‹ Éphémérides de la moyenne Normandie et du Perche en 1789Chapitre 16 sur 24 · DU PAIN · texte numérisé non relu

DU PAIN

« Aujourd'hui, huitième jour d'octobre 1789, à l'Assemblée générale présidée par M. Dcmées, maire de la ville d'Alençon. En conséquence

de In délibération du 4 noût dernier, qui porte qu'il s. pa ^ayé à la communauté des boulanuri" indemnité en proportion de la perte qu'ils éprouvent sur le prix du pain qu'ils vendeni au-dessous du prix courant, de celle du 19 septembre qui porte que la dite indemnité sera continuée, et celle du six de ce mois qui détermine la dite indemnité pour les temps antérieurs au l" septembre dernier, à la somme de 2243 livres, il a été an été que Ton f ioil le recouvrement du mandai que M. l'intendant a bien voulu délivrer sur le receveur généra! des finances pour être remis aux du? boulangers sauf à déduire ce qu'ils peuvent devoir pour les blés qui leurauroient été livrés et qu'ils n'ont pas payé. »

Arrêté du Comité national d'Alençon qui ordonne qu'il sera fait un recensement de vagabonds et gens suspects, par les commis-aires de pohee qui en feront un rapport par écrit et le déposeront au secrétariat.

9 octobre 1789.

Goupil de Préfeln propose à l'Assemblée nationale de donner aux députés des insignes qui puissent les faire reconnaître.

Dans la même séance, Goupil de Préfeln prit de nouveau la parole pour demander 1 ajournement sur la délibération relative au transf.T-ement de l'Assemblée et du siège du. gouvernement à Paris.

13 octobre 1789.

..FFAIRE DU VICOMTE DE CaR AMAN

Le vicomte de Caraman (Louis-Charles- Victor-Riquel), avait été envoyé depuis peu de temps a Alençon pour y commander le détachementdeschasseursdePicardie quiy tenaient garnison. Son prédécesseur, M. de Ra in vil le, avait accepté la cocarde nationale qui lui avait été offerte par la ville. Le vicomte de Caraman, peu de temps après son arrivée, fit reprendre à ses chasseurs la cocarde blanche. Il prétendit plus tard qu'en partant de Douay, où était le régiment, son colonel, le comte Erasme de Contades, lui avait ordonné de ne rien changer à l'uniforme adopté par le régiment qui avait conservé l'ancienne cocarde. Invité à prêter le serment de fidélité à la nation et au roi, il avait différé jusqu'alors et une certaine animosité s'en était suivie. Enfin le 13 octobre il fit savoir au Comité nalional d'Alençon qu'il prêterait serment avec sa troupe, le lendemain, a 9 heures et demie.

Cependant dans la soiréedu 13, une fermentation extraordinaire régnait dans la ville. On disait tout haut qu'on allait forcer le commandant et ses chasseurs à prendre la cocarde et à prêter le serment. Le vicomte de Caraman ordonna à ses hommes de monter à cheval et de se rendre devant son logement, chez M. Dubois, au faubourg Saint-Biaise. Il déclara lui-même à un capitaine de la milice nationale qu'i/ ne répondait pas de ses hommes, à cause de*ia défiance qu'on prenait de lui, des propos tenus sur son compte et des discussions qui pouvaient

en résulter. Son domestique fit lui-même seller son cheval pour suivre son maître, appréhendant qu'il ne lui arrivât quelque chose, après ce qu'il avait entendu à Thôlei de ville. Le vicomte de Caraman réoondit à une députalion de ses chasseursqui étaient venus lui demander de protéger sa vie : « qu'il n'avait aucun sujet de crainte, qu'il avait trop de confiance dans Messieurs de la milice nationale pour en rien appréhender; qu'en conséquence il les prioit de se retirer de rester tranquilles, et que la plus grande preuve d'aï tachement qu'ils pourroienl. lui donner seroit de ne rien répondre à ce qui pourroit leur être dit, et surtout d'éloigner tout ce qui pourroit amener quelque rixe. »

Sur les 6 heures et demie du soir, Rouillon de Boiskimbert. capitaine de la 6e compagnie de I» milice nationale, rencontra, devant l'hôtel du Maure, plusieurs chasseurs qui couraient au gniop et auxquels il demanda où ils allaient. L'un d'eux répondit simplement qu'ils allaient où leur commandant les envoyait. Un instant après, ce capitaine était lui-même invité par un brigadier des chasseurs à se rendre chez M. de Caraman, qu'il trouva sur le pas de sa

Î)orte, armé et entouré de cinq à six de ses îommes. Entendant alors une décharge de mousqueterie, il courut à son poste, si apprit que des coups de feu avaient été . tirés par les chasseurs sur la patrouille de la milice nationale, à la porte de Sées. et que plusieurs gardes nationaux étaient blessés.

Rouillon de Boislambert en fit immédiatement son rapport au Comité national qui

m and» le vicomle de Caraman, mil les scellés sur ses papiers et commença une information contre lui.

Le chevalier Louis de Cloche, capitaine des chasseurs, en garnison à Mortagne, interrogé sur le motif qui l'avait amené à Alençon, représenta deux lettres du vicomte de Caraman en date du 9 et du U octobre, dont Tune contenait les passages suivants :

€ Le sort en est jeté, mon cher commandant, et je pars d'Alençon. Je ne reçois de réponse de personne, et M. de Conlades n'a que des promesses vagues de réunir le régiment. Tout cecy sent prodigieusement l'hiver. J'irai moimême plaider notre affaire à Versailles et presser notre chemin à Alençon, en attendant mieux.

« Adieu mon cher commandant, je ne néglige rien pour vous tirer d'icy. »

Dans une autre lettre, le vicomte de Caraman annonçait à son collègue qu'il était résolu à lui ab-indonner décidément les rênes du gouvernement.

« Peut-être ai-je tort, ajoutait-il, mais je suis élevé dans des principes trop différents de ce que je vois aujourd'hui pour y vivre tranquille. Je quitterai la France et ne reviendrai que lorsque tout sera rétabli dans l'ordre. »

Il lut interrogé sur un passage de ces lettres dans lesquelles il disait : « La funeste catastrophe qui met le Roy et les Etats généraux en puissance de Paris me fera hàt-^r m* retraite. »I1 répondit « qu'il avait toujours désiré que ce grand travail de la régénération de la France pût être libre comme les principes

qu'il posait, qu'il voyait avec peine l'impossibilité de l'existence de la liberté de la discussion dans une ville aussi populeuse que Paris, et dont les désirs quelquefois tumultueux pouvaient contraindre la liber: é des opinions. > Le ministre Necker, informé de ces fa te, lit mander au Comité d'Alencon de transmettre toute la procédure commencée contre M. de Caraman à l'Assemblée nationale. M. de Caramnn, M. de la Fournerie et les chasseurs du détachement, restèrent en prison jusqu'à ce que l'Assemblée nationale eût indiqué où ceux qui se trouvaient chargés par l'instruction devaient être transférés.

14 octobre 1789 Assemblée du Comité national de la ville

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