CicÉRO>', De finibus, I, xviii
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Quelques-uns d'entre eux sont des hommes d'un esprit très fin et très délicat; ce qui leur manque, c'est l'énergie de la volonté ^ . On les accuse souvent de lâcheté : c'est prononcer un bien gros mot et qui ne paraît pas justifié. L'Épicurien n'est pas un lâche : tout d'abord il travaille à s'affranchir des craintes qui rendent si malheureux la plupart des hommes, puis, s'il vient à être frappé par quelque infortune, il cherche à s'en consoler sans faire d'efforts surhumains et sans se payer de phrases ambitieuses. On comprend donc l'aversion qu'inspire un pareil système à ceux dont le caractère est fait surtout de fierté et de courage, qui ont une plus haute idée de la dignité de l'homme, qui ne se proposent pas d'autre but que d'être forts et à ceux aussi qui, convaincus que le seul objet digne de nous est la connaissance de la vérité, mettent les recherches scientifiques au-dessus de la poursuite du bonheur.
Epicure est un des écrivains les plus féconds de l'antiquité : il avait composé plus de 300 traités et ces ouvrages étaient bien de lui, il ne les gros-
1. MoMAiGXE, Essais, I, xi\ : « De vrai, ou la raison se moque ou elle ne doit viser qu'à notre contentement et tout son travail tendre en somme à nous faire bien vivre et à notre aise, comme dit la Sainte Ecriture : etcognovi quodnon esset melius nisi Isetari et facere bene in vita sua » (Ecoles., m, 12).
sissait pas au moyen de citations empruntées à ses devanciers. Chrysippe aussi lui écrivit beaucoup, car il ne voulait paraître inférieur en rien à ses adversaires; mais ses livres étaient plutôt des répliques, des polémiques que des exposés systématiques; en outre, son abondance était plus apparente que réelle, car bien des pages étaient remplies de citations prises ici ou là. Diogène Laërce nous a transmis les titres d'un certain nombre des ouvrages d'Epicure : un traité de la nature, en 37 livres; sur les atomes, le vide, résumé de ce qu'on a écrit contre les physiciens; objections des Mégariens ; des dieux, de la sainteté, des fins, des manières de vivre (4 livres), de la justice et des autres vertus, des dons et de la reconnaissance, de la musique; puis des livres intitulés Chérédème, Hégésianax, Néoclès, Euryloque, Aristobule, Timocrate (3 livres), Métrodore (5 livres), Antidore (2 livres), Anaximène : quel était Fobjet de chacun de ces ouvrages, c'est sur quoi il nous est impossible de risquer la moindre conjecture. En outre, le même historien reproduit textuellement, comme nous l'avons dit, une lettre à Hérodote, une à Pythoclès, une à Ménécée, un recueil de maximes principales et le testament du philosophe. Mais tandis que les Epicuriens étudiaient religieusement tous les écrits de leur
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maître et n'en lisaient pas d'autres *, tous les autres philosophes professaient le plus profond dédain pour les livres d'Épicure et de ses disciples. Les admirateurs fanatiques d'Epicure disent qu'il ruina sa santé à force de travailler; c'est probablement une erreur; mais non moins fausse est la légende d'après laquelle ses maladies eurent pour causes ses débauches et son amour immodéré des plaisirs de la table.
Épicure ne doit pas être compté parmi les bons auteurs : il méprisait la gloire littéraire et ne se donnait pas la peine de soigner son style : oùjc gTCirovov To ypaçstv, disait-il ; riihil opus esse eum^ qui philosophus futur us sity scire Utteras'. Il improvisait, ne s'imposait pas de ratures. Il faisait peu de cas des arts, ce dont on lui a fait souvent un reproche et ce qui a lieu de nous étonner de la part d'un Grec. N'oublions pas que si Epicure enseignait à Athènes, il n'y était pas né et n'y avait point passé sa jeunesse; sa première éducation avait été fort sommaire; c'est peutêtre pour cela que son style et son goût laissaient à désirer. On l'accuse d'écrire mal, d'employer des termes bas, des locutions incorrectes; d'autres
1. GicÉRON', DeNat. D., II, xxix, 73 : « Vestra enim solum legitis, vestra amatis, ceteros causa incognita condemmatis. »