PCBLICATION A ALENÇON DU DISCOURS PRONONCÉ
le 1 5, par le Roi, a l'Assemblée nationale .
On voit par là que dès cette époque les communications officielles se faisaient avec une célérité, remarquable. L'expédition de ce discours ne fut pas faite directement de Versailles à Alençon, mais l'Intendant le reçut deE.ouen, par l'intermédiaire de son collègue. Arrivé à Alençon dans la nuit du 16 au 17, ce discours fut publié et distribué dans la journée.
48 juillet 1789.
Émeute a Laigle.
Au moment où les blàtiers de Laigle voulaient emmener sepl sacs de blé, conformément à l'autorisationqu'ilsen avaientoblenuedeM. Savary, procureur fiscal de la haute justice de Laigle,
plus de quatre cents individus entourèrent la voilure proche Saint-Barlhélemi et s'opposèrent à l'enlèvement des grains.
(Arch. de VOrne, série B, marquisat de Laigle.)
Apostille par l'Intendant des soumissions faites par decx entrepreneurs de la généralité pour la construction des fortifica- TIONS du Cherbourg.
« Le nommé Desro^hes. entrepreneur de cette généralité, s'est rendu à Cherbourg pour concourir à l'adjudication des ouvrages du fort de Querquevilie. J'ai adressé la soumission de ce particulier à M. le comte de Puységur, le 2i du mois dernier, avec celle du nommé Jacques Fresnel, recommandé par M. le maréchal de Brog'ie qui connoit sa solvabilité et celle de ses associés.
< Cependant il paroit, d'après ce que me marque le nommé Desroches, que ces soumissions ne se trouvent pas. Je vous prie, M. le du?, permettre que j'aie l'honneur de vous l'annoncer pour un entrepreneur actif et intelligent qui s'est bien acquitté des travaux importants dont il a été chargé dans mon département.
« Le nommé Fouquet, qui l'accompagne pour être son associé ou lui servir de caution, m'est également connu pour un homme instruit et en état de conduire de grandis entreprises. Il a été chargé de la construction du cana' de Senonches établi pour le flottage des bois que l'on tire de plusieurs forêts de cette généralité
peur la ville de Rouen. Cet ouvrage important a été bien exécuté, et c'est aux talents du nomné Fouquet que l'on doit la perfection de ce canal. Il a une fortune honnête e! suffisante pour la sûreté des travaux dont le nommé Desroches pourroil être chargé a Cherbourg. »
19 juillet 1789.
La Fête de la prise de la Bastille a Alencon en 7*9.
Il est assez intéressant de savoir nu juste comment 'a nouvelle des événements du 14 juillet 1789 fut accueillie en provi; ce. à Alencon par exemple, ville fort calme d'ordinaire
et 1res p'U portée à, l'enthousiasme. Une lettre adressées Ma llet Dupan, rédncleurdu Mercure,
et i sérée par lui ^■•m U numéro du lrr août, nous renseigne à ce sujet d'une manière préc se. Ce qui nous paraît surtout remnrq a -e, c'est de voir le représentant même du ^o »v rnemint, l'Intendant d'Alençon, s'as-oei^r <• nplèiement à a joie des citoyens, ouvrir -es jardins a la foule, et arborer eomme eux la cocarde nationale.
« Alençon. ce 19 juillet 1789.
« Chacun a arboré ici la cocarde de a Ni- « tion : une foule de Citoyen^ da tous e- « s'est rendi e aujourd'hui Ci. ez M l'I W d»nt « pour lui en offrir une ; ce magistrat été « harangué par un avocat, des main « il a reçu la cocarde qu'il a siir-l - np
« mise à son chapeau. Plus de 4,000 personnes « éloient entrées dans les cours et le jardin « de l'Intendance : on a dit à M. Jullien mille « choses flatteuses et méritées sur son patriote tisme et sur son zèle pour la cause qui a si « heureusement triomphé; il a répondu avec *< l'affabilité qui le caractérise, et a invité à « souper 24 des citoyens présens, au choix de « leur orateur. On lui u offert d'établir le jour i même, une Garde-Bourgeoise, pour prévenir « les désordres que pourroit occasionner la € joie vive et tumultueuse du public, et pour « assurer à chaque porte de la ville la percep- « tion des droits du Roi. M. l'Intendant a ac- « cueilli cette offre avec éloge et satisfaction, « et elle a été réalisée.
« Les bonnes nouvelles reçues ce matin de « Paris ont rempli la ville d'allégresse. La foule « s'est rendue à l'Eglise principale pour faire « chanter le Te Deum ; mais le curé s'y est « refusé, en disant qu'il ne pouvoit le faire « sans une autorisation de son Evoque. Les « rues ont retenti, le jour et la nuit, des cris « de Vive la Nation, vive le Roi. Il y a eu a enfin illumination générale et volontaire. « S. D. L'un de vos abonnés. »
FÈT3 A MoRTAGNE A L'OCCASION DE LA RÉUNION DES TROIS ORDRES EN UNE SEULE ASSEMBLÉE.
« L'a près midi, à quatre heures, le clergé de toutes les paroisseset communautés, la noblesse et tous les corps de la ville se sont assemblés à l'église collégiale royale de Toussaint et ont
chanté le Te Deum. Les trois ordres ont arboré une cocarde uniforme, en signe d'union. Les dames ont fuit une que e pour tes pauvres : les habitants ont fait le soir des feux rit jV.ie, ils ont illuminé leurs maisons et n'ont e de crier : « Vive le Roi, vive le rè.'e de la Nation. »
«lia ensuite été arrêté que. pour prévenir les suites fâcheuses de la discorde et des attroupements dont nous sommes menacés, la milice bourgeoise serait augmentée, ce qui est accepté par tous les gentilshommes, officers militaires et citoyens qui ont formé de suite d s compagnies sous le nom de compagnies citoyennes. »
20 juillet 1789
Lettre de l'Intendant au duc d'Harcourt. aisujet DES TROUBLES QUI ÉCLATENT DE TOUTES PARTS.
« Monsieur le duc.
« Les troubles de Paris ont passé dans la province où la cherté des grains n'est pas faite pour les apaiser. Sur ce qui a été répandu que les barrières de Paris avoient été détruites et q ion n'y payoit plus aucun droit, quoique cet affranchissement forcé n'ait eu lieu que deux ou trois jours, p'usieurs villes de celle généralité voudroient essayer de s'assimiler à la cnpitale q-i'e'îe^ suppo=^nt toujours, quoiqu'instruiles du contraire, affranchie de tout droit.
La précédente nuit, le peuple d'Argentan
— iUÔ —
s'est porto au bureau des aides et a brûlé les registres. Les troupes bourgeoises et le détachement qui y est, du commissaire-général, paroissent n'avoir pas pu s*y opposer. Leur présence il est vrai, a empêché que la populace ne se portât à de plus grands excès. Ce malin elie s'est rendue au grenier à sel où on a élé forcé de lui délivrer le sel à six sols la livre.
t Vous êtes sans dou'.e instruit. Monsieur le duc, que le peuple s'est conduit de même à Falaise où les registres des aides ont été également brûlés, et où le peuple a exigé que le sel lui fut livré à six sols.
« A Morlrée, petit village enl re Sées et Argentan, le bureau des aides a été forcé, les registres brûlés, ot les chefs de l'émeute étoient les chefs de poste et ses portillons.
« Mercredi dernier l'émotion fut encore plus vive à Laigle. Les registres des aides furent non-seulement brûlés, mais la maison du receveur fut pillée et détruite jusque dans ses fondements. Si le marquis de Laigle ne^ se fût porlô sur les lieux, et n'eût obtenu qu'on se contentât de la démolir, les mutins y youloient raeitre le feu, et toute la ville couroit risque d'être incendiée : c'est sans doute ce qu'ils désire ient, parce qu'ils auroient profité de ce moment pour piller toutes les maisons.
« Le peuple à Abjnçon n'est pas beaucoup plus modéré ; mais la bourgeoisie, effrayée du dé-ordre qu'il peut commettre et qui craint que la fureur de cette populace ne se borne pas à détruire les barrières, et ne la porte^ à attaquer et piller les maisons, est venu hier chez moi, au nombre de 5 ou 600, m'offrir pre-
miéremcnt une cocarde que je n'ai pas cru devoir r< fuser ci doni j'ai orné ma têle en sa presi n<e, elle m'a demandé à établir pour la uuil une garde bourgeoise pour veiller à la conservation des barrières. Si dans ce moment on se fût prê 6 à son premier mouvement, il n'est point de bourgeois qui n'eût éié du nombre d^ la garde pendant la nuit; mais je leur ai conseillé de ménager leurs forces et de se contenter de choisir entre eux une douzaine de personnes pour faire la patrouille, ce qui a été adopté, et en effet la nuit a été aussi tranquille qu'elle pou voit l'ê'.re pour un jour où Ton arborait la cocarde pour la première fois et où la joie universelle s'exhaloit dans les cabarets.
« La sûreté qu'a procuré celte nuit à la ville la garde qui y a déjà été faite a déterminé le corps municipal à continuer de faire veiller toutes les nuits jusqu'à ce qu'on put se flâner que le calme fut entièrement rétabli. Monsieur de Rainville commandant les cinquante hommes détachés ici du régiment des chasseurs de la Picardie, a bien voulu à ma prière se rendre à l'hôtel de ville et se concerter avec nous pour assurer la tranquillité. »
Te Deum chanté dans la cathédrale de Sées, en action de grâces de la réunion des trois ordres en une seule assemblée sous le nom d'Assemblée nationale.
2\ juillet 1789.
Émeute a Domfront.
Sédition à propos des aides et gabelles ; sel et tabac pillés ; registres portés à la mairie, perception des droits supprimée. Le directeur des aides, Drouin, cherchant à se donner la mort se jette du haut de la tour de Prel sans se faire mal ; plus heureux ou plus malheureux, i! se noie. — Pillage des greniers de Gnupel- Coulonches et de sa sœur.
23 juillet 4 789.
Préliminaires de l'émeute des paysans des
ENVIRONS DE BrIOUZE.
Louis Gibault, sieur des Champeaux, un des plus riches propriétaires du Ménil-de-B.-iouze, dénoncé par M. le Forestier comme l'instigateur de cette émeute, adressa au grand prévôt d'Alençon une requête dont il est utile de donner un extrait :
« A l'époque dont on vient de parler (maijuillet 4 789), on publia dans les paroisses du Mesuil-de-Briouze, Lignou et autres circonvoisinns qu'il avait été rendu une déclaration du roi qui ordonnait à tous les vassaux de brûler tous les chartriers, pour ne laisser aucun vestige d'une féodalité que les Etats généraux supprimaient. Cette noirceur, que la méchanceté inventa, excita la plus grande fermentation parmi les paysans et occasionna les' malheurs qui sont arrivés dans différents endroits.
« François Peigney, propriétaire dans la dite
— îil —
paroisse de Briouze et fermier du suppliant, crut a In sincérité de la fausse déclaration di roi et, croyant sans doute obéir a son prince, i fut au bourg de la Ferté-Macé le 23 juille dernier, sçavoir si les habitans du lieu vou draient lui aider à faire exécuter cette préten due ordonnance et lui prêter main-forte, afin de brûler les papiers de chartrier de Lignou, mois ils refusèrent d'y assister, n'y ayant nul intérêt.
« Le même jour Peigney fut chez le suppliant, sur les dix heures et demie du soir, le réveilla et lui dit d'un air empressé qu'il fallait qu'il allât le lendemain avec lui et les autres vassaux, à sept heures du matin, incendier les titres du chartrier de Lignou et que s'il n'y allait pas, L'aînesse de la Rivière, qui consiste dans un village nombreux et très peuplé viendrait bnVer sa maison et sa personne.
« Le suppliant qui n'avait pas encore repris ses sens, fut effrayé des propos et plus encore des menaces ; il croyait déjà voir sa maison incendiée, comme l'on avait publié le même jour que celle du siGur Laubegnière l'avait été, pour avoir refusé d'assister les vassaux de Bellou qui devaient incendier les papiers de Briouze et de Saint-Denis.
« Pendant que Peigney agissait ainsi vis-àvis du suppliant et l'intimidait parles malheurs dont il le menaçait, son domestique courut de village en village ameuter les vassaux. Le lendemain sur les trois heures et demie du matin, Peigney, à ia tête de dix à onze habitants vinrent chez le suppliant pour le prendre et le mener avec eux. »
24 juillet 1780.
Attroupements séditieux et incendie a Briouze
ET A LlGNOU
Le procureur du roi, de In maréchaussée, à la résidence d'Alençon, présenta le réquisioire suivant :
« Informé des attroupements, excès, violences et voies de fait, qui se sont commis le vendredi 24 juillet dernier au château de Lignou, par les habitants des paroisses du Méuil-de- Briouze et Lignou, armés de fusils, faux, haches ou autres instruments, qui ont forcé sur les huit heures du matin, étant nu nombre de plus de trois cents, M. le Forestier de leur livrer tous les paj iers de son char'rier, e menaçant de piller son château et d'attenter à ses jours lesquels papiers i s ont brûlés au milieu de la cour du dit château, ain>i que les titres de famille et de propriété qu'ils se sont pareillement fait remettre par force; ont exigé ensuite qu'on leur donnât du vin et ont déclaré en partant qu ils allaient réunir à la commune une prairie appartenant à mon dit sieur le Forestier, qu'ils prétendaient devoir en faire partie, ce qu'ils ont exécuté en comblant les fossés arrachant les li3ies et clôtures en coupant ou arrachant les jeunes arbres nouvellement plantés que 'es dits habitants ont emportés chez eux, menaçant même d'abattre un moulin qui en est voisin.
« Que même le lendemain, 25 juillet, quatre particuliers auraient été pêcher avec des filets dans un étang de M le Forestier où ils auraient pris beaucoup de poissons.
€ Pourquoi le dit procureur du roi requiert, etc. »
Après l'incendie du chartrier de Lignou, les émeutiers furent trouver le sieur Gibault qui avait été déjeûner chez le prieur du Ménil-de- Briouze avec qui il était lié, ainsi qu'avec le seigneur de Briouie et de Lignou. Suivant son récit, Gibault fut forcé de les suivre, ils l'emmenèrent avec eux dans un mauvais cabaret de l'endroit et ensuite au château de Briouze.
« Saciéb d'éeumeur de soupe de Monsieur de Briouze, lui dit l'un de ces forcenés, si tu as le malheur de le prévenir, voilà un fusil chargé à trois balles, c'est pour toi. >
Gibault se le tint pour dit, et lorsqu'à l'entrée du château le baron de Briouze lui demanda ce qu'il lui voulait, il ne sut que répondre plus morL que vif:
« Rien, Monsieur, mon silence parle pour moi. »
Il fut alors témoin de l'incendie du chartrier de Briouze et ne fut rendu à sa liberté qu'après avoir une seconde fois payé à boire et à manger à la bande dont il était sensé être le «.•hef, quoique ces gens plus qu'à moitié ivres n'en eussent assurément aucun besoin.
25 juillet 1789.
Lettre de l'Intendant au duc d'Harcourt
Monsieur le Duc, < L'alarme est dans toutes les parties de ma généralité. On marque de tous côtés qu'une troupe de brigands infeste la province, pille
et brûle les maisons. Jusqu'à présent, M. le due. quelques informations que j'aie prises, je n'ai découvert aucunes traces de ces prétendus nrigands dont la frayeur fait, dans quelques endroits, porter le nombre ju-qu'à 3 et 4000. Mais ces gens, de l'existence desquels je doute, sont bien moins à craindre que la populace qui manque de pain et contre laquelle on aura peine à se défendre, surtout dans les villes, où elle est plus nombreuse et où nous avons trop peu de troupes. On ne doit plus compter sur les droits du Roi ; Falaise. Argentan, Sées ne payent plus le sel qu'à raison de six sols la livre; Alençon les acquitte encore en entier; mais d'un moment à l'autre je m'attends bien à voir les bureaux des fermes pillés. A la chaleur qui règne dans l'esprit du peuple il est fort à craindre qu'il ne se borne pas à ces incursions, et que sous prétexte de chercher du bled, ils n'attaquent et pillent les maisons où ileroiroit trouver quelque argent. Nous avons, à la vérité, un détachement du régiment des chasseurs de Picardie, commandé par un homme très ferme et qui saura les faire agir; toute la noblesse et la bourgeoisie s'étant armées, elles ont mis à leur têie M. Hubin, commandant de troupes provinciales ; cet homme brave est aimé ici généralement ; mais que seront ici ces deux corps contre une populace de cinq à six mille âmes soutenues par les habitants des paroisses voisines. Ilseroit bien à désirer, M. le duc, que vous pussiez nous rendre dans la province au moins les 200 chasseurs que nous avions dans le principe et dont cent étaient res'és à Alençon. Les frontières qui sont tran-
qui'les sont garnies de troupes qui seroient bien plus nécessaires dans 1 intérieur. Toute ma province en réclame ; elle espère, M. le Duc. que touché des maux dont est menacé voire gouvernement, vous voudrez bien vous intéresser pour le met re en état de se défendre des attaques qu'il c rai ni
Seconde lettre de l'Intendant au duc
d'Hàrcourt
Il lui annonce qu'il a été obligé de céder au peuple d'Alençou, qui exigeait la réduction du prix du sel, et de rendre une ordonnance en conséquence :
« Elle était nécessaire, M. le duc, car le peuple s'échouffoit de manière à laisser apercevoir qu'à l'ouverture du grenier, il s'y porteroit en foule et ne laisseroit pas même aux officiers la liberté d'en réduire le prix du sel. Se voyant alors le plus fort, à quels excès ne pou voit-il pas se porter? La milice bourgeoise et les chasseurs auraient sans doute fait leurs efforts pour l'écarter, mais combien de sang peut-être répandu? mes vues oui. été de l'éviter. Puis-je me flatter, M. le duc, que vous ne me désapprouverez pas.
26 juillet 1789.
Le peuple s'empare du Chartrier de la coulonche
La Coulonche est un pays montagneux et boisé dont les habitants avaient autrefois la
réputation d'être batailleurs et amis des aventures Leur seigneur, Louis-François d'Argouges,
comte de Rasnes, gouverneur des r-nâteau, ville et généralité d'A'ençon, mort en 17 7. est resté légvn iaire sous le nom du grand diable de laCoulonche. Il passait pour dur, violent, ka"teib, jaloux de ses moindres privi èges, et la tradition le représente comme « un odieux tyran, dictant despo jquement, de sa forteresse de la Goulonche, des ordres barbares à ses vassaux éplorés. » Son gendre Charles-Claude Olivier, le comte de Montreuil, de la Chaux seigneur deVaugeois, était d'un caractère tout différent, mais l'intendant des d'Argouges, J -B. S^gault, avait depuislongues années, par ses exigences hautaines, excité au plus haut degré Ta nimosité des paysans. « Tout semblait à cet agent irop zélé, dit M. de Contades, matière à chicine, à protestations, à recherches. »
Aussi lorsque le jeudi 23 et le vendredi :4 juillet '789, appelés le jeudi et le vendredi fous, le bruit se répandit aux environs de la Ferlé-Macé que des brigmds avaient envahi le bourg de la Ferlé et mettaient tout à feu et à sang, les habitants de la Coulonche furent les premiers à prendre les armes. Dans leur pensée, eu effet, cette alarme universelle qui, en un instant, mit debout tout le pays, était le résultat d'une machination infernale, dirigée par les nobles contre le peuple, et ils crurent que le moment était venu d'arracher, de gré ou de force, à des maîtres odieux, l'abolition des droits féodaux que l'Assemblée nationale allait prononcer.
Le -24 juillet, après s'être livrés devant le châ-
tcau à des démonstrations menaçantes et réclamé qu'on leur livrai le grand charlrier, c'està-dire le papier terrier de la seigneurie, les liai .itanls de la Ccu'onche se rendirent à ia Ferté, où, bien entendu, ils ne trouvèrent aucunes traces de brigands. Le lendemun 25 juillet, ils n'en tirent pas moins au château de la Coulonche, une nouvelle visite qui ne fuj pas plus fructueuse que la première, n'ayant pu découvrir le fameux char trier.
Le lendemain dimanche, *26 juillet, les curés de la Coulonche et de la Suuvagère lurent, après la messe, une lettre de M. et de Mmede Moutreui! qui faisaient abandon intégral de leurs droits féodaux, s'obligeaient a en passer acte à leurs frais, et indiquaient le lieu où se trouvaient leurs titres de féodalité. Là dessus, grande joie*, le peuple s'assemble, on sonne le tocsin, on court chez le syndic, chez !e curé de la Sauvagére. chez Sainl-Martin-Rignudière, maître de la forge de la Sauvagére, qui venait d'être nommé membre de la nouvelle munici- ' palité et on se met en roule.
Rigaudière raconte qu'il fût sommé par la foule armée de se rendre au château de la Coulonche. et sur son refus on lui signifia qu'il viendrait, sinon qu'on lui tirerait des coups de fusil dans sa maison. Il aurait alors dit au curé de la Sauvagére qu'un allait bru er le grand chartrier de la Coulonche qui pesait olus de cent livres et que si on ne le trouvait pas, on brûlerait non-seulemeni lé château de la Coulonche, mais celui de Vaugeois, peut-être aussi les presbytères de la Coulonche et de la Sauvagére. Arrivé au château, il mit des gar«
dos à l'entrée de la cour et à celles des ap« parlements pour empêcher les excès, el après s'être fail remettre les papiers du charmer des mains du curéd j la Sauvagére, il s'opposa n ce qu'on les brûlât, mais ordonna qu'ils fussent cachetés et confiés au syndic du lieu. Celui-ci ayrint refusé, il proposa de les déposer chez le curé ou chez le notaire.
27 juillet 1789.
Pillage des châteaux de Vaugeodb et de
Coûter ne.
Le lundi 27 juillet, dès trois heures du matin, le tocsin se faisait entendre à l'église de la Sauvagére et appelait dans îe bourg les campagnes environnantes. Deux heures plus tard, cinq à six cents hommesétaient réunis; presque tous avaient des armes, telles que fusils, brocs, sabres, faucilles et bâtons ferrés. I's se mirent en route aussitôt, ayant à leur tête des fifres et des tambours dont le bruit assourdissant sig ialait au loin leur passage. Ils avaient eu soin, en ouire, de faire entrer dans leurs rangs, bon gcé mal gré, les curés de la Coulonche et de la Sauvagére, le notaire de ce dernier endroit, Perrier. et d'autres particuliers appartenant à la bourgeoisie locale.
Il était dix heures quand la troupe qui s'était grossie en chemin d'une quantité considérable de recrues des paroisses environnantes parut devant Vaugeois. Des cris de mort se firent entendre contre Sébault. « Qu'on nous le livre, hurlait la foule. Nous allons le mettre en mille
pièces et nous en faire des cocardes S » Séboult, heureusement pour lui, était enlieusûr.
Les paysans obligèrent, séance tenante, M. de Montreuil à souscrire devant Perrier, notaire ù la Sauvagère, el Grillon, notaire à Goulerne, une renonciation absolue à tous ses droits féodaux sur les Lerres de la Goulonche et de la Sauvagére Pendant qu'on rédigeait cet acte solennel, la foule s'amassait dans les caves du f-hàtoau et do la ferme qui bientôt sq trouva
plie de seize à dix-nuit cents person Les nouveaux venus avaient aussi amené avec eux leur notoire, Me Beau vais, de Neuiilv-lc- Vendin, et M. de Montreuil dut leur octroyer une renonciation semblable à la précédente, pour ce qui concernait ses droits dans les paroisses des environs de Vaugeois.
Les appartements furent alors foufîlés pour la recherche des papiers féodaux des diverses seigneuries mouvantes de Vaugeois : les armoires qui les contenaient furent enfoncées, et ces titres précieux pour l'histoire fureni. en un instant portés au milieu de la cour et livrés au feu.
Pendant ce temps, les provisions du château et de la ferme eiuient mises au pillage. Un grand nombre d'individus pratiquèrent envers M. de Montreuil des extorsions d'argent dont le total se monta à près de 1.80) livres. Il y eut môme des gens qui trouvèrent bon de se faire payer par lui des journées qu'ils avaient employées' à courir les paroisses voisines pour y sonner le tocsin et ameuter les habitants. D'autres, Manceaux ou Normands, mais non moins avisés, profitèrent de la circonstance
pour se foire concéder des droits de passage sur 1rs lenes du comte, pour l'exploitation "de Jeurs champs. Ces scènes de dés rdre se prolongèrent pendant près de dix heures, et la quantité à<- cidre qui fui bue dans cotte journée esi presque incroyable. Le château faillit avoir le son du charlrier. Plusieurs fois M. de Montreuil fut couché en joue, nv.is des hommes de cœur parvinrent à détourner les coups et à représenter a ces forcenés l'odieux rie leur conduite. Mme de Montreuil n'eut pas la force de résister à ces scènes d'horreur, elle s'évanouit et après être restée longtemps sans connaissance, fut obligée de garder le lit pendant plusieurs jours.
I! était 7 heures du soir quand Yaugeois fut enfin débarrassé de ses envahisseurs. Les derniers à lâcher prise furent naturellement les habitants des paroisses rivei âmes.
Quant à ceux <le la Coulonche et de la Sau- Xhgw, ils étaient panis de bonne heure et, à la prière des gen* de Couierne, s'éiaîent dirigés sur le châieau de d. de Frotié, pour faire ég-demi-nt un auto-da fé de son charl'ier. Aux obs> rv-'lions préalables de M. de Frotté, les assaillants répondirent qu'ils avaient des ordres pour agir ainsi et qu'ils ne lui donnaient que cinq minutes pour- s'exécuter, faute de quoi ils allaient meMre e feu au château. M. de Frotté fil à l'instant l'ouverture de son chartrier. La foule se précioila dans l'appartement et, pendant que les uns allumaient du feu dans la cour, d'uuires brisaient un^ croisée, forçaient les portes des caves, buvaient ie vin, le cidre et cassaient les bouteilles. Non seula-
ment les aveux et les parchemins concernant la féodalité, mais des livres de compte, de» titre- de propriété, des portefeuilles renfermant des papiers de famille, billets et effets, furent ainr-i détruits en un instant.
Comme son voisin de Yaugeois.M. de Frotté fut obligé de signer une renonciation notariée à ses droits féodaux. Après avoir si bien travaillé il fallut nécessairement manger et surtout boire ; après avoir consommé toutes les provisions du château, on fut en requérir dans les villages voisins au compte du seigneur. Joignant la dérision à toutes ces insolences, la foule s'avisa de vouloir forcer M. de Frotté, qui était protestant, à réciter des prières catholiques, « pour voir comment il s'y prendrait. » Mais Rigaudiére s'y opposa, dit-on, et exposa même sa vie pour arrêter le pillage des caves. Il n'en fui pas moins poursuivi, décrété et eut à subir un emprisonnaient de six mois par prévention, mais il fut mis en liberté au mois de mars 1790 (1).
28 juillet 1789.
Troubles a Conches et dans t •l-.e la. généralité d'Alenvn, signalés lar l'Intendant
< M. LeGendre, lieutenant-généralà Conches et en même temps mon subdélégué, écrit l'In-
(1) Mémoire pour le sieur Saint-Martin de la RC gaudière, négociant, accusé, contre M. le procureur du roi de la maréchaussée, accusateur . Alen^on, Malas>is fils du jeune 17 0, in-4° de 41 p. ( Communiqué par M. de la Bicotiere). — Duchemin, Les premiers troubles de la Révolution dans la Mayenne.
tendant à M. de Saint-Priest, m'avoit déjà fait part de la position dans laquelle il se trouve à Conches, mais je n'ai point de moyens de venir à son secours. J'avois dans ma généralité 200 chasseurs du régiment de Picardie ; il en étoit resté 75 à Alençon. Le surplus étoit partagé dans ma généralilé entre les différentes villes qui avoient le plus besoin d'être gardées. Depuis 15 jours on m'a retiré 100 de ces chasseurs pour les répandre dans les environs de Pvouen. J'ai été obligé de céder 25 de ceux que nous avions à Alençon. J'en ai fuit des représentations à Monsieur le duc d'Harcourt. commandant dans la province, mais il m'a répondu qu'il ne lui étoit pas possible d'affaiblir aucun des quartiers qui sont en Normandie. J'avois pensé qu'on auroit pu retirer quelques régiments des frontières qui sont tranquilles et en faire venir en Normandie sans leur faire faire une marche considérable. Ce ne sero't que des déplacements de proche en proche, de • puis la Picardie jusques dans cette province. Sans doute, Monsieur le duc d'Harcourt n'a pas pu obtenir qu'on dégarnit les frontières. Je ne vois donc, Monsieur, aucun moyen de donner des forces à la ville de Conçues! M. Le Gendre est un homme de beaucoup de mérite, respecté et aimé du peuple à qui il f.ut du bien, mais les charités qu'il peut faire n'étant que proportionnées à ses moyens, il n'est pas possible qu'il soulage tout le monde.
S'il étoit possible, Monsieur que vous pussiez procurer dans celte province une augmentation de troupes vous y préviendriez beaucoup de malheurs, Indépendamment des émeutes
qu'occasionne la cherlé des grains, je reçois tous les jours des nouvelles des incursions que vont faire les vassaux aux châteaux de
leurs seigneurs que jusqu'à présent, à !a vérité je n'ai pu entendre dire qu'ils eussent pillés, mais où ils s'emparent du chartrier et eu tirent
les titres qu'ils brûlent, espérant se libérer par là des redevances dont ils soat chargés. C'est surtout du coté de Falaise que se commettent ces violences. Une terre qui vous a jadis appartenu les a éprouvées. L'abbaye de Villers-Ganivet qui a des iiefs assez considérables a été attaquée par ses vassaux : ils so sont également emparés des titres qu'ils ont brûlés ; mais n'y ayant pas trouvé de papier terrier qui n'y existoit pas, ils ont menacé l'abbesseet les religieuses de les tuer si elles ne le livroient pas. Jugez dans quel état éloient ces malheureuses religieuses !
« La nouvelle arrivée à Falaise, toute la bourgeoisie en armes, commandée par le comte d'Aubigny. jeune homme plein de bravoure et qui a su mériter la confiance de toute la ville, est allée au secours de ces religieuses avec 30 dragons du commissaire-général qui forment toute la garnison de Falaise*. A leur approche, les mutins ont paru effrayés ; ils ont cependant tiré que'ques coups de fusil dont un homme de la bourgeoisie a été blesse. On a tiré sur eux ; deux ont été tués ; ces coquins ont alors pris la fuite ; mais dans la poursuite qu'on a faite on en a arrêté cinq. M. l'abbé de Murât, frère ou neveu de l'abbesse et qui était alors dans l'abbaye a pris la fuite à la vue de cette troupe de qui il a essuyé 15 coups de fusil sans être
frappé. N'osant pas sans doute paroître dans la campagne avec son habit ecclésiastique, il a endossé l'habit d'un paysan pour n'être pas reconnu. Chaque courrier, j'apprends des nouvelles de ce'.te espèce : on prévieudroit tous ces malheurs s'il y avoit plus de troupes dans la province. »
29 juillet i8*9.
DÉLIBÉRATION DE L'ASSEMBLÉE MUNICIPALE DL MORTAGNE AU SUJET DES TROUBLES DONT CETTE MLLE A KTK LE THEATRE.
« L'Assemblée, profondément affligée de l'insurrection de jeudi dernier par une troupe nombreuse d'habitants des campagnes qui y ont éié attirés par le tocsin, sonné à l'occasion de différents avis reçus qu'une multitude de brigands étaient en marche pour infesier le canton, ravager les récoltes et piller les maisons et tous les bons citoyens, 1 affliction de ces désordres où les livres des finances ont été brûlés, fixés arbitrairement le prix du sel, du tabac, de la viande
« En conséquence, l'Assemblée a arrêté que les curés, seigneurs, officiers de magistral ure, svndics, pères de famille, maîtres, directeurs de manufactures et ouvrages publics, ei généralement tous les citoyens, seront inviles à u^er de tous les moyens de persuasion *1 autres qui peuvent être dans leurs mains pour amener au bon ordre, à la tranquillité, à la subordination tous ceux qui sont sous leur dé-
pendance et sous leur autorité et à dénoncer et livrer à la justice tous les séditieux et perturbateurs du repos public. »
A la même date fut pris un arrêté ordonnant qu'il serait fuit « visite dans la ville et dnns les compagnes, pour constater la quantité de bleds et de grain qui existent et pour faire apporter le superflu des provisions. >
En conséquence, des commissionnaires furent nommés, « pour examiner les greniers et contraindre les particuliers à apporter leurs grains au marché. »
2 août 1789.
Autorisation d'acheter des blés a Rouen sollicitée par l'Intendant d'Alençon pour les députés des villes d'Orbec, Bernay et Con-