CHES
« Les trois villes pour lesquelles je réclame votre r^commawdfition auprès de Monsieur l'Intendant de Rouen, à qui j'ai l'honneur d'écrire aujourd'hui, manquent absolument de blé ; on y craint les émotions d'un peuple qui demande du pain, et que la faim peut porter à des extrémités dont on ne peut prévoir sans crainte les effets. Les députés de ces villes se sont déjà présentés à Monsieur l'Intendant de Rouen, qui, le croyant sans doute, leur a répondu, à ce qu'ils m'ont rapporté, que le Gouvernement m'avoil fait passer des blés. Les députés de Bernay surtout m'ont écrit que M. de Maussion, leur avoit dit tenir de vous, que
j'avois eu l'honneur de vous marquer il y a quelque temps, que ma province était garnie de b!é pour trois mois. Ces députés auront sans doute mal entendu ; car Monsieur l'Intendant de Rouen ne leur a certainement pas rendu un prcpos que vous ne pouviez pas avoir tenu, puisque dans toutes les lettres que j'ai eu l'honneur de vous écrire sur la trop grande cherté des grains, je vous faisois part des pressants besoins de ma province, où je vous marquois ne pouvoir donner de soulagement que par des travaux de charité que j'ai établis indistinctement partout. J'y ai versé quelques riz que j'ai l'ait venir de Rouen, en petite quantité à la vérité, parce que l'expérience m'avoit appris que lepeuplenevouloitpasde cette nourriture. Dans une pareille disette survenue, il y a quinze ou seize ans, l'administration me fit passer des riz qui furent perdus, le pauvre rejetant cette denrée. La cherté du grain ne dura pas, à la vérité, autant que cette année. Enfin, Monsieur et cher confrère, écrivez, je vous prie, un mot à M. de Muussion, pour qu'il fasse délivrer aux députés de Bernay, d'Orbec et de Gonches, les grains qu'ils iront achepter à Rouen. Sans ce secours, je crains de voir ces trois villes incendiées. »
4 août 1789.
Lettre di l'Intendant au duc d'Harcourt
Monsieur le duc.
« J'ai reçu, Monsieur le duc, l'exemplaire que vous avez eu la bonté de m'envoyer
de l'ordonnance de la municipalité de Caen pour arrêter les incursions que les habitbu plusieurs paroisses font dans les châteaux pour y enlever les litres. J'aurois peine à rien obtenir de semb'abie de la municipalité d'Alençon qui est aujourd'hui sans chef, le maire s"' retiré depui-s d^ux mois, et le lieutenant étant au physique comme au moral un homme absolument nul. J'avois voulu engageriez officiers du b.iilli.ige à rendre une ordonnance pour rappe'er l'exécution des anciennes lois sur la tranquillité publique; mais ces Messieurs craignent, fort mal à propos, à la vérité, que cette ordonnance ne les compromette, le Bureau intermédiaire du département a fait un arrêté qui rempliroit peut-être le même objet s'il avoit quelque autorité. J'ai l'honneur de vous en envoyer un exemplaire. »
Envoi a Xecker, par l'Intendant, de la délibération de l'ordre de la Noblesse du bailliage d'AlENÇN. RÉUNIE EXTRAOROINAIREMENT, POIR DONNER LA PLIS GRANDE ÉTENDUE AUX POUVOIRS REMIS A SES DÉPUTÉS.
« Par le cahier que j'ai eu l'honneur de vous adresser des représentations de l'ordre de la Noblesse du bailliage d'Alençon, vous avez pu voir, Monsieur, les bornes que cet ordre avoit mises au pouvoir de ses députés à l'assemblée nationale. La Noblesse de ce bailliage craignant que ses députés ne se crussent liés par leur serment, et n'osassent pas prendre sur eux du l'enfreindre pour se conformer au vœu général, a arrêté hier une délibération, dont j'ai
l'honneur de vous envoyer l'extrait. L'assemblée n'dtoit pas nombreuse; elle n'étoit composée que d'environ quorante-cinq personnes, et a été présidée par M. le vicomte Le Veneur. >
5aow* 1789.
Information faite par le liutenant de la maréchaussée d'Alençon contre les auteurs du brulement du chateau de salnt-hllairela-Gérard.
Voici la déposition faite par M:ae Marie- Louise -Pélagie Le Roi, veuve de M, de Villereau, seigneur de Saint-Hiîaire-la-Gérard.
« Dépose que le dimanche deux de ce mois avant été avertie chez M. du Cercueil, son frère oii elle avoit été dîner, que les habitants de Saint-Hilaire- la-Gérard se disposaient à venir chez elle après vêpres pour brûler ses titres, elle partit tout de suite à l'issue de son dîner accompagnée de son fils, le chevalier, pour se rendre à son château, ot entendit comme elle traversait les bruyères qui sont entre le Cercueil et Saint-Hilaire, que l'on sonnoit le tocsin dans sa paroisse ; qu'étant arrivée chez elle, et étant sur le point d'y entrer, les sieurs Davoust frères, demeurant à la Mouvillerie et à la Segannière vinrent la joindre et lui dirent que les habitants qui étaient attroupés étoient décidés de venir lui demander ses titres pour les brûler, que leur intention étoit de lui prêter secours, mais néanmoins elle feroit bien de céder à la circonstance, parce que toute résis»
tance dans le moment présent pourroit être fune-te, que la déposante ayant aperçu ei rem en l uii moment après tous ses habitants attroupés, qui venoient chez elle, sortit à leur rencontre et vit à leur tête le sieur Davoust- Desnos, s i ! ; d î c de In municipalité dé la dit' paroisse, armé d'un fusil à deux coups, l'abbé Davoust, COua - Tinnin du dit Desnos, sans armes, et Pierre Hommel, Bynd:c ordin 'ire de ].i paroisse, qui éloit armé d'un fusil à un coup qui lui firent lu demande de ses lilros qu'ils vouloient brûler, que la dép s»nte leur ayant dit qu'elle étoit disposée à les leur remettre, ils entrèrent tous les trois ainsi que le nommé Blivet, maréchal ferrant demeurait nu vili.-,ge des Vaux, même paroisse, et les dits deux sieurs Davoust, furent conduits tous les six prés la déposante dans ses archives, prirent les papiers qui furent jetés sur un lit et triés par ledit Davoust-Desnos et Pabbé Davoust qui les remirent au dit Homtnet et furent par lui renfermés dans une por-ho dont il s'ôt.it emparé dans la cuisine, qui les porta lui-même et les remit pur la croisée au nommé de France dit Lepart, qui a voit reslé dans la cour ainsi que tout le reste des habitants; que tous ces paniers ayant été ainsi portés à deux différentes reprises -fans le milieu de la cour, le sieur Desnos et l'abbé Davoust sortirent l'un et l'autre et furent joindre les habitants parmi lesquels elle en vit plusieurs q::i étoient armés de fusils, de brocqs et de b.iyonnettes mises au bout de bâtons et reconnut les nommés Haro frères, domestiques du dit Hommet, dont l'un étoit armé d'un fusil et le nommé Le Brecq
armé d'un brocq chez le nommé Ruel fermier de la déposante et tut le premier à allumer les papiers qui étoient dans la dite cour, s'approchèrent, en prirent des poignées, à l'exemple du sieur Desnos, et du nommé Hommel, les déchirèrent et les jetèrent dans le feu que parmi ceux qui ne firent pas de même elle reconnut le nommé Crétien demeurant au village de Montlaville qui, excité par le sieur Desnos à prendre et à jetter aussi des papiers dans le feu, refusa de lui obéir en lui disant qu'il ne le forcerait jamais à rien faire contre la déposante et que dans tous les temps il serait prêt à déposer de toutes les indignités qu'il lui avait vu commettre contre Mme de Villereau ; que tous ces papiers ayant été consommés par les flammes, tous ces gens-là se retirèrent et sortirent de chez elle qui nefut pas peu surprise que MM. Davoust qui sont gentilshommes se fussent conduits de la sorte et se fussent mis à la tête de ses vassaux pour venir brûler ses titres. »
laoût 1889.
Necker annonce à l'Assemblée nationale que dans les généralités de Caen et d'Alençon, les grenetiers des gabelles ont été contraints par le peuple insurgé à réduire de moitié le prix du sel et que presque partout la perception des droits d'aides est suspendue.
10 août 1
À88rMBLÉE GÉNÉRALE DU CONSEIL DE VILLE
d'Alençon. présidé par M. Bouley, lieutenant po Maire
Lindet de Frémisson, procureur-syndic, prit ! a p-itole et dit :
Messieurs,
« Toutes les villes du royaume s'empressent de témoigner aux dignes représentants de la Nation leur reconnaissance et leur respect. Vous, comme elles, applaudiront au courage, û la fermeté et aux vertus patriotiques quvils oit toujours montrés, même au milieu du trouble et des orages, vous devrez donner une adhésion formelle à tous les arrêtés qu'ils ont fait jusqu'à ce jour, les grands talents qu'ils ont déployés, la confiance que doit inspirer leur patriotisme et leur dévouement à la chose publique doivent vous faire adopter à l'avance ceux qu'ils prendront dans la suite pour assurer la liberté individuelle, la constitution de l'étal et le bonheur du peuple français.
< Et comme la ville d'Alençon s'est trouvée dans le plus pressant besoin, "que les officiers municipaux ont sollicité et eblenu de leurs frères les habitants de Beaumont-lc- Vicomte des secours en pain qui ont prévenu là disette, et que ce pain a été payé par M. Brisa rd i'aîné, l'un des échevins, nous demandons qu'il lui soit donné une somme de dix-neuf cent trente deux livres dix sols trois deniers à laquelle se monte le prix du pain qu'il a payé depuis le
six de ce mois jusqu'à ce jour suivant son mémoire qu'il en a remis à l'hôtel de ville. Fait et arrêté le même jour dix août mil sept cent quatre-vingt-neuf. »
Ces deux propositions furent adoptées et il fut arrêté que l'adresse proposée parle procureur syndic serait envoyée à l'Assemblée nationale, imprimée et envoyée dans les différentes villes de la province, et distribuée aux différents corps et corporations.
12aoûH789.
VENTE PAR jEAN-BAPTISTE-JOACHIM-MARrE-ANNK DE JUPILLE, CHEVALIER. SEIGNEUR DE MOU- LINS le-Carbunnel a René Rallu, marchand
LAPIDAIRE, DEMEURANT A AlENÇON, D'UN CLOS A CHANVRE, S, TUÉ A MOULINS^ RELEVANT DU FIEF DE LA RoUILLÉE.
La joaillerie était très importante à Alençon avant la Révolution. On trouve parmi les lapidaires decette ville, à cette époque, François Mardclay, demeurant au Marché aux Bœufs, et Besnard-Vauperrou^e.
« Les diamants d'Alençon, dit l'abbé Gautier, ont plus de réputation que de valeur ; ce ne sont point des diamants. Ils ornent la ch.-.ussure, les doigts, le front et la chevelure de io jolie femme et la lombe qui la couvrira. »
Ces prétendus diamants, en effet, ne sont autre chose que d^s prismes de quarlz enfumé, des cristaux d'orihose, de tourmaline et de béryl, ou de grandes lames de mica blanc
fournis par les carrières de granit des environs d*Alençpn.
« Lea orfèvres d'Alençon, dit l'abbé Gautier, {Histoire d'Alençon), ont trouvé le moyen de les blanchir ef de les mettre proprement en œuvre et il s'en fait un assez bon commerce. » Jndis on trouvait dans ces carrières, aujourd'hui abandonnées, des géodes hérissées ôv diamants et de saintsaci ements. Les voyageurs, qui montaient à pied la côte de Vervenne, en achetaient aux ouvriers qui en avaient toujours leurs p ches pleines et les faisaient monter pour emporter un souvenir du pays. C'est ainsi, suivant M. Lelellier (i), « que s'est répandue dans le monde la réputation méritée du diamant d'Alençon ». « Aujourd liui, ajoute le môme savant, ces diamants sont devenus rares, aussi sont-ils maintenant d'un prix assez élevé.
46 août 1789.
Le Comité national qui s'était constitué à Tfnchebrai, prend un arrêté par lequel les paroisses voisines sont invitées à faire une alliance défensive avec la ville de Tiuchebraï
contre tous les malintentionnés et pour arrêter les troubles.
(1) Etudes géologiques sur les deux cantons d'Alençon, (p. 20-21). — On trouve mentionné dans la Description méthodique du cabinet de l'école royale des mines, par M. Sage, un échantillon de tekUpath en cristaux parallélipipèdes, d'Alenoon.
17 août 1789.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU CONSEIL DE VILLE D'ALENÇON EXTRAORDIN'AIREMENT CONVOQUÉE, A LAQUELLE ASSISTENT MM JÏERBIN ET DE BoiS- GENCY, COMMANDANT ET MAJOR DE LA GARDE NATIONALE.
« Sur le rapport fail par M. de Mées, lieutenant particulier et remplissant les fonctions de lieutenant de police, que l'approvisionnement des halles diminuant de jour en jour, tellement que les grains qui ont été apportés à la dernière halle n'ont p*s suffi pour fournir à la subsistance de la ville et qu'on a été obligé de recourir à des expédients qui manquent actuel lement pour avoir été épuisés; que la halle d'aujourd'hui a encore été moins approvisionnée et qu'il y a lieu de craindre une disette, vu que les gens de la campagne sont maintenant occupes aux travaux de la récolte et qu'ils ne peuvent venir à la ville pour y apporter des grains. Ajoutons en outre cjue MM. de Beaumont qui avaient bien voulu jusqu'à présent subvenir aux besoins présents de la ville ont manqué qu'il leur étoit impossible de nous envoyer désormais les mêmes secours. La ville considérant les extrémités que l'on est sur le point d'éprouver et voulant les prévenir a prié MM. de Boisgency et Brisardde vouloir bien se transporter dans la ville de Gaen, qu'on a appris être dans l'abondance et dans la disposition de donner des secours à ceux qui en ont besoin; et à cette fin MM. de Boisgency et Brisard voudront bien partir incessamment,
pour foire tels et tels achats de groins ou forints aux prix et conditions qu'ils trouveront le plus convenable ce qu'ils ont accepté. »
20 août 1789.
AVIS DONNE PAR M. DE SaINT-PRIEST A i/lNTFN- TENDAN'T d'Ai.ENÇON DU RENVOI DANS LES PROvinces, de tous les gens sans aveu qui se trouvent a Paris.
11 fut attribué à ces individus, munis do passeport, outre une étape de trois sous par Heue et une paie de douze sous par jour, pendant sept jours, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé de l'ouvrage.
21 août 1789.
Levée des scellés opposés sur les meubles restés *près le -lécés de M. Samuel de Frotté, à la requête de M. Pierre-Jean de Frotté, chevalier, sieur de la Rimblière, demeurant à, AJençon.
22 août 17S9.
Discussion a l'Assemblée nationale de l'affaire de Bertrand de l'Hodiesnière. procureur du roi a Falaise, poursuivi par le Parlement de Rouen pour avoir laissé
ÉCHAPPER DES PAROLES TROP VIVES DANS l'AS- SEMBLÉE ÉLECTORALE.
La conduite du Parlement de Rouen dans cette affaire fut généralement blâmée. Un an-
oien magistrat, Gcupil de Préfeln, député du bailli. <ge d'Alençon, qui, lui aussi, avail eu des querelles avec les membres de ce parlement, dii même «qu'il fallait mander le premier président et le procureur général et leur laver la tête. »
Le comité des rapports proposa larrêté suivant :
« L'Assemble nationale persistant dans ses précédents arrêtés du 23 juin déclare qu'aucun citoyen ne peut être recherché pour les avis qu'il aura librement ouverts; déclare la procédure de Rouen attentatoire à la liberté nationale. »
Les débals sur cette affaire durèrent neuf heures et furent très confus. Mirabeau y prit part ; il soutint qu'il importait d'afrirmer qu'aucune atteinte ne peut être portée à la liberté des assemblées et proposa le renvoi au bureau pour l'indemniié due au procureur du roi de Falaise. L'affaire fut renvoyée au lendemain sur la demande d'un député de la noblesse, membre du Parlement de Rouen, M. de Frondeville.
A la séance du lendemain, Bertrand de l'Hodiesnière demanda à être entendu. Il parla avec esprit et réfuta les témoins produits contre lui par M. de Frondeville, en prouvant que leurs dépositions étaient invraisemblables.
Il est à noter, dès le début, il eut à subir une interruption pour avoir dit Messieurs, au lieu de Messeigneurs en s'adressant aux députés.
Cette discussion amena l'abbé Maurv à la tribune et y fît revenir Mirabeau qui .ui donna la réplique. Jamais affaire n'avait encore pro-
voqué aulant de propositions et d'amendemenis. Enfin un membre ayant proposé de déclarer nulle et attentatoire* la procédure du parlement de Rouen contre Bertrand de l'Hodiesniére, cet amendement fut adopté
23 août 1789.
Ratification de l'acte du 9 mars précédent passé devant Meurger, notaire, entre M. le Hayer du Breuil et M. Costard de Bursard, par lequel ce denier s'est chargé de payer en l'acquit du sieur du Breuil pour la somme de dix mille livres a M. Berlhereau, lituienant général au bailliage de Moriagne, ainsi qu â la dame son épouse et au survivant des deux, une rente viagère de mille livres, et cent livres de môme rente viagère à Marie Bourgeois, leur domestique, si elle leur survit.
Antoine Berlhereau est un personnage qui a eu ses jours de célébrité. D'abord simple avocat à Btdlême, sa ville natale, puis procucureur du roi plus tari, lieutenant général civil et criminel à Bellème, il était devenu lieutenant général du Perche, à Moriagne. Eu 17-*, il rendit à sa province un service signalé en obtenant la suppression d'un impôt onéreux, le droit de franc-fief
Lorsqu'il revint a Moriagne, porteur de la déclaration du roi, donnée à Versailles le 23 septembre 17s4, la municipalité déc da que, pour lui témoigner la reconnaissance de tousses concitoyens, les plus grands honneurs lui seraient rendus, qu'il serait reçu par la milice
bourgeoise sous les armes, que le vin de ville lui serait offert et qu'il serait mis en l'hôtel da ville, « au lieu le plus apparent, un marbre sur lequel yerait inscrit en lettres d'or la mention honorable de cet événement. » Finalement le monument fut réduit à une pyramide en stuc et bois peint, « au sommet de laquelle la Muse de i'Histoire tracera dans un cadre le titre de la Déclaration du Roy. » M. Rouchu, architecte fut chargé de sa construction. L'inauguration solennelle en fut faite au mois de novembre 1785, et quatorze plats en argenterie furent, en outre, offerts à Berthsrcau comme témoignage de la reconnaissance publique.
Pendant la période agiiée de la Révolution, dont Morlagne eut sa bonne part, Borthereau resta dans l'obscurité, mais en l'an V il fut nommé député de l'Orne au Conseil des Anciens, en lête de la liste. On sait que celte élec tion fut annulée à lasuite du coupd'Etat de fructidor.
2o août 1789.
Rapport de l'Intendant sur la dénonciation dont le Directeur de la Poste aux lettres d'Alençon a été l'objet.
« Le 27 juin de Tannée dernière un sieur LeRoi-Duvivret, négociant à Atençonr, adressa à un sieur Lamy, négociant à Londres, un paquet de dentelles de point ; il en a affranchi le port et dut croire que sou paquet arriveroit à sa destination. Inquiet de n'en point recevoir de nouvelles de Londres, il écrit au sieur Lumy,
son correspondant, en lui marquant la date à laquelle les dentelles étoienl parties d'Aleneon. L'anglois lui répond n'avoir point vu ce paquei ; mais qu'a l'époque à laquelle il lui dit qu'il uuroit du arriver à Londres, il a reçu, pur le même ordinaire, une lettre d'une dame Lombard, qu'il neconuoit pas et qui se disant marchande de dentelles à Alençou, lui o!î'ro:l - services pour ce commerce en Angleterre. Cet anglois envoyé même au sieur Duvivret ! i lettre qu'il a reçue de cette dame Lombard, qui t'ait naître au sieur Duvivret quelques soupçons centre le Directeur de la Poste d'Alen ce sont les liaisons duas lesquelles il paroit être avec celle marchande, qui lui marque de lui adresser sa réponse sous le couvert du sieur Duguet, Directeur de la Poste. En répondant à cette femme, l'anglais lui marquait en corresp -nuance d'affairée avec un sieur Duvivret marchand à A.ençon et lui demande sans doute quelques informations sur ce particulier. Car par eue lettre du 9 août suivant elle lui dit n'avoir pu découvrir à Aiençon ce sieur Duvivret, qui vraisemblablement n'est pas fabricant de point, mais les aehepte de seconde main pour ks envoyer en Angleterre. Cei homme cependant, faisant comme la dame Lombard, fabriquer du point, ne pouvait être inconnu d'elle, mais en feignant de ne point le connoilre, elle a voulu éloigner un concurrent. El e a encore soin par celle même lelt.-e de recommander à l'anglois de lui écrire sous le couvert du Directeur de la Poste.
« N'ayant pas de moyens, Monsieur, de faire légalement certifier en Angleterre que les den-
telles dont est question, n'y sont pas parvenues, je n'ai pas cru pouvoir prononcer sur
cette affaire
€ Il est malheureux pour lui que le même jour que le paquet est chargé à la poste pour un négociant de Londres, la dame Lombard, qui n'a aucune connoissance de ce négociant, lui écrit cependant pour lui proposer des dentelles et lui donne son adresse sous le couvert du Directeur de la Posle, avec lequel elle est très liée. Si les apparences suffisoient pour asseoir un jugement, on auroit peut-être peine à ne pas condamner le sieur Duguct, et ne pas croire que de concert avec cette dame Lombard son amie, il n'a pas voulu faire partir les dentelles, parce que cette fabricante a craint sans doute que trouvées trop bejles, le négociant de Londres n'acceptât pas ses offres et se contentât de traiter avec le sieur Duvivret, m.-asla lettre de M. d'Oguy, en faveur de son Directeur, décharge trop formellement cet employé pour qu'il puisse être rien prononcé contre iui, car on ne peut pas supposer que pour ménager la réputation du Directeur, M. d'Ogny consentît à attester un fait dont il n'auroit pas la preuve certaine sous les yeux. »
S9 août 1789.
Lettre de l'Intendant a M. Lambert, mintstrb,
SECRÉTAIRE D L'fAT.
« Q'ioiqu'en pleine récolte, le prix des grains n'en diminue pas davantage dans cette province,
où la culture de cette denrée est très bornée, la plus grande partie des terres y étant en herbes. Le Moine a toujours é:é notre çrenier, mitis quoiqu'il y en ait encore beaucoup de vieux et que la moisson y soit, en générai, très bonne, on y a semé l'inquiétude dans l'esprit des habitants qui ne veulent plus laisser sortir les gr. <ins. J'en ai écrit plusieurs fois à Monsieur l'Inlexidant de Tours qui sans douœ n'a pas pu obtenir qu'on y laissât libre l'exporlatation, soit que les subdélégués et les officiers de. juiice partagent les craintes, soit qu'ils n'oient ras l'autorité nécessaire pour empêcher ]e peuple de s'opposer à la circulation, il ne nous est plus possible d'en obtenir de ce canton où le bled e.-t cependant à très bas prix eu égard à celui auquel il est vendu à Alerçon. Noi s sommes aujourd'hui forcés de consommer le bled à mesure qu'il sort du champ. Le cultivateur profile du défaut de cette concurrence qu'il rencontroit dans les habitants du Maine. Il est le maître du pftx, ce qui le rend fort cher partout pour les malheureux. I! seroit bien à désirer, Monsieur, que par quelques ordres de votre part ou de l'Assemblée nationale, la circulation fut rétablie entre le Maine et la Normandie. Les deux provinces en souffrent également ; car le cultivateur du Maine ne pouvant vendre du grain, parce qu'il est nécessaire pour la consommation de son entour, est forcé de garder le surplus qui devient pour lui sans valeur, ce qui le portera incessamment à diminuer sa culture dont la grande partie du produit lui resteroit inutile. »
30 août 1789.
Assemblée générale des habitants d'Alençon convoqués au son 1>u tambour et tenue dans l'église du Collège pour la nomination des