CHAPITRE II
VIE d'ÉPICURE
Épicure était Athénien. Sa famille appartenait au dême de Gargettos; elle était noble, paraît-il, mais réduite à une grande pauvreté ; elle remontait, d'après certaines traditions, à Philseus, petit fils d'Ajax. Le père de notre philosophe, Néoclès, fut au nombre des colons que les Athéniens envoyèrent à Samos en 352 av. J.-G. et auxquels ils partagèrent des terres. C'est là que naquit Epicure, la 3^ année de la 109'^ Olympiade (341 av. J.-C), au mois de Gamélion. Certains historiens, entre autres Diogène Laërce, disent qu'il naquit à Gargettos ; il semble que c'est une erreur. Mais s'il reçut le jour à Samos, il était incontestablement de parents athéniens et ses adversaires lui cher, chaient une mauvaise querelle lorsqu'ils prétendaient qu'il n'était pas un vrai citoyen, yv/iatco^ àcTo;. D'un autre côté c'est tout à fait par hasard
qu'Épicure naquit à Samos, comme Pythagore, et il n'y a pas lieu de chercher dans son système des traces d'une influence pythagoricienne. Néoclès exerçait le métier de maître d'école (Ypa(jt.(jt.aTo- ^t^flcocalko;) ; Ghérestrate, sa femme, était diseuse de bonne aventure; elle allait dans les maisons des pauvres gens pour conjurer le mauvais sort et exorciser les maladies; son jeune enfant l'accompagnait et récitait les formules propitiatoires. C'est là sans doute ce qui lui fournit l'occasion de voir de près les superstitions populaires et les maux que cause la crédulité des hommes.
Il manifesta de bonne heure la curiosité de son esprit. Il n'avait que 14 ans (quelques-uns disent même 12) et son maître de grammaire citait devant lui le vers d'Hésiode : « Au commencement, toutes choses vinrent du Chaos. — Et le chaos lui-même, demanda Epicure, d'où vintil? » Le maître resta court; il dit que ce n'était pas son affaire de trancher la question, qu'il fallait la poser aux philosophes. Les études du jeune homme furent donc orientées dans cette direction, il comprit l'importance et l'intérêt des problèmes philosophiques et alla écouter les leçons des diverses écoles. C'est alors qu'il connut Nausiphane, disciple de Démocrite, auquel il devait faire de nombreux emprunts. Il entendit un grand nom-
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bre d'autres maîtres, sans s'attacher à aucun. 11 connut donc les philosophies antérieures, mais ne se donna pas la peine de les étudier, de les discuter à fond. Ce serait, à notre avis, perdre son temps que de chercher ce qu'il doit, ce qu'il reproche à chacune. Les deux grands systèmes de Platon et d'Aristote auraient demandé pour être bien connus et compris un examen long et patient ; ils auraient mérité d'être discutés point par point; Épicure ne s y arrêta pas ; peut-être n'en était-il pas bien capable ; en tout cas il ne subit pas le prestige de ces doctrines et ne s'en inspira pas.
A l'âge de 18 ans, il vint une première fois à Athènes, mais y séjournapeu de temps. C'est alors qu'il se lia avec Ménandre, qui était de son âge. Celui-ci, dans une épigramme qui nous a été partiellement conservée, rapproche Épicure de Thémistocle : le père de l'un, tout comme celui de l'autre, s'appelait Néoclès ; et pour les deux fils wv à [Asv û(AÔv irarptSa ^ou>.OG"uvaç pudaO, ô ^' a(ppoGuvaç ^ . Epicure ne put à cette époque entendre Aristote, qui s'était déjà retiré à Ghalcis. Il exerça primitivement, comme son père, le métier de maître de lecture et de grammaire ; plus tard seulement il ouvrit une école de philosophie à Lampsaque d'abord, puis