GhaiGxNet, Psychologie des Grecs, II, p. 191 sq
la plus sobre, vvi'cpwv TvoytGp;, pour me servir d'une de ses formules les plus caractéristiques. » Bien des gens étaient choqués du ton dogmatique des Stoïciens, de leur « air effroyable de certitude », comme dit Renan, et aussi de leur prétention de faire violence à la nature, de parvenir à une sagesse parfaite. « Le dogmatisme des Stoïciens, dit M. Maldidier, était aussi intolérable qu'intolérant. » On était las d'entendre vanter le personnage d'Hercule, de le voir proposer comme le modèle sur lequel l'homme doit se régler. Nous comprenons donc l'admiration qu'inspira Epicure et l'affection reconnaissante avec laquelle ses disciples se groupèrent autour de lui ; ces sentiments peuvent nous paraître exagérés, mais nous les expliquons sans peine : ce n'est pas un personnage que l'on admire, mais c'est un homme qu'on estime. Nous ne nous étonnons pas que l'école épicurienne soit demeurée florissante jusqu'aux derniers jours du paganisme et que, même dans les temps modernes, les doctrines épicuriennes aient été remises en honneur par un bon nombre d'esprits distingués. Vivre conformément à la nature, il semble bien qu'il ne saurait y avoir d'autre loi pour l'homme : tout dépend du sens qu'on donne au mot nature. Beaucoup de penseurs croient que l'homme ne constitue pas un empire à part dans un autre empire,
selon l'heureuse expression de Spinoza, que nous ne sommes pas faits autrement que les autres êtres, que, par conséquent, pour savoir comment nous devons vivre, nous n'avons qu'à ouvrir les yeux et à voir les leçons que nous donne l'ensemble de l'univers ; quant aux recherches ambitieuses de la science, elles occasionnent beaucoup de peine et de tracas sans nous apporter de sérieuses satisfactions; ce n'est que vanité et tourment d'esprit, comme dit l'Ecclésiaste ^ ; « où il y a abondance de science, il y a abondance de chagrin ; et celui qui s'accroît de la science, s'accroît de la douleur » ; il faut donc nous en détourner. Ne nous révoltons pas contre les lois de l'univers ; ne cherchons pas à les modifier ; nous n'y saurions réussir. Tâchons plutôt de nous en accommoder; rendons-nous compte de ce qui est possible et de ce qui est impossible {quid possit oriri, quid nequeat; finita potestas denique cuique Quanam sit ratione atque alte terminus hserens'^), arrangeons-nous de manière à nous procurer la plus grande somme de bonheur à laquelle nous puissions prétendre, à nous mettre à l'abri des atteintes du malheur ; pour cela, appliquons-nous à rester maîtres de notre esprit, à détourner notre attention des maux qui