‹ ÉpicureChapitre 112 sur 121 · DioGÈNE Laerce, X · texte numérisé non relu

DioGÈNE Laerce, X

3. Plutarque, On ne peut vivre heureux, XV, 4 : aùxo't oè orj

MORALK. 207

juste de lui en tenir compte. Le portrait du sage tracé par Epicure ressemble par bien des traits au sage stoïcien : il est toujours d accord avec lui-même, il ne se dément pas, parce que ses opinions ne lui sont pas dictées par les circonstances extérieures, mais lui viennent de ses propres réflexions*.

Epicure, nous le voyons, valait mieux que son système^, et ne craignait pas de lui donner en apparence de fréquents démentis. La théorie du plaisir soulève de graves objections. Aristote avait soutenu que la cause du plaisir, c'est l'exercice de l'activité, que le plaisir est d'autant

1. Ce jugement est confirmé par la lecture des maximes d'Épicure trouvées à Rome par M. K. Wotke : « 78. Un esprit noble s'adonne surtout à la sagesse et à l'amitié; deux biens, l'un mortel, l'autre immortel. » — « 23. Toute amitié est désirable pour elle-même, cependant elle a eu l'intérêt pour point de départ. » — « 56. Le sage ne souffre pas plus quand il est mis à la torture que lorsqu'il y voit son ami. » — « 41. Il faut vivre et tout à la fois philosopher, gouverner sa maison, user de tous les autres biens acquis et cependant répéter sans cesse les maximes dictées par la vraie philosophie. » — « 29. J'aimerais mieux, fort de l'étude de la nature, révéler avec franchise des vérités utiles à tous les hommes, quand même personne ne devrait comprendre mes oracles, que de recueillir, en me conformant à de vaines opinions, les applaudissements répétés du grand nombre. » H. Usener et T. GoMPERZ, Wiener Studien, X, 1888.

2. GicÉRON, De fin., II, xxv, 80 : « Quis illum negat et bonum virum, et comem, et humanum fuisse? »

plus grand que l'activité se déploie avec plus d'énergie et surtout d'indépendance. Epicure au contraire met le plaisir dans le repos ; si les dieux sont parfaitement heureux, c'est qu'ils n'ont rien à faire ; pour nous, il nous faut tâcher d'avoir le moins d'embarras possible; c'est pour cela que nous nous garderons de nous marier, de nous occuper de politique; nous nous appliquerons à réduire le nombre de nos besoins ; nous n'entreprendrons pas de lutter contre la fortune, nous prendrons raisonnablement notre parti de ce qui nous arrivera et nous ferons en sorte d'en tirer le meilleur profit possible. On a souvent montré que cela ne suffit pas, que si nous donnons la recherche du bonheur pour but unique à la vie humaine, il ne dépend pas de nous d'y parvenir : nous sommes parfois le jouet des circonstances et si nous ne faisons rien pour nous en affranchir nous sommes naturellement vaincus.

Épictète, dans ses Entretiens , relève spirituellement une autre contradiction entre la conduite d'Épicure et sa doctrine : Si le sage doit ne songer qu'à lui-même, ne se préoccuper que de son propre bonheur, il ne se mettra pas en peine d'assurer la félicité des autres hommes; pourquoi donc Épicure a-t-il écrit tant de livres, soulevé

tant de problèmes, échafaudé tant de théories, appelé près de lui tant de disciples?

Ce qui fait surtout la faiblesse de TEpicurisme, c'est qu'il repose sur une équivoque : le mot plaisir, qui exerce sur tous les hommes une séduction presque irrésistible, peut être entendu dans des sens fort différents. Epicure, nous diton, avait modifié la formule ordinaire de suscription de ses lettres : au mot usuel, x^^P^^'^? i^ substituait l'expression sj TrpaTxstv ; mais les mots grecs eu 7rpaTT£iv, ainsi qu'en anglais to do well, peuvent signifier être heureux, tout comme bien agir. Athénée ^ rapporte les paroles d'Epicure luimême dans son Traité sur la fin de la vie (Tuspl TsT^ou;) : « Le principe et la source de tout bien, c'est le plaisir du ventre ; c'est la vraie mesure de ce qu'il faut rechercher et de ce qu'il faut fuir ». Il disait encore : « Je ne puis concevoir de biens en dehors des plaisirs de la table, des plaisirs de l'amour, des plaisirs de l'oreille et du spectacle des belles choses. » Nous trouvons le même texte dans Diogène Laërce ^ et dans Gicéron^ D'autre part. Clément d'Alexandrie nous apprend que pour Epicure et pour son disciple Métrodore, toute joie

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