‹ ÉpicureChapitre 17 sur 121 · Sénèque, Lettres, LU · texte numérisé non relu

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tome VI des papyrus d'Herculanum sont quelquefois donnés comme étant de lui, mais cette attribution est douteuse. Métrodore mourut sept ans avant Epicure qui ne cessa de prendre soin de ses enfants. On a au Louvre un buste d' Epicure à double face, représentant d'un côté le maître, de Tautre le disciple inséparable.

Polysenus qui, lui aussi, mourut avant son maître, était un mathématicien distingué. Hermarchus de Mitylène est souvent désigné par le nom d'Hermachus ; mais, d'après Zeller, il ne doit plus subsister de doutes sur sa véritable appellation; c'est à lui que revint la direction de Fécole après la mort du fondateur. Au même groupe appartenait encore Golotès, contre qui Plutarque devait écrire un livre 400 ans plus tard.

L'admiration pour le génie du maître que Lucrèce exprime dans tant de passages, l'adhésion sans réserve à sa doctrine sont des sentiments communs à toute l'école. Ils étaient charmés par les enseignements d'Epicure, ainsi que parle chant des Sirènes; ils recevaient comme des vérités incontestables les principes posés par le maître; leur conviction était profonde, leur dogmatisme intransigeant*; ils apprenaient par cœur les for-

1. € Velleius fidenter sane, ut soient isti, nihil tam verens quam ne dubitare aliqua de re videretur, tanquam modo ex

mules du système ^ , ils avaient grand soin de ne rien laisser perdre de ce que leur chef avait dit ou écrit; toucher à un seul point de la doctrine était à leurs yeux un véritable sacrilège : âçTtv aÙTolç ':Tapavo(A7][i.a, [jAXko^ ^è à<7£êyij/.a, /.al xaTeyvaxTTai tô xatvoTojjLT^Ôsv ^. « Épicure, dit M. Grouslé, fut le fondateur et le dieu d'une sorte de religion nouvelle... Les disciples d'Epicure formaient en réalité une petite église ^ » Cette docilité est une nouveauté

deorum concilio et ex Epicuri intermundiis descendisset. » GicÉRON, De nat. D., I, viii, 18.

1. « Quis vestrum non edidicit Epicuri xup{«$ 86Çaç? » CicérOi\, De fin., VII, xx.

2. NuMEMus, dans Muellach, Fragm. philos., t. III, p. 153, col. 2. — Cf. NmiEivius dans Eusèbe {Prœp. évang., XIV, cap. V, p. 727) : « Adeo nullain re eos ab Epicuro dissensisse, qu8B dignaquidem sit memoratu, ut delictum potius apud eos fuerit et impietas et damnandum piaculum si quippiam fuerit innovatum, sic ut Epicuri institutio reipublicœ cuipiam verai germansBque similis sit, ubi seditione omni remota, una mens communis, una moderatur sententia » (trad. Fr. Viger, Patrologie grecque, Migne, t. XXI).

3. <c II semble qu'Epicure ait eu le dessein prémédité de fonder une sorte de religion, si Ton peut donner ce nom à une doctrine sans dieux ou du moins sans culte. Ce n'est pas une simple école, c'est une église profane, avec des dogmes indiscutables, avec un enseignement qui ne change jamais et entourée d'institutions qui assurent la docilité des adeptes et protègent la doctrine contre les innovations. » Martha, Le poème de Lucrèce, p. 10. — « (La première raison du prestige qui s'est attaché au nom d'Epicure) c'est peut-être qu'Epicure crut et sut faire croire à ses disciples qu'aucun philosophe

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chez les Grecs dont l'esprit était hardi et indépendant. « L'apparition et le succès de l'Epicurisme attestent, selon M. Groiset, un affaiblissement notable de la pensée spéculative en Grèce. »

L'extrême docilité des Epicuriens a donné matière à une singulière accusation : on leur a reproché d'avoir regardé Épicure comme un dieu et de l'avoir adoré. Sans doute dans cette petite société on pratiquait certains rites, on se réunissait pour des fêtes, pour des repas communs, on célébrait des anniversaires, on entourait d'un véritable culte la mémoire du maître, on lui élevait des statues, les disciples enthousiastes portaient toujours sur eux son image, ou bien un anneau, comme les esclaves affranchis; ils disaient qu'il était bien digne de son nom d'auxiliateur, sTCHcouptoç. Quelques-uns évidemment ne surent pas s'arrêter en chemin ; chez les petits esprits la superstition prend vite sa revanche de l'abolition des croyances religieuses. C'est ainsi que Néoclès,

digne de ce nom n'avait paru avant lui, qu'il avait apporté le premier et à jamais toute la vérité et les seules conditions du salut... Il n'est pas entièrement inutile, même devant l'histoire, de se vanter beaucoup et d'avoir des gens qui vous vantent, surtout si parmi ces panégyristes il se trouve un poète de l'âme et du génie de Lucrèce : il en reste toujours quelque chose. » L. Garrau, Revue des Deux-Mondes, août 1888. — Cf. J. PicAVET, De Epicuro novœ religionis auctore,

ÏO ÉPICURE.

irère d'Epicure, écrivit, dit-on, que leur mère était bien heureuse d'avoir, par un privilège unique, réuni dans son sein les atomes qui devaient former un tel sage \ Quant aux vers de Lucrèce qui égale Epicure aux dieux et le met au-dessus d'Hercule ou de Cérès, nous n'y pouvons voir autre chose qu'un brillant développement poétique ; ce que le reste du poème nous fait connaître du caractère et des sentiments de l'auteur ne nous permet pas de nous méprendre sur le sens de ces expressions. Mais, dit-on, un jour Golotès se jeta aux pieds de son maître, il l'adora et Epicure se garda bien de le détromper. Tout d'abord nous répondrons que cette anecdote, quoiqu'elle soit rapportée par Diogène Laërce, n'est peut-être pas bien authentique; il se peut qu'elle ait été inventée de toutes pièces ou que du moins la physionomie en ait été singulièrement altérée par la malignité des adversaires. En tout cas elle est unique et il n'en faudrait pas tirer des conclusions exagérées. Que Golotès, qui était du nombre de ces petits esprits dont nous parlions tout à l'heure, se soit laissé emporter par un enthousiasme irréfléchi, qu'Epicure lui-même ait été un moment grisé par le prestige que lui reconnaissaient ses amis, il n'y a là rien

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