Dugas, L'amitié antique, p
même le surnaturel humain, je veux dire les sublimités de la passion. »
Enfin il y a des besoins que nous ne pouvons négliger, des choses absolument nécessaires à la conservation delà vie et de la santé : ces besoins, dit Epicure, sont peu nombreux et il suffit de bien peu de chose pour les contenter : c'est un ragoût merveilleux que le pain et l'eau, lorsqu'on en trouve dans le temps de sa faim et de sa soifV Celui qui vit conformément à la nature peut être heureux dans toutes les conditions : les choses qui sont indispensables sont à la portée de tous, eùîuopicTa, tandis que le superflu n'a pas de bornes, elq aTTstpov £/.ri7rTa ; mais ces choses rares et difficiles à acquérir, nous pouvons nous en passer. En réalité la nature fournit abondamment ce qui est nécessaire pour la satisfaction de nos besoins; si nous sommes ingrats envers elle, si nous méconnaissons sa générosité, c'est à cause de l'empire que prennent sur nous nos passions et de
1. Lucrèce, II, 14. — Athénée : « Mortels, pourquoi courezvous après tout ce qui fait le sujet de vos peines? Vous êtes insatiables pour l'acquisition des richesses, vous les recherchez parmi les querelles et les combats, quoique néanmoins la nature les ait bornées et qu'elle soit contente de peu pour sa conservation; mais vos désirs n'ont point de bornes. Consultez sur cette matière le sage fils deNéoclès; il n'eut d'autres maîtres que les Muses, ou le trépied d'Apollon, «
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l'impatience avec laquelle nous nous efforçons de les contenter. Sénèque raconte dans ses lettres qu'Epicure s'était fixé certaines périodes pendant lesquelles il s'astreignait au jeûne et à la vie la plus austère, afin de se rendre compte par l'expérience de ce qui est absolument nécessaire et néanmoins suffisant pour produire un plaisir naturel; nous ne savons si le témoignage de Sénèque repose sur des faits historiquement établis ou sur une légende formée après coup.
La pauvreté n'est pas un bien, mais elle n'est pas non plus un mal; le meilleur moyen de jouir de la richesse, c'est de savoir être heureux avec une fortune médiocre \ Le sage ne peut méconnaître l'existence des besoins naturels ; il mènera à bien ses affaires, épargnera, amassera en vue de l'avenir et de la vieillesse (/tT-/ia£(j)ç irpocvoriasGOai zal toO ilH- ■XovTo;) ; il fera en sorte de se suffire à lui-même et ne mendiera point comme le Cynique. Il pourra, s'il en a besoin, donner des leçons de philosophie, ypyi|jt.aTt(7c(7Ôat otTro j;.ov7iç (70(pta; àTTopr.cravTa ". Philodème rapporte qu'Epicure lui-même acceptait des présents de ses disciples. Selon la remarque ingénieuse de Bayle, ce qui nous rend heureux, ce n'est pas la
1. DioGÈNE Laerce, X, 130 : « Celui-là jouit le mieux des richesses qui sait le mieux s'en passer. »