DioGKNE Laerce, X
L'étude des différentes parties du système nous conduit toujours à la même conclusion. Epicure n'est certes pas un grand penseur, ce n'est pas surtout un esprit original, mais c'est ce que nous appelons un brave homme. Il tient trop peu de compte, à notre avis, des besoins de l'esprit, il confond avec les recherches de pure curiosité les exigences les plus légitimes, il se paie trop facilement de mots, il se contente d'explications qui en réclament d'autres ou qui soulèvent des difficultés inextricables. Sa morale même est très faible au point de vue théorique ; il n'a rien à cœur que la vie pratique à laquelle il donne pour but la poursuite du bonheur ; il veut faire des âmes sereines et joyeuses. Si son esprit avait peu de puissance et de profondeur, il ne manquait pas de droiture, ni sa conscience de délicatesse. Il faisait peu de cas des plaisirs violents et grossiers que la plupart des hommes recherchent avidement ; il leur préférait le calme dont jouit celui qui, sachant se contenter de peu.
s'est mis à Tabri des privations et des dangers. Les principales causes de notre malheur ce sont les craintes chimériques qui assiègent notre imagination ; il nous est facile de nous en affranchir si nous considérons avec calme ce que nous sommes et quelles sont les lois qui régissent l'univers.
Ce qui faisait l'efficacité de ces discours, c'est que le maître prêchait d'exemple : il vivait heureux au milieu de ses disciples qu'il aimait et dont il était était aimé. Lui qui recommandait de vivre conformément à la nature, il était parfaitement naturel et ne se trouvait pas mis brusquement en contradiction avec lui-même, comme cela arrivait souvent à ses adversaires. M. Ghaignet nous paraît aller trop loin dans les éloges qu'il lui accorde, mais il y a du vrai dans son jugement ^ : « Epicure n'est pas à coup sûr le plus grand génie philosophique de la Grèce, mais il est certainement parmi les philosophes le génie le plus profondément, le plus purement Grec. Il n'en est pas un qui ait plus que lui, autant que lui, le sentiment de la mesure (c'est le trait le plus caractéristique du génie grec, p.^èv ayav) et la conscience des bornes de la science humaine. C'est le génie du bon sens; c'est la raison la plus raisonnable, la plus saine,