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Tout d'abord, il faudrait savoir — et nous n\y pouvons parvenir — à quoi se réduisent au juste ces plaisanteries dont on fait si grand bruit. Devons-nous y voir des propos qui lui étaient coutumiers ou des bons mots qu'il a lancés au cours d'une conversation familière, qui ont été répétés par des auditeurs amusés, puis adroitement exploités par la malignité des adversaires ? Prenons garde d'être induits en erreur par Faoriste d'habitude : il peut nous présenter comme un langage ordinaire d'Epicure ce qu'en réalité il n'a dit qu'une fois, airaj ■Xgyoïi.svov, et encore dans quelles circonstances, voilà ce qu'il nous faudrait connaître. De nombreux témoignages, en effet, nous attestent qu'Épicure faisait un grand éloge de Démocrite et déclarait qu'il s'en était souvent inspiré; quant à Nausiphane, il avait peutêtre des raisons personnelles de lui en vouloir. Il est très vraisemblable que, poussé à bout par les tracasseries de ses adversaires qui lui rebattaient les oreilles du nom des anciens philosophes, prétendant qu'il les avait pillés sans merci, il perdit patience et passant de la défensive à l'offensive, se moqua d'eux afin de séparer sa cause de la leur. Que les disciples aient exagéré cette tendance de leur maître et qu'ils se soient amusés à des plaisanteries encore plus
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irrévérencieuses contre des hommes pour lesquels la plupart de leurs contemporains professaient un profond respect, c'est probable ; mais c'est là une faute de goût dont nous ne devons pas accuser Epicure lui-même. On peut entendre dans un sens favorable cette proposition qu'il n'avait rien appris d'aucun maître : il disait — et il croyait probablement — que s'il soutenait telle ou telle théorie, ce n'était pas parce que Démocrite ou Aristippe la lui avait enseignée, mais parce qu'il Tavait lui-même reconnue vraie ; en quoi il se faisait illusion; il n'aurait pas trouvé toutes ces idées si d'autres ne les avaient eues avant lui et ne l'avaient mis sur la voie. Quand nous soutenons qu' Epicure fut un grand homme, nous ne reconnaissons pas moins qu'il fut un homme et que, grisé par la vogue de sa doctrine, par les applaudissements de ses élèves, il se fit une idée beaucoup trop haute de son mérite, de son rôle et de la valeur de son système. Loin de nous la pensée de rejeter tous les propos qu'on lui attribue; ils trahissent une vanité excessive et surtout déplacée; mais cette vanité nous paraît, sinon excusable, du moins très explicable. Dans son admiration exclusive pour Epicure, Lucrèce exagère encore cette revendication d'originalité et méconnaît tous les anciens philosophes : Pri-
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niiim graius homo.., primusque obsistete contra. C'est un reproche que nous aurons souvent occasion d'adresser à Épicure : il ne s'est pas arrêté à temps ; peut-être croyait-il donner plus de force à sa pensée en l'exagérant. C'est ainsi qu'il condamnait en termes formels l'étude de toutes les sciences et que, sur ses instances, un de ses amis, Polyœnus, renonça à la culture des mathématiques. En somme, il ne faisait que reprendre l'opinion de Socrate; celui-ci enseignait que les hommes ont tort de perdre leur temps en recherches curieuses sur des questions qui leur importent peu ou point, tandis qu'ils devraient concentrer tous leurs soins sur les choses qui concernent leur bonheur ^ . « Les philosophes postaristotéliques, dit Brandis, ont, comme Socrate, ramené la philosophie du ciel sur la terre. )J II est impossible d'aller plus loin sans se contredire trop manifestement; on ne saurait formuler une théorie morale qu'en s'appuyant sur une philosophie, et la philosophie à son tour ne sait rien que ce que la science lui a appris. Epicure le reconnaît puisqu'il s'est donné la peine d'édifier un système complet ; il voit combien est pressante la curiosité de l'esprit, mais il s'imagine qu'elle