Meineke, Menandri et Philemonis reliquiœ, p
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à Mitylène, à Colophon, enfin à Athènes en 306, à l'âge de 36 ans.
Peut-être était-il venu dans cette ville un peu plus tôt et avait-il été forcé de la quitter brusquement. Après la prise d'Athènes par Démétrius Poliorcète, Sophocle, fils d'Anticlide, fit voter une loi par laquelle il était défendu, sous peine de mort, d'ouvrir une école sans l'autorisation du sénat et du peuple ; tous les philosophes durent abandonner la ville. Cette loi fut édictée aussitôt après le renversement de Démétrius de Phalère et le rétablissement de la liberté ; de môme Socrate avait été condamné par le tribunal des Héliastes après l'expulsion des Trente Tyrans. Il est curieux de remarquer comme il était facile aux démagogues d'exciter la défiance du peuple athénien contre les philosophes. Mais dès l'année suivante, grâce à l'intervention du péripatéticien Philon, le décret fut rapporté et Sophocle, convaincu d'avoir violé les lois, fut condamné aune amende de 5 talents. Les philosophes purent alors rentrer à Athènes et ne furent plus inquiétés. Épicure fut-il du nombre de ceux à qui cet exode fut imposé, nous n'avons pas de renseignements précis sur ce point, comme sur tant d'autres où notre curiosité est excitée au plus haut degré et ne trouve pas à se satisfaire.
Il acheta pour le prix de 80 mines (6 ou 7.000
francs) un jardin, c'est-à-dire une petite maison avec jardin, et c'est là qu'il tint école. Quelle idée faut-il nous faire de ces jardins d'Epicure dont nous parlent tous les écrivains anciens et qui leur paraissent constituer une innovation remarquable * ? Ce n'était point un parc : Cicéron emploie souvent pour les désigner le diminutif hortuli; c'était une propriété de rapport plutôt que d'agrément, car Epicure, dans son testament, parle des revenus que l'on en retirait. Il est probable que les maisons avec jardin n'étaient pas rares à Athènes, car la ville n'était pas très peuplée et les habitations n'étaient pas entassées les unes sur les autres; mais Epicure, au lieu de réunir ses auditeurs dans une salle, dans un gymnase ou dans un portique, leur donnait ses leçons en plein air ; il ne faisait pas de cours à certaines heures, mais il passait toute la journée dans le jardin, causant familièrement avec les uns et les autres, de sorte qu'on ne voyait pas chez lui un maître et des disciples, mais un groupe d'amis qui philosophaient ensemble (<7u[Acpao(7o<pouvT£;). L'influence extraordinaire qu'il exerça sur ses disciples est due à l'ascendant de sa personnalité
1. « Primus hoc instituit Epicurus otii magister. Usque ad eum moris non fuerat in oppidis habitari rura ». Pline, Hist. nat., XIX, 4.
plutôt qu'à ses doctrines; comme le dit Sénèque, Métrodore, Hermarchus, Polyène doivent plus à la fréquentation d'Épicure qu'à son enseignement. C'est en effet un des caractères les plus remarquables de l'école épicurienne que cette amitié qui ne cessa d'y régner, unissant d'une part le professeur et les élèves, d'autre part les élèves entre eux. Tous les écrivains de l'antiquité sont d'accord sur ce point; les adversaires les plus haineux ne nous parlent jamais de dissensions, de jalousies qui aient divisé les épicuriens : Et ipse bonus vir fuit et multi Epicurei fuerunt et hodie sunt et in amicitiis fidèles et in omni vita constantes et graves \ 11 était lui-même de nature aimante, comme l'attestent sa piété envers ses parents, sa bonté envers ses frères, sa douceur envers ses esclaves et en général son humanité envers tous^ D'autre part il paraît avoir été fort aimable : Métrodore de Lampsaque, du jour où il connut Epicure, ne le quitta plus, sauf pour un voyage qu'il fit dans sa patrie ^ Dans sa lettre à Idoménée, le jour de sa mort, il écrivait : « Au nom de l'amitié que tu m'as toujours témoignée, prends soin des enfants de Métrodore. »