'il le peut, des trois chefs de l'émeute. Je ne lui ai point laissé ignorer l'opinion que vous avez de son zèie et de son activité; et je le connois assez pour être bien sûr qu'il se conduira dans cette occasion, de manière à augmenter encore la confiance dont vous l'honorez. »
(Arch. de l'Orne, C. 1161).
27 juin 4789.
M. de Saint-Priest, sur l'avis du Conseil d'Etat, rejette la demande faite par lesdrapiers de Falaise de n'autoriser les marchands forains à séjourner à la foire de Guibray au-delà du 24 août.
28 juin 1789.
Lettre de l'Intendant a M. ae Yilledelil
€ J'étois instruit du projet dont vous font part les habitants de la ville de Nogent-ie-Rotrou par la lettre que vous m'avez fait Thon-
neur de me communiquer le 25 de ce mois et que je crtis devoir vous faire repasser. Comm*-* il y à dans celte ville un détachement de 36 chasseurs du régiment de Picardie, la municipalité pourra les employer à aller nu devant des voitures qui leur amèneront du grain. Ces précautions sont nécessaires dans un moment te1 que celui-ci, car le peuple, qui crainl une disette absolue, consent difficilement à laisser sortir de sa paroisse ou même à y laisser passer des grains étrangers, qu'il croit être pris sur ses besoins.
« J'espère au surplus, Monsieur, qu'au moyen de la main-forte que la ville de Nogent se procurera par les chasseurs, les grains lui arriveront en sûreté. »
(Arch. de l'Orne G. 1166.)
Avis de l'Intendant sur une demande des Chartreux du Val-Dieu d'être autorisés à convenir en un nouveau martinet leur moulin à papier, établi à peu de distance de leur tréfilerie.
30 juin 1789.
Lettre de l'Intendant a M. de Saint-Priest
« Je donnerai, Monsieur et cher confrère, à la communauté des marchands merciers de Falaise, les ordres nécessaires pour que conséquemment à la décision que vous m9 fûtes l'honneur de me marquer avoir été rendue au Conseil, ils aient à admettre dans leur corn-
munaulé le? sieurs Mcrlicr frères, marchands, f r>i(MHnts d'étolïès de coion à Amiens, et qui ;,l établir une maison de commerce à F i-i'. ie Conseil les ayant dispensé de l'cxécu ion ou règlement en ce qui concerne l'appr 'iitissag^ et voulant qu'ils ne soient assujetlis q /au payemeni des droits de maîtrise dans la vnle de Falaise. »
S juillet 1789.
Disette générale dans la généralité d'Alençon signalée par l'intendant.
Le 2 juillet 1789 l'Intendant écrit à M. de Montai-an :
« Je ne" puis. Monsieur et cher confrère, vous rien dire sur la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m écrire le 29 juin, en m'envoyant la le' Ire écrite par les députés du déparlement de Verneuil à M ie Directeur général, pour lui peindre la misère de ce canton, que ce que j'ai eu l'honneur de vous marquer aujourd'hui, à 1'ocoesiou de 3a ville de Falaise. Verneuil, ainsi que toute la province souffre également de la cherté des grains. J'y ai distribué des travaux de charité, et je fais partager à cette ville le riz que j'ai fait venir pour la nourriture des pauvres. J'ai l'honneur de vous faire repasser la lettre et le mémoire ces députés du déparlement de Verneuil. »
Le même jour l'Intendant avait informé Neeker et M. de Monlaran qu'il avait établi des ateliers de charité à Châteauneuf-en-Thi-
mirais, pour pro<urer du travail aux pauvres, et qu'il avait distribué du riz à la viiie de Falaise el à différentes paroisses de la généralité.
« Le gouvernement ne serait pas a-sez riche pour donner aujourd'hui aux malheureux tous les soulagements que la cherté des grains leur rend nécessaires. Nous approchons heureusement de la récolle qui, dans que'ques cantons de ma province n'annonce pas a la vérité, devoir être très bonne, mais les provinces voisines y suppléeront. »
6 juillet «789.
Renvoi a l'Intendant d'Alençon par M. de montauan d'un mémoire des habitants de Bretelil.
Le \1 juillet l'Intendant répondit à M. de M on tnran :
« Je n'ai pas de peine à croirela misère dont le peuple de ce canton est afflrgé. J'y ai procuré tous les secours qui ont dépendu de moi ; je viens d'y faire passer du riz pour les plus ma!heureux. Je voudrois que, comme ces gens Je disen' dans leur mémoire, i! y eût. en effet, des grains cachés dans le pays ; je les ourois découverts depuis longtemps; mais ils sont malheureusement aussi rares dans cette partie de ma province que dans tout le royaume. Les approches de la récolte qui ne s'annonce pas mauvaise, font espérer que bientôt nous verions la fin de cette trop longue calamité. »
1 juillet MM.
Amendes prononcées au profit do Monsieur, comte de Provence, duc d'Alençon, par M. de Courtillo'.es, lieutenant-général du Bailliage d'Aîençon. contre divers marchands, convaincus d'avoir acheté et revendu des grains à la halle et fait le métier de regrattier, conire les règlements sur la police des grains.
Information faite contre plusieurs polissons de la viUe d'A'ençon, parmi lesquels est signalé particulièrement ie fils Blunchet, orfèvre, qui le jour de la grande Fête-Dieu se sont introduits dans le nouvel hô'el de ville, par la maison de M. Desmadeleine, sont montés dans les combles et de là sur les échafaudages, encore en place, parce que la construction n'était pas entièrement achevée, ont jeté des pierres pendant que la procession passait et déposé des ordures sur la couronne du fronton de l'édifice. Les parents furent déclarés responsables de ces méfaits, les délinquants étant mineurs.
8 juillet 1789.
Envoi à l'Intendant d'Alençon du règlement fait par le roi le 27 juin pour faire cesser les restrictions mises aux mandats des députés aux Etats Généraux.
— oo —
9 juillet 17S9.
Lettre de l'Intendant a M. de Villedknl
< Rapprends qu'un sieur de Fonienay, gentilhomme demeurant à Bellesme où il s'est retiré après avoir servi quelques années, et que j'ai eu l'honneur de vous marquer le 20 du mois dernier avoir été à lu tète de l'émeute arrivée dans cette vUe le 18 du même mois, est parti de Bellesme avec un très-long mémoire qu'il doit présenter aux Etats généraux, pour se p'aindre de ce que l'on a envoyé des troupes dans sa ville. J'ignore quels pouvaient être les projets de ce gentilhomme en excitant quelques autres pailiculiers et trouvant mauvais qu'on ait fait venir des troupes pour en imposer au peuple. Le prévôt de ia maréchaussée a pris connoissance de celte hffaire. Un sieur de Blandé qui, d'après les informations, paraissoil être le plus coupable, est déjà décrété de prise de corps. Les témoins entendus jusqu'ici n'ont encore rien déposé d'assez positif contre le sieur de Fonienay pour que leurs dépositions aient pu être suivies d'aucun décret ; j'ignore si c'est une suite d'égards particuliers pour son nom, ou si en effet ceux des témoins qui ont été assignés ne sa voient rien qui pût le charger. Peut-être la suite de l'information appreudra-t-cllle quelque chose sur le compte du sieur de Fonienay.
Je ne sais pas, Monsieur, quelles peuvent être les vues du sieur de Fonienay en se rendant à Versailles où les uns disent que c'est à vous qu'il doit présenter son mémoire, d'autres
Ottavlensls
au contraire qu'il est destiné pour l'Assemblée nationale; mais si cette affaire vous appartient, je crois nécessaire de vous donner connoissance du genre d'esprit des habitants de Bellesme. Vous verrez par In copie que j'ai '.'honneur de vous adresser de la délibération que dans une assemblée qu'ils ont convoquée de leur chef sans l'attache du lieutenant-général qui est aussi maire de la ville, qu'on ne peut attribuer qu'à ces gens les troubles arrivés dans leur ville à l'occasion du prix dos grains. Ce'te assemblée, à laquelle oh aforcépardes menaces ie maire de s^ rendre, l'a interpellé de déclarer par quel- ordres il étoit arrivé des troupes dans la ville. Elle a fait plus; elle a envoyé chercher les deux officiers qui corn ma n- Hoient ces troupes et qui ont eu la complaisance de s'y rendre et leur a également demandé par quels ordres ils étoient à Bellesme. Ils ont répondu, quoiqu'assucément ils n'y fussent pas tenus, que c'étoit par les ordres de M. le duc de Beuvron, commandant dans la province. Le commandant de !a maréchaussée a été aussi mandé; on l'a interpellé de déclarer qui lui avoit commandé de courir sur la populace avec le détachement des chasseurs. Sur sa réponse que c'etoit pour la dissiper, il a été injurié par une partie de cette assemblée et a môme été obligé de se retirer dans la crainte d'être maltruiié comme il en étoit menacé. Ii naroit. Monsieur, que c'est principalement au lieutenaut-g^néra qui est maire de la ville et aussi mou subiiélégué qu'en veulent ces mutins. Il y en a eu d'.issez téméraires pour l'accuser en afiirmant qu'il faisoit le commerce des grains,
et que quelques unes des voilures qui avoient étéanêiées lui eppartenoient. Heureusement poiH lui que c«lui de qui Ton disoit lerjir qu'il éioil propriétaire des grains qui avoient été arrêtés, s'est trouvé dans rassemblée, y a as- Buré que c'éioit une calo<nnie, que jamais il n'a tenu part-il propos et a indiqué à quiappartenoient ces grains, ce qui n'a éprouvé aucune cou tradition.
Le sieur de la Vingtrie lieutenant général, a dressé son procès-verbal que j'ai l'honneur de vous faire passer. Cette pièce, ainsi que la délibération, vous metiront en état de répondre au sieur de Fontenay s'il doit se présenter devant vous.
13 juillet 4789.
Observations de l'Intendant sur l'état de la. fabrique de toiles de mortagne
J'ai vu, Monsieur et cher confrère, avec la lettre que vous m'avezfait rhonneurdem'écrire le 9 de ce mois, la lettre du lieutenant -général de Morlagnc; avec la délibération des gardesjurés de la fabrique de toiles de cette ville sur Je discrédit où ils disent être tombée aujourd'hui cette manufacture, par la facilité accordée à tous fabricants de n'être plus astreints aux règ! -s établies pour la fabrication, lorsqu'ils veulent se contenter de la marque de liberté. Ils prétendent que cjlte marque qui s'imprime ra«l sur la toile, est trèa difficile à distinguer de la marque de règlement et que l'achepteur
qui n'en connaît pas la différence ne juge souvent de la qualité de la toile que par le lieu de la fabrique d'où elle sort. Ils demanderoient en conséquence que l'on rétablit les anciennes marques et que toutes leurs toiles fussent assujetties au règlement.
Il est vrai, Monsieur et cher Confrère, que les fabriques de toiles de Mortagne n'ont plus depuis quelque temps la môme activité quoique la négligence ou la mauvaise foi de quelques fabricants eii pu éloigner quelques demandeurs, ce n'est pas cependant à cela seul qu'il faut attribuer le discrédit dont on se plaint. Vimouliers faisoit jadis- des toiles pareilles à celles qui se fabriquent à Mortagne où à passé cette manufacture que les fabricants de Vimouiiers n'ont pas cherché à se conserver, ayant donné dans une fabrique de toiles beaucoup plus belles.
Il paraît qu'aujourd'hui sans abandonner les qualités supérieures, il s'est rétabli dans ce bourg une fabrique de toiles semblables à celles qui s'y faisoient autrefois, et telles qu'elles se sont fuites à Mortagne et dans les environs. Par là cette espèce de toiles s'est trou\ée multipliée, les achepteurs se sont divisés entre Vimoutiers et Mortagne, la consommation n'ayant pas augmenté, il n'est pas étonna .it que la vente soit diminuée à Mortagne où on continue d'en faire la même quantité.
Si la concurrence dans la fabrication a pu nuire au commerce de Mortagne je veux croire aussi que la mauvaise foi de beaucoup de fabricants peut y avoir donné lieu; et e!le est favorisée par la liberté indéfinie et qui n'a d'autre frein
que la différences des marques appliquées sur les toiles; mais celle différence en supposant même que l'empreinte de liberté ne put être reconnue n'est pas suffisante pour instruire le grand nombre d'acbepleurs. Ce? marques ne varient que parla ferme qui peutn'êlre connue que de quelques consommateurs. Souvent il suffit au grand nombre de voir sur la lisière que ia toile est de Morlagne.
M juillet 1789.